Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
lundi 24 septembre 2018

Une autre femme - Anne Tyler

Une autre femmeDelia Grinstead va partir. Comme ça, sans prévenir, sans y penser. Tout simplement en se levant de sa serviette de plage et en allant marche. Profitant d'un camping-car de passage, elle se fait déposer dans une ville où elle débute une nouvelle vie.

Et vous, que se passerait-il si vous décidiez de fausser compagnie à votre famille, quasiment sous ses yeux, sans qu'elle s'en rende compte ? Pour Delia, c'est une sorte d'électro-choc. Certes, on va la rechercher, mais finalement on ne s'accroche pas à elle. A peine si on remarque son absence... Car Delia semble pourtant, au début du roman, le coeur de la famille, celle qui permet que tout tourne correctement, qui s'assure que son médecin de mari ait à manger après ses consultations, que les enfants soient à l'heure en cours et qu'ils aient du linge propre. Bref, une mère de famille exemplaire en somme !

Soyons honnête, ce bouquin ne sera pas un road movie fascinant dans lequel une femme entre quarante et cinquante ans va revivre sa jeunesse et envoyer tout balader. Non, ce n'est pas le genre de Delia. On se demande même comment elle a fait pour partir, vu combien elle semble se laisser porter par les événements sans les provoquer. Elle saisit des occasions et se laisse porter par les flots de la vie... Leur effet ? Visiblement, ils ont peu d'importance.

Si j'ai beaucoup aimé ce roman, c'est notamment pour la réflexion sous-jacente sur la place de la femme dans une famille qu'il alimente. Peu à peu, Delia redevient une femme, en dehors de son rôle d'épouse et de mère, elle sort du rôle pour lequel on l'a conditionnée. Alors certes, elle retombe dans certains travers, finit par recréer un simulacre de vie de famille car c'est peut-être le seul repère qu'elle a concernant le rôle qu'elle peut avoir dans la vie, mais cette expérience va l'amener à évoluer, à dire plus facilement ce qu'elle pense et à ne pas se soumettre à tout et n'importe quoi.

Écrit dans un style fluide et accessible, voilà une belle histoire de femme qu'on aurait peut-être aimé à peine plus battante et dynamique malgré tout !

Texte © Miss Alfie 2018.
Couverture : Une autre femme, Anne Tyler, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sabine Porte, éditions 10/18, 2016, 528 pages.

Posté par Miss Alfie à 07:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


jeudi 13 septembre 2018

Lady Mechanika - Joe Benitez

Lady Mechanika1Lady Mechanika2Lady Mechanika3Lady Mechanika4

Qui est-elle ? C'est la question qui hante cette jeune femme que tout le monde connaît sous le nom de Lady Mechanika. Dans la grande ville éponyme, elle traque les phénomène extraordinaire et tente de comprendre d'où elle tient ses bras et ses jambes en métal. Aventure après aventure, son passé se dévoile.

Chez le dealer de BD, chacun a plus ou moins sa spécialité. Et au sous-sol, c'est le coin des comics, ces bandes dessinées venues des Etats-Unis, inspirée par les super-héros. Récemment, l'une des vendeuses du dealer m'a orienté vers ce genre pour découvrir cette femme particulière et ses intrigues en plein univers steampunk. A ce jour, quatre albums sont sortis, et un cinquième tome est prévu pour mi-octobre. Avant d'aller le découvrir, voyons déjà ce que cachent les quatre premiers !

Tout d'abord, un conseil : essayez de lire les deux premiers à la suite car l'intrigue se découpe en fait sur les deux volumes. Le troisième sera une aventure à lui seul, et le quatrième en revanche regroupe deux histoires complètes. A chaque fois, Lady Mechanika traque des malotrus, des tueurs, des méchants à qui elle fout une belle raclée à la fin. A l'exception du troisième qui parle assez peu de son passé, les enquêtes sont un prétexte qui permet aux auteurs de nous livrer peu à peu quelques clés sur le passé de cette étrange jeune femme amnésique.

Graphiquement, Joe Benitez a imaginé une jeune femme aux courbes voluptueuses, mises en valeur par des costumes et une garde-robe de toute beauté, adaptée à la fois aux réceptions mondaines et aux combats de rue violents. J'adore !!! On peut également saluer l'imagination du dessinateur concernant le monde dans lequel elle évolue, totalement steampunk avec machines volantes et autres inventions décalées dans ce 19e siècle imaginaire.

