Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
dimanche 15 septembre 2019

Nos âmes la nuit - Kent Haruf

nos ames la nuit

Extrait de la présentation de l'éditeur : Dans la petite ville de Holt, Colorado, dans une Amérique profonde et isolée, Addie, une septuagénaire, veuve depuis des décennies, fait une étrange proposition à son voisin, Louis, également veuf : voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour parler, pour se tenir compagnie ? La solitude est parfois si dure… Bravant les cancans, Louis se rend donc régulièrement chez Addie.

J'ai découvert Kent Haruf en début d'année, et je dois vous dire que je regrette de ne pas avoir lu cet auteur auparavant. Cet homme est un magicien, un magicien des mots qui fait émerger de ses romans une poésie, une douceur, une délicatesse qu'on n'image pas avant de s'y plonger. Jamais mièvre, toujours juste dans sa transcription des émotions, Kent Haruf raconte des histoires de vie simples, mais tellement réalistes... 

Dans ce roman, on se retrouve à nouveau dans sa ville imaginaire de Holt, mais on suit cette fois un vieil homme et une vieille femme, tous deux veufs, dont les destins vont être chamboulés après la curieuse proposition d'Addie. Nuit après nuit, ces deux âmes isolées vont apprendre se connaître et braver les rumeurs et regards en biais que leur relation ne manquera pas de susciter. 

Au fil du récit, on s'attache à Addie et Louis, on voudrait les protéger, on a envie de les soutenir dans cette aventure qui soulève finalement d'autres questions, comme celle de l'isolement des personnes âgées...

Nos âmes la nuit est un roman court mais qui dégage beaucoup de puissance et d'émotion. A découvrir sans plus tarder.

"Non, il ne s'agit pas de sexe. Ce n'est pas comme ça que je vois la chose. Je crois que j'ai perdu tout élan sexuel il y a longtemps. Je parle de passer le cap des nuits. Et d'être allongés au chaud sous les draps, de manière complice. D'être allongés sous les draps ensemble et que vous restiez la nuit. Le pire, ce sont les nuits, vous ne trouvez pas ?" (p. 9)

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Nos âmes la nuit, Kent Harouf, traduit de l'anglais (USA) par Anouk Neuhoff, éditions Robert Laffont, collection Pavillon Poche, 2017, 192 pages.

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samedi 7 septembre 2019

Bleu de Delft - Simone van der Vlugt

Bleu de Delft

Après le décès de son marie, Catrijn décide de quitter son village natal pour tenter sa chance à la ville. Elle quittera sa vie de paysanne pour s'employer comme domestique, loin du regard et des rumeurs de son village. Mais même à Amsterdam, le passé ne s'oublie pas, et Catrjin poursuivra sa route à Delft, où elle mettra son talent d'artiste au service d'une manufacture de porcelaine.

Si vous avez aimé La jeune fille à la perle ou Miniaturiste, vous pourrez retrouver dans Bleu de Delft l'ambiance néerlandaise imaginée par deux autres autrices. Si on croisera à nouveau Vermeer dans ce roman et qu'on touchera du doigt la peinture, c'est surtout l'univers de la porcelaine qui est raconté, ses techniques et, surtout, l'origine de ces motifs hollandais connus sous le nom de "Bleu de Delft".

Simone van der Vlugt imagine une femme indépendante, au passé un peu trouble, mais il faut attendre bien des pages pour que cette complexité du personnage apparaissent, noyée qu'est Catrijn dans des histoires de romance... Cet côté "bluette" de femme qui tombe dans les bras de tous les hommes qu'elle croise ou presque m'a un peu agacée, notamment dans sa narration...

C'est donc un sentiment en demi-teinte qui persiste après cette lecture : un roman facile à lire, intéressant sur quelques points historiques et culturels, mais gâché par l'eau de rose qui émane des amours de Catrijn.

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Bleu de Delft, Simone van der Vlugt, traduit du néerlandais par Guillaume Deneufbourg, éditions 10/18, 2019, 336 pages.

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lundi 2 septembre 2019

Bakhita - Véronique Olmi

BakhitaExtrait de la présentation de l'éditeur : Enlevée à sept ans dans son village du Darfour, Bakhita a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres.

