Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
mercredi 1 avril 2020

Lectures de mars - les bandes dessinées

Bonjour à toutes et tous,

J'espère que cet article vous trouvera en bonne forme.

J'ai publié quelques billets ce mois-ci, notamment un article dédié à l'ouvrage de Raphaël Confiant Grand Café Martinique et quelques textes de ma propre production, que j'ai écrit grâce à une participation désormais régulière à un atelier d'écriture. Voici donc en complément un premier billet consacré aux bandes dessinées lues ce mois-ci et dont je ne vous avais pas encore parlé.

Vous noterez que le bilan des lectures de mars est assez faible : j'ai beau être chez moi, je télé-travaille donc je suis quand même bien occupée en journée, et j'avoue que le soir et le week-end, j'ai un peu de mal à me concentrer pour lire... Espérons qu'avril me permette d'augmenter mes découvertes !

 

SamsaraSamsara, de Franck Giroud et Michel Faure

Cette histoire initialement publiée en deux tomes nous entraîne entre l'Angleterre et l'Inde du 19e siècle, au sein d'une famille marquée par une malédiction et des secrets. Si j'avoue avoir apprécié le côté aventure de cette histoire, j'ai moins accroché à l'intrigue familiale assez convenue et prévisible. Quant au personnage d'Elizabeth, centrale dans cette histoire, elle avait un sacré potentiel que la fin rend un peu décevant...

Côté dessin, le style de Michel Faure se prête bien aux paysages, mais beaucoup moins aux personnages et notamment aux visages.

Au final, un histoire distrayante, mais pas inoubliable.

 

D&DDickens & Dickens, de Rodolpho et Griffo

Dans cette histoire également en deux tomes, les auteurs mettent en scène Charles Dickens et son alter ego, Charlie, double de lui-même et celui qu'il aurait pu devenir s'il n'était pas cet écrivain renommé. On y croise évidemment quelques figures de l'époque de l'entourage de Charles Dickens, comme l'écrivain Wilkie Collins.

Graphiquement assez sympa, ce diptyque nous emmène dans un univers que j'aime bien, celui du Londres du 19e. Des beaux quartiers aux bas-fonds londoniens, on plonge dans les affres psychologique d'un être à la dérive. Une fiction sans prétention, qui donne envie de lire Dickens quand, comme moi, on n'a pas encore eu le courage de s'y confronter !

Là encore, deux albums sympathiques, mais pas inoubliables.

 

Green Manor

Green Manor, de Fabien Velhmann et Denis Bodard

Le crime n'est rien sans un peu d'élégance.

Là. Là on tient un truc très bon qui fera probablement partie des meilleures découvertes de l'année. Dans ce grimoire, est rassemblée l'intégrale d'une série publiée entre 2001 et 2005 à laquelle l'éditeur a ajouté un magnifique et épais cahier graphique.

Denis Bordard met en scène les histoires inventées par Fabien Velhmann, des crimes et des meurtres réalisés et imaginés par les lords d'un club anglais sélect au 19e siècle. En quelques pages, les deux auteurs imaginent près d'une vingtaine d'intrigues mortelles, dans tous les sens du terme. Comme dans tous les ouvrages de ce type, certaines histoires sont plus sympa que d'autres, mes préférences allant clairement aux idées les plus sordides et aux vengeances les plus machiavéliques !

Une découverte que je vous conseille sans restriction !

Note : Fabien Velhmann est également le scénariste de la très bonne saga du Marquis d'Anaon !

 

Shi

Shi, de Zidrou et Homs

Deux femmes que tout semble opposer, l'une anglaise et l'autre japonaise. Des hommes qui veulent reconquérir l'Amérique. Des alcôves où les penchants les plus vicieux se mettent à nu. De la vengeance, partout.

Avec ce premier cycle en quatre tomes, Zidrou et Homs nous proposent une histoire de vengeance agrémentée de très belles planches qui mêlent Londres et l'Asie. On y croise des flics pas très recommandables, des pasteurs aux penchants étranges, une reine pas si douce qu'on ne le croit, et deux femmes puissantes qui s'élèveront contre un monde dans lequel les hommes font la loi.

