Miss Alfie, croqueuse de livres

Un livre, une histoire, une critique pour une bibliophage avertie !

17 avril 2008

Dans le café de la jeunesse perdue

Dans_le_cafe_de_la_jeunesse_perdueC'est l'histoire d'une femme. D'une jeune femme. Vue par un jeune étudiant, vue par un détective, vue par son amant, vue par elle-même. Quarté dans le désordre. C'est l'histoire de Louki, jeune femme énigmatique que tous ont croisé au Condé, un café de la Rive Gauche à Paris, et qui un jour, a disparu. Louki, un surnom pour une femme que tous connaissent, sans la connaitre. Louki, une personnalité insaisissable, fuyante, courant après quelque chose... Mais quoi ? Cherchant un sens à sa vie, peut-être...

Depuis longtemps, je voulais lire du Modiano. Alors la sortie du dernier roman de l'écrivain de Dora Bruder
tombait à pic. Je l'ai ouvert sans connaître l'univers de Modiano, ne sachant pas vraiment à quoi m'attendre, mais avec l'envie de lire ce roman dont j'avais lu de bonnes comme de mauvaises critiques.
De sa lecture, je retiens un sentiment de nostalgie qui me semble, après lecture d'articles divers sur Patrick Modiano, récurrent dans son oeuvre. C'ets la nostalgie d'un Paris bohême où les jeunes adultes vivaient dans des chambres d'hôtel dans des "zones neutres", recherchaient un sens à leur vie, fumaient et buvaient dans des cafés de la Rive Gauche, se croisaient, s'observaient, sans vraiment se connaître.
Une fois refermé ce roman, je ne savais pas vraiment si je l'avais aimé ou non. Je l'ai lu rapidement, parce qu'il se lit facilement, parce que j'avais envie de connaître le destin de Louki, parce que j'ai aimé ces quatre visions croisées. Mais en même temps, Modiano ne m'a pas transporté, je n'ai pas ressenti ce  besoin irrésistible de transporter son oeuvre dans mon sac à main, de filer à la librairie faire l'acquisition d'un autre de ses ouvrages... Peut-être parce que pour moi aussi, Modiano est à classer dans la catégorie de la jeunesse perdue...

Premier paragraphe

"Des deux entrées du café, elle empruntait toujours la plus étroite, celle qu'on appelait la porte de 'lombre. Elle choisissait la même table au fond de la petite salle. Les premiers temps, elle ne parlait à personne, puis elle a fait connaissance avec les habitués du Condé dont la plupart avaient notre âge, je dirais entre dix-neuf et vingt-cinq ans. Elle s'asseyait parfois à leurs tables, mais, le plus souvnet, elle était fidèle à sa place, tout au fond."

A lire aussi : Les avis divergeants de Bernard, du Blog des livres, et de Pascale Arguedas, l'ivre de lecture.

Texte © Miss Alfie 2008, sauf extrait de texte.
Image Dans le café de la jeunesse perdue, Patrick Modiano, Éditions Gallimard (2007).

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06 mars 2008

Arlington Park

Arlington_ParkElles habitent dans une banlieue résidentielle anglaise, Arlington Park. Elles ont de belles maisons, des maris charmants, des enfants adorables. Celles qui travaillent semblent faire un métier qu'elles aiment et les autres sont de parfaites femmes au foyer. Du moins, c'est l'impression que l'on peut avoir lorsque l'on arrive dans cette rue aux allures élégantes. Oui, mais derrière cette façade, se cachent des désespoirs, des peurs, des angoisses, des femmes qui semblent parfois étouffer dans cette vie trop cadrée, trop rangée, avec des enfants qui, en vivant, bouscule l'image parfaite qu'elles voudraient renvoyer. Un peu à la manière de Virginia Woolf, Arlington Park retrace une journée dans la vie de quelques unes de ces femmes qui, vacant à leurs occupations, réfléchissent et se penchent sur leur parcours, sur leurs espoirs, sur leur rêves, sur leur réalité.

Les critiques que j'en avais lu m'avait sincèrement donné envie de lire ce roman. Pourtant, voilà trois semaines qu'il trône sur ma table de nuit, et impossible d'en voir le bout. Le rythme est lent, très lent, et l'atmosphère sombre et humide. Les femmes s'extasient d'un centre commercial planté au milieu de nulle part, le désespoir qui enveloppe leur existence aurait presque pu me gagner si j'avais eu le malheur de lire ce livre alors que mon moral était en berne ! Disons que je m'attendais à quelque chose de peut-être plus rythmé...
Là, on rentre vraiment dans une construction littéraire proche de celle de Virginia Woolf, avec des passages où le passé prend le dessus, des moments de réflexion intérieure, et le sentiment qui ressort que ces femmes sont prisonnières de chaînes invisibles... Il est vrai que même si j'admire le style woolfien, je n'arrive jamais à rentrer complètement dedans, je me perds dans ces aller-retours permanents et j'aspire souvent à des narrations plus vivantes. Pour autant, Rachel Cusk me semble être une très bonne écrivain, et les critiques positives concernant Arlington Park semble méritée, si tant est que l'on ait accroché au livre !

Quelques extraits

"Pendant un temps, [Juliet] avait attaché du prix à l'idée d'une maison, d'un mari et d'enfants, comme si ces choses étaient rares, comme si elles représentaient un nouveau raffinement de l'expérience humaine. Puis elle les avaient eues, et elles commença à sentir le plomb s'installer dans ses veines, un peu plus chaque jour. Le jour où elle avais compris que si elle n'allait pas acheter à manger il n'y aurait rien dans la maison ; le jour où Benedict était revenu du travail, une semaine après la naissance de Barnaby, et qu'elle avait compris qu'il faudrait qu'elle s'occupe de lui seule ; les fois innombrables où une tâche domestique lui était échue, de sorte qu'elle avait acquis de l'expérience et préféré s'en charger parce que c'était plus facile que de le demander à Benedict - tout cela était surprenant pour elle, scandaleux presque. Avec son sen sde la justice, elle s'était attendue à ce qu'à un certain moment le scandale soit découvert et qu'on en parle, mais tel ne fut évidemment pas le cas." (p.52)

"Redboune et Firley avaient une autre utilité pour Christine Lanham : faire prendre à nouveau conscience aux habitant d'Arlington Park de leur propre condition, plus satisfaisante ; de l'intérêt, de la variété et du rafffinement supérieur de leur habitat. Il n'y avait rien de mieux que d'aller à Redboune pour vous rappeler pourquoi vous habitiez Arlington Park, où un trop long séjour sans l'intrusion de contrastes pouvait suciter une étrange et inquiète sensation d'avoir trop demandé à la vie, d'avoir fait trop d'efforts successifs pour se séparer de ce qui était au fond inoffensif et aurait même pu être fructueux." (p.102)

A lire aussi : L'avis de Clarabel.

Texte © Miss Alfie 2008, sauf extrait de texte.
Image Arlington Park, Rachel Cusk, Éditions de l'Olivier (2007).

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19 février 2008

L'élégance du hérisson

L_elegance_du_herissonEst-il encore nécessaire de présenter l'histoire de ce roman, prix des libraires 2007 et best-seller des ventes ? Allez, pour la forme, je m'attacherai à Renée, 54 ans, concierge de son état, et secrètement curieuse et boulimique de savoir. A ses côté, mais séparée par un mur invisible, Paloma, 12 ans, fille de propriétaires, un peu trop intelligente pour son âge et surtout suicidaire et à la recherche d'un sens à la vie. En face, une tripotée de bourgeois plus caricaturaux les uns que les autres. Et Kakuro. Kakuro, le Japonais fraîchement débarqué dans l'immeuble, qui va provoquer de gros cataclysme rue de grenelle.

