Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
jeudi 23 mai 2019

Suzanne - Frédéric Pommier

SuzanneSuzanne a 95 ans. Bien qu'elle ait toujours été très dynamique, Suzanne ne peut plus rester seule chez elle et doit entrer dans un EHPAD, un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes. Suzanne aurait a toujours dit qu'elle ne voulait jamais y aller, mais ses filles s'y sont résignées. Pour son bien. Jusqu'à ce qu'on se rende compte que son bien, ce n'était pas là. Alors son petit fils a décidé de la raconter...

Frédéric Pommier, pour moi, c'est une voix, un phrasé, un ryhtme, une diction, entendus à la radio depuis des années, puis plus récemment vu à la télé. Fédéric Pommier, c'est un raconteur d'histoire le vendredi matin sur France Inter, deux-trois minutes pour mettre en lumière un ou une inconnnue. Mais cette fois, Frédéric Pommier s'est attaqué à une inconnue très connue de sa part, puisqu'il se plonge dans la vie de son aïeule.

A travers d'habiles allers et retours entre passé et présent, l'auteur raconte la vie d'une femme d'un milieu somme toute aisé, une petite bourgeoisie française qui traverse le 20e siècle avec ses joies et ses peines, en remontant le temps jusqu'à faire coïncider les deux récits, celui d'une vie passée et celui d'une vie actuelle. Par petites touches, il embarque son lecteur dans le quotidien de Suzanne dans sa nouvelle maison de retraite, les espoirs et les déceptions, les frustrations de cette femme relativement raffinée qui se retrouve à devoir manger de la nourriture hachée et à ne pouvoir prendre une douche qu'une fois par semaine.

Jamais larmoyant, toujours sensible, Frédéric Pommier livre un hommage empreint d'amour à sa grand-mère et pointe du doigts les dysfonctionnements d'un certain nombre d'établissements qui doivent accueillir nos aînés et leur offre parfois des conditions de fin de vie bien peu reluisantes...

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Suzanne, Frédéric Pommier, éditions des Equateurs, 2018, 236 pages.

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lundi 20 mai 2019

Les sept morts d'Evelyn Hardcastle - Stuart Turton

Les sept morts d'Evelyne Hardcastle

Extrait de la présentation de l'éditeur : Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée.
Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ?
Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre.
Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée.

Attention, ce roman est à prendre comme un ovni, une enquête policière qui joue avec les codes et surtout avec le temps. En suivant Aiden Bishop dans un manoir perdu au milieu de nulle part, à une époque non définie, dans un objectif tout aussi flou, vous serez condamnés comme le narrateur à vire et revivre la même journée en espérant pouvoir dénouer les multiples fils qui conduisent à la mort de d'une jeune femme en plein bal costumé. 

Huit jours, huit personnages, huit visions de l'affaire comme un grand puzzle avec des pièces qui s'assemblent entre elles, des fils qu'on retrouve d'une vie à l'autre. On se perd, on s'égare, on comprend peu à peu ce qui se joue... Avant de se rendre compte qu'on fait fausse route. 

Au fil des chapitres, j'ai eu envie de voir cette histoire portée au cinéma ou à la télévision. Une petite série en huit épisodes serait idéale pour raconter les brumes qui enveloppent ce lieu et cette intrigue, pour camper ce médecin de peste qui intervient comme un maître du jeu au fil des vies du narrateur, pour cacher ce valet de pied maniaque des lapins et très inquiétant...

Au final, Stuart Turton livre un labyrinthe littéraire dans lequel on se perd, on s'angoisse, avant d'en ressortir essoufflé, hagard, ébahi...

pro_reader
Lecture en partenariat avec Netgalley et Sonatine, sortie en librairie le 16 mai 2019.

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Les sept morts d'Evelyn Hardcastle, Stuart Turton, traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau, éditions Sonatine, 2019, 544 pages.

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jeudi 16 mai 2019

Le duel - Arnaldur Indridason

Le duel

Extrait de la présentation de l'éditeur : Été 1972. Le commissaire Marion Briem n’a que faire de la Guerre froide, des Russes et des Américains qui s’affrontent à Reykjavik lors d’un championnat d’échecs : un adolescent vient d’être assassiné dans un cinéma de quartier. Très vite pourtant, elle comprend que ce meurtre est lié au duel annoncé. 

