Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
lundi 21 août 2017

Un certain M. Piekielny - François-Henri Désérable

Un certain m Piekielny

Lorsqu'il découvre La promesse de l'aube en classe de première, François-Henri Désérable ne se doute pas qu'une simple phrase lui restera en tête, ranimée en plein Vilnius suite à un étrange concours de circonstances. Dès lors, il s'interroge : qui était ce monsieur Piekielny qui souhaitait tant que Romain Gary parle de lui aux grands de ce monde ?

Le blog reprend du service avec de très bons romans de cette rentrée littéraire. On commence avec le nouveau roman de François-Henri Désérable...

Après avoir découvert ce jeune auteur (il a quatre ans de moins que moi, donc il est jeune, et je suis jalouse de son talent !) avec Evariste, le sujet du nouveau roman de François-Henri Désérable m'a interpellé. Voilà qu'il s'intéresse à un personnage que Romain Gary évoque dans on autobiographie romancée, La promesse de l'aube. Seul roman de Romain Gary que j'ai lu à ce jour, La promesse de l'aube m'avait bouleversée, et je constate à travers Un certain M. Piekielny que je ne suis pas la seule à garder ce texte en mémoire.

A toi, futur lecteur de ce roman, songe d'abord à (re)lire le chapitre sept de La promesse. François-Henri Désérable n'est pas méchant, il te donnera toutes les clés pour comprendre son livre, et n'hésitera pas à citer les passages clés de ce chapitre essentiel pour la compréhension du roman. Ceci fait, il suffit de se laisser porter. Car François-Henri Désérable est un formidable raconteur d'histoire. De la sienne, de cette de monsieur Piekielny, de celle de Gary, et même de celle de Nicolas Gogol. Car à travers cette recherche, cette enquête sur les traces du voisin de celui qui s'appelait encore à l'époque Roman Kacew, François-Henri Désérable se raconte, évoque son rapport à l'écriture, à la littérature, le parcours qui l'a amené à devenir écrivain quand sa mère le voyait déjà docteur en droit... Et pour trouver et comprendre ce fameux monsieur Piekielny, le voilà également lancé sur les traces de Gary, de Vilnius à Paris, récit de l'homme entre faits avérés et fiction.

Peu à peu, se dessine un ouvrage où tout le talent de l'écrivain apparaît, qu'il s'agisse de l'écrivain nommé François-Henri Désérable, mais, aussi de manière générique, de l'ensemble de ces auteurs qui manient les mots pour se raconter entre fiction et réalité. Gary, on le sait, n'hésita pas à se créer une filiation avec un acteur russe, filiation plus glorieuse que ce père qui abandonna épouse et fils pour une jeunette. Il n'hésita pas non plus à relancer son souffle d'écrivain à travers son alter ego également lauréat du Goncourt, Emile Ajar. Alors on en vient à s'interroger : qu'est-ce qui relève du réel et qu'est-ce qui est fiction dans tout ce que Désérable nous raconte... De là à supposer que François-Henri Désérable aurait lui-même pu imaginer certains événements de sa vie ?...

Au final, il reste un roman extrêmement bien écrit qui interroge le pouvoir des mots et le pouvoir de l'écrivain, et met en valeur deux grands auteurs : Romain Gary, évidemment, mais également François-Henri Désérable lui-même qui confirme ici un réel talent littéraire.

babelio
Une lecture en partenariat avec Babelio et Gallimard, sortie en librairie le 17 août 2017 !

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Un certain M. Piekielny, François-Henri Désérable, éditions Gallimard, 2017, 272 pages.


dimanche 20 août 2017

Ca sent la rentrée...

Si vous lisez ce message, c'est que vous ne vous êtes pas découragé et que vous avez continuer à passer dans cet espace laissé en friche le temp d'un (petit) été. Les vacances aidant, j'ai pu lire, j'ai pu retrouver le plaisir de me plonger dans des histoires inventées par d'autres, et je vous reviens avec grand plaisir !

Dès demain, les publications de chroniques vont reprendre, au rythme de deux ou trois chroniques de livres par semaine. C'est qu'il faut savoir lever le pied, pour mieux repartir ensuite ! Nous allons aussi reprendre les publications le dimanche, en variant : des recettes, des photos, des jeux, de quoi se divertir en tout cas !