Les critiques que j'en avais entendu étaient aussi variées que le temps breton, excellentes comme déplaisantes. Certes, les premières supplantaient les secondes. Mais lorsque je l'ai ouvert, il y a trois semaines, je savais que je l'apprécierai car il m'avait été offert par une personne qui compte beaucoup... Ou comment les conditions de réception ou d'achat d'un ouvrage change votre regard sur l'œuvre. Parce qu'au fil des mots, au fil des pages, je dirai que je me suis parfois accrochée, j'ai résisté à l'abandonner, juste parce que je voulais aller au bout parce que ce présent m'avait beaucoup touché.

Et je l'avoue : sans cette envie, sans cette motivation, je ne suis pas sûre que j'aurai terminé ce roman encensé par les critiques de toute part. Car certes, je lui reconnais un indéniable style littéraire, de grandes qualités, mais en revanche, mes critiques sont assez nombreuses.
A commencer par ces bribes de philosophie parsemant le texte. Sachant la philo et moi, on a jamais été vraiment copines... Du coup, pif paf pouf, je diagonalise, je survole et je passe à la page suivante. Dommage... Idem pour les références culturelles : je ne me considère pas comme totalement inculte, mais le fait de ne pas avoir lu Tolstoï m'a paru comme la plus grande tare !
Et cette manie de Renée de considérer les gens à partir de leur élocution et de leur bon usage de la grammaire... Et plus généralement, cette manie de considérer que le bas peuple, même si moins instruit, est plus intelligent que les bourgeois... Bon, certes, j'approuve une partie de ce qu'elle peut dire autour de cette manie parfois répandue de prendre de haut moins riche que soit, mais quand même... Les nuances, ça existe, non ?!

Malgré tout, je crois que j'ai aimé L'élégance du hérisson. Pour preuve, les dizaines de post-it de couleur qui le parsème désormais, phares m'indiquant l'emplacement de ces petites phrases qui font tilt, de ces moments drôles, de ces mots chocs. Parce que ce roman sans véritable histoire, si ce n'est les histoires croisées de quelques habitants, est avant tout un récit sur la vie, sur le bonheur, sur les bonheurs du quotidien, sur le sens que chacun peut donner à son quotidien.

Première page

"1 - Qui sème le désir

- Marx change totalement ma vision du monde, m'a déclaré ce matin le petit Pallières qui ne m'adresse d'ordinaire jamais la parole.
Antoine Pallières, héritier prospère d'une vieille dynastie industrielle, est le fils d'une de mes huit employeurs. Dernière éructation de la grande bourgeoisie d'affaires - laquelle ne se reproduit que par hoquets propres et sans vices -, il rayonnait pourtant de sa découverte et me la narrait par réflexe, sans même songer que je puisse y entendre quelque chose. Que peuvent comprendre les masses laborieuses à l'oeuvre de Marx ? La lecture en est ardue, la langue soutenue, la prose subtile, la thèse complexe.
Et c'est alors que je manque de me trahir stupidement.
- Devriez lire l'
Idéologie allemande, je lui dis, à ce crétin en duffle-coat vert sapin."

Le site de Muriel Barbery

A lire aussi : Les avis de Bellesahi, du Blog des livres, de Pascale Arguedas ou de Cuné (et oui, sur le net, ce n'est pas évident de trouver une critique négative, mais j'ai quand même déniché un billet de Christophe qui en parle !).

Texte © Miss Alfie 2008, sauf extrait de texte.
Image L'élégance du hérisson, Muriel Barbery, Éditions Gallimard (2006).

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29 janvier 2008

Mes péchés bretons

Mes_peches_bretonsMes péchés bretons, ce sont seize courts récits d'Hubert Michel, seize chroniques dans lesquelles il relate la Bretagne dans l'assiette et ses aventures culinaires. Du beurre aux crêpes en passant par les huîtres, dans oublier les invitations, ou les sucettes, Hubert Michel passe en revue des incontournables de la gastronomie bretonne, mettant à l'honneur la galette-saucisse au Stade rennais, ou la querelle ancestrale entre Haute et Basse Bretagne.

