Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
jeudi 21 mars 2019

40 éléphants - Kid Toussaint et Virginie Augustin

40 éléphants T1

Extrait de la présentation de l'éditeur : Londres – 1920. Elles sont quarante. Voleuses, tueuses, kidnappeuses, cambrioleuses, proxénètes… Issues des divers milieux de la société, elles ont fait du crime leur affaire et se sont associées pour plus d’efficacité.

Tout récemment, le troisième tome de la série 40 éléphants est sorti, et j'avoue avoir été intriguée par le pitch. En bonne lectrice, j'ai repris l'ordre initial en me plongeant dans les deux premiers volumes de cette série, "Florrie, doigts de fée" et "Maggie, passe-muraille". Ces deux albums constituent une histoire complète, le troisième volume étant lui aussi une histoire complète, en un tome cette fois.

Dans ces deux premiers volumes, le lecteur fait connaissance avec un gang de femme qui sévit à Londres de la fin du 19e jusqu'au milieu des années 1950 si j'en crois l'article que j'ai vu sur Wikipedia en anglais : il semble donc que cette histoire soit inspirée par des personnages en partie réels ! Il faut dire que cette équipe de femmes aux casiers pas toujours vierges détonne : cambriolages, escroqueries, meurtres, et même rapts d'enfants... On est loin de l'image de la douce et délicate épouse ! 

planche

Dans cette série, les auteurs les mettent en scène pendant l'entre-deux-guerres, à une époque où les femmes refusent de retourner dans leurs foyers maintenant que les hommes sont rentrés de la guerre. Deux gangs s'affrontent donc pour le contrôle du sud de Londres : les 40 Éléphants, et les 40 Voleurs. A la tête côté femmes, Queen Kate, qui mène son affaire d'une main de maître. Côté hommes, le fourbe et violent Art Stocker. Qui l'emportera ? Les auteurs mettent en scène des femmes sombres, troubles, sans scrupules, des femmes qui utilisent les mêmes codes des hommes quand il s'agit d'escroquer, voire même de tuer.

Graphiquement, j'ai crains de ne pas me retrouver dans le style au début de ma lecture, mais je me suis finalement laissée emporter par cette guerre de gangs, appréciant notamment les vignettes façon croquis qui viennent parfois rompre le style graphique et contribuent à créer l'atmosphère de l'ouvrage.

Voilà donc une chouette découverte que je vais m'empresser de poursuivre, avec un seul petit bémol qui concerne la fin du second tome que j'ai trouvé un peu rapide à mon goût !

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture et planche : 40 éléphants, tome 1 : Florrie, doigts de fée, Kid Toussaint, Virginie Augustin, Hubert, éditions Grand Angle, 2017, 56 pages.

Posté par Miss Alfie à 07:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


lundi 18 mars 2019

Mildred Pierce - James M. Cain

Mildred PierceMildred Pierce est femme au foyer. Pour s'occuper, et joindre les deux bouts depuis que la crise a mis son mari au chômage, Mildred fait des pies pour les voisins. Mais le jour où elle met son mari à la porte, Mildred va devoir trouver un véritable emploi pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses deux filles. Prenant un poste de serveuse, Mildred va peu à peu avoir l'idée de lancer son propre restaurant, poussée par sa fille aînée, Veda.

Il y a quelques temps, j'avais tenté la mini-série avec Kate Winslet, mais j'avais trouvé le rythme trop lent à mon goût. N'ayant pas vu plus d'un épisode et demi, je me suis donc lancée (sur les toujours bons conseils de ma gourou de la lecture dont je ne cesse de vous parler) dans ce roman sorti en 1950. Contrairement à la série qui m'avait semblé assez légère de prime abord, James M. Cain pose rapidement une ambiance complexe, notamment à travers le personnage de Veda. Dépeint par petites touches, on sent peu à peu qu'il prend beaucoup de place et va influencer énormément la vie de Mildred.

