Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
lundi 19 juin 2017

Quartiers d'été

L'été arrive, les vacances aussi, mais il faut parfois se faire une raison : il n'y a pas qu'une pause de boulot qui s'avère nécessaire. Aussi, le blog prend ses quartiers d'été dès aujourd'hui en raison du manque de disponibilité des patrons pour lire et rédiger de pertinents avis sur les bouquins qui leur passent entre les mains.

Né en décembre 2007, ce blog a connu une seule pause dans sa carrière de blog, en 2009. Il est temps de lui offrir un peu de repos, et à nous aussi.

Il y a quelques mois, j'ai fait des choix professionnels qui impactent grandement mon temps libre. Trouver le temps et l'énergie pour lire et rédiger des chroniques devient difficile. Le temps pour d'autres loisirs, comme regarder des séries, faire des photos, du sport, de la cuisine, est lui aussi mis à mal. Ayant suffisamment de contraintes dans le contexte professionnel, il convient de les réduire dans ma vie personnelle !

J'espère pouvoir revenir partager mes avis, mes coups de coeur et mes coups de gueule d'ici quelques mois. Peut-être sous une autre forme. Peut-être sous une autre plate-forme. Qui sait de quoi l'avenir est fait...

En attendant, vous pouvez toujours profiter de mes partages en ligne de photos. C'est différent, mais cela fait aussi voyager !

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vendredi 16 juin 2017

Scènes de boxe - Elie Robert-Nicoud

Scènes de boxeFils d'un boxeur amateur qui lui a toujours refusé l'accès aux rings, Elie Robert-Nicoud brosse le portrait d'un univers et de ses stars et met en lumière la boxe.

Voilà un bouquin sur lequel j'ai du mal à avoir un avis tranché, dans un sens comme dans l'autre. Scènes de boxe est un ouvrage à la frontière entre l'essai, la biographie et l'autobiographie. Chapitres après chapitres, l'auteur élabore le portrait d'un boxeur type et de son entourage.

"Il a fallu que j'attende que mes parents meurent pour me mettre à la boxe, pour entrer dans une salle la première fois, comme s'il avait fallu qu'à mon tour je me sente orphelin pour passer entre les cordes." (p. 127)

Issu d'un milieu modeste, souvent orphelin, le boxeur semble canaliser sa violence et accepter de l'encadre entre les élastiques qui délimitent le ring. En dehors, une fois sorti de ce cadre, Elie Robert-Nicoud raconte des hommes et des femmes qui connurent des chutes tout aussi violentes et brutales que leur ascension fut miraculeuse. A leurs côtés, on trouve le pire comme le meilleurs, des escrocs en guide de managers, mais aussi des figures paternelles protectrices en guise d'entraineurs.

"La boxe a même en elle une part de pornographie. Le spectacle qu'elle présente est un interdit, un tabou. Ce spectacle ne peut se jouer en dehors d'un ring, il relèverait du crime. Et son contenu aussi rappelle une certaine pornographie : deux hommes à moitié nus qui se frappent, s'enlacent parfois, s'humilient, saignent et hystérisent le public." (p. 81)

Pour illustrer ce portrait-type qui se dessine au fil des pages, l'auteur convoque la mémoire de grands noms de ce sport. Et c'est là que j'avoue avoir régulièrement décroché. A l'exception de Mike Tyson et de Mohamed Ali, j'ai souvent eu l'impression de lire un catalogue de noms et de destins qui me parlaient bien peu et au milieu desquels je me suis perdue et ennuyée.

"Il y a deux types de pères dans la boxe, ceux qui disent : "Tu sera le boxeur de la famille", et ceux qui disent : "Toi, tu ne boxeras jamais." Mais il n'y a pas de père indifférent." (p. 10)

Au final, j'ai du mal à définir la cible de Scènes de boxe. D'un côté, les néophytes comme moi apprécieront l'ambiance, la philosophie qui se dégagent de cet ouvrage. D'un autres, les mordus des gants de cuir seront sûrement plus enchantés que moi de revivre des combats a priori mythiques. C'est donc avec un sentiment mitigé que je referme ce livre, même s'il m'a permis de mieux cerner ce sport que je regarde une fois tous les quatre ans à la télévision à l'occasion des jeux olympiques !

"Je sais aujourd'hui que les boxeurs haïssent la boxe, ou qu'ils l'aiment comme on aimerait ses propres défauts ou comme un mineur aime la mine qui le nourrit en même temps qu'elle ronge sa santé." (p. 5)

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Une lecture en partenariat avec NetGalley et Stock, sortie en librairie le 26 avril dernier !

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Scènes de boxe, Elie Robert-Nicoud, éditions Stock, 2017, 224 pages.