Au final, cette série mêlant fantastique et intrigue se révèle une excellente découverte. J'espère que les volumes à venir seront du même acabit et nous apporteront des éclaircissements sur cette femme mystérieuse...

Texte © Miss Alfie 2018.
Couvertures : Lady Mechanika, tome 1 : Le mystère du corps mécanique, Joe Benitez, éditions Glénat Comics, 2016, 112 pages ; Lady Mechanika, tome 2 : Révélations, Joe Benitez, éditions Glénat Comics, 2016, 112 pages ; Lady Mechanika, tome 3 : La tablette des destinées, Marcia Chen, Joe Benitez, Martin Montiel, éditions Glénat Comics, 2017, 160 pages ; Lady Mechanika, tome 4 : La Dama de la Muerte, Marcia Chen, Joe Benitez, Martin Montiel, éditions Glénat Comics, 2017, 160 pages.

Posté par Miss Alfie à 07:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

lundi 10 septembre 2018

Les hommes protégés - Robert Merle

Les hommes protegesEtats-Unis. Une épidémie décime les hommes, épargant les pré-pubères et les vieillards. Le docteur Martinelli travaille à la mise au point d'un vaccin qui viendrait contrer la propagation de la maladie. En raison de sa mission essentielle, il trouve refuge dans un centre extrêmement surveillé, Blueville, tandis que les femmes survivantes prennent d'assaut les postes clés de la société laissés vacants par les morts.

Première chose avant de parler du bouquin : on ne lit pas la quatrième de couverture. Interdit. Prohibido. Forbidden. Verboten. Parce qu'une quatrième de couverture qui vous cause de choses qui se passent à la page 400 sur 450 qu'en compte le bouquin, c'est nul. Oui, nul. Pourri. A chier. Compris Folio ? Maintenant, on refait le pitch mieux que ça. Et on cause du coeur de l'histoire.

Il y a un peu plus d'un an, j'ai lu un bouquin dont je vous ai depuis rabâché les oreilles lors des sélections, La servante écarlate de Margaret Atwood. Mais près de 10 ans avant sa publication, un auteur français avait déjà tenté d'imaginé une société uchronique relativement flippante, dans laquelle pour le coup, ce sont les femmes qui prennent les rennes et transforment les hommes en objets. Si le parallèle entre les deux livres est plus complexe, Les hommes protégés est un bouquin qui résonne entre de manière très forte à la lumière des derniers mouvements de libération de la parole des femmes.

Dans ce roman, les hommes mourants tous peu à peu, les femmes vont de fait prendre leur place. Mais il y a au sein du genre féminin deux types de personnes : les féministes extrémistes, qui profitent de l'occasion pour se venger de la domination masculine, phallocrate, misogyne et j'en passe qu'elles ont subi depuis des années, et des féministes modérées, qui ont bien saisi qu'un univers équilibré ne pouvait exister sans que les hommes y aient une place égale à la leur. Alors oui, évidemment, on pense tout de suite aux débats qui agitent notre société contemporaine sur l'égalité entre les sexes, sur la place et la reconnaissance que les femmes doivent obtenir dans la sphère professionnelle, politique, mais aussi aux chasses à l'homme qui se montent et peuvent parfois avoir tendance à généraliser et virer dans les extrêmes.

Si la première moitié du roman pose le cadre de manière un peu lente, prenant le temps de positionner les personnages, les différentes castes de cette nouvelle société, l'intrigue gagne peu à peu en densité pour arriver à la limite du thriller, quand Martinelli se rend compte de la situation complexe dans laquelle il se trouve, de la surveillance constante dont il fait l'objet et des manipulations politiques qu'il sert.

Première découverte de Robert Merle, Les hommes protégés m'a moins parlé que La servante écarlate mais il reste très puissant dans l'imagination d'une société pas si éloignée de la nôtre, vers laquelle on pourrait peut-être tout à fait basculer là encore... Un roman qui rappelle combien nous vivons sur des fils, en équilibre fragile...

Texte © Miss Alfie 2018.
Couverture : Les hommes protégés, Robert Merle, éditions Gallimard, collection Folio, 1989, 448 pages.

