Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
mercredi 26 novembre 2014

Little Tulip - Jérôme Charyn, François Boucq

LT_COUV

Emprisonné en même temps que ses parents à l'âge de sept ans, Pavel découvre l'enfer du goulag. Séparé des siens, il doit apprendre seul les règles qui régissent son nouvel univers : la violence permanente et la toute-puissance des chefs de gangs. Avec les années, Pavel devient un combattant redoutable mais c'est son talent pour le dessin qui fera de lui une légende.

"Tu ne connais pas Little Tulip ? Tu n'en as pas entendu parler ? Oh ? Vraiment ? Pourtant, c'est une bombe, c'est vachement bien, tu devrais lire, hein". Quand mon dealer me conseille un album, il sait me parler. Parfois même, le fils et la belle-fille s'y mettent. Une vraie conspiration d'un commerçant qui cherche à te faire consommer. Oh, n'étant pas de nature belliqueuse et plutôt pleutre ("la couleur pleutre ?"), je me laisse faire et je prends ce qu'on me conseille. Parfois c'est bien et parfois, c'est mieux que ça.

Dans le cas présent, on est dans le second cas. Que je fasse étalage ici de toute mon inculture, Little Tulip est une nouvelle collaboration entre les deux auteurs et j'avoue ne pas avoir lu les premières. Bref, revenons à ce présent album. C'est effectivement une très très bonne histoire, complexe, multiple, se déroulant à plusieurs époques, de l'enfance du héros jusqu'à sa vie adulte dans les rues de New-York. Pourquoi est-il emprisonné avec ses parents ? Comment va-t-il vivre dans le goulag, évoluer avec les gangs, se placer pour rester vivant pour finalement devenir un prisonnier respecté, etc. On alterne donc entre l'époque actuelle à New-York et des flashbacks en URSS. L'histoire est dure, violente, sombre mais la fin, peut-être à peine trop rapide, permet à l'ouvrage, sans spoiler quoi que ce soit, de se terminer sur une jolie note positive.

Le dessin quant à lui est plutôt agréable. L'ambiance des lieux et de l'action est fort bien retranscrite pas les expressions des personnages et par les couleurs, subtiles. Les personnages sont charismatiques jusque dans le dessin et l'ensemble est donc une franche réussite. Little Tulip est donc un très bon album dont l'histoire aborde un sujet plutôt rare en BD, le goulag, avec un point de vue particulier, celui d'un enfant. Bref, on a ici un de très bons albums de l'année. 

Texte © Alfie's mec, 2014.
Couverture : Little Tulip, Jérôme Charyn et François Boucq, Éditions Le Lombard, 2014.

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mardi 25 novembre 2014

Pyramide nocturne

2013

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lundi 24 novembre 2014

Le Royaume - Emmanuel Carrère

le Royaume

Il y a quelques années, Emmanuel Carrère a découvert la foi chrétienne. Pendant trois ans, il a vécu avec l'Evangile. Redevenu agnostique, il s'interroge : comment une petite secte a-t-elle pu prendre l'ampleur qu'on lui connaît aujourd'hui et créer l'une des trois religions monothéiste ? En partant de ses carnets rédigés à l'époque, il mène l'enquête...

"Ce chemin que j'ai suivi autrefois en croyant, vais-je le suivre aujourd'hui en romancier ? En historien ? Je ne sais pas encore, je ne veux pas trancher, je ne pense pas que la casquette ait tellement d'importance." (p. 146)

Élevée dans une famille catholique, pratiquante, mais ayant moi-même pris des distances par rapport à la religion (l'agnostisme me convient bien...), j'ai été rapidement interpellée par ce nouveau livre d'Emmanuel Carrère. Ni roman, ni biographie, ni autobiographie, ni essai, Le Royaume est en même temps un peu de tout cela... Carrère va interroger les fondements même de la chrétienté, sans pour autant en remettre en cause la genèse, pour tenter de comprendre ce qui anime et ce qui fait croire les individus d'hier et d'aujourd'hui.