En attendant, merci de votre fidélité ! Je vous laisse avec un tout petit extrait de nos vacances estivales sur les bords de la Loire ! Saurez-vous reconnaitre les lieux qui ont été pris en photo (évidemment, je vous épargne le lieu des fleurs et de la cotte de mailles !) ?

montage Loire

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lundi 19 juin 2017

Quartiers d'été

L'été arrive, les vacances aussi, mais il faut parfois se faire une raison : il n'y a pas qu'une pause de boulot qui s'avère nécessaire. Aussi, le blog prend ses quartiers d'été dès aujourd'hui en raison du manque de disponibilité des patrons pour lire et rédiger de pertinents avis sur les bouquins qui leur passent entre les mains.

Né en décembre 2007, ce blog a connu une seule pause dans sa carrière de blog, en 2009. Il est temps de lui offrir un peu de repos, et à nous aussi.

Il y a quelques mois, j'ai fait des choix professionnels qui impactent grandement mon temps libre. Trouver le temps et l'énergie pour lire et rédiger des chroniques devient difficile. Le temps pour d'autres loisirs, comme regarder des séries, faire des photos, du sport, de la cuisine, est lui aussi mis à mal. Ayant suffisamment de contraintes dans le contexte professionnel, il convient de les réduire dans ma vie personnelle !

J'espère pouvoir revenir partager mes avis, mes coups de coeur et mes coups de gueule d'ici quelques mois. Peut-être sous une autre forme. Peut-être sous une autre plate-forme. Qui sait de quoi l'avenir est fait...

En attendant, vous pouvez toujours profiter de mes partages en ligne de photos. C'est différent, mais cela fait aussi voyager !

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vendredi 16 juin 2017

Scènes de boxe - Elie Robert-Nicoud

Scènes de boxeFils d'un boxeur amateur qui lui a toujours refusé l'accès aux rings, Elie Robert-Nicoud brosse le portrait d'un univers et de ses stars et met en lumière la boxe.

Voilà un bouquin sur lequel j'ai du mal à avoir un avis tranché, dans un sens comme dans l'autre. Scènes de boxe est un ouvrage à la frontière entre l'essai, la biographie et l'autobiographie. Chapitres après chapitres, l'auteur élabore le portrait d'un boxeur type et de son entourage.

"Il a fallu que j'attende que mes parents meurent pour me mettre à la boxe, pour entrer dans une salle la première fois, comme s'il avait fallu qu'à mon tour je me sente orphelin pour passer entre les cordes." (p. 127)

Issu d'un milieu modeste, souvent orphelin, le boxeur semble canaliser sa violence et accepter de l'encadre entre les élastiques qui délimitent le ring. En dehors, une fois sorti de ce cadre, Elie Robert-Nicoud raconte des hommes et des femmes qui connurent des chutes tout aussi violentes et brutales que leur ascension fut miraculeuse. A leurs côtés, on trouve le pire comme le meilleurs, des escrocs en guide de managers, mais aussi des figures paternelles protectrices en guise d'entraineurs.

"La boxe a même en elle une part de pornographie. Le spectacle qu'elle présente est un interdit, un tabou. Ce spectacle ne peut se jouer en dehors d'un ring, il relèverait du crime. Et son contenu aussi rappelle une certaine pornographie : deux hommes à moitié nus qui se frappent, s'enlacent parfois, s'humilient, saignent et hystérisent le public." (p. 81)

Pour illustrer ce portrait-type qui se dessine au fil des pages, l'auteur convoque la mémoire de grands noms de ce sport. Et c'est là que j'avoue avoir régulièrement décroché. A l'exception de Mike Tyson et de Mohamed Ali, j'ai souvent eu l'impression de lire un catalogue de noms et de destins qui me parlaient bien peu et au milieu desquels je me suis perdue et ennuyée.

"Il y a deux types de pères dans la boxe, ceux qui disent : "Tu sera le boxeur de la famille", et ceux qui disent : "Toi, tu ne boxeras jamais." Mais il n'y a pas de père indifférent." (p. 10)

Au final, j'ai du mal à définir la cible de Scènes de boxe. D'un côté, les néophytes comme moi apprécieront l'ambiance, la philosophie qui se dégagent de cet ouvrage. D'un autres, les mordus des gants de cuir seront sûrement plus enchantés que moi de revivre des combats a priori mythiques. C'est donc avec un sentiment mitigé que je referme ce livre, même s'il m'a permis de mieux cerner ce sport que je regarde une fois tous les quatre ans à la télévision à l'occasion des jeux olympiques !

"Je sais aujourd'hui que les boxeurs haïssent la boxe, ou qu'ils l'aiment comme on aimerait ses propres défauts ou comme un mineur aime la mine qui le nourrit en même temps qu'elle ronge sa santé." (p. 5)

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Une lecture en partenariat avec NetGalley et Stock, sortie en librairie le 26 avril dernier !

