Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

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jeudi 23 février 2017

Victor Hugo vient de mourir - Judith Perrignon

Victor Hugo vient de mourirLe 22 mai 1885, après plusieurs jours à retenir son souffle, Paris apprend la mort de Victor Hugo. Écrivain, poète, militant politique, ils sont nombreux ceux à vouloir lui rendre hommage. Des anarchistes aux hommes politiques, Hugo enthousiasme les foules. 

Cette fois, les conseils de ma copine Lili n'auront pas trouvé un écho favorable chez moi. Pourtant, ce très court roman qui se veut aussi un document est très intéressant. Mais il faut avouer que je connais trop peu l'oeuvre d'Hugo (c'est pas parce que j'habite sa ville natale et que j'ai visité sa maison de Guernesey que je connais réellement le parcours de l'écrivain et du militant qu'il fut !). Du coup, je crois que je suis passée en grande partie à côté de cet ouvrage qui aborde bien des aspects, mais de manière partielle, par références, sans les explications de contexte potentiellement nécessaires pour saisir tous les tenants et les aboutissants de ce qu'il raconte.

Dans ce court roman très documenté, Judith Perrignon retrace les quelques jours qui séparent le décès d'Hugo de son enterrement civil et de son entrée au Panthéon. Pour l'occasion, l'auteur en profite pour nous rappeler que des obsèques nationales ont été décidées par le gouvernement, quasiment à l'unanimité des députés (415 pour, 3 contre), une première pour un poète. La mort d'Hugo permet également au gouvernement de donner au Panthéon sa fonction actuelle, à savoir un temple destiné à accueillir les dépouilles des grands noms de la Nation. En effet, après une première phase de laïcisation sous la révolution, le Panthéon était revenu sous la Seconde république à sa fonction initiale d'Eglise catholique dédiée à Sainte Geneviève. Ces débats politiques sont d'ailleurs pour Judith Perrignon l'occasion de rappeler et mettre en avant la récupération politique, une activité finalement pas si récente que ça !

"Le vote est sans appel, l'unanimité moins trois voix pour les funérailles nationales. Lockroy tremble. C'est trop facile, tous les autres vont pomper la gloire d'Hugo le jour de ses funérailles et demain, dès qu'il s'agira de voter la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ou d'amplifier les pouvoirs des chambres syndicales, ce sera non." (p. 51)

Parallèlement à ce personnage omniprésent, Judith Perrignon raconte également le deuil d'une famille déjà fortement marquée par la mort. Père de cinq enfants, Victor Hugo aura vécu la disparition de quatre d'entre eux. Adèle, sa plus jeune fille, qui lui survivra, ne sera pourtant guère source de joie et d'espoir pour Hugo lorsqu'il la visite à la fin de sa vie dans la maison de santé où elle finira sa vie. Restent à Hugo ses deux petits enfants, Georges et Jeanne, personnages omniprésents du romans et probablement les plus endeuillés. A leurs côtés, le nouvel époux de sa belle-fille, Lockroy, personnage secondaire de ce récit mais pourtant essentiel pour tenter de faire respecter les volontés et les combats du défunt.

"Qu'il est étrange d'avoir été tant aimé par un homme et de devoir le partager, l'offrir au va-et-vient des importants qui montent dans sa chambre, le laisser à la foule qui attend, l'air de dire qu'on aime autant dehors que dedans." (p. 67)

Victor Hugo vient de mourir, plus qu'un roman, est un récit concentré sur quelques jours. Si la documentation lui donne toute sa légitimité, elle l'alourdit aussi parfois d'énumération de personnes et d'actions trop brièvement expliquées. Une déception donc, mais qui m'incite malgré tout à mieux découvrir cet écrivain majeur de la littérature française !

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Victor Hugo vient de mourir, Judith Perrignon, éditions Pocket, 2016, 168 pages.

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lundi 20 février 2017

Les vies multiples d'Amory Clay - William Boyd

Les vies multiples

Lorsque son oncle Greville lui offre un appareil photo au début des années 20, il ne se doute pas qu'il vient de sceller le destin de la jeune Amory Clay. Du Royaume-Uni au Vietnam, en passant par la France et les Etats-Unis ou encore l'Allemagne, Amory Clay raconte le monde, et se raconte, à travers ses photos.