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mercredi 14 juin 2017

La servante écarlate - Margaret Atwood

La servante écarlate

Dans un futur pas si lointain, la natalité a baissé au point que des escadrons de femmes sont tenues de la faire remonter. Dans cette société où les femmes occupent chacune une place, les Servantes naviguent de maisons en maison pour repeupler Gilead.

La récente sortie de la série The handmade's tale en Amérique du Nord et ses échos favorables m'ont incités à découvrir cette uchronie, bien que ce genre ne fasse pas partie de mes favoris. Mais il faut reconnaître que ce roman publié au milieu des années 1980 fait preuve d'une modernité quelque peu effrayante.

A la suite d'un coup d'état, l'organisation sociale est totalement refondue. Des castes sont créées, on doit appartenir à l'une ou à l'autre et porter un uniforme de la couleur de référence de la dite caste : bleu pour les Epouses, vert pour les domestiques baptisées Martha et rouge écarlate pour les Servantes. Un uniforme, des règles de vie très strictes, des laissez-passer pour se déplacer, la suppression de la lecture, activité subversive par excellence, autant de codes qui renvoient bien sûr à des sociétés autocratiques et dictatoriales.

"A l'extérieur du magasin il y a une énorme enseigne de bois en forme de lys ; il s'appelle le Lys des Champs. On peut voir l'endroit, sous le lys, où l'inscription a été badigeonnée de peinture, quand ils ont décidé que même le nom des magasins constituait une trop grande tentation pour nous. Maintenant ils ne sont marqués que par leurs enseignes." (p. 27)
"Mais tout autour des murs il y a des rayonnages. Ils sont bourrés de livres. Des livres et des livres et encore des livres, bien en vue, pas de serrures, pas de caisses. Rien d'étonnant que nous n'ayons pas le droit de venir ici. C'est une oasis de l'interdit." (p. 133)
"De temps en temps nous changeons d'itinéraire ; rien ne l'interdit, pourvu que nous restions à l'intérieur des barrières. Un rat dans un labyrinthe est libre d'aller où il veut, à condition qu'il reste dans le labyrinthe." (p. 158)

A Gilead, tout est cadré. L'argent n'existe plus, remplacé par des tickets, et le corps des femmes n'est vu que par le prisme de la fécondité. La lutte pour disposer de son corps est devenu l'une des raisons du déclin démographique, avec des catastrophes écologiques : plus question de pilule ou d'avortement. Il faut procréer, et des enfants sains, tant qu'à faire. Procréer, mais sans amour évidemment, en cachant ses émotions et ses sentiments, rendus coupables du déclin de la société. Les couples sont donc mariés de manière arrangés, et l'acte sexuel mis en scène pour ne lui conférer qu'une vertu reproductrice.

"Notre fonction est la reproduction ; nous ne sommes pas des concubines, des geishas, ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n'est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d'autre ; l'amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c'est tout : vases sacrés, calices ambulants." (p. 132)

Autant dire que tout signe d'affection apparaît dès lors comme suspect, comme risque de trahison. Car, comme dans toute société trop cadré, collaborateurs du régime et résistants font leur place. Alors la narratrice se réfugie dans ses souvenirs, souvenirs d'un monde proche du nôtre, d'un monde qui s'effondra sans que ses habitant ne bougent le plus petit doigts, persuadés que tout cela arrivait pour leur bien...

"Raconter, plutôt qu'écrire, parce que je n'ai pas de quoi écrire et que de toute façon il est interdit d'écrire, mais si c'est une histoire, même dans ma tête, il faut que je la raconte à quelqu'un. On ne se raconte pas une histoire à soi-même. Il y a toujours un autre. Même quand il n'y a personne." (p.41)
"Je suis une réfugiée du passé, et comme les autres réfugiés, je passe en revue les coutumes et les façons d'être que j'ai quittées ou que j'ai été forcée de laisser derrière moi, et tout semble tout aussi bizarre, vu d'ici, et j'en reste tout autant obsédée." (p. 216)

En résumé, voilà un roman effrayant et fascinant, passionnant. On ressort de ces pages avec la volonté de préserver et de conserver une liberté durement acquise et qui paraît finalement très fragile, la liberté de disposer de nos corps, et surtout de nos esprits.

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : La servante écarlate, Margaret Atwood, traduit de l'anglais (canada) par Sylviane Larue, éditions Robert Laffond, collection Pavillons poches, 2015, 546 pages.