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Scènes de boxe, Elie Robert-Nicoud, éditions Stock, 2017, 224 pages.

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mercredi 14 juin 2017

La servante écarlate - Margaret Atwood

La servante écarlate

Dans un futur pas si lointain, la natalité a baissé au point que des escadrons de femmes sont tenues de la faire remonter. Dans cette société où les femmes occupent chacune une place, les Servantes naviguent de maisons en maison pour repeupler Gilead.

La récente sortie de la série The handmade's tale en Amérique du Nord et ses échos favorables m'ont incités à découvrir cette uchronie, bien que ce genre ne fasse pas partie de mes favoris. Mais il faut reconnaître que ce roman publié au milieu des années 1980 fait preuve d'une modernité quelque peu effrayante.

A la suite d'un coup d'état, l'organisation sociale est totalement refondue. Des castes sont créées, on doit appartenir à l'une ou à l'autre et porter un uniforme de la couleur de référence de la dite caste : bleu pour les Epouses, vert pour les domestiques baptisées Martha et rouge écarlate pour les Servantes. Un uniforme, des règles de vie très strictes, des laissez-passer pour se déplacer, la suppression de la lecture, activité subversive par excellence, autant de codes qui renvoient bien sûr à des sociétés autocratiques et dictatoriales.

"A l'extérieur du magasin il y a une énorme enseigne de bois en forme de lys ; il s'appelle le Lys des Champs. On peut voir l'endroit, sous le lys, où l'inscription a été badigeonnée de peinture, quand ils ont décidé que même le nom des magasins constituait une trop grande tentation pour nous. Maintenant ils ne sont marqués que par leurs enseignes." (p. 27)
"Mais tout autour des murs il y a des rayonnages. Ils sont bourrés de livres. Des livres et des livres et encore des livres, bien en vue, pas de serrures, pas de caisses. Rien d'étonnant que nous n'ayons pas le droit de venir ici. C'est une oasis de l'interdit." (p. 133)
"De temps en temps nous changeons d'itinéraire ; rien ne l'interdit, pourvu que nous restions à l'intérieur des barrières. Un rat dans un labyrinthe est libre d'aller où il veut, à condition qu'il reste dans le labyrinthe." (p. 158)

A Gilead, tout est cadré. L'argent n'existe plus, remplacé par des tickets, et le corps des femmes n'est vu que par le prisme de la fécondité. La lutte pour disposer de son corps est devenu l'une des raisons du déclin démographique, avec des catastrophes écologiques : plus question de pilule ou d'avortement. Il faut procréer, et des enfants sains, tant qu'à faire. Procréer, mais sans amour évidemment, en cachant ses émotions et ses sentiments, rendus coupables du déclin de la société. Les couples sont donc mariés de manière arrangés, et l'acte sexuel mis en scène pour ne lui conférer qu'une vertu reproductrice.

"Notre fonction est la reproduction ; nous ne sommes pas des concubines, des geishas, ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n'est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d'autre ; l'amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c'est tout : vases sacrés, calices ambulants." (p. 132)

Autant dire que tout signe d'affection apparaît dès lors comme suspect, comme risque de trahison. Car, comme dans toute société trop cadré, collaborateurs du régime et résistants font leur place. Alors la narratrice se réfugie dans ses souvenirs, souvenirs d'un monde proche du nôtre, d'un monde qui s'effondra sans que ses habitant ne bougent le plus petit doigts, persuadés que tout cela arrivait pour leur bien...

"Raconter, plutôt qu'écrire, parce que je n'ai pas de quoi écrire et que de toute façon il est interdit d'écrire, mais si c'est une histoire, même dans ma tête, il faut que je la raconte à quelqu'un. On ne se raconte pas une histoire à soi-même. Il y a toujours un autre. Même quand il n'y a personne." (p.41)
"Je suis une réfugiée du passé, et comme les autres réfugiés, je passe en revue les coutumes et les façons d'être que j'ai quittées ou que j'ai été forcée de laisser derrière moi, et tout semble tout aussi bizarre, vu d'ici, et j'en reste tout autant obsédée." (p. 216)

En résumé, voilà un roman effrayant et fascinant, passionnant. On ressort de ces pages avec la volonté de préserver et de conserver une liberté durement acquise et qui paraît finalement très fragile, la liberté de disposer de nos corps, et surtout de nos esprits.

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : La servante écarlate, Margaret Atwood, traduit de l'anglais (canada) par Sylviane Larue, éditions Robert Laffond, collection Pavillons poches, 2015, 546 pages.

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