Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

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jeudi 25 février 2021

Les couilles sur la table - Victoire Tuaillon

Les couilles sur la tableBinge audio est une société de production de podcasts, dont fait partie l'émission de Victoire Tuaillon, Les couilles sur la table. Une à deux fois par mois, Victoire Tuaillon se pense sur la place et le rôle des hommes dans la société, parce que si on ne naît pas femme et qu'on le devient, c'est un peu pareil pour les hommes...

Dans cet ouvrage sorti depuis maintenant près d'un an et demi, Victoire Tuaillon a synthétisé les échanges qu'elle a pu avoir et partager avec des sociologues, des chercheurs, des écrivains, des hommes et des femmes qui se questionnent sur les relations entre hommes et femmes, sur la domination masculine, sur ce qu'elle dit de notre société et sur ce qui la fait et peut, peut-être, la faire évoluer.

Avec un style très accessible, Victoire Tuaillon parle éducation, travail, sexualité, violence. Elle pointe les injonctions faites aux petits garçons, elle explique comment la société contribue à l'élaboration d'une différence entre hommes et femmes, valorisant la virilité au détriment de la douceur, de l'écoute et de l'empathie. Si j'avais déjà en tête pas mal de concepts et d'idées car j'ai écouté une bonne majorité des émissions qu'elle a pu faire, j'ai apprécié de retrouver des mots posés sur ces idées. Et j'apprécie également d'avoir dans ma bibliothèque cet ouvrage vers lequel me tourner pour trouver des références pour approfondir ma réflexion et continuer à comprendre d'où viennent les déséquilibres qui peuvent tant m'agacer, et comment les modifier.

Un ouvrage très facile d'accès, à mettre entre bien des mains d'hommes, comme de femmes !

Texte © Miss Alfie 2021.
Couverture : Les couilles sur la table, Victoire Tuaillon, éditions Binge Audio, 2019, 255 pages.

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lundi 22 février 2021

La cuisinière - Mary Beth Keane

La cuisinièreAu début du 20e siècle à New-York, les médecins découvrent que la fièvre typhoïde pourrait bien être transmise par des porteurs sains. La première identifiée fut Mary Mallon, une cuisinière accusée d'avoir contaminé plusieurs dizaines de familles et de domestiques, et provoqué la mort de trois personnes.

Je l'ai déjà dit, j'ai parfois des craintes quand j'attaque un roman qui met en scène un personnage ayant réellement existé. Dans ce roman, je n'ai pourtant pas trop été gênée, me laissant porter par la trame romancée imaginée par Mary Beth Keane à partir de l'histoire de cette femme au caractère bien trempé.

Mary Mallon est une immigrante irlandaise. Après avoir exercée en tant que lingère dans de nombreuses maisons new-yorkaises, elle finit par obtenir un poste de cuisinière. Ses talents sont réels, et Mary trouve de bonnes places. Ses jours de congés, elle les passe dans le petit logement qu'elle partage avec Alfred, qui refuse de l'épouser malgré leur vie commune réelle, un petit scandale à l'époque. Mais le destin de Mary bascule le jour où la police sanitaire de New-York vient la capturer pour l'isoler et l'empêcher de contaminer son entourage. Pour Mary, c'est la douche froide et l'incompréhension : comment peut-elle être à l'origine des morts qui ont eu lieu dans quelques unes des familles pour lesquelles elle a travaillé, alors qu'Alfred est en bonne santé et qu'elle-même n'a jamais été malade ? La difficulté est renforcée par des analyses aux résultats peu concluants, aléatoires, confirmant Mary dans son déni.

Mary Beth Keane propose un roman centré sur cette femme et son évolution, sur son sentiment d'injustice et son incompréhension devant des méthodes qui peuvent en effet questionner. Si sa relation avec Alfred est très présente dans le roman, ce n'est pas ce qui fait son intérêt. Pour moi, c'est aussi une histoire qui peut amener les lecteurs les plus curieux à mieux comprendre comment s'est diffusée la typhoïde, quel était l'état des connaissances à l'époque, comment on a traité cette femme en paria parce qu'elle fut la première porteuse saine de la maladie identifiée, etc. Autant de questions qui peuvent faire écho à la situation sanitaire que nous vivons aujourd'hui : comment protéger les autres alors que nous n'avons pas conscience d'être un danger pour eux ?...

Bref, au-delà de ces considérations actuelles, La cuisinière est un roman sympathique, qui se lit facilement, intéressant pour son sujet, et que je vous recommande, sans forcément vous vendre ici le roman de l'année !

Texte © Miss Alfie 2021.,
Couverture : La cuisinière, Mary Beth Keane, traduit de l'anglais (USA) par Françoise Pertat, éditions 10/18, 456 pages.

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jeudi 18 février 2021

Agatha Christie, le chapitre disparu - Brigitte Kernel

Agatha Christie le chapitre disparuDécembre 1926. Alors que son mari, Archibald Christie, vient de lui annoncer qu'il souhaite divorcer pour vivre avec sa jeune maîtresse, Agatha disparaît. Pendant une dizaine de jours, toutes les hypothèses seront écrites dans la presse. Mais la principale protagoniste n'expliquera jamais son geste, sauf dans le chapitre dicté de son autobiographie mais jamais publié...

Dans ce roman, Brigitte Kernel se glisse dans les failles de l'histoire pour explorer et donner sa version de l'un des plus grands mystères touchant le monde littéraire : la disparition pendant une dizaine de jours d'Agatha Christie en décembre 1926. Ayant tout récemment lu l'autobiographie dans laquelle Agatha Christie ne fait pas du tout mention de cet épisode, il me semblait que c'était le bon moment pour lire une autre version de l'histoire, pour compléter ce que j'en savais déjà.

La disparition de cette romancière qui commençait à être célèbre à l'époque a beaucoup fait couler d'encre à l'époque, mais aussi depuis. Les archives du blog me rappellent que j'avais d'ailleurs lu en 2017 un autre roman qui s'en inspirait, Agatha de Frédérique Deghelt. Si le blog a bien un avantage majeur, c'est de me permettre de conserver trace de ces si nombreuses lectures que mon cerveau oublie bien souvent en route !

Avec ce roman, Brigitte Kernel ne révolutionne pas le genre. Elle met en scène une jeune femme fortement déstabilisée, qui voit sa vie et ce qu'elle en imaginait s'effondrer face à l'adultère de son époux. Aidée de son amie fidèle, Nan, elle monte une disparition de toute pièce et s'enfuit dans un hôtel d'une station thermale où elle finira par être reconnue. Tout au long de son histoire, Brigitte Kernel imagine qu'Agatha pose les bases d'un de ses futurs romans publiés sous le pseudonyme de Mary Westmacott.

Sympathique, ce roman ne transcende pas le genre. Il ne révèle rien de plus que ce que journalistes et romanciers ont déjà imaginé. De mon côté, je pense avoir fait le tour de l'histoire de cette romancière, et je pourrai désormais me concentrer sur ses romans, en portant sur son oeuvre un regard peut-être un peu différent...

Texte © Miss Alfie 2021.
Couverture : Agatha Christie, le chapitre disparu, Brigitte Kernel, éditions J'ai lu, 2017, 288 pages.

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lundi 15 février 2021

L'été de Katya - Trevanian

L'été de Katya1914, Salies-les-Bains dans le pays basque. Jean-Marc Montjean occupe son premier poste de médecin. Il rencontre une jeune femme, Katya, qui lui demande de venir soigner son frère, Paul. Les deux jeunes gens vivent reclus, à l'écart de la ville, avec leur père. Jean-Marc tombe rapidement amoureux de Katya, mais il perçoit une atmosphère étrange et des secrets complexes dans cette famille...

Depuis que j'ai découvert Trevanian avec La Sanction il y a bientôt 10 ans, je dois dire que je lui fais confiance... Et je fais bien ! Parce que L'été de Katya est un très bon roman noir qui se présente pourtant comme l'histoire d'un premier amour à la veille de la première guerre mondiale avant de basculer dans quelque chose de plus sombre et angoissant.

En prenant la voix de ce jeune médecin, Trevanian nous fait vivre de l'intérieur les tourments et les atermoiements d'un novice en sentiments amoureux. Face à Paul et Katya, Jean-Marc comprend vite qu'une relation étrange s'est établie. Le lecteur, à l'instar de Jean-Marc, est pris de doute, regarde Paul d'un oeil étrange, s'inquiète pour Katya qui semble sous son emprise... Peu à peu, Trevanian distille la crainte, la peur, l'angoisse, avant l'éclairage final qui lève le voile sur les mystères de cette famille.

Roman noir, thriller psychologique, on peut nommer de bien des manières ce roman qui m'a, je l'avoue, parfaitement embarquée et fascinée. A découvrir !

Texte © Miss Alfie 2021.
Couverture : L'été de Katya, Trevanian, traduit de l'anglais (USA) par Emmanuèle de Lesseps, éditions Gallmeister, 2017, 272 pages.

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jeudi 11 février 2021

Graine de sorcière - Margaret Atwood

Graine de sorcièreLorsqu'il se fait licencier de son poste de metteur en scène, Felix disparaît dans la nature. Quelques années plus tard, il réapparaît en tant que monsieur Duc et est embauché dans un pénitencier pour donner des cours aux détenus. L'occasion de leur faire découvrir son auteur fétiche, Shakespeare, et de fomenter sa vengeance vis-à-vis de ceux qui l'ont écarté bien des années plus tôt.

Ce roman de Margaret Atwood n'est pas une uchronie ou une dystopie, comme j'ai pu en lire jusqu'à présent. C'est un roman bien ancré dans le réel, mais qui s'inspire et qui tourne autour d'une pièce de Shakespeare qui m'était inconnue, La tempête. Cette pièce originelle mêle magie, emprisonnement et vengeance, trois thématiques que le lecteur de Graine de sorcière ne manquera pas de retrouver dans ce roman contemporain.

Ce roman suit Félix, un homme meurtri par deux deuils puis par son éviction du milieu du théâtre. Un homme sûr de lui également, sûr de son bon droit, et c'est cette conviction qui lui permettra de monter au sein du pénitencier cette vengeance qui se mange très froide...

Si j'avoue avoir trouvé quelques passages un peu longuets, qui se rapprochent d'une analyse du texte de Shakespeare, j'ai dans l'ensemble apprécié ce roman qui parle de deuil également en toile de fond. J'ai beaucoup apprécié la pédagogie déployée par Félix au pénitencier, cette proposition qu'il fait aux détenus de réécrire certains passages pour les rendre plus actuels, d'imaginer l'avenir de leurs personnages après la pièce, etc. J'aurai tant aimé avoir ce genre d'enseignement dans ma scolarité, plutôt que des analyses de texte littérales, des exposés classiques et des commentaires composés...

Au final, Margaret Atwood livre un très bon roman qui a, en outre, le mérite de mettre en lumière une pièce de Shakespeare moins célèbre que d'autres mais rendue, de fait, accessible au plus grand nombre.

Texte © Miss Alfie 2021.
Couverture : Graine de sorcière, Margaret Atwood, traduit de l'anglais (Canada) par Michèle Albaret-Maatsch, éditions 10/18, 2020, 360 pages.

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