A chaque passage, tout Breton qui se respecte se retrouvera dans l'impossibilité de manger des huîtres au cours d'un mois sans r, dans la nécessité absolue de beurrer tout et n'importe quoi, dans le tour de main familial indispensable pour réussir de bonnes crêpes, dans la fierté locale de l'oeuvre d'art que représente une andouille de Guémené.
Ce petit livre qui se lit sans effort se pose sur la table du salon, sur la table de nuit, et pourquoi pas dans les WC. De brèves chroniques gustatives qui donnent envie de filer directement dans la cuisine pour se beurrer une tartine de pain frais et de la déguster avec une bonne bolée de cidre !
Quatre coups de coeur : "Beurre", "Galette saucisse", "Bretagne" et "Pêche".

Premier paragraphe

"Sucette

Il y eut les événements de Mai 68 dont je suivais les péripéties à la télé. Dans ma bouche, une sucette en forme de langue accompagnait ma prise de conscience politique. D'autres emplissaient la ceinture cartouchière de cow-boy de mon dernier Noël et, dans un sachet en papier kraft, une réserve se nichait dans le holster en plastique. Paré et toujours prêt à dégainer, à me fourrer une sucrerie entre les mâchoires, j'étais mollement avachir dans le canapé en skaï du salon devant les actualités du midi puis celles du soir, de la première et unique chaîne."

Le blog d'Hubert Michel

A lire aussi : la critique de Pascale Arguedas.

Texte © Miss Alfie 2008, sauf extrait de texte.
Image Mes péchés bretons, Hubert Michel, Editions Nil (2007).

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27 janvier 2008

Magnus

MagnusFranz-Georg est né avant la guerre, en Allemagne. De son passé, il ne lui reste que Magnus, un vieil ours en peluche avec une oreille à moitié brûlée. Un ours en peluche que sa mère, Théa Dunkeltal, supporte difficilement. Théa, qui mot à mot, apprend à Franz-Georg à vivre, lui réapprend l'histoire de la famille, lui réapprend qui il est. Le fait renaître à la vie. Mais que l'enfant grandit, il réalise le manque, l'absence, le vide qui doit être comblé dans son histoire. Peu à peu, il découvre la véritable nature de sa famille. Au fil de ses errances, de ses voyages et de ses découvertes, l'enfant devenu adulte partira à la recherche de cette identité perdue.

Prix Goncourt des lycéens en 2005, Magnus est un roman qui traverse les âges, les pays, les genres, pour nous amener à la suite du personnage principal dans une quête des origines, une quête de l'identité, une quête de sa propre histoire. A la fois roman historique, romantique, tragique ou policier, ce roman surprend du fait de son style narratif, de ces chapitres, ces "Fragments", séparés de "Notules", de "Résonances" ou encore de "Séquences".
Au delà de l'histoire en elle-même, ce récit est une ode aux mots, à la parole, à ces suites de lettres sans quoi nous ne sommes rien, sans quoi nous sommes sans Histoire. Les mots doux, les mots durs, les mots vérité, les mots mensonges.
Pour qui, pour quoi j'ai beaucoup aimé ce livre, je ne sais pas. Je sais juste que désormais, il fera partie de mes incontournables.

Première page

"Ouverture

D'un éclat de météorite, on peut extraire quelques menus secrets concernant l'état originel de l'univers. D'un fragment d'os, on peu déduire la structure et l'aspect  d'un animal préhistorique, d'un fossile végétal, l'ancienne présence d'une flore luxuriante dans une région à présent désertique. L'immémorial est pailleté de traces, infimes et têtues.
D'un lambeau de papyrus ou d'un morceau de poterie, on peut remonter vers une civilisation disparue depuis des millénaires. A partir de la racine d'un mot, on peut rayonner à travers une constellation de vocables et de sens. Les restes, les noyaux gardent toujours un infrangible grain de vigueur.
Dans tous les cas, l'imagination et l'intuition sont requises pour aider à dénouer les énigmes."