Si vous avez envie de découvrir l'histoire d'une femme pleine d'humanité et de bonté, il faut vite découvrir ce roman de Véronique Olmi qui retrace l'histoire d'une femme africaine, esclave, devenue religieuse catholique puis sainte. Et que les athées ou plus généralement les personnes non catholiques se rassurent : si on parle d'une femme qui finit par entrer dans les ordres parce qu'elle va y trouver la paix et la sérénité qui lui ont manqué dans sa jeunesse, il n'y aucun prosélytisme ni aucune bondieuserie dans ce récit.

Véronique Olmi nous emmène au Soudan d'où est originaire cette jeune femme qui ne sait plus son nom de naissance, qui passe les premières années de sa vie dans un village. Mais un jour, tandis qu'elle se promène avec une amie, elle croise la route de deux ravisseurs qui la mettent entre les mains de vendeurs d'esclave. Passant de mains en mains, devenue un objet, une chose qu'on laisse dans un coin, qu'on piétine, qu'on maltaite, marquée dans sa chair au sens propre comme au sens figuré, elle ne finit par trouver la paix qu'une fois arrivée en Italie. Là, elle ne retrouvera la liberté réellement que derrière les murs d'un couvent. 

Véronique Olmi traduit non seulement à merveille l'incertitude de la vie de cette femme, mais aussi le traumatisme que ses années en tant qu'esclave ont laissé en elle. Incapable de vivre sans un cadre, c'est dans cet univers totalement féminin, où les hommes sont relégués à la périphérie, que Bakhita trouve la paix et continue une ie de dévouement... On est ému par cette femme, par la violence et l'inhumanité qui se dégage d'êtres dit humains. Avec un style directe, Véronique Olmi raconte aussi le racisme et la méfiance des Italiens vis-à-vis de cette femme à la couleur de peau étonnante...

Bref, une très belle histoire, qui se lit comme un roman, qui nous rappelle les atrocités que les hommes ont pu commettre (et commettent parfois encore...).

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Bakhita, Véronique Olmi, éditions Livre de Poche, 2019, 480 pages.

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lundi 26 août 2019

Chroniques estivales

Bonjour à toutes et à tous,

Après plusieurs semaines d'inactivité, le blog va reprendre doucement du service. Cet été fut mouvementé, j'ai clairement rencontré une bonne panne de lecture et délaissé les bouquins aux profits de podcasts, jeux et autres activités ne me demandant pas une grande concentration d'esprit.

Toutefois, j'ai quand même réussi à me plonger dans quelques ouvrages dont je vais brièvement vous parler maintenant...

nos révolutions Notre age d'or

Commençons par la suite de Nos premiers jours de Jane Smiley... J'ai lu les deux tomes suivants de sa saga "Un siècle américain"... Ou du moins le deuxième tome et une partie du troisième, car j'avoue m'être peu à peu lassée de cette famille... L'aspect historique et culturel que j'avais beaucoup apprécié dans le premier tome a encore réussi à m'intéresser dans le second, mais le troisième étant beaucoup plus contemporain, je n'ai pas retrouvé ce je ne sais quoi de magie qui fonctionnait dans le premier opus. Les personnages aussi m'ont parfois un peu agacée, notamment certains hommes de cette famille... 
Au final, Jane Smiley livre une saga intéressante mais un peu inégale.

La-porte

Parmi les lecture compliquée de cet été, il y eut La porte de la Hongroise Maga Szabó. Conseillé par mon ami Lili Galipette, je l'ai glissé dans la valise des vacances, et j'avoue avoir eu du mal à en venir à bout : malgré une écriture brillante, ce bouquin reste très dur. Il raconte l'étrange relation entre la narratrice et une femme âgée qui va devenir sa domestique. Jusqu'au jour où cette femme, Emerence, va se replier sur elle-même. En voulant la sauver, la narratrice, dont on finit par comprendre qu'il s'agit de l'autrice elle-même, la tuera. Un roman très fort, très dur, mais surtout très puissant.
N'hésitez pas à vous accrocher si vous le tentez et que vous peinez dessus, ou à y revenir à un moment plus propice : c'est une sorte de claque littéraire pour moi.