Je ne suis pas une grande adepte d'Arnaldur Indridason. Les quelques romans que j'ai lu de lui ne m'ont pas laissé un souvenir impérissable, notamment sa série avec Erlendur Sveinsson, mais j'avoue que j'avais été bluffé il y a quelques années par son roman Betty qui fait partie des romans noirs que je conseille facilement autour de moi. J'ai voulu tenter Le duel car il s'inscrivait en dehors de la série Erlendur. Me voilà donc partie en Islande en 1972...

L'intrigue principale tourne autour du meurtre d'un jeune homme dans un cinéma, en marge d'un duel d'échec entre un joueur russe et un joueur américain... En pleine guerre froide, tout à fait ! Et le lecteur va rapidement comprendre que ce contexte politique n'est pas pour rien dans le crime commis. Pour qui, pourquoi ? Il faudra toutefois attendre la fin du roman pour que tous les fils se nouent. 

Mais Indridason ne s'intéresse pas qu'à ce meurtre, loin de là, il fait aussi la part belle à son personnage principal, Marion Briem, dont le lecteur découvre la vie tout autant que l'enquête au fil des chapitres. Je ne suis plus très friande de ces romans qui s'intéressent trop à la vie personnelle des enquêteurs (sauf ceux de Connelly parce que j'aime Harry Bosch, et ceux de Rankin parce que j'aime Rebus, mais ça ne compte pas !). Toutefois, ce mode de narration a le mérite de nous faire découvrir un petit pan de la culture islandaise et des difficultés de santé que le pays a pu connaître avec une épidémie de tuberculose au début du 20e siècle. J'ai également trouvé intéressant la réflexion sous-jacente sur l'isolement de ce petit pays, et ses liens finalement étroits avec le Danemark.

Sans être le polar du siècle, Le duel est un roman noir qui se laisse lire. Les fans apprécieront le clin d'œil à la fin du roman !

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Le duel, Arnaldur Indridason, traduit de l'islandais par Eric Boury, éditions Points, 2015, 408 pages.

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lundi 13 mai 2019

La révolte - Clara Dupont-Monod

La révolte

En 1152, Aliénor d'Aquitaine épouse Henri Plantagenêt, futur roi d'Angleterre. De cette seconde union, elle aura plusieurs enfants, et parmi eux Richard Coeur-de-Lion. 

Clara Dupont-Monod nous plonge à nouveau dans l'univers médiéval qu'elle affectionne, si j'en crois plusieurs de ses romans, et poursuit la découverte de la vie d'Aliénor d'Aquitaine débutée dans Le roi disait que j'étais le diable. Si ce dernier s'intéressait à la jeunesse d'Aliénor et à son premier mariage avec Louis VII, roi des Francs, La révolte nous plonge dans sa seconde union. Celle qui fut reine de France et reine d'Angleterre est ici racontée principalement par l'un de ses fils, Richard Coeur-de-Lion.

Sous forme de monologues, le lecteur se plonge dans la relation entre ce fils en quête de reconnaissance et cette mère puissance et stratège, cette mère qui manie l'audace et la puissance, faisant d'elle l'ennemi adorée de tout un peuple. Une fois de plus, c'est l'histoire d'une femme puissante que Clara Dupont-Monnod vient conter.

Si la parole est principalement donnée à Richard, Aliénor l'empoigne de temps à autre pour parler à son fils. Son époux et la fiancée de Richard vont également tenter de faire entendre leur voix, mais elles semblent finalement inaudibles, sans intérêt, dans ce portrait en négatif que Richard et Aliénor dressent l'un de l'autre.

Une nouvelle fois, Clara Dupont-Monod démontre son talent pour raconter l'époque médiévale, pour nous plonger dans la guerre que des fils vont se livrer entre eux, avant même la guerre de Cent Ans, partagés entre leur père et leur mère.