A lire aussi : Les avis divergents d'Angèle Paoli et de Sophie ou encore de Bellesahi.

Texte © Miss Alfie 2008, sauf extrait de texte.
Image Magnus, Sylvie Germain, Albin Michel pour l'édition brochée (2005) et Folio pour l'édition de poche (2007).

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17 janvier 2008

Et puis après...

Et_puis_apresAgnès et Aline, la cinquantaine, sont deux amies inséparables. Toutes deux divorcées après plusieurs dizaines d'années à fermer les yeux sur les aventures extraconjugales de leurs maris, elles ont refait leurs vies et semblent très heureuses. Jusqu'au jour où tout bascule, jusqu'au jour où le nouveau compagnon d'Agnès meurt dans un accident d'hélicoptère dans un endroit où il n'aurait pas dû être, jusqu'à ce même jour où le nouveau mari d'Aline rend l'âme en plein devoir conjugal... Pour toutes deux, c'est la panique, la tristesse et le chagrin... Heureusement, des gens bien intentionnés vont bien vite se charger de démontrer aux deux veuves que leurs chers et tendres n'étaient pas vraiment ce qu'ils laissaient croire, et en compagnie d'une bande d'amis fédérées autour de leurs premiers maris, les deux amies vont peu à peu reprendre le dessus et laisser la vie les surprendre.

Si j'ai classé Et puis après... dans la catégorie "Littérature de fille", ce n'est pas qu'il s'agisse là d'une comédie romantico-sentimentale avec héroïne un peu paumée qui trouve le grand amour sous les traits du crapeau de service. Non, Et puis après..., c'est de la littérature de fille, mais de fille d'un certain âge, de fille plutôt femme ! J'avais déjà eu l'occasion de lire quelques romans de madame Dorin, dont Les julottes, Les lits à une place et La rêve-party, mais cela date de quelques années maintenant. J'en avais gardé un souvenir assez bon, mais aujourd'hui, Et puis après... m'a laissé sur ma faim. Alors certes, c'est en fait la suite de Tout est toujours possible, mais ne pas avoir lu le premier ne m'a pas empêché de comprendre le second. Non, je pense plutôt que ma légère déception vient du fait qu'avec les années, j'ai grandi ma bonne dame ! Et en grandissant, j'ai appris à découvrir des livres peut-être plus profond, avec plus d'émotions, et pas que des émotions positives. Des livres réalistes... Oui, car en fait, les bouquins de Françoise Dorin sont des concentrés de positivisme, de bonne humeur et de chance. Lorsque les choses tournent mal, il suffit d'avoir la patience de tourner la page pour que tout rentre dans l'ordre, comme si la vie était finalement très très simple ! Tout le monde finit généralement heureux, les emmerdes ne sont que temporaires, les amis vivent ensemble et forment une grande famille, c'est l'éloge de l'amitié avant l'Amour... Mais en même temps, j'avoue qu'à l'heure actuelle, lire un bouquin comme ça, reposant et amusant, c'est toujours bien agréable, surtout lorsqu'au détour d'une page, un mystérieux correspondant virtuel apparaît et chamboule la vie d'Agnès... De quoi faire sourire les accros du clavier et, peut-être, leur rappeler quelques rencontres virtuelles !