A travers cette femme, James M. Cain raconte une époque que j'ai eu du mal à situer : si on fait référence à la crise de 29 dès le début, il semble acté que l'histoire se passe dans l'entre-deux-guerres. Pourtant, si je prend le personnage de Mildred, son indépendance, son volontarisme, j'ai plus eu l'impression de voir une femme d'aujourd'hui, voire des années 60 mais en avance sur son temps. Cependant, Mildred Pierce, c'est aussi une femme soumise à sa progéniture. Rapidement, on comprend que ce qui la motive est de rendre heureuse une Veda qui joue de son pouvoir sur sa mère, une manipulatrice née devant laquelle Mildred s'efface et se prosterne...

Côté écriture, rien à redire. Le style est efficace, précis, travaillé. Une fois de plus, j'ai aimé me plonger dans un roman qui va bientôt pouvoir rentrer dans la catégorie des "classiques" méconnus, mais à découvrir impérativement !

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Mildred Pierce, James M. Cain, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sabine Berritz, éditions Gallimard, collection L'imaginaire, 2007, 420 pages.

Posté par Miss Alfie à 07:30 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

jeudi 14 mars 2019

Chercher Proust - Michaël Uras

Chercher ProustExtrait de la présentation de l'éditeur : À l’âge où les garçons commencent à s’intéresser de près aux jeunes filles en fleur, Jacques Bartel, adolescent ordinaire dont la vie intérieure est aussi riche que la vie sociale est terne, se découvre une idole : Marcel Proust. Toute son existence est désormais « sous domination proustienne ».

"Tu sais, me dit-il, c'est pas mal, le début est bien, après, je n'ai pas trop compris où tu voulais en venir." (p. 159)

Cette phrases de Marc, ami du narrateur ayant le son roman dans lequel il se raconte (bonjour la belle mise en abîme), résume assez bien mon sentiment à l'issue de cette lecture. C'est sympa, mais sans plus... C'est pour moi d'autant plus décevant que j'avais rencontré l'auteur il y a quelques mois, que nous avions discuté littérature et que j'avais gardé un très bon souvenir de cet échange. Aussi, écrire que son roman ne m'a pas enthousiasmée du tout me rend un peu triste... Même si je ne dérogerais pas à la ligne de conduite de ce blog qui est de dire la vérité et rien que la vérité sur les livres que je lis !

A la décharge de l'auteur, Chercher Proust est son premier roman, et on y trouve les imperfections qui sont le lot de beaucoup de premiers romans. Parmi elle, on sent que l'auteur a voulu tester, tenter des variations du mode de narration en introduisant des extraits de compte-rendus, des pensées de tiers, et le fameux questionnaire de Proust. Là encore, si l'idée est intéressante, je n'ai pas compris pourquoi ce questionnaire arrive tout d'un coup, alors qu'il n'est pas utilisé au début, notamment pour les parents du narrateur.

Côté intrigue, je me retrouve complètement dans la citation que j'ai choisi de retenir. L'auteur se raconte en quelque sorte à travers ce personnage passionnée et obnubilé par Marcel Proust. Mais la succession des mises en situations ubuesques m'a lassée, je n'ai pas saisi où l'auteur voulait m'emmener...

Bref, vous le comprendrez, si Michaël Uras fait preuve dans ce premier roman d'un style de réelle qualité, l'histoire aurait mérité d'être portée par une intrigue plus construite et plus étoffée que la simple passion un peu trop envahissante pour Proust... Et dire que ça ne m'a même pas donné envie de lire Proust...!

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Chercher Proust, Michaël Uras, éditions Livre de poche, 2014, 224 pages.

Posté par Miss Alfie à 07:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

lundi 11 mars 2019

Le discours - Fabrice Caro

Le discoursExtrait de la quatrième de couverture : «Tu sais, ça ferait très plaisir à ta sœur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie.» C’est le début d’un dîner de famille pendant lequel Adrien, la quarantaine déprimée, attend désespérément une réponse au message qu’il vient d’envoyer à son ex.

N'ayant parfois plus rien à lire (comment ça, ce n'est pas crédible ?! OK, vous avez raison, ce n'est pas DU TOUT crédible !), j'ai pioché dans les bouquins récemment lu par l'Homme pour découvrir ce titre que j'avais vu passer sur plusieurs comptes instagram avec, à chaque fois, des avis plutôt positifs. L'Homme l'ayant lu en une journée, il me l'a chaudement conseillé.

