Romain Gary s'en va t en guerre

Extrait de la quatrième de couverture : Le génie de Romain Gary, c'est sa mère. Mais le mystère Gary, c'est son père, au sujet duquel le romancier-diplomate a toujours menti.

Laurent Seksik s'est penché sur trois personnages du 20e siècle pour se glisser dans les blancs de leur vie et tenter de les comprendre. Pour ma part, j'avoue lire ces ouvrages dans un désordre anarchique : j'avais découvert l'ouvrage sur Zweig via le format BD, puis celui sur le fils Einstein. Ici, l'auteur nous emmène à la découverte de Romain Gary en se focalisant sur deux jours de sa vie, deux jours où tout a basculé pour celui qui était encore à l'époque le jeune Roman Kacew.

Si on connaît la place de la mère de Romain Gary dans son œuvre, notamment grâce à La promesse de l'aube, il est une figure très absente, c'est celle du père... Ou plutôt, quand il est présent dans le dit roman, c'est sous une forme fictive, sous les traits d'un acteur avec lequel Gary se crée une filiation, niant celui qui fut son vrai père, Arieh Kacew. Romain Gary s'en va-t-en guerre donne la parole à Roman, à Nina mais aussi à cet homme de l'ombre, Arieh, qu'on découvre alors qu'il a déjà quitté le foyer familial pour rejoindre sa maîtresse enceinte. Face à lui, un petit garçon encore bercé d'illusions, qui pense que s'il suit les traces de son père en devenant fourreur, celui-ci finira bien par revenir à la maison... 

Bien que documenté, cet ouvrage est bien un roman, qui met en scène et imagine la relation entre ces trois personnages principaux, et un quatrième : le fameux monsieur Pielkielny auquel François-Henri Désérable s'est plus récemment intéressé. On découvre une mère en pleine déroute et faillite, prête à tout pour sauver son fils, dans un contexte d'antisémitisme montant... Et un père perdu entre ses devoirs et sa passion, un père totalement absent de l'œuvre du fils mais à qui, le temps d'un roman, Laurent Seksik décide de donner la parole. Une découverte très intéressante, un autre regard sur l'œuvre de Gary.

"Il rêvait pour sa mère d'un amour éternel, traversant les époques, les frontières et l'espace, une passion infinie, absolue, parfaite. Et, Nina lui ayant toujours assuré qu'il état un enfant différent, il nourrissait l'espoir de devenir exception à la règle, jamais une autre femme ne viendrait prendre dans son cœur la place de sa mère." (p. 81)

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Romain Gary s'en va-t-en guerre, Laurent Seksik, éditions J'ai lu, 2018, 256 pages.