Première page

"Vendredi soir.
Je rentre en Belgique. Dans un chez moi qui est un chez nous. Depuis deux ans déjà. Depuis deux ans seulement.
Dominique vient de me déposer devant la gare du Nord. Il ne pouvait m'accompagner. Il devait aller en Italie voir sa mère... sans doute pour la denière fois. Il était triste à cause de cela. Moi, j'étais triste parce qu'il l'était. Mais pas profondément : c'est touchant, c'est rassurant, un grand garçon de quarante-six ans, bouleversé parce qu'il va devenir orphelin.
Je monte dans le train. Je m'installe à ma place. J'en photographie le numéro : 55. Clic-clac : "Mon âge !" Clic-clac ! "Avant Dominique, je n'y aurais pas pensé !" Par bonheur, le hasard éradique ma promesse de morosité : il a placé en face de moi une femme que je ne connais pas et que je souhaitais vivement rentrer. Bien qu'elle soit plongée dans un magazine et que je sois discrète autant pas nature que par éducation, je n'hésite pas à interrompre sa lecture :
- Excusez-moi de vous déranger, madame, vous êtes bien Françoise Dorin ?"

Texte © Miss Alfie 2008, sauf extrait de texte.
Image Et puis après..., Françoise Dorin, Plon pour l'édition brochée (2004) et Pocket pour l'édition de poche (2005).

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16 janvier 2008

Lotobook chez Stéphanie !

En passant par Cunéipage, j'ai trouvé une chose intrigante : un lien vers un Lotobook.

C'est quoi un lotobook ? C'est une grande loterie avec des livres ! En fait, Stéphanie l'explique beaucoup mieux que moi, surtout que c'est elle qui organise cette deuxième édition. Le principe ? On s'inscrit, et avec un peu de chance, on reçoit un livre de poche neuf ou d'occasion envoyé par chaque participant au gagnant du tirage au sort !

Le principe me plaît, je me suis prise au jeu. Qu'est-ce donc, un livre de poche à envoyer ?!

Si vous voulez vous inscrire, rendez-vous chez Stéphanie avant le 16 février 2008 !

Posté par Miss Alfie à 15:13 - * L'actu des livres, des auteurs, des lecteurs... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 janvier 2008

Mangez-moi

La_jeune_fille_a_la_perleMyriam est une femme d'un âge indéterminé, mais qui doit approcher de la cinquantaine si mes calculs sont bons. Son parcours ? On ne le connaît pas très bien, on le découvre au fil des pages. Au départ, on sait juste que Myriam est seule, très seule, et qu'elle vient d'ouvrir un restaurant. Un restaurant, qui d'ailleurs, est aussi sa maison, que Myriam trimballe dans une valise. Une valise pleine de souvenirs qui remontent peu à peu à la surface de sa vie au fil des jours, entre deux plats ou deux services, avec le fleuriste amoureux, le serveur mystérieux, les étudiantes inséparables, le maraîcher perdu...

Lorsque je l'ai acheté, et lorsque je me suis décidée à le lire, je pensais trouver là une comédie légère, pleine de quiproquos, de situations rocambolesques et de chassés-croisés autour du zinc. Mais non. Mangez-moi n'est pas une comédie romantique pour jeune fille en mal d'amour. Mangez-moi est une réflexion sur la vie, sur le passé qui nous hante toujours, sur le futur inquiétant et rassurant, sur la manière de conjuguer au présent les deux. Les personnages que l'on croise ne sont pas angoissant si amusant, ils sont comme tout le monde, pleins de mystères et de réalisme. La vie de Myriam se distille au fil des pages, les mystères se lèvent et on découvre peu à peu son visage, sa vie, ses failles et ses peurs.
Sans être l'un des romans qui m'aura le plus marqué, mais peut-être aussi parce qu'en l'ouvrant j'attendais autre chose, Mangez-moi est comme un conte de fée, une histoire de la vie sur la vie, sur le plaisir des petits bonheurs quotidiens, sur l'importance de savoir aller de l'avant, de ne pas trop regarder dans le rétroviseur de la vie, juste ce qu'il faut pour ne pas oublier le passé sans qu'il ne soit trop encombrant !