Je confirme : Le discours est un roman qui se lit en quelques heures, rythmé par des chapitres très courts et très vifs, au cours desquels on suit le monologue intérieur d'Adrien pendant le dîner qu'il partage avec ses parents, sa soeur et son futur beau-frère. De l'entrée au dessert, Adrien est parasitée par deux questions de fond : comment éviter de devoir faire un discours au mariage de sa soeur, et pourquoi ne reçoit-il pas de réponse de son ex ?

Entre chacune de ces digressions, Adrien réfléchit, commente, porte un regard désabusé mais finalement très drôle sur son entourage, sur les choses de la vie, sur les rencontres amoureuses... Adrien apparaît peu à peu comme un quadra qui se laisse porter par la vie, qui n'a jamais rien fait de flamboyant dans sa vie, un mec normal, pas très sûr de lui, qui n'a jamais osé s'affirmer ni dire non à ses proches. Peu à peu, au fil des pages, on a envie de lui demander : "Bon, c'est bien gentil Gars, mais quand est-ce que tu leur dis en face, tout ce que tu rumines dans ta tête ?!"

Première rencontre avec Fabrice Caro, surtout connu pour ses BD (Zaï Zaï Zaï Zaï, Moins qu'hier (plus que demain)...), Le discours est une friandise qui se savoure, qui prouve que légèreté et qualité d'écriture peuvent s'associer, et que je verrai bien porté sur les planches tant le style de l'auteur est vivant !

"Grâce à toi, Sophie, j'ai été promu passionné d'encyclopédies, on m'a imposé une passion que je n'ai jamais osé démentir, comme je n'ai jamais démenti le moindre malentendu me concernant tant par lâcheté que par paresse." (p. 16)
"En fait, la seule solution pour que je ne prononce jamais ce discours serait que la cérémonie soit annulée. Et, naïvement, à cette idée, je me surprends à entrevoir une éclaircie, comme s'il existant la moindre chance que cette cérémonie n'ait pas lieu." (p. 60)

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Le discours, Fabrice Caro, éditions Gallimard, collection Sygne, 2018, 208 pages.

Posté par Miss Alfie à 07:30 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

jeudi 7 mars 2019

Une longue impatience - Gaëlle Josse

Une longue impatience

Extrait de la quatrième de couverture : Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans un village de Bretagne, sa mère Anne voit sa vie dévorée par l’absence, qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille. 

Attention, vous tenez là mon premier gros coup de coeur de cette année 2019. Il va maintenant me falloir trouver les mots pour vous dire combien ce roman est beau et touchant, pudique et puissant en même temps. 

Je gardais un bon souvenir de la lecture du Dernier gardien d'Ellis Island, aussi j'ai pris note du titre quand une de mes proches, grande lectrice et souvent de bon conseil, m'en a parlé. Coup de chance, sa sortie en poche était un argument supplémentaire pour me plonger dans ce roman de toute beauté. 

J'avoue, quand j'ai voulu le pitcher à l'homme, je n'ai pas su que dire. "C'est l'histoire d'une mère dont le fils ne rentre pas un soir. Elle l'attend et raconte notamment comme elle l'accueillera à son retour, ce qu'elle lui préparera à manger..." Oui, dis comme ça, ça ne fait pas rêver ! Pourtant, c'est un roman tout en subtilité que livre Gaëlle Josse. Elle propose une écriture tout en retenue, discrète, aussi secrète que la narratrice, mais qui exprime les tourments et les questionnements de cette femme.

Dans les dernières pages, Anne passera la parole, taisant son monologue intime, pour une fin puissante et émouvante. Sans misérabilisme, sans sentimentalisme, Gaëlle Josse met en mot une vie d'attente, des heures qui se transforment en jours, en semaines, en mois, en années. Une vie d'attente et une blessure profonde pour cette femme torturée et partagée entre son fils disparu et son époux à l'origine de cette déchirure.

Un roman qui claque. Un roman qui bouleverse.

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Une longue impatience, Gaëlle Josse, éditions J'ai lu, 2019, 192 pages.

Posté par Miss Alfie à 07:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,