Compartiement tueurs

Dans le genre mortel, je ne peux omettre ce roman policier que l'homme m'a mis entre les mains, voyant ma peine à lire. "Tu verras, c'est chouette, ça se lit tout seul", m'a-t-il dit. Je ne peux lui donner tort : Sébastien Japrisot m'a embarqué dans un voyage au sein de Compartiment tueurs que je n'ai pu abandonner avant d'avoir le fin mot de l'histoire ! Et ce fin mot, je l'avoue, m'a cueillie sur le quai des surprises, et ce n'est pourtant pas faute d'avoir imaginé un paquet de solutions à cette intrigue ferroviaire !

Compartiement pour dames

Pour les adeptes du train, restons dans un roman ferroviaire mais montons dans le Compartiment pour dames de l'Indienne Anita Nair. On y suit une femme d'une quarantaine d'années, célibataire, qui décide de quitter sa famille pour quelques jours. Le temps d'un voyage, elle rencontre cinq autres femmes d'horizons et aux destins bien différents du sien. Au fil de cette longue nuit de voyage, elle réfléchira à son propre destin, à ses propres envies pour l'avenir, et questionnera sa capacité à remettre en question des traditions séculaires.
Les mots d'Anita Nair nous transportent dans un pays et une culture bien éloignés de la France. Les femmes ont une place particulière dans ces familles qu'elle raconte, soumises à une société de caste dominée par les hommes. Un roman que j'ai apprécié, léger tout en étant très intéressant sur la conditions des femmes.

Les intrus de la maison haute

Parmi les jolies découvertes de cet été, qui m'ont peu à peu redonné le goût de lire, il ne faut pas que j'oublie de citer le recueil de deux nouvelles de Thomas Hardy publié chez Folio, regroupant Le bras atrophié et Les intrus de la Maison Haute. Il s'agit pour moi d'une découverte, n'ayant jamais eu l'occasion de lire l'auteur du pourtant célèbre Tess d'Uberville, découverte que je dois, une fois de plus, à la fameuse Lili Galipette ! Peu adepte en temps normal des nouvelles, j'aime toutefois souvent ces publications de chez Folio qui permettent de découvrir le style d'un auteur et d'envisager de s'y plonger plus profondément par la suite. 
Cette fois encore, Lili a visé juste et j'ai beaucoup apprécié ces deux histoires mettant en scène des gentelmen farmers dans l'Angleterre du 19e siècle. Dans les deux histoires, on découvre des amours contrariés, mais aussi des femmes plus puissantes qu'elles n'y paraissent à première vue. Deux histoires qui se lisent facilement et donnent envie de se plonger dans une oeuvre que je perçois toutefois comment plus tragique que légère.

et vous avez eu beau temps

Avant de clore cet article et continuer quelques lectures en cours, il me faut aussi vous parler de deux déceptions...
La première c'est avec un auteur que je relisais avec une pointe de nostalgie : Philippe Delerm... Il y a des années, alors que j'avais tout juste mon bac en poche, j'avais découvert ses écrit avec beaucoup de plaisir et de délectation. Je lui trouvais un talent certain pour conter des petites choses du quotidien.
Sorti début 2018, Et vous avez eu beau temps ? trônait depuis sur ma table de nuit. Un soir de panne, je décidais de l'ouvrir et de profiter de ces courts textes avant de m'endormir. Deux à trois pages à chaque fois, idéal quand on a du mal à se concentrer et que se plonger dans une longue histoire ne fait pas envie... Mais le problème est que je me suis sentie jugée dans ces textes. J'ai trouvé la vision de Delerm très parisianiste, très élitiste. Bref, parfois il ne fait pas bon vieillir... Mieux vaut s'en tenir à ses souvenirs de jeunesse !