Comme toute histoire en "cycle", j'ai regretté la fin du 4e tome très ouverte, qui laisse bien sûr la suite à un second cycle. Mais j'ai aussi fortement regretté la présence dans les deux premiers tomes de passages se déroulant de nos jours, qui n'apportent pas grand chose à l'histoire de ces deux femmes, et qu'on ne retrouve d'ailleurs plus du tout dans les tomes 3 et 4.

Au final, un premier cycle intéressant, porté par un graphisme très chouette. Je recommande, malgré les petites faiblesses scénaristiques que je viens d'évoquer !

 

Voilà pour les BD de ce mois de mars. Je vous donne rendez-vous samedi 4 pour un second article de bilan qui s'intéressera, lui, aux romans lus en mars ! En attendant, n'hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous avez pensé de ces albums si vous les avez également déjà lus !

 

Texte © Miss Alfie 2020.
Couvertures :
Secrets - Samsara (intégrale), Franck Giroud et Michel Faure, éditions Dupuis, 2012, 168 pages.
Dickens & Dickens, tome 1 : Destins croisés, Rodolphe et Griffo, éditions Vent d'ouest, 2017, 56 pages.
Green Manor (intégrale), Fabien Velhmann et Denis Bordard, éditions Dupuis, 2018, 216 pages.
Shi, tome 1 : Au commencement était la colère, Zidrou et Homs, éditions Dargaud, 2017, 56 pages.


lundi 30 mars 2020

Petits rien du télétravail

 

Un petit inventaire en ce lundi matin un peu particulier !

bureau

Écran
Rectangle lumineux source de bien des insomnies, abreuvant nos yeux d’images parfois violentes, mais offrant parfois de jolies parenthèses d’échanges virtuels.

Clavier
Alternative au bon vieux stylo pour coucher pensées, états d’âme, requêtes administratives et mots doux.

Souris
Bestiole effrayante qui mérite d’être domptée et permet alors d’élargir le champ des possibles depuis son fauteuil.

Téléphone portable
Objet transitionnel des adultes, jamais très loin de la main de son propriétaire, désormais principalement utilisé pour d’autres activités que celle consistant à discuter de vive voix avec un tiers humain.

Écouteurs
Oreilles complémentaires destinées à faciliter une conversation avec un interlocuteur invisible ou à s’isoler dans une bulle musicale rassurante.

Tasse
Toujours à portée de main, de forme facilement préhensible, généralement remplie d’un liquide chaud de type café ou thé. Pouvant parfois servir de pot à crayons.

Agenda
Cahier rempli de rendez-vous non honorables et de réunions à annuler en cas de confinement, pouvant servir de pense-bête aux plus étourdis.

Clé USB
De la taille d’un auriculaire bien charnu, se glisse dans l’une des fente de l’ordinateur afin de vérifier si l’utilisateur sait reconnaître ses formes. Mémoire complémentaire et carnet de bord de son propriétaire.

Stylo
Parfois utilisé pour coucher quelques annotations sur l’agenda précédemment évoqué ou sur une feuille volante récupérée dans un tiroir. Fonction similaire à celle du clavier.

Dossiers
Ensemble de documents oubliés au bureau dont on aurait particulièrement eu besoin là, maintenant tout de suite, et qu’on remplace par une recherche sur internet et une consultation de Legifrance.

Carnet
Feuilles de papier reliées entre elles et sur lesquelles on couche les idées qui nous viennent au fur et à mesure des heures, pour dresser son propre journal de confiné.

Texte © Miss Alfie 2020.

Posté par Miss Alfie à 08:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

vendredi 27 mars 2020

Un salon - Verso

Salon

Ils ont soupé tous les deux, sans les enfants. Pendant qu’on leur servait les plats, une bonne est venue ranimer le feu dans le salon et préparer le plateau pour la soirée, petite main efficace et invisible.

Il frissonne, malgré la flambée. Il a lu il y a peu que certains bâtiments s’équipent d’un système qui s’appelle le chauffage central. Il aimerait bien pouvoir faire de même ici, comme il aimerait pouvoir mettre l’électricité pour ne plus avoir à supporter l’odeur des bougies qui brûlent. Mais comme pour tout, c’est une question d’argent.

