Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
vendredi 29 août 2014

Les insurrections singulières - Jeanne Benameur

insurrections singulieres

Lorsque Karima le quitte, Antoine retourne chez ses parents. En congés forcées de l'usine où il travaille, Antoine croise la route de Marcel, le vendeur de vieux livres. Au gré d'une rencontre littéraire, Antoine s'embarque pour le Brésil, à la recherche de celui qu'il est...

Ce bouquin sera resté dans ma PAL assez peu de temps contrairement à d'autres... Alors que je dois vous avouer que j'avais un peu peur de m'y plonger. J'avais lu qu'il causait du rapport au travail, de sa place dans nos vies, et je n'étais pas certaine d'avoir envie de m'interroger sur ces questions. Et puis, à la veille d'un changement professionnel loin d'être anodin pour moi, j'ai tenté, prête à le laisser de côté si je me rendais compte que ce n'étais pas le moment adapté. Et finalement, j'ai dévoré. En l'espace de deux soirées, Antoine et ses réflexions m'ont accompagnée.

J'ai du mal à définir Les insurrections singulières. Il convient de vous prévenir que c'était la première fois que je lisais Jeanne Benameur. Je sais qu'elle prend une place croissante dans le paysage littéraire français contemporain, et je le comprends : style fluide, facile à lire, qui s'adapte assez bien à l'esprit de son personnage principal, même si j'aurai aimé un langage peut-être moins ampoulé de la part d'un Antoine qui se dit lui même peu éduqué, tout juste titulaire de son bac. Mais ce qui m'a le plus marqué dans ce roman, c'est toute cette quête d'identité qu'Antoine entame à l'aune d'une rupture amoureuse...

"En fait, il y croit et c'est peut-être ça que je supporte le moins. Lui, il est à sa place. Sur l'échiquier, il sait quelle partie il joue." (p.39)

Tout dans sa tête se questionne... A-t-il eu raison de suivre les traces de son père à l'usine ? Qu'aurait-il pu faire d'autre ? Que va-t-il faire de sa vie désormais ? Jeanne Benameur vient raconter l'histoire d'un trentenaire qui tente de trouver sa place, de savoir qui il est. Ce roman parle d'un homme en colère, d'un homme révolté, qui tente de se connaître pour s'apaiser. Qui s'interroge sur la manière de trouver sa place en tant qu'individu unique dans la masse similaire qu'est une famille, un groupe professionnel, et peut-être la société toute entière. C'est un roman actuel, qui parle de notre rapport au travail : doit-il être un simple moyen de subsistance, une manière d'appréhender la vie, une passion ? 

Dans la très courte postface de son roman, Jeanne Benameur explique que ce roman est né des fermetures d'usines en France, des multiples délocalisations auxquelles doivent faire face les ouvriers. Mais elle a réussit à insuffler à Antoine des questionnements plus vastes et plus généraux sur le sens que nous tentons tous de donner à nos vies. 
Un roman qui nous rappelle de ne jamais perdre de vue les rêves que nous pouvons avoir dans un coin de nos têtes face aux impératifs qui se veulent obligatoires du quotidien...

"Je pense à Jean de Monlevade. A ceux qui osent, un jour, faire voile, laissant tout derrière eux. Je sens en moi la force que donnent les rêves retenus de tous les autres, ceux qui ne partent jamais." (p. 148)

Ce qu'on en dit ailleurs :

  • Clara et les mots : "Jeanne Benameur tel un archer touche sa cible. En peu de mots, toujours très justes, elle nous amène à réagir et à réfléchir comme si ce livre était destiné à chacun d’entre nous."
  • Le goût des livres : "La classe ouvrière, la mondialisation, les délocalisations, l'étranglement de l'individu dans un système ultra-formaté, la solitude des êtres, l'importance des mots, les thèmes abordés dans ce roman sont nombreux et s'entrecroisent."
  • Audouchoc : "Un roman porteur d'une jolie douceur et de questions ancrées dans son époque."

Challenge PAL

Une lecture qui s'inscrit dans le Challenge Destination PAL de Lili Galipette !

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : Les insurrections singulières, Jeanne Benameur, Éditions Actes sud, Collection Babel, 2013, 240 pages. 

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jeudi 28 août 2014

Surfeur

2013

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mercredi 27 août 2014

Un Opéra de Papier - Edgar P. Jacobs

ODP_COUVUne autobiographie du père de Blake et Mortimer.

Merci d'avoir lu avec attention ce pitch qui m'a demandé beaucoup de réflexion. Oui, c'est vrai, quoi, un mec qui raconte sa vie, c'est super difficile à pitcher. Parce que je me suis dit que si j'écrivais "C'est une autobiographie.", ça risquait de faire un peu juste. Même si, attention, je ne doute pas que chacun d'entre vous sache ce qu'est une autobiographie, je me suis dit que c'était vraiment trop court. Du coup, je me suis dit qu'il fallait en remettre un petit peu. Mais si je remettais le nom de l'auteur dans le pitch, ça faisait répétition avec le titre. Du coup, tac, je paraphrase. Et je sais que votre culture générale vous permet d'associer Edgar P. Jacobs à "papa de Blake et Mortimer".

Ce qui est embêtant avec les autobiographies, c'est que c'est forcément subjectif. L'auteur peut se permettre d'éluder certains passages, d'embellir certains autres, bref, de faire un peu ce qu'il veut. Du coup, par exemple, la première partie consacrée à l'enfance n'est basée fondée que sur les souvenirs du principal concerné et se retrouve du coup assez légère, sans grand intérêt. Veuillez noter que le prochain que je vois à utiliser l'expression "baser sur" sera émasculé en place publique, ça ne se dit pas, c'est un gallicisme de l'anglais "based on". Remerciez mon professeur de français de première qui m'a appris ça. Ne vous gaussez pas, j'aimais beaucoup ce garçon qui nous expliquait que le romantisme, ce n'était pas les petits lapins qui galopent dans la prairie et les fleurs dans les yeux ou qui arrivait à nous intéresser (un peu) à Barbey d'Aurevilly alors que Dieu sait que c'est passablement chiant, comme poésie. Vous n'imaginez même pas comment j'ai prié pour ne pas tomber là-dessus au bac français. Bref, petit high five à mon prof de français de première dont je ne donnerai pas le nom des fois que le quidam qui cherche "Pascal Vey" sur Google arrive sur cette page arrive sur cette page et se demande ce que fout le nom d'un prof de français dans une chronique sur une autobiographie de Jacobs.

L'intérêt de cette autobiographie porte sur deux aspects. Oui, à un moment dans cette chronique qui commence vraiment à devenir n'importe quoi, je m'intéresse au livre que j'ai lu, qui m'a intéressé et que je DOIS chroniquer parce que sinon, ça ferait mauvais genre et que la patronne serait foutue de me punir. Sévèrement. Premier aspect, la première carrière de Jacobs en tant que chanteur lyrique. Il s'agit d'un aspect relativement méconnu de l'auteur et son histoire permet de voir qu'un petit détail peut faire qu'un enfant d'intéresse à quelque chose. De fait, Jacobs n'est (re)venu au dessin que du fait de la crise de 1929 qui s'est exportée en Europe. Il a commencé par faire des catalogues de grands magasins avant de se voir offrir un contrat dans des revues de BD. Jacobs raconte également comment est né le Rayon Û, sa première oeuvre complète.

Dans une seconde partie, Jacobs détaille les inspirations et le contexte de chaque histoire de Blake et Mortimer. Le second intérêt de cette autobiographie (puisqu'il y en avait deux, essayez de suivre, bon sang) réside dans tous les crayonnés, brouillons, dessins de catalogues et autres oeuvres originelles qui émaillent le récit de Jacobs. Ah oui, si cette chronique est publiée un mercredi, jour de BD, c'est parce que l'auteur est auteur de BD, pas parce qu'il ne s'agit que d'une BD. Ce très intéressant Opéra permet donc d'en apprendre plus sur la vie d'Edgar P. Jacobs et de voir que l'homme avait des vrais talents de dessinateur dès le plus jeune âge. On sera néanmoins surpris par la conclusion de cette autobiographie alors que Jacobs nous raconte être relativement déçu de sa vie qu'il voyait destinée plus au chant lyrique qu'au dessin. Alors que bon, que serait la bande dessinée sans Blake et Mortimer ?

Texte © Alfie's mec, 2014.
Couverture : Un Opéra de Papier, Edgar P. Jacobs, Éditions Gallimard, 1981 (réédition 2013).

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mardi 26 août 2014

Cordages - 2 -

2013

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lundi 25 août 2014

Le doigt d'Horace - Marcus Malte

horaceAlors qu'il sort du club de jazz où il vient de jouer, Mister est abordé par Franck, jeune homme qui lui dit venir de commettre un triple meurtre. Alors que Franck disparait comme il est arrivé, Mister et Bob, son ami chauffeur de taxi, tentent de démêler le vrai du faux de l'histoire de Franck.

Il y a quelques années, j'avais pris beaucoup de plaisir à lire Les harmoniques. Profitant d'un salon pour rencontrer l'auteur, Marcus Malte m'a lui-même aiguillé vers Le doigt d'Horace pour continuer à découvrir son travail, mais en me mettant en garde : c'était un roman plus ancien, sûrement moins travaillé que son dernier qui m'avait tant plu...

On rencontre en effet dans ce roman Mister et Bob, qui reviennent dans Les harmoniques. Grand black, pianiste dans un club, Mister accompagne Bob après son "travail"... Taxi dans Paris, Bob a une conception toute particulière de son rôle, et semble bien souvent oublier que l'idée est de prendre des passagers... Mais où asseoir les passagers quand la voiture est pleine de cassettes de jazz ?! Ces deux personnages totalement atypiques, entre le poétique et le farfelu, vont croiser Franck... Dès le début, le lecteur est prévenu : Franck est un tueur. Je ne vous en dis pas plus, vous comprendrez bien assez vite. Mais les deux compères ne comprennent pas : comment cet homme qui semble bien sous tout rapport peut-il être mêlé au drame que les radios relayent ?

L'enquête en elle même, si elle reste bien construite, est truffée de hasards et de coïncidences trop beaux pour être vrais. Ainsi, la rencontre de Bob avec la vieille dame qui convoque Miss Marple et Miss Silver dans son salon pour prendre le thé parait tellement invraisemblable qu'on se demande si le reste est vraiment réel. Et c'est à cela qu'on sent qu'il s'agit en effet de son premier roman. Marcus Malte semble y avoir mis beaucoup de son univers littéraire et musical, mais on sent la naïveté du jeune écrivain, surtout par rapport aux Harmoniques si musical, si travaillé.

Premier roman prometteur, Le doigt d'Horace permet aux lecteurs de Marcus Malte de faire connaissance avec deux êtres humains très humains, détachés de certains considérations contemporaines, avides de musique jazz et d'écoute...

 Challenge PAL
Une lecture qui s'inscrit dans le Challenge Destination PAL de Lili Galipette !

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : Le doigt d'Horace, Marcus Malte, Éditions Gallimard, collection Folio policier, 2009, 270 pages.

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