Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
vendredi 29 mai 2015

L'Aquarelliste - Beatrice Masini

L'aquarellisteAu XIXe siècle, dans la région de Milan, un poète célèbre engage la brillante Bianca pour réaliser un inventaire des plantes de son domaine. Jeune femme élevée par son père, ayant parcouru l'Europe, et maniant les pinceaux à merveille, Bianca occupe une place particulière dans la maison, ente les maîtres et les domestiques. Peu à peu, elle y découvre quelques secrets...

J'ai reçu ce roman à point nommé, alors que je profitais de quelques jours de vacances dont le seul programme était de me faire plaisir et de prendre mon temps. Autant vous dire que j'ai aggravé la file de chroniques en attente de publication, notamment avec ce bouquin qui m'a entraîné dans un pays et à une époque que je ne connaissais guère.

Dans ce premier roman écrit pour un public adulte, Beatrice Masini nous fait découvrir l'Italie au XIXe siècle, une époque où, si j'ai bien compris les éléments évoqués en filigrane, le pays était loin d'être unifié comme nous le connaissons aujourd'hui et où la présence des Autrichiens dans la région de Milan faisait grincer quelques dents.

Au coeur de l'histoire, Bianca, une jeune femme indépendante, qui rêve de vivre de son art et, pour cela, accepter la proposition d'un célèbre poète de venir travailler chez nous au recensement d'un nombre importants de végétaux. Botaniste et peintre, Bianca va faire preuve d'un grand talent pour la commande qui lui est passé. Si elle cultive la discrétion et la réserve, elle n'en reste pas moins très vigilante et observatrice. Elle ne tarde pas à comprendre que l'histoire de Pia, l'une des petites domestiques proches d'elle, cache quelques secrets.

Si j'ai vraiment aimer me plonger dans l'atmosphère de ce roman émaillé de multiples descriptions de végétaux, des détails des pétales ou des feuilles, qui rendaient les dessins de Bianca visibles à mes yeux, je regrette un peu que l'auteur se soit à peine éparpillée dans les sujets qu'elle évoque : révolution, passé des différents personnages, histoires de Minna et de Pia... Trop de suggestions sont lancées au lecteur qui reste un peu sur sa fin en refermant le livre : si certaines réponses sont données, trop de questions restent en suspend...

Malgré ce bémol, voilà une très belle histoire de femme, une femme qui rêve d'indépendance, au-delà des convenances de l'époque, une femme dont on ne rêve plus que de pouvoir feuilleter le travail... Une femme frustrante donc puisqu'elle n'existe que dans notre imaginaire désormais !

Mes remerciements à l'équipe du Livre de poche pour leur fidélité et leur confiance : encore une belle découverte grâce à vous !

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : L'Aquarelliste, Beatrice Masini, traduit de l'italien par François Rosso, Éditions Livre de poche, 2015, 432 pages.

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mercredi 27 mai 2015

Southern Bastards - Jason Aaron, Jason Latour

SB_COUVDe retour à Craw Caounty, Earl Tubb n'a qu'une seule chose en tête : vider la maison du vieil oncle Buhl et repartir au plus vite de cette petite ville d'Alabama qu'il a quittée il y a 40 ans. Il suffira d'une altercation avec quelques locaux au diner du coin pour transformer ce séjour en descente aux enfers. Un enfer taillé sur mesure par Euless Boss, coach de l'équipe de football local et ennemi juré de feu le shérif Tubb, paternel d'Earl.

Encore un conseil du dealer, cette fois-ci au rayon comics. Et pourtant, d'habitude, ce rayon est un peu le coin réservé du fiston. Bon, j'avoue, ce dernier avait aussi lu ce livre et donc appuyé le conseil de départ. Il faut d'ailleurs bien lire la préface avant de plonger dans cette petite ville d'Alabama. Les deux auteurs, eux-mêmes originaires du Sud des Etats-Unis, y expliquent à quel point à la fois ils aiment et détestent leur région d'origine. En partie à cause des pécores crétins qui passent pour être l'apanage du Sud du pays qui mériterait tellement qu'on s'y intéresse pour autre chose.

De fait, on ne peut pas dire que Craw County soit un coin particulièrement accueillant. Un bar-restaurant passablement miteux, des habitants pas très futés et le tout sous la coupe du coach de l'équipe de football qui tient tout le monde dans sa main et fait régner sa loi. Même le shérif local ne peut, ne veut pas faire grand chose. Du coup, quand le fils de l'ancien shérif se pointe et qu'il découvre le tableau, on ne peut pas dire que ça lui fasse top top plaisir. L'histoire est particulièrement violente et la construction du scénario laisse apercevoir quelque chose d'intéressant pour le(s) tome(s) à venir. On pourra éventuellement reprocher la gratuité de la violence et le point de départ anecdotique pour cette escalade mais le rappel à la préface justifie ce choix..

Au-delà des astuces scénaristiques (les coups de fil à une personne que l'on ne connaît pas, la batte du paternel, ...), l'histoire est servie par un dessin au trait anguleux, aux couleurs franches et contrastées et un découpage comics classique. De fait, Southern Bastards propose un début d'histoire qu'il convient de voir évoluer. Plutôt agréable, on attend de voir où les auteurs veulent emmener leur héros et nous avec. A suivre.

NB 1 : Pitch tiré de la quatrième de couvertureNB 2 : Lecture déconseillé à un jeune public

Texte © Alfie's mec, 2015.
Couverture : Southern Bastards, Jason Aaron, Jason Latour (trad. : Benjamin Rivière), Éditions Urban Comics (collection Urban Indies), 2015 (1 tome paru).

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lundi 25 mai 2015

Quelque chose pour le week-end - Sébastien Gendron

Quelque chose pour le week-endKirk Bay, sur la côte anglaise. Alors que Lawrence Paxton s'échappe pour prendre l'air en pleine nuit sur la plage, le voilà qui découvre quelques centaines de kilos de cocaïne et une foule de pingouins devant lui... Alors que les premières analyses dévoilent que cette espèce de pingouins est déclarée disparue depuis le 19e siècle, une idée folle germe dans la tête de Lawrence pour mettre fin à une vie conjugale passionnément lassante...

C'est sympa, les salons du livre, ça permet de rencontrer des auteurs, de se faire conseiller des bouquins qu'on n'aurait sûrement pas osé acheter en temps normal, et d'avoir des dédicaces originales. Ainsi, il y a deux ans, Sébastien Gendron, installé à côté de Marcus Malte ou de Marin Ledun, ou peut-être des deux, m'avait fait l'article de son roman de telle sorte que j'avais craquée. Et puis les pingouins et l'Union Jack sont restés dans mes étagères... Jusqu'à ce soir de mars 2015, où je me suis décidée à les en sortir (oui, j'ai un peu de retard dans la publication de mes chroniques... Et alors ?!)...

Ce roman est une histoire totalement barrée et loufoque, un roman qui aurait pu être écrit par un britannique tant on baigne dans l'humour english et dans une atmosphère arrosée de pintes de stout et de tourtes à la viande. Avec une large dose de n'importe quoi. Oui, du grand n'importe quoi, des personnages à la base "normaux" qui vont virer la carte, à commencer par Lawrence... Lawrence, récemment retraité, travaillant auparavant dans la banque, qui va se sentir pousser des ailes à coup de rails de cocaïne... De la blanche qui va sacrément noircir l'ambiance à Kirk Bay !

Normalement, les histoires déjantées et foutraques, ça me plaît, mais à petites doses. Là, j'ai vraiment passé un excellent moment, retournant avec plaisir découvrir la suite de ces histoires barrées... Mais sans doute la plume extrêmement rythmée et maîtrisée de Sébastien Gendron n'y est pas pour rien. A croire qu'on peut faire du délirant, tout en conservant une qualité réelle d'écriture !

Texte © Miss Alfie, 2015.
Édition présentée : Quelque chose pour le week-end, Sébastien Gendron, Éditions Baleine, 2011, 295 pages.

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dimanche 24 mai 2015

Flan de courgettes au jambon blanc

Dans la famille des plats pratiques qu'on peut faire à l'avance et qui font un dîner léger avec une salade verte, je demande les flans de légumes ! Aujourd'hui, je vous propose une recette qui, je vous l'accorde, n'est pas encore totalement de saison, mais qui mettra malgré tout quelques saveurs estivales dans votre assiette !

Pour cette recette, prévoir :

  • 2 courgettes
  • 4 tranches de jambon blanc
  • 4 oeufs
  • 3 cuillères à soