Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
lundi 29 juin 2015

Demande, et tu recevras - Sam Lipsyte

Demande, et tu recevrasMilo Burke travaille au service chargé des subventions dans une université américaine. Marié, père attentif de Bernie, il a oublié ses ambitions de peintre derrière son bureau sans saveurs. Jusqu'au jour où pour conserver le dit boulot, il va devoir renouer avec un vieil ami fortuné et se plier à diverses exigences.

Demande, et tu recevras est typiquement le genre de livre vers lequel je ne me serai pas dirigée d'emblée dans une librairie. Mais comme il est arrivé comme un grand dans ma boîte aux lettres, j'ai laissé parler la curiosité et me suis plongée dans ce roman américain publié initialement il y a cinq ans mais sorti en France uniquement cette année. Bien m'en a pris, car l'écriture de Sam Lipsyte est un régal d'ironie et de cynisme grinçant.

L'auteur porte sur les États-Unis d'aujourd'hui un regard dénué de compassion et qui m'a semblé fortement réaliste. On y croise des adulescents plus très surs de leurs valeurs, perdus entre les principes hérités de l'éducation post-soixanthuitarde de leurs parents et des concepts plus rétro, embarqués dans une vie quotidienne parfois très éloignée de leurs rêves et idéaux de jeunesse, mais aussi des vétérans de l'armée tellement jeunes et déjà tellement bousillés par la vie, des âmes perdues qui errent de parcs en cafés en attendant le moment de rentrer dans le cagibi qui leur sert d'abris... Bref, une vision de l'Amérique plutôt éloignée de celle du rêve américain...

Milo n'est pas un héros brillant, ce serait même plutôt un anti-héros, mais il se révèle le reflet de notre société, pion déplaçable à l'envi, victime des décisions prises en sous-main, incapable de prendre en main son destin déjà dirigés par de plus puissants que lui... Quant à son couple, là encore Milo reflète sa génération : comment rester un couple quand l'enfant arrive, comment concilier vies professionnelles, vie parentale et vie de couple, comment réinventer le quotidien avant qu'il ne soit trop tard...

Alors qu'il pourrait apparaître comme un roman déprimant, noir et désabusé, Demande, et tu recevras n'a fait que me convaincre une fois de plus de la nécessité de prendre nos vies en main, d'être les acteurs de nos destins, de ne compter que sur soi pour avancer, ce qui n'empêche pas de regarder autour de soi et de faire en sorte d'avancer à plusieurs... Bref, une lecture surprenante, inattendue, mais portée par une plume brillante et un style génial.

Mes remerciements à Fabienne, l'attachée de presse des éditions Monsieur Toussaint Louverture, pour cette découverte !

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : Demande, et tu recevras, Sam Lipsyte, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Martine Céleste Desoille, Éditions Monsieur Toussaint Louverture, 2015, 410 pages.

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dimanche 28 juin 2015

Petits pois mijotés

Les petits pois frais, c'est vraiment bon et facile à préparer. Il faut juste faire preuve d'un peu de patience pour les écosser. De fait, la "perte" est assez importante entre le poids au départ et à l'arrivée (j'ai lu qu'un kilo de petits pois en cosses donne 400 grammes de pois, ça vous donne une idée...) Mais pas d'inquiétudes, d'ici peu, je vous expliquerai comment réutiliser les cosses ! En attendant, faisons donc une cocotte de petits pois pour accompagner le rôti de midi !

Pour cette recette, prévoir :

  • des petits pois frais écossés (j'ai du mettre à peu près 500 grammes pour 3 personnes)
  • des champignons émincés
  • deux tranches de lard fumé
  • une gousse d'ail
  • du vin blanc (environ un verre)
  • du poivre, du persil

Tailler en lardons le lard fumé.

Dans une cocotte, faire suer le lard avec les champignons et l'ail pendant quelques minutes.

Ajouter les petits pois rincés à l'eau. Mouiller au vin blanc en complétant avec de l'eau au besoin (les petits pois doivent être quasiment recouverts). Assaisonner (ne pas mettre trop de sel avec le lard fumé).