Comme d’habitude, il s’est servi un whisky pour terminer le repas. Dans le second flacon sur la table basse, il observe le porto qu’il servira à Flora. Lorsqu’ils soupent tous les deux, elle fait toujours un détour par leurs chambres entre la fin du repas et le moment où ils se retrouvent au salon. Il regarde le liquide pourpre qui scintille à la lumière du feu dans son flacon.

Cet après-midi, il a revu le banquier. Celui-ci est pessimiste : malgré leurs efforts, l’entreprise qu’il a monté avec son frère peine à trouver son équilibre. Deux grosses tempêtes à l’automne ont retardé des livraisons d’Inde, quelques clients ont réclamé des dédommagements qu’ils ont du mal à accorder… Tout cela ne serait rien s’il n’y avait pas eu en plus les vols répétés opérés par leur neveu pour entretenir une maîtresse et sa passion du jeu…
Il s’interroge. Comment continuer à entretenir cette maison ? Comment continuer à faire face à leur train de vie ? Ne faudrait-il pas la vendre plutôt que la quitter de force s’ils font faillite ? Il n’en a pas parlé à Flora, mais il a apporté la maison familiale comme garantie auprès de la banque pour un nouvel emprunt…

A l’étage, il entend sa femme qui sort de la chambre des filles. Il peut suivre ses pas dans le couloirs. La voilà qui arrive sur le pallier. Face à elle, il voit l’aile dans laquelle ils logent tous les deux, deux chambres contiguës qui communiquent par une petite porte installée par ses aïeuls.
S’ils doivent quitter la maison, il aimerait trouver un appartement en ville. Certes, ce serait moins spacieux et plus bruyant que leur vaste maison en bordure de champs, mais ce serait tellement plus pratique pour lui. Il veillera dans ce cas à ce qu’il n’y ait qu’une chambre conjugale : à quoi bon avoir deux pièces puisqu’il ne dort jamais dans la sienne et rejoint Flora chaque soir dans sa chambre ?!
Les chaussures de Flora claquent sur le marbre de l’escalier. Tranquillement, il verse à son épouse un verre de Porto.

Comme d’habitude, dans quelques minutes, elle entrera dans le salon, s’installera dans le fauteuil à droite de la table basse et ouvrira son livre en cours.
Comme d’habitude, il la regardera jouer avec une mèche de cheveux qu’elle enroulera autour de son doigt tout en se mordant la lèvre.
Comme d’habitude, elle finira par lever les yeux de son livre, lui tirera la langue en l’exhortant à s’intéresser à son journal.
Comme d’habitude, ils trinqueront en riant comme deux gamins amoureux.

Texte © Miss Alfie 2020.

Posté par Miss Alfie à 09:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

mardi 24 mars 2020

Un salon - Recto

C’était un lundi d’hiver, un matin qui avait la blancheur de ces jours de brouillard au cours desquels le soleil tente de percer. Le conservateur en chef m’avait remis les clés du lieu une heure plus tôt ; et je m’étais empressée de venir voir cet endroit qui allait devenir mon obsession.

La porte d’entrée, en bois massif, me semblait encore en bon état. Elle serait à poncer et à repeindre, mais nous devrions pouvoir la garder. La serrure fonctionnait à la perfection. Ma grosse clé l’ouvrit sans un grincement.

Rapidement, je parcouru le hall et le grand escalier des yeux. J’y reviendrai plus tard.
Sur ma gauche, une double porte menait au salon. Je connaissais la disposition des lieux par cœur tant j’avais étudié les plans, gravures et photos que nous avions déjà rassemblé. A droite, un couloir menait à la salle à manger d’apparat. Dans un renfoncement, derrière l’escalier, une porte permettait d’accéder à l’entresol, à la cuisine et à l’univers des domestiques.

J’entrais dans le salon. Un spectacle totalement différent de l’image que je m’étais faite de la pièce m’attendais. Les années d’abandon avaient laissé des marques qu’il me revenait d’effacer.