Comment t'écrire adieu

La seconde déception de cet été fut l'ouvrage de Juliette Arnaud Comment t'écrire adieu. Mais pourquoi ai-je voulu tenter ce qui s'annonçait comme un roman-thérapie alors que je n'aime pas cela ? Parce que l'Homme me l'avait offert et fait dédicacer au dernier salon du livre de Besançon, et que le concept changeait un peu : pour raconter sa dernière histoire d'amour, sa rupture, et s'interroger plus généralement sur son rapport aux hommes et aux autres, Juliette Arnaud met une playlist qu'elle égrène au fil des chapitres.
Si j'ai apprécié de découvrir certains morceaux qui m'étaient totalement inconnus, j'ai buté une fois de plus sur l'aspect nombriliste de ce genre de bouquin. Dommage, car le concept était franchement intéressant et que Juliette Arnaud fait preuve d'humour et d'auto-dérision qui apporte malgré tout un peu de fraîcheur à ce genre littéraire.

Maintenant que nous sommes à jour sur les lectures, reprenons tous une activité normale. Le blog va tenter, lui aussi, de retrouver quelques publications, que je vous annonce d'ores et déjà moins régulières qu'auparavant. Toutefois, rédiger ce billet m'a rappelé le plaisir que je peux avoir de partager avec vous les découvertes et déceptions qui se cachent dans les étagères de livres de ma maison.

A très vite alors !

Texte © Miss Alfie 2019.
Couvertures :
• Nos révolutions, Jane Smiley, traduit de l'anglais (USA) par Carine Chichereau, éditions Rivages, 2018, 600 pages.
• Notre âge d'or, Jane Smiley, traduit de l'anglais (USA) par Carine Chichereau, éditions Rivages, 2019, 600 pages.
• La porte, Magda Szabó, traduit du hongrois par Chantal Philippe, éditions Livre de poche, 2017, 352 pages.
• 
Compartiement tueurs, Sébastien Japrisot, éditions Gallimard, collection Folio policier, 2014, 288 pages.
• Compartiment pour dames, Anita Nair, traduit de l'anglais (Inde) par Marielle Morin, éditions Livre de poche, 2019, 432 pages.
• Les intrus de la Maison Haute, précédé d'un autre conte du Wessex, Thomas Hardy, traduit de l'anglais par Bernard Jean, éditions Gallimard, Collection Folio 2€, 2012, 128 pages.
• Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrases, Philippe Delerm, éditions Points, collection Le goût des mots, 2019, 176 pages.
• Comment t'écrire adieu, Juliette Arnaud, éditions Belfond, 2018, 144 pages.

jeudi 20 juin 2019

Nos premiers jours - Jane Smiley

Nos premiers jours

1920. Le petit Franck Langdon vient au monde en ce début d'année, dans la ferme de ses parents Rosanna et Walter. Années après années, la famille s'agrandit, la ferme s'étoffe, et la vie poursuit son cours en même temps que l'Histoire des Etats-Unis.

Résumer ce roman est difficile, car c'est juste l'histoire d'une famille américaine à partir de 1920 que Jane Smiley raconte dans le premier volume de cette saga en trois tomes. "Un siècle américain" est l'occasion de re-découvrir l'histoire des Etats-Unis d'Amérique à travers cette d'une famille de fermiers. 

Rosanna et Walter vont avoir six enfants. Six personnages très différents les uns des autres, six personnages auxquels le lecteur s'attache. Chaque chapitre correspond à une année, et Jane Smiley navigue entre les parents et les enfants Langdon, adaptant son style au personnage et à son âge. Ainsi, lorsque Franck est bébé, elle n'hésite pas à se mettre à sa hauteur pour raconter ce qu'il voit et imagine ce qu'il peut comprendre du monde qui l'entoure... Franck, l'aîné de la fratrie, peut-être celui auquel je me suis personnellement le plus attachée, parce que c'est le premier que l'on suit vraiment... 

Dans tous les cas, ce premier tome m'a beaucoup plu. J'ai aimé la douceur qui se dégage de cette histoire familiale sans mélo ni excès. Il y a des drames, il y a des joies, tout est raconté simplement et naturellement. Un premier tome prometteur pour une saga que je vous conseille pour cet été !

Une lecture en partenariat avec les éditions Rivages.

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Nos premiers jours, Jane Smiley, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau, éditions Rivages, collection Rivages Poche, 2018, 600 pages.

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