Faire cuire à feu moyen et à couvert pendant une vingtaine de minutes (les petits pois doivent être à la fois croquants et fondants) puis laisser réduire la fin du bouillon à feu vif pendant quelques minutes.

Ajouter le persil et servir bien chaud.

La recette doit aussi pouvoir se faire avec des petits pois surgelés. Dans ce cas, mettre moins d'eau et surveiller la durée de cuisson, peut-être un peu plus courte.

Petits pois frais

Bon appétit !

Texte et photo © Miss Alfie 2015.

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vendredi 26 juin 2015

Piège pour un élu - Ian Rankin

Piège pour un éluLorsque l'équipe de Rebus fait une descente dans une maison close de New Town, elle ne s'attend pas à y trouver l'un des députés du secteur en charmante compagnie. Rapidement, la presse s'empâre du scoop, tandis que Rebus doit mettre la main sur de vieux livres volés à un bibliophile et que le reste de l'équipe tente de lever le voile sur le mystère de la noyée de Dean Bridge...

Si je vous dis que plus ça va, plus Rankin s'améliore, vous me croyez ? Pourtant, j'ai bien l'impression que je tiens là une réalité... Après avoir été un peu en froid avec Rebus et l'avoir redécouvert avec plaisir dans La colline des chagrins, je suis repartie vers le début de la série pour reprendre un peu l'évolution du personnage. Piège pour un élu est donc la quatrième enquête de John Rebus.

Rebus est confronté à trois "enquêtes", deux officielles et une qui lui trotte dans la tête : si les journalistes étaient présents lors de la descente au bordel, c'est qu'ils avaient été prévenus, et que la présence du député n'était sûrement pas fortuite. A partir de là, on le sait, Rebus a l'habitude d'aller fouiner là où il ne faut pas et de mettre le nez dans le linge sale des familles. Il m'a, je l'avoue, manqué le côté historique présent dans La colline des chagrins, mais j'ai malgré tout bien apprécié cette lecture qui m'a permis de parcourir la route qui traverse le parc national des Cairngorms et de loger avec Rebus dans un B&B so kitch !

Côté enquête, évidemment, les trois intrigues ne sont pas sans lien les unes avec les autres. Lesquels ? Ca, je vous laisserai le deviner. Et j'avoue que pour le coup, j'ai réussi à me laisser porter sans élaborer d'hypothèse confirmée à la fin. Une fin qui d'ailleurs rappelle combien certaines enquêtes laisseront parfois des questions sans réponses...

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : Piège pour un élu, Ian Rankin, traduit de l'anglais par Frédéric Grellier, Éditions Livre de poche, Collection Policier / Thriller, 2005, 416 pages.

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mercredi 24 juin 2015

Le grand Cœur - Jean-Christophe Rufin

Le grand CoeurSur l'île de Chio, Jacques Cœur se sait traqué : sa fin est proche. Mais avant, il veut mettre par écrit sa vie, de sa naissance à Bourges à sa chute orchestrée par Charles VII, le même qui lui avait confié le rôle d'Argentier et les moyens de devenir l'un des premiers marchands avec l'Orient.

"Tiens, et si je découvrais Rufin", me suis-je dit un beau matin de mai ! Et mon Dieu, comme j'ai bien fait de commencer par ce roman passionnant et passionné ! Sous la forme de pseudo-mémoires, Jean-Christophe Rufin m'a permis de découvrir un homme complexe et pourtant marquant pour la France.

Partir à la rencontre de Jacques Cœur, c'est revivre une partir de la guerre de Cent ans à ses côtés, les victoires de Charles VII, mais aussi partir à la découverte de l'Orient. Car Jacques Cœur fut un précurseur dans bien des domaines, qu'il s'agisse des arts, de l'architecture, mais surtout du commerce. En établissant l'une des plus grandes maisons de négoce de l'époque et en entretenant de solides et régulières relations avec l'Orient, Jacques Cœur apparaît comme une sorte de mondialisateur avant l'heure...