Premier paragraphe

"Suis-je une menteuse ? Oui, car au banquier, j'ai dit que j'avais fait l'école hôtelière et un stage de dix-huit mois dans les cuisines du Ritz. Je lui ait montré les diplômes et les contrats que j'avais fabriqué la veille. J'ai aussi brandi un BTS de gestion, un très joli faux. J'aime vivre dangereusement. C'est ce qui m'a perdue, autrefois, c'est ce qui me fait gagner à présent. Le banquier n'y a vu que du feu. Il a accordé l'emprunt. Je l'ai remercié sans trembler. La visite médicale ? Pas de problème. Mon sang, mon précieux sang est propre, tout propre, comme si je n'avais rien vécu."

Le site internet d'Agnès Desarthe

A lire aussi : Les avis de Bernard, de Lily, ou encore de Clarabel, de Flo et de Charlie Bobine ! Quelques uns parmi les multiples avis sur ce livre présents sur le net !

Texte © Miss Alfie 2008, sauf extrait de texte.
Image Mangez-moi, Agnès Desarthe, Editions de l'Olivier pour l'édition brochée (2006) et Points pour l'édition de poche (2007).

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16 décembre 2007

La jeune fille à la perle

La_jeune_fille_a_la_perleEn 1664, à Delf aux Pays-Bas, Griet est engagée par le peintre Vermeer et son épouse en tant que servante. Protestante, Griet va se retrouver plongée dans une famille catholique, dans une ville aux multiples canaux, et surtout au coeur de toutes les suspicions...

A partir d'une oeuvre conservant tout son mystère, Tracy Chevalier tire un roman documenté, emprunt de réalisme et de poésie, se plaisant à imaginer qui peut bien être cette jeune fille représentée sur le célèbre tableau du peintre flamand. Même si l'histoire de Griet n'est peut-être que pure imagination, un certain nombre de faits relatés dans ce roman sont véridiques, comme lorsque Vermeer demande à sa jeune servante, seule privilégiée à pouvoir pénétrer dans son atelier, de déplacer une chaise servant de décor à l'une de ses toiles. En effet, après étude scientifique, il est apparu que la chaise présente sur cette toile était auparavant à un autre emplacement...

Me promenant dans les allées de la médiathèque lors de ma première découverte des lieux, j'ai feuilleté un document réalisé sur place et présentant quelques suggestions de lecture. Découvrant cet ouvrage, je l'ai vainement cherché dans les rayonnages, un peu déçue d'être si longtemps passée à côté d'un tel roman dans les librairies en m'interrogeant... Valait-il le coup ? Et puis j'avais abandonné l'idée de m'y plonger... Les Pays-Bas au 17e siècle, pas trop mon truc...

Et puis finalement, en sortant, je l'ai vu qui m'attendait sur une table à l'entrée. Je l'ai rajouté à ma liste de livres empruntés et l'ai entamé un samedi après-midi, attendant un appel, confortablement blottie dans mon fauteuil. Et je n'ai pu m'en extraire qu'une fois la dernière ligne dégustée, une fois la dernière page refermée, une fois le fin mot de l'histoire découvert. Et je ne le regrette pas..

J'ai voyagé dans le temps, j'ai voyagé dans l'espace, j'ai redécouvert une ville où je suis passée il y a quelques années, ses faïences bleues, ses canaux, sa place centrale... J'ai dégusté chacune des descriptions de costumes, de décors, de couleurs, de tableaux.
Relaté à la première personne, le récit est simple mais délicieux, et je ne peux qu'approuver ce "Coup de coeur" de ma médiathèque qui m'a entraîné dans un autre monde tandis que je traversait d'un bout à l'autre ma grande ville moderne, confortablement calée sur le siège du bus...

Texte © Miss Alfie 2007
Image La jeune fille à la perle, Tracy Chevalier, Editions de la Table Ronde (2000) pour l'édition brochée et Folio pour l'édition poche (2002).