"Ce qu'il dit, c'est que c'est une chose étrange, quand on y pense, que des gens normaux, intelligents, puissent croire à un truc aussi insensé que la religion chrétienne, un truc exactement du même genre que la mythologie grecque ou les contes de fées. Dans les temps anciens, admettons : les gens étaient crédules, la science n'existait pas. Mais aujourd'hui !" (p. 13)
"Non, je ne crois pas que Jésus soit ressuscité. Je ne crois pas qu'un homme soit revenu d'entre les morts. Seulement, qu'on puisse le croire, et de l'avoir cru moi-même, cela m'intrigue, cela me fascine, cela me trouble, cela me bouleverse - je ne sais pas quel verbe convient le mieux." (p. 354)

Alors oui, il va y avoir de la citation dans cette chronique, car cela faisait longtemps que je n'avait pas post-ité une lecture. Même si j'ai mis plus de deux semaines pour venir à bout de ce pavé loin d'être aisé à lire, qui demande réflexion et concentration, je l'ai trouvé fort enrichissant et instructif.

Sur l'Histoire tout d'abord. Car si on parle de religion, on parle d'une religion née sous l'Empire romain, dans un contexte spécifique. Carrère raconte l'histoire d'hommes et de femmes ayant réellement existé, qu'il s'agisse des dirigeants romains, des apôtres ou des évangélistes. Il s'intéresse en particulier au célèbre épistolaire Paul et à Luc, puis sur la fin à Marc, deux des évangélistes. Jamais il ne remet en cause l'existence de Jésus, il tient pour un fait acquis son existence. Il tient pour réels les miracles réalisés tout en nuançant leur aspect miraculeux. Là où il questionne, c'est sur cette histoire de résurrection...

"Un jour, il a entendu parler d'une secte de Galiléens qui se nommaient eux-même "ceux qui suivent la Voie" et se distinguaient des autres Juifs par une croyance étrange. Leur maître, quelques années plus tôt, avait pour des raisons assez obscures été supplicié par la croix, chose déjà choquant mais qu'ils n'essayaient pas de dissimuler : au contraire, ils la revendiquaient. Plus choquant encore : ils refusaient de croire à sa mort. Ils disaient l'avoir vu mettre au tombeau, et puis, ensuite, vivant, parlant, mangeant. Ils disaient qu'il était ressuscité. Ils voulaient que tout le monde l'adore comme le Messie." (pp. 169-170)
"Une fois constaté que le corps n'était plus dans le tombeau, comment se fait-il qu'on ait si vite abandonné l'hypothèse réaliste selon laquelle on l'en aurait enlevé pour passer tout de suite à celle, extravagante, de sa résurrection ? Qui pourrait être ce "on" qui l'aurait enlevé ? L'autorité romaine, soucieuse comme le commando américain qui a anéanti Oussama ben Laden d’éviter qu'un culte se propage autour de sa dépouille ? Un groupe de pieux disciples qui ont voulu lui rendre un dernier hommage et provoqué tout ce pataquès en omettant de prévenir les autres ? Un groupe de disciples machiavéliques qui ont organisé, sciemment, la colossale imposture appelée à prospérer sous le nom de christianisme ?" (pp. 352-353)

Pour qui ne connaîtrait pas les Écritures chrétiennes, ce livre risque vite de paraître fastidieux. Carrère évoque de nombreuses lettres de Paul, les décortique, imagine ce qui a pu conduire son auteur à les produire, s'attarde sur de nombreux récits de l'Evangile en tentant là aussi de produire une sorte d'analyse... Par moment, ce livre m'a fait pensé à HHhH de Laurent Binet, sur la difficulté du travail d'écrivain. Mais là où Laurent Binet se refusait à imaginer, Emmanuel Carrère assume et s'imagine ses personnages et leur histoire. Quant aux chrétiens pratiquants, convaincus, je serai curieuse d'avoir leur avis... J'ai trouvé certains passages assez cruels avec la philosophie chrétienne, mettant en avant des messages paradoxaux que je n'avais pas saisi jusqu'à présent...