Ne cherchez pas à trouver de quelconques références à une véritable Amory Clay, vous n'y arriveriez pas ! Car si Les vies multiples d'Amory Clay rassemble tous les ingrédients pour embrouiller le lecteur, William Boyd nous livre bien la biographie d'un personnage de fiction. A partir de photos qu'elle aurait pris au cours de sa vie, d'extraits de journal de bord ou encore de livres qu'elle a publié, Amory Clay se raconte, depuis son enfance jusqu'à sa vie actuelle, à la fin des années 70, dans un petit cottage isolé d'Ecosse.

Femme déterminée, Amory Clay traverse les guerre et les grand événements du XXe siècle, et nous les fait revivre d'une autre manière. Avec elle, on suit l'une des premières manifestations fascistes au Royaume-Uni, on traîne dans les bordels berlinois dans l'entre-deux-guerres, on voit l'arrière des combats pour la libération de la France, on file à travers les rizières pour échapper aux balles des Viets...

Amoureuse et indépendante, Amory Clay n'est pas qu'un personnage de fiction. Des femmes reporters de guerre, il y en a dans l'Histoire, mais elles sont peu nombreuses. Amory Clay nous plonge dans leur vie, une vie fictive mais bien évidemment inspirée d'autres destins. Un roman foisonnant et passionnant, une femme qu'on aurait aimé connaître, qu'on aimerait réelle !

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Les vies multiples d'Amory Clay, William Boyd, traduit de l'anglais par Isabelle Perrin, éditions Seuil, collection Points, 2016, 552 pages.

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jeudi 16 février 2017

Pollyanna - Eleanor H. Porter

Pollyanna

Lorsque son père décède, la jeune Pollyanna est envoyée vivre chez la soeur de sa mère. Très riche, célibataire, tante Polly ne voit pas d'un bon oeil l'arrivée de cette enfant qui semble se réjouir de tout. Avec son regard positif sur le monde, Polyanna va peu à peu révolutionner la vie des voisins de sa tante.

Voilà un roman jeunesse qui fait du bien. Certains diront qu'il est niais, moi je l'ai trouvé tendre et doux. J'ai beaucoup aimé cette petite fille et sa philosophie de vie : pourquoi se plaindre puisqu'il suffit de se réjouir ?! Autant vous dire que j'ai retrouvé beaucoup de la philosophie de mes petits bonheurs, ces petites choses qui nous arrivent et qui ponctuent nos journées sans qu'on s'y attarde alors que ce sont ces choses qui font qu'on est heureux !

Traduit une première fois en 1929, Pollyanna a fait l'objet de deux nouvelles traduction en 2016, l'une chez L'échelle de Jacob et l'autre chez Zethel (celle que j'ai lu). J'ai retrouvé dans cette lecture des réminiscences de Anne et la maison au pignon vert ou de La petite maison dans la prairie. Possible que cette histoire ait contribué à raviver mon envie de me replonger dans ces sagas que j'avais lu dans ma jeunesse...

Si on peut reprocher à l'auteur un petit côté "morale religieuse", Eleanor H. Porter porte malgré tout un regard parfois cynique, comme son portrait des dames patronnesses plus enclines à aider les enfants d'Inde que les orphelins du coin pour voir leur nom s'afficher sur différentes publications... Dans l'ensemble, Pollyanna est une histoire qui fait du bien, qui rappelle qu'il faut savoir apprécier de toutes petites choses plutôt de que se plaindre en permanence. Et ça, j'aime !!!

Challenge classique
Une lecture qui s'inscrit dans le cadre du challenge "Un classique par mois" de Pr. Platypus. 

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Pollyanna, Eleanor H. Porter, traduit de l'anglais par Elisabeth Luc, éditions Leduc, collection Zethel, 2016, 256 pages.

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lundi 13 février 2017

Un jour, on fera l'amour - Isabelle Desesquelles

Un jour on fera l'amourUn jour qu'il passe devant une boutique, Alexandre aperçoit un dos et une nuque dont il tombe amoureux. Ce dos et cette nuque appartiennent à Rosalie. Autour du Rosebud, le cinéma de quartier du père d'Alexandre, Rosalie et Alexandre vont se frôler, se manquer, et peut-être se rencontrer...

D'Isabelle Desesquelles, je n'avais jusqu'à présent lu que le puissant Les âmes et les enfants d'abord, récit sous forme de témoignage et de réflexion autour de la pauvreté et de la misère dans notre monde contemporain. Un jour, on fera l'amour me permet de découvrir sa plume dans un tout autre style, celui de la fiction.

Dans ce roman, Isabelle Desesquelles donne la parole à deux trentenaires, Rosalie et Alexandre. Alternativement, ils nous racontent leur vie, leurs amours, leurs relations aux hommes, aux femmes ou encore à leurs parents, ils parlent de leur avenir, de leur vision du couple, de leur espoirs et de leur destin en parallèle. Avec beaucoup de douceur et de poésie, l'auteure joue avec les mots, les sons et les sens pour créer une ambiance digne d'un de ces films qu'aime tant Alexandre. Face à face, deux romantiques paumés, une femme qui se cherche face à sa mère, un homme qui fait le deuil d'un père adoptif, comment vivre et se trouver dans un monde où il suffirait d'enchaîner les relations sexuelles sans s'attacher pour ne pas souffrir ?

Avec cette histoire d'amour improbable mais tellement douce, Isabelle Desesquelles nous laisse croire le temps de ses pages qu'un dos et une nuque peuvent bouleverser une vie, que les histoires d'amour se jouent peut-être sur des clignements d'yeux, à moins qu'il ne suffise de se laisser porter par le destin, et d'oser le chambouler de temps en temps...

pro_reader
Une lecture en partenariat avec NetGalley et Belfond, sortie en librairie le 12 janvier dernier !

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Un jour, on fera l'amour, Isabelle Desesquelles, éditions Belfond, 2017, 224 pages.

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vendredi 10 février 2017

Les neuf cercles - R.J. Ellory

Les neufs cercles

Vétéran du Vietnam, John Gaines vit avec sa mère, en phase terminale d'un cancer. Shérif d'une petite ville du Mississippi, son quotidien bascule quand le corps d'une jeune fille est retrouvé vingt ans après sa disparition. Pour parfaire le tout, son coeur a été enlevé et remplacé par un serpent. Gaines va tenter de retrouver le meurtrier, coûte que coûte...

Ellory fait partie de ces auteurs de polars que je lis depuis maintenant plusieurs années. Certains de ses bouquins m'ont bluffé, d'autres m'ont laissé un peu plus dubitative. Les neufs cercles se situe au milieu : à la fois très bon mais aussi très longuet par moment.

Dans ce roman, R.J. Ellory nous plonge dans le sud américain, alors que l'Amérique se trouve engluée dans la guerre du Vietnam et le scandale du Watergate. Gaines, son héros, est un homme marqué par les combats au Vietnam, parachuté comme shérif sans en avoir l'expérience, dans une petite ville qui a du voir en tout et pour tout moins de 5 meurtres dans toute son existence. Bien sûr, Gaines va mener une enquête pertinente, mais les longueurs que j'évoquais viennent surtout des digressions et réflexions de Gaines concernant son passé, ses souvenirs du Vietnam. Si l'auteur veut nous montrer à quel point Gaines est marqué par cette expérience, il amène parfois son lecteur à se dire que tout cela tourne en rond et qu'on nous l'a déjà bien expliqué deux ou trois fois avant !

En revanche, Ellory maîtrise bien son rythme d'intigue. Tout s'accélère dans le dernier tiers, comme dans tout bon thriller. Les pièces se mettent en place, mais j'avoue avoir apprécié le dénouement de l'intrigue que je n'avais pas envisagé : soit Ellory a vraiment bien joué le coup, soit j'ai perdu mon flair ultime en matière de polars ! En pointillés, il distille un extrait de l'âme du sud américain. Vaudou, ségrégation, autant de sujets qui viennent compléter le décor même si j'ai un peu regretté qu'ils ne prennent pas un peu plus de place dans le roman...

Dans l'ensemble, Les neufs cercles s'inscrit dans la lignée des thrillers de R.J. Ellory. Aucune surprise mais un bon moment de lecture pour les amateurs du genre.

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Les neufs cercles, R.J. Ellory, traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau, éditions Livre de poche, collection Policier / Thriller, 2015, 696 pages.

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