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44, Scotland Street

44_Scotland_StreetIl y a quelques semaines, je vous avais parlé de Ralph's Party. Cette fois-ci, je reviens avec un autre roman "d'immeuble", une autre chronique de la vie ordinaire, mais cette fois à Edimbourg. Dans 44 Scotland Street, roman publié à l'origine en feuilleton quotidien dans The Scotsman, un journal écossais, Alexander McCall Smith retrace la vie des habitants d'un immeuble dont les destins se croisent autour de la cage d'escalier.

Il y a tout d'abord Pat, jeune Edimbourgeoise d'une vingtaine d'année, en deuxième année sabbatique, qui semble un peu paumée au début du roman. Pat va emménager en collocation avec Bruce dans un appartement que ce dernier partage avec deux autres personnes qui sont juste mentionnées mais que l'on ne verra pas au cours de l'histoire.
Professionnellement, Pat se cherche et semble se trouver dans une galerie où elle effectue quelques menues tâches sous la houlette de Matthew, jeune fils à papa peu sûr de lui dont la dernière envie a été d'ouvrir une galerie d'art pour faire plaisir à son père.
Bruce, quant à lui, quand il ne drague pas les jeunes femmes du coin, travaille en tant qu'expert immobilier pour Gordon et Reaburn Todd.
Sur le même palier qu'eux, habite Domenica Macdonald, une vieille femme célibataire un peu excentrique roulant dans une grosse Mercedes, au grand dam d'Irene, sa voisine d'en dessous, mère du génial Bertie, prodige de cinq ans jouant du saxophone et parlant couramment italien, élevé à coup de théorie kleinienne.

Présenté ainsi, le chassé-croisé de tous ces personnages, mais aussi de personnages secondaires que je ne présenterai pas ici pour vous laisser le plaisir de les découvrir au fil de la lecture, peut paraître un peu compliqué, mais ce n'est sincèrement qu'une impression, sans doute dû à ma présentation un peu brouillonne ! En effet, Alexander McCall Smith réussit à nous entraîner dans le sillage de ses personnages sans que l'on se sente perdu et nous les dépend avec des traits de caractères tellement particulier que l'on ne peut que se retrouver dans son récit. Bien évidemment, derrière tout cela se cache une intrigue centralisée autour d'un tableau découvert dans la réserve de la galerie d'art, un tableau qui pourrait bien faire la fortune de Pat et de Matthew.

En plus de l'intérêt de l'histoire, ce roman-feuilleton est très intéressant d'un point de vue narratif et stylistique puisqu'il a été publié à l'origine en épisodes. Ainsi, chaque chapitre ne dépasse guère les quatre pages et propose un nouveau rebondissement ou un changement de personnage très régulièrement pour ne pas lasser le lecteur. Sur ce point, je n'invente rien, Alexander McCall Smith l'expliquant dans la préface du roman, et citant par ailleurs Les Chroniques de San Francisco d'Amistead Maupin qui sont nées du même procédé, celui du feuilleton.

Premier paragraphe

"1. Il y a des trucs qui se passent...

Debout devant la porte, au pied de l'escalier, Pat lu tous les noms inscrits sur l'interphone : Syme, Mcdonald, Pollock..., avant de repérer celui qu'elle cherchait : Anderson. Il devait s'agir de Bruce Anderson, l'expert immobilier, qu'elle avait eu au téléphone. C'était lui qui collectait les loyers, avait-il expliqué, et réglait les factures. Il lui avait suggéré de venir jeter un coup d'oeil à l'appartement avant de décider si elle avait envie de s'y installer."

Le site d'Alexander McCallSmith (en anglais)

Texte © Miss Alfie 2007, sauf extrait de texte.
Image 44 Scotland Street, Alexander McCall Smith, Editions 10/18 (2007).

Posté par Miss Alfie à 16:14 - Romans britanniques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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