Cependant, si vous vous plongez dans cet ouvrage, armez vous de patience et de temps, de disponibilité d'esprit également, car c'est un livre qui interpelle et peut faire réfléchir, mais qui n'apportera aucune réponse avec certitude. Peut-être parce que sur ce sujet, il ne peut y avoir de certitude, juste de la tolérance.

"Les idoles ne sont que des idoles, ce qui compte n'est pas ce qui entre dans la boucher, kasher ou pas kasher, mais seulement ce qui en sort, parole bonne ou mauvaise. La vérité, disait Paul aux Juifs comme aux Grecs, c'est que tout est permis. Tout est permis mais, ajoutait-il, tout n'est pas opportun. Mangez ce que vous voulez, mais si vous vous trouvez à table avec quelqu'un à que ces choses importent, prenez garde à ne pas le choquer. Même si les interdits qu'il observe vous paraissent des enfantillages, observez les aussi, par respect pour lui. La liberté ne dispense pas du tact." (p. 254)
"Mais l'admiration n'est pas l'amour. L'amour veut la proximité, la réciprocité, l'acceptation de la vulnérabilité. L'amour seul ne dit pas ce que nous passons notre vie à dire tous, tout le temps, à tout le monde : "Je vaux mieux que toi." L'amour a d'autres façons de se rassurer. Une autre autorité qui ne vient pas d'en haut mais d'en bas." (p. 624)

Bref, un livre qui marque, mine de rien...

Une lecture en partenariat avec Price Minister pour les Matchs de la rentrée littéraire 2014.

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : Le Royaume, Emmanuel Carrère, Éditions P.O.L, 2014, 635 pages.

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dimanche 23 novembre 2014

Ruine

2013

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vendredi 21 novembre 2014

Le liseur du 6h27 - Jean-Paul Didierlaurent

Le liseur du 6h27Guylain Vignolles travaille dans une entreprise chargée de recylcler les livres invendus. Chaque matin, il prends le RER pour se rendre à son travail et en profite pour faire partager aux voyageurs quelques extraits sauvés des griffes de la Zerstor 500. Un jour, il récupère une clé USB. Pour la rendre à son propriétaire, il l'ouvre...

J'avoue qu'après tout ce qu'on a pu dire de ce livre depuis sa sortie, j'étais un peu inquiète de m'y plonger, craignant de renouveler l'expérience Delacourt et de ressortir de cette lecture avec un sentiment de "Tout ça pour ça". Heureusement, ce ne fut pas le cas, Jean-Paul Didierlaurent se plaçant largement au dessus de Grégoire Delacourt pour raconter la vie d'anonymes qui vont voir leur destin chamboulé.

Il faut dire qu'à l'origine, Guylain Vignolles n'est pas gâté par la nature. Ou plutôt par ses parents. Avec ce nom et ce prénom, il en a entendu des vertes et des pas mures. Comment se retrouve-t-il à s'occuper de cette affreuse machine à broyer des livres, quasiment un monstre vorace ? Peu d'importance. L'essentiel est ce personnage assez mutique, que l'on ne sent guère animé de passion, jusqu'au jour où... Autour de Guylain, peu de personnages, essentiellement son ancien collègue touché par l'accident, qu'on découvrira peu à peu, et ce personnage qui apparaît à travers la découverte de Guylain.

Le liseur du 6h27 est un roman qui fait du bien à l'âme et au moral, qui rappelle qu'en notre monde anonyme, il y a encore moyen de donner du plaisir autour de soi sans s'en rendre forcément compte... Un bonbon de douceur et d'humanité écrit avec une plume de qualité, sans tomber dans la mièvrerie ou le pathos. Bref, une délicieuse découverte d'automne, à savourer sous un plaid avec une boisson chaude le prochain dimanche de pluie !

Ce qu'on en dit ailleurs : beaucoup de choses, le mieux est d'aller faire un tour sur Babelio pour vous en rendre compte !

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : Le liseur du 6h27, jean-Paul Didierlaurent, Éditions Au diable vauvert, 2014, 218 pages.

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