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lundi 12 juin 2017

La clandestine du voyage de Bougainville - Michèle Kahn

La clandestine du voyage de Bougainville

En 1766, Louis-Antoine de Bougainville se lance dans un tour du monde avec deux vaisseaux, La Boudeuse et L'Etoile. A bord, des vivres, des marins, mais aussi un astronome et un botaniste, lequel voyage accompagné de son valet. Mais derrière l'habit d'homme, se cache en réalité Jeanne Baret. Aventurière, spécialiste des simples, Jeanne n'hésite pas à braver l'interdit qui empêche les femmes de naviguer.

Pour ce roman, Michèle Kahn s'est inspirée d'un épisode historique réel : Jeanne Baret, gouvernante de Philibert Commerson et peut-être compagne du scientifique, est en effet la première femme à avoir fait le tour du monde. En revanche, ne me demandez pas quelle est la part de réel et celle de fiction, ni quels sont les ouvrages sur lesquels l'auteur s'est appuyée pour rédiger ce roman : une petite postface doublée d'une bibliographie auraient pu conférer à l'ensemble un peu plus de réalisme...

Malgré ce bémol, La clandestine du voyage de Bougainville est un roman intéressant pour découvrir la première circumnavigation française. Comme avec Magellan, on se rends compte combien ces aventures pouvaient être dangereuses et éprouvantes entre les avaries, les contraintes météorologiques et les guerres internes entre les uns et les autres sur les navires. Au milieu de cet univers masculin, l'auteur met en scène une fille pleine de bon sens, qui herborise, et dont les talent contribuèrent en partie à la réussite de l'expédition. Mais encore une fois, de là à savoir ce qui relève du mythe et ce qui est réalité... Une chose est sure : c'est bien Commerson qui, au cours de ce voyage, rendit hommage à Bougainville en donnant son nom à l'une des fleurs découvertes au cours de l'expédition.

Ni vraiment roman d'aventures, ni totalement roman d'avoir, La clandestine du voyage de Bougainville a le mérite de mettre en lumière le destin d'une femme peu connue mais pourtant exceptionnelle !

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : La clandestine du voyage de Bougainville, Michèle Kahn, éditions Points, collection Grands romans, 2015, 264 pages.

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vendredi 9 juin 2017

Jours tranquilles à Clichy - Henry Miller

Jours tranquilles à Clichy

Paris, entre-deux-guerre. Joey et Carle partagent un petit appartement, écrivent, tentent de gagner de quoi manger et, quand ils y arrivent, flambent leurs billets auprès de jeunes femmes croisées ici ou là, ensemble ou séparément.

Je poursuis mon exploration de la littérature érotique avec un auteur devenu un classique du genre : Henry Miller. Dans cette édition, Jours tranquilles à Clichy est suivi d'un second texte encore plus court, Mara-Marignan.

Autant vous le dire tout de suite, c'est bien Jours tranquilles à Clichy qui est le texte le plus intéressant des deux. On y découvre un avatar de Miller, Joey, qui raconte ses rencontres et ébats sexuels avec une plus directe et crue certes, mais il nous fait aussi vivre revivre le Montmarte de cette époque à travers l'évocation de cafés, cabarets, ruelles où les femmes le troublent. On oscille alors entre une certaine délicatesse, une sorte de poésie dans les descriptions de la ville, et un langage cru, direct, sans hésitations dès qu'il s'agit de parler de sexe.

J'ai lu ici ou là des critiques quant à l'égoïsme de Miller dans le récit e ses ébats. Je pense qu'il ne faut pas perdre de vue que ce texte a été écrit en 1940, retravaillé et publié en 56, et le tout par un homme. Il ne faut pas oublier non plus que l'objectif premier des deux hommes au coeur de ces deux récits est le plaisir et la jouissance. Dès lors, il ne me semble pas choquant de lire Miller, de le voir tomber sous le charme de tant de femmes et d'en profiter. S'offusquerait-on de la même manière s'il s'agissait d'une femme racontait comment elle aime les "hommes objets" ? J'attends de voir...

Dans tous les cas, Jours tranquilles à Clichy a le mérite d'allier érotisme, voire pornographie, et qualité littéraire. Reste toujours à voir si les auteurs contemporains de ce type de littérature sont capables de faire de même !

"Je sentais qu'elle désirait que je lui parle d'amour. Dites tout ce que vous voudrez, faites tout ce qui vous plaira, mais parlez-moi d'amour - prononcez les mots splendides et sentimentaux qui cachent la réalité laide et nue de l'assaut sexuel." (p. 114)

Challenge classique
Une lecture qui s'inscrit dans le cadre du challenge "Un classique par mois" de Pr. Platypus.

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Jours tranquilles à Clichy, Henry Miller, traduit de l'anglais par Brice Matthieussent, éditions Livre de poche, collection Biblio, 2012, 128 pages.

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