Au fond de la pièce, deux grandes portes-fenêtres ouvraient sur le parc. Je peinais à les ouvrir pour replier les volets en bois et laisser la lumière pénétrer la pièce. Les menuiseries seraient à vérifier et quelques carreaux à remplacer.
Un arbre s’était installé en plein milieu de la terrasse qui longeait la maison, et son ombre se projetait dans la pièce.

Je fus surprise de trouver un peu de mobilier dans cette pièce : deux vieux fauteuils, une paire de chaises en paille sur lesquelles je ne cherchais pas à m’asseoir. La maison semblait avoir été abandonnée précipitamment. Sur le linteau de la cheminée, je découvris un vieux flacon avec un reste de liquide ambré et deux verres.

Au sol, je chassais du pied quelques feuilles arrivées là je ne sais comment et découvrir le parquet. Une bonne couche de poussière l’enveloppait, et l’humidité l’avait probablement fragilisé.
Au plafond, la peinture s’écaillait. Dans l’angle opposé, je vis que la corniche s’était en partie détachée. Un lustre pendait encore, terni par les ans. Mais la restauration serait peut-être moins compliquée que prévu avec ces petits indices que je trouvais sur mon chemin.
Aux murs, les tapisseries se détachaient partiellement. Deux grands miroirs encadraient la cheminée. J’y vis mon reflet piquetés de points noirs. 

Mes recherches m’avait permis de conclure que cette pièce était principalement destinée à la vie familiale du Marquis qui fit construire la maison. On s’y retrouvait en journée pour converser, jouer, broder ou peindre, ainsi que le soir, après le souper pris en famille. Un autre salon jouxtait la salle à manger d’apparat pour les soirs de réception.
Il se dégageait de ce lieu une douceur et une sérénité qui me faisaient aisément comprendre pourquoi il était devenu l’espace d’intimité des occupants des lieux. 

Je fis quelques photos, annotais mes croquis et ressortis en tirant la double-porte. J’aurai tout le temps de revenir plus tard explorer ce salon. Il me fallait découvrir les autres secrets de cette vieille bâtisse.

salon

Texte © Miss Alfie 2020.

Posté par Miss Alfie à 10:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

dimanche 22 mars 2020

Grand Café Martinique - Raphaël Confiant

Grand Café Martinique

Début du 18e siècle. Gabriel-Mathieu d'Erchigny de Clieu, orphelin de père, décide de prendre la route des Antilles et y fait fortune comme planteur. Quelques années plus tard, il revient en France pour réussir à acquérir un ou plusieurs plans de café. Son nouveau projet : développer la culture des caféiers à la Martinique.

Une nouvelle fois, Raphaël Confiant s'inspire de personnages réels pour nous conter un bout de l'Histoire des Antilles. Si dans les deux romans que j'ai déjà lu de lui, il parle essentiellement de personnes d'origine antillaise, il vient ici nous raconter l'histoire du Français qui avait élu domicile à la Martinique et qui importa le premier plant de café sur l'île.

La première moitié du roman permet de positionner le contexte et de raconter l'installation de de Clieu à la Martinique, quand la seconde se consacre essentiellement à la traversée pendant laquelle de Clieu veilla sur ses plans de café. Le tout est émaillé de récits de type contes qui racontent l'histoire du café, de sa découverte à sa consommation actuelle, d'extraits du carnet de voyage de de Clieu (véridiques ou non, je n'ai pas vérifié !) et de citations d'ouvrages de l'époque (là encore, j'y crois, je n'ai pas fait la vérification !).

Si le style de Confiant est une fois de plus superbe, tout en poésie et en retenu, s'inspirant de l'époque pour nous offrir une langue maîtrisée, j'avoue avoir peiné sur la seconde partie du roman. J'ai trouvé des longueurs à cette traversée, probablement longue en effet, mais j'aurai aimé que l'auteur aille plus vite sur cette phase pour m'expliquer un peu plus comment de Clieu réussit ensuite à se développer et à faire de la Martinique un réel producteur de café... Mais probablement n'était-ce pas le choix de l'auteur !

Un roman à réserver aux amateurs de café et d'explorations navales !

Texte © Miss Alfie 2020.
Couvertures : Grand Café Martinique, Raphaël Confiant, éditions Mercure de France, 2019, 320 pages.

Posté par Miss Alfie à 09:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,