Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
lundi 12 novembre 2018

Pierre de Lune - W. Wilkie Collins

Pierre de Lune

Que s'est-il passé dans le boudoir de la jeune Rachel Verinter la nuit suivant son anniversaire ? Qui a dérobé le diamant Pierre de Lune que son cousin Francis Blake venait tout juste de lui remettre, conformément aux dispositions testamentaires de l'un de ses oncles récemment décédé ? Autant de mystères que Francis Blake a décidé de comprendre.

Contemporain de Charles Dickens, Wilkie Collins est pour moi avant tout le créateur du roman policier au sens classique du terme. Pierre de Lune est le cinquième roman que je lis de lui, et une fois de plus il témoigne de son grand talent pour raconter une intrigue et mettre en scène un mystère.

Dans ce roman, Wilkie Collins utilise comme souvent différents narrateurs. On comprend rapidement que Francis Blake va demander à différentes personnes ayant assisté à cette soirée d'anniversaire de relater ce qu'ils ont pu voir avant, pendant et après l'événement au cœur de l'intrigue : le vol d'un diamant et la malédiction qui l'entourerait. Vont donc successivement prendre la plume l'intendant de la famille Verinder, une cousine bigote, le cousine lui-même, un médecin, etc.

Si le récit de la cousine bigote n'a, pour le coup, pas grand intérêt, si ce n'est de couper le rythme du roman et de lui donner quelques longueurs superflues, on réalise peu à peu que Wilkie Collins fait tout pour nous donner les clés de compréhension de l'histoire. L'arrivée dans la demeure familiale du sergent Cuff donne d'ailleurs au récit un souffle très policier qui n'est pas sans rappeler les romans que produira plusieurs dizaines d'années plus tard ma chère Agatha Christie. Peu à peu, on émet des hypothèses, on voit se profiler une ou plusieurs hypothèses que les derniers chapitres viendront confirmer ou infirmer.

Au final, ce pavé se savoure comme tous les ouvrages de cette époque, grâce à un rythme relativement soutenu et probablement lié au mode de publication de l'époque, à savoir en feuilletons dans des revues. Une nouvelle rencontre réussie avec l'un de mes auteurs britanniques préféré !

Texte © Miss Alfie 2018.
Couverture : Pierre de Lune, W. Wilkie Collins, traduit de l'anglais par Lucienne Lenob, éditions Phébus, collection Libretto, 2011, 624 pages.

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jeudi 8 novembre 2018

Loin de Sils Maria - Michèle Kahn

Loin de sils maria

Gian Josty vit dans les Alpes suisses. Il est berger et garde un troupeau de chèvre. Quand il arrive un accident à l'une d'elle, Gian décide de fuir et de rejoindre un de ses oncles confiseur à Magdeburg, en Prusse. Après un long périple à pied, Gian, devenu Johann va apprendre les bases qui feront de lui l'un des plus grands confiseur du XIXe siècle.

Tandis que je me promenais dans les allées de Livres dans la Boucle il y a quelques semaines, je suis tombée par hasard sur Michèle Kahn dont j'ai lu il y a quelques temps La clandestine du voyage de Bougainville. Après avoir échangé quelques mots avec l'autrice, j'ai eu envie de découvrir son nouvel ouvrage, toujours historique mais mille fois plus gourmand !

Difficile de définir Loin de Sils Maria, entre roman et biographie, parlons donc de biographie romancée puisque Michèle Kahn raconte la vie d'un maître-confiseur suisse qui créa le célèbre Café Josty à Berlin. Tout comme dans le précédent roman que j'ai lu d'elle, Michèle Kahn s'intéresse à une personnalité réelle et en conte l'histoire en la mettant en perspective avec l'époque dans laquelle elle se déroule. Au fil des pages, on évoque donc la Révolution française ainsi que les guerres napoléoniennes, Napoléon ayant un rôle important dans la vie de Johann Josty. Et on salive devant les créations gourmandes de Johann Josty !

Côté style, Michèle Kahn a supprimé tout dialogue de son texte. Les échanges entre personnes sont relatés au lecteur comme si c'était elle qui nous racontait directement l'histoire. On peut néanmoins regretter un style qui utilise beaucoup d'adjectifs (et j'avoue que plus ça va, plus j'ai l'impression d'aimer les écritures sans fioritures, chirurgicales, froides même parfois). Si Michèle Kahn évoque quelques ouvrages dans ses remerciements, mon regret est globalement le même que sur La clandestine, à savoir que l'autrice n'ai pas ajouté une postface nous précisant les libertés éventuellement prises avec l'Histoire et une biographie complète pour offrir au lecteur une transparence totale.

Texte © Miss Alfie 2018.
Couverture : Loin de Sils Maria, Michèle Kahn, éditions Le Passage, 2018, 288 pages.

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lundi 5 novembre 2018

Un dernier verre au bar sans nom - Don Carpenter

Un dernier verre au bar sans nom

Extrait de la quatrième de couverture : Lorsqu'il rencontre Jaime sur les banc de la fac, Charlie en tombe immédiatement amoureux. Elle est bien meilleur écrivain, mais c'est lui qui décroche un prix et ambitionne d'écrire le "Moby Dick de la guerre". Dans le sillage charismatique du couple, déménagé à Portland, une bande d'écrivains se forme.

Il y a quelques jours, j'ai vu passer une discussion sur les réseaux dans laquelle une des personnes louait l'algorithme d'un site de vente en ligne ayant décidé d'éviter de payer ses impôts en France. Paraîtrait que ça lui fait découvrir des titres vers lesquels il ne serait pas allé autrement. Alors, personnellement, pour ça, j'ai une autre option beaucoup plus sympa et vivante : aller voir un libraire. 

Ce bouquin, je suis pas certaine que je l'aurai mis dans mon panier si je l'avais eu comme recommandation sur un site internet. Parce qu'une histoire de bande d'écrivains de la beat  generation qui boivent des coups et refont le monde en étant totalement shootés (et c'est un peu ainsi que je voyais le bouquin avant de le lire), pas certaine que ça m'aurait branchée ! Mais vous auriez vu le libraire, son enthousiasme, ses yeux brillants en m'en parlant. Face à cette émotion si évidente, il fallait que je découvre ! 

Bref, tout ça pour dire que j'ai drôlement bien fait de ne pas me fier à mon instinct et de suivre celui du libraire ! Ce bouquin est excellent ! C'est une plongée directe dans la côte Ouest des États-Unis dans les années 1950 à 1970. On se promène en Californie aux côtés de Jaime et Charlie, puis dans l'Oregon. On croise une galerie de personnages tous plus intéressants les uns que les autres. Mention spéciale à Stan, le voleur qui se rêve écrivain dans le fond de sa cellule.

Ce bouquin est une ode à la littérature. Les auteurs qui y sont évoqués sont multiples. Et il pose indirectement la question du talent en littérature : écrire, est-ce inné ou cela s'apprend-il ? Le talent pour mettre en mot une histoire peut-il s'acquérir à force d'exercices, d'heures de travail laborieux, ou faut-il apprendre à renoncer, exister à travers un autre projet ? Don Carpenter évoque tout cela dans ce roman publié après sa mort grâce au travail de mise en forme de Jonathan Lethem. N'ayant pas lu d'autres ouvrages de Carpenter, je serai bien en peine de dire si la patte de Lethem est fortement visible dans l'oeuvre ou s'il a, comme il le dit dans la postface, réellement bien conservé son esprit, mais une chose est sure : ce bouquin est très bon pour qui aime les bars enfumés aux tables collantes de bières où l'on se retrouve après le boulot pour refaire le monde. 

Texte © Miss Alfie 2018.
Couverture : Un dernier verre au bar sans nom, Don Carpenter, publié par Jonathan Lethem, traduit de l'anglais (USA) par Céline Leroy, éditions 10/18, 2017, 480 pages.

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dimanche 4 novembre 2018

Le grand bain - Gilles Lellouche

Le grand bain

Bertrand est en dépression depuis deux ans. Alors qu'il accompagne sa fille à la piscine, il tombe sur une petite annonce pour recruter des membres dans l'équipe de natation synchronisée masculine. Bravant les remarques de sa belle-famille, il rejoint une bande de mecs abîmés par la vie qui se retrouvent une fois par semaine autour de leur coach, ancienne championne de natation synchronisée.

Si vous n'avez pas entendu parler de ce film dans les dernières semaines, c'est que vous avez passé six mois sur la planète Mars. Oui, six mois, parce que si l'équipe du film fait une promo très médiatique depuis deux ou trois semaines, on a déjà entendu parler du Grand bain en mai dernier, quand Gilles Lellouche l'a présenté hors compétition à Cannes.

J'ai longtemps cru que Le grand bain était le premier film de Gilles Lellouche en tant que réalisateur. Une rapide recherche internet vient de me remettre les idées en place : après quelques courts métrages, l'ancien élève du Cours Florent est passé derrière la caméra pour son premier long métrage en 2003 avec Narco. Infidèles fut reçu de façon mitigé si ma mémoire est bonne en 2012, et Le grand bain est donc son troisième long métrage.