"Les puissants pincent les lèvres. Le peuple, lui, reconnaît l'audace. Il a toujours aimé Aliénor. On trinque à sa santé. On dit que le mois d'avril 1152 restera comme celui de l'habileté faite femme." (p. 15/145 - version numérique)
"Elle n'a que faire des rumeurs, elle serait sorcière, putain, amante de son beau-père, et après ? Sa liberté éclate au visage du monde." (p. 22/145 - version numérique)
"Sur ce parvis se tiennent deux fauves et chacun est sûr de son ascendant sur l'autre. En réalité, parce qu'ils se ressemblent trop, parce qu'ils se valent, ils deviendront ennemis mortels." (p. 24/145 - version numérique)
"Au fond d'elle, la colère enfle doucement. La désillusion est une sève. Bientôt naîtra une volonté si puissante qu'elle décidera du carnage." (p. 31/145 - version numérique)
"Ma mère m'a toujours dit que, à défaut de pouvoir régner comme elles l'entendent, les femmes pouvaient prendre le pouvoir par l'écriture - c'est pourquoi elle poussera ses filles vers la littérature et la poésie." (p. 32/145 - version numérique)
"Je me dis que, entre un disparu, un amer et un courtisan, je suis peut-être le seul fils qui réponde aux attentes de sa mère. Et je ne sais pas si cette préférence est un privilège ou une malédiction." (p. 47/145 - version numérique)

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : La révolte, Clara Dupont-Monod, éditions Stock, collection La bleue, 2018, 240 pages.

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jeudi 9 mai 2019

Dernier jour sur terre - David Vann

Dernier jour sur terre

Extrait de la présentation de l'éditeur : Le 14 février 2008, Steve Kazmierczak, vingt-sept ans, se rend armé à son université. Entre 15 h 04 et 15 h 07, il tue cinq personnes et en blesse dix-huit avant de se donner la mort. À 13 ans, David Vann reçoit en héritage les armes de son père, qui vient de mettre fin à ses jours. Quel itinéraire a suivi le premier avant de se faire l’auteur de ce massacre ? Quel parcours le second devra-t-il emprunter pour se libérer de son héritage ?

Ce bouquin n'est pas un roman, c'est une immersion dans la société américaine et dans son rapport aux armes. David Vann a perdu son père à 13 ans, il s'est suicidé avec l'une de ses armes. Or, dès son enfance, les armes ont fait partie de l'univers de Vann, il les maniait pour aller à la chasse avec son père et a même reçu une carabine pour ses 9 ans. Autant dire que les tueries qui ont régulièrement lieu aux Etats-Unis l'interrogent. Dans cet ouvrage, il est parti sur les traces de l'un de ces tueurs, un jeune homme qui passa à l'acte dans son ancienne université.

Pour ce récit, il alterne sa propre vie et celle de Steve Kazmierczak. Mais peu à peu, la vie de Vann s'efface, s'estompe, et il se focalise sur son alter ego à la vie bien plus trouble. On comprend rapidement que si Vann est marqué par le suicide de son père, il a malgré tout grandi dans un environnement stable, ne connaissait pas de troubles importants du comportement et a pu se construire une personnalité mesurée. Face à lui, Steve apparaît comme un jeune homme intellectuellement brillant, mais psychologiquement extrêmement instable.

Avec ce récit, David Vann montre à quel point les armes font partie du quotidien des Américains. Posséder une arme est presque aussi facile que d'acheter un bouquin ou un pantalon. On en offre aux enfants en cadeau d'anniversaire, signe de puissance et de force, de gloire. Alors que ce pays connaît chaque jour des fusillades, ce bouquin fait froid dans le dos. On le referme fasciné, et changé.

"Je me suis rendu dans tous les endroits qu'il a fréquentés à cette époque, j'ai parlé à ses amis, j'ai passé du temps avec eux, je suis allé chez eux, mais je n'ai pas l'expérience suffisante pour comprendre." (p. 41)
"Térence écrit : "Rien de ce qui est humain ne m'est étranger", mais une personne soumise à un tel traitement médicamenteux devient autre chose qu'un humain." (p. 41)
"Acheter un Glock 19, quelques chargeurs supplémentaires, entrer dans une salle de classe et tirer sur les gens. Nous n'avons rien mis en place pour empêcher quelqu'un de commettre un tel acte. C'est un droit américain." (p. 110)
"Chaque fois que je roule dans Champaign pour interviewer Jessica, je vois des panneaux en bordure de route qui affirment : LES ARMES SAUVENT DES VIES. Si ça, ce n'est pas de la manipulation, qu'est-ce qu'on entend alors par "manipulation" ?" (p. 246)

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Dernier jour sur terre, David Vann, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laura Derajinski, éditions Gallmeister, collection Totem, 2018, 254 pages.

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