Autour de lui, on retrouve les grands figures royales et princières de l'époque, à commencer par Charles VII, un roi complexe, physiquement peu avenant, marqué par de nombreux tics, mais aussi un fin stratège qui cachant une grande intelligence et sa puissance réelle derrière une faiblesse de façade. Le roman s'attache d'ailleurs à décrire les relations qui vont peu à peu lier l'homme de commerce et le roi, ce dernier contribuant à la montée en puissance du premier, mais aussi très largement à sa perte... Et puis il y a Agnès Sorel, la belle favorite du roi, dont l'histoire ne nous dira jamais si l'interprétation que livre Rufin de sa relation avec Jacques Cœur est la bonne ou non...

Rufin le dit, il a pris quelques libertés avec l'histoire de cet homme qui le fascine depuis de nombreuses années, mais ces libertés ne m'ont pas gênées : elles s'intègrent très bien dans le roman, car il s'agit avant tout d'un roman, et contribuent à créer autour du personnage un environnement fastueux et complexe. Je ne vous parle même pas du style littéraire : on est face à du très très bon, de l'excellent même... Un régal de lecture !

De quoi avoir envie et de relire du Rufin et de retourner à Bourges pour suivre les traces de cet homme ambigu qui m'a accompagné le temps de quelques soirées.

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : Le grand Cœur, Jean-Christophe Rufin, Éditions Gallimard, Collection Folio, 2014, 592 pages.

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lundi 22 juin 2015

Profanes - Jeanne Benameur

profanesAncien chirurgien, Octave vit seule, aidé d'une gouvernante, dans sa grande maison familiale. Il y fait venir quatre personnes chargées de rester auprès de lui à tour de rôle jusqu'à la fin de sa vie. L'occasion de mettre en ordre sa vie, ses émotions, et d'apprendre à profiter de cette fin qui arrive.

Profanes est une lecture qui m'a bouleversée comme peu de roman l'ont fait ces derniers temps, un roman que j'ai du lire par petites touches pour pouvoir me l'approprier tant sa première moitié me remuait, jusqu'aux tripes oserai-je dire. Profanes parle de la mort, mais aussi de la vie. Chacun des quatre personnages gravitant autour d'Octave est seul, mais en même temps rattaché aux autres par l'Afrique, par la mort, par les questions de filiation ou par son rapport à l'amour. Ils sont très seuls, du moins le pensent-ils, mais peu à peu, ainsi qu'Octave, tous vont réaliser la richesse de la vie...

Dis comme ça, j'ai bien conscience que ça peut faire pompeux, trata, gniangnian et j'en passe. Mais détrompez-vous. Jeanne Benameur livre un roman puissant, loin des histoires pleines de bons sentiments. Elle manie la langue et les mots pour créer un univers poétique d'une puissance impressionnante. Cette lecture, j'ai l'impression qu'elle ressemble à la mer : des vagues plus ou moins forte qui se sont soulevées en moi, qui ont parfois déclenché une tempête dans ma tête, parce que ce livre aborde des sujets qui me touchent et me bouleversent, et puis le retour au calme, l'apaisement, comme ces petites vagues qui viennent chatouiller les orteils quand on est pied nus, à la lisière de l'eau qui arrive sur la plage...

Tous les personnages de Jeanne Benameur sont attachants, chacun avec leurs différences, et sans doute leurs complémentarités. Ils sont tous là avec une raison cachée, un secret en eux qui leur offre une sensibilité particulière. Octave sera le catalyseur de leur histoire. Octave, vieil homme qui n'a pas encore réussi à faire le deuil d'une fille disparue trop tôt. Octave, un père qui oscille entre douleur et culpabilité, haine et amour.

J'avais déjà expérimenté la puissance des mots de Jeanne Benameur dans Les insurrections singulières. Cette deuxième lecture conforte mon sentiment d'avoir ici à faire à une très brillante écrivain. Découverte à poursuivre donc, mais par petites touches tant elle réussit à me retourner de l'intérieur !

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : Profanes, Jeanne Benameur, Éditions Actes sud, collection Babel, 2014, 288 pages.

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