Posté par Miss Alfie à 07:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

jeudi 6 septembre 2018

Cinq branches de coton noir - Yves Sente et Steve Cuzor

Extrait de la présentation de l'éditeur : Cinq branches de coton noirPhiladelphie, 1776. Mrs Betsy est dépêchée par les indépendantistes américains pour concevoir le tout premier drapeau des futurs États-Unis d'Amérique. Sa domestique, Angela Brown, décide alors de transformer cet étendard en un hommage révolutionnaire, en y adjoignant en secret un symbole inestimable...
Douvres, 1944. Le soldat Lincoln se morfond dans son camp militaire, entre discriminations raciales et bagarres quotidiennes. Jusqu'à ce qu'il reçoive une lettre de sa soeur, Johanna, annonçant qu'elle a découvert dans les possessions de leur tante décédée les mémoires d'Angela Brown...

Cette BD va vous embarquer dans un voyage historique et géographique, entre les États-Unis d'Amérique et l'Europe, entre la guerre d'indépendance américaine et la seconde guerre mondiale. On y suit trois GI noirs, frustrés de ne pas être envoyés au combat, de ne pas être considérés comme dignes de se battre aux côtés des autres soldats américains. Jusqu'au jour où la soeur de l'un d'eux leur offre la possibilité de devenir des héros de la nation américaine. Derrière cette lettre reçue et lue dans un baraquement en Europe, se cache l'un des secrets les plus grands des État-Unis d'Amérique, celui du premier drapeau. En se mettant en quête de cette relique, les trois hommes espèrent faire changer le regard que leurs concitoyens portent sur leur couleur de peau.

A travers cette quête sanglante sur fond de libération de la France, c'est l'histoire de la ségrégation et la place des noirs dans la société américaine qu'Yves Sente et Steve Cuzor viennent raconter. On sent le racisme, la supériorité présumée d'une couleur sur l'autre, un classement stupide des hommes par "race", la haine de l'autre, de la différence, et la quête d'une place égale, ou tout du moins équitable.

A ceux qui seraient inquiets de ces allers et retours dans le temps et l'espace, qu'ils se rassurent : la bande dessinée a cet atout majeur qu'elle peut jouer avec l'image, avec la couleur, pour faire comprendre au lecteur où et quand l'histoire se passe. Par ailleurs, bien qu'en un seul volume, Cinq branches de coton noir brille par la qualité et la densité de son intrigue. Il est rare que je m'enthousiasme pour des one-shots, mais là, ne pas vous recommander cet album relèverait de la faute grave ! N'attendez donc pas, et foncez chez votre dealer !

Texte © Miss Alfie 2018.
Couverture : Cinq branches de coton noir, Yves Sente et Steve Cuzor, éditions Dupuis, collection Aire libre, 2018, 176 pages.

Posté par Miss Alfie à 07:30 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

lundi 3 septembre 2018

Inhumaines - Philippe Claudel

InhumainesQuatrième de couverture : Nous sommes devenus des monstres. On pourrait s'en affliger. Mieux vaut en rire.

Dans un univers proche du notre, un homme raconte sa vie, l'Entreprise, ses collègues, son épouse, etc. Mais la vie décrite par ce personnage est étrange : les femmes qui meurent peuvent être remplacées à l'identique, on peut offrir des hommes en cadeau pour Noël, à moins qu'on ne décide de les manger, c'est selon. On s'invite pour des fêtes de suicide, on congèle les nouveaux-nés, on mange ses morts...

On m'avait prévenu qu'Inhumaines était un roman un peu à part dans l'oeuvre si touchante de Philippe Claudel, et je ne peux que vous le confirmer. L'ouvrage a beau être très court et sa lecture rapide, j'ai pourtant du prendre plusieurs soirées pour le lire, petites touches par petites touches, tant j'étais dérangée par ce monde peut-être pas si éloigné du nôtre qu'il imagine.

Dans des chapitres courts, avec des phrases très brèves, sans paragraphes, Philippe Claudel livre un nouveau conte moral bourré de cynisme. Il raconte un monde où l'émotion n'existe plus, où le détachement rend les humains interchangeables, sans conscience, sans remords, sans chagrin, et sans amour non plus. Un livre où le sentiment est enterré au fond des jardins proprets, et où les situations ubuesques sont légion. Un bouquin certes dérangeant, mais finalement assez percutant et marquant, comme toujours avec Philippe Claudel !

Texte © Miss Alfie 2018.
Couverture : Inhumaines, Philippe Claudel, éditions Stock, 2017, 176 pages.

Posté par Miss Alfie à 07:30 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,