Force est de reconnaître que la place que s'est fait Gilles Lellouche dans le cinéma français lui a permis d'avoir à l'affiche une belle brochette d'acteurs : Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Philippe Katherine, Bruno Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade, Virginie Efira, Leila Bekthi ou encore Marina Fois pour les plus connus. On peut d'ailleurs souligner la performance de Philippe Katherine : si je n'apprécie pas vraiment l'artiste musical, je dois reconnaître qu'il campe à la perfection son personnage de mec paumé, décalé, un peu simple, très naïf et, de ce fait, très touchant. Mention spéciale également à Félix Moati et Alban Ivanov qui jouait un second rôle déjà très drôle dans Le sens de la fête.

En revanche, côté scénario, j'avoue que la première partie du film, en voulant poser l'histoire de presque chaque personnage, en devient longue et finirait presque par perdre le spectateur. On est venu voir une comédie, et on se retrouve avec une galerie de portraits de mecs paumés, seuls, courant après des rêves illusoires... J'avoue, elle m'a fait mal aux cœurs cette bande de personnages qui savent au fond d'eux où ça merde, mais préfèrent se voiler la face... Il aura fallu l'arrivée de Leila Bekthi pour relancer la machine et redonner du souffle à l'histoire.

Les réparties pleines d'humour portent indubitablement la patte de Lellouche, qui réussit à faire une comédie drôle et fine sans être potache. Cependant, je crois que le succès du Grand bain est surtout lié à la médiatisation du film, voir à sa surmédiatisation aidée par les noms à l'affiche. Au final, j'ai une sensation un peu similaire à celle que m'a laissé le film de Canet Les petits mouchoirs : oui, c'est très sympa, j'ai passé un bon moment, mais franchement, tout ça pour ça ?...

Texte © Miss Alfie 2018.
Affiche : Le grand bain de Gilles Lellouche, avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Philippe Katherine, Bruno Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade, Virginie Efira, Leila Bekthi, Marina Fois, 2018.

jeudi 1 novembre 2018

Avec un grand H - Jean-Christophe Piot

Avec un grand h

Extrait de la présentation de l'éditeur : Avec un grand H est un ensemble de 70 chroniques aussi véridiques que surprenantes sur des sujets et personnages historiques hauts en couleurs. Serial-killers de tous bords, héroïnes de guerre, inventeurs fous et pionniers audacieux ; grandes batailles sur terre et sur mer, expéditions foutraques et souvent catastrophiques ; animaux vedettes, bêtes féroces ou personnages loufoques au destin insolite...

Si vous ne savez pas quoi faire le dimanche midi, vous pouvez écouter radio Nova. Cela vous coûtera cinq minutes de votre temps et vous aurez profité du talent de Jean-Christophe Piot pour nous raconter ces anecdotes et ces faits divers qui font l'histoire et ses personnages célèbres. Et si jamais le dimanche midi, vous êtes occupés par le déjeuner avec mamie Gertrude, pas d'inquiétude, vous pouvez toujours écouter l'émission en podcast, et désormais lire ces chroniques.

Diplômé en histoire romaine, Jean-Christophe Piot n'est pas un énième Lorànt Deutsch ou Franck Ferrand. Les histoires qu'il vous conte, vous pouvez être sûrs qu'elles sont sourcées, travaillées et vérifiées. Ici, pas question de revoir les faits pour imaginer Alesia dans le Jura ou Troie en Angleterre, si le monsieur n'a pas assez d'information, il n'en parle pas. C'est d'ailleurs pour cela que vous ne trouverez qu'une dizaine de chroniques sur l'antiquité et les cinq premiers siècles de notre ère : malgré sa spécialisation, Jean-Christophe m'a confirmé privilégier des événements sur lesquels il peut avoir des sources fiables pour en parler.

A l'arrivée, il a rassemblé 70 chroniques (dont cinq inédites), parfois légèrement remaniées pour mieux passer à l'écrit mais sans pour autant changer son style fait d'humour et de calembours, qui nous entraînent de la bataille des Thermopyles au Ve siècle avant Jésus-Christ à la découverte de la momie Otzi dans les Alpes en 1991. Un panorama large donc, pour des histoires qui se picorent et se partagent au gré des envies. Âmes sensibles, s'abstenir : Jean-Christophe Piot n'hésite pas à relater des histoires parfois peu sympathiques, comme celles de la pratique de la lobotomie ou encore la technique de la chaise électriques quand il ne s'intéresse pas à quelques tueurs en série !

Si vous chercher une idée de cadeaux pour la fin de l'année, n'hésitez plus à le glisser entre les mains de vos proches. D'autant qu'avec son look tout bleu, intérieur compris, vous ne le manquerez pas sur les tables des libraires et le retrouverez vite dans vos étagères de livres !

Un grand merci aux éditions Nova et à Jean-Christophe pour cette (re)découverte de l'Histoire.

Texte © Miss Alfie 2018.
Couverture : Avec un grand H, Jean-Christophe Piot, éditions Nova, 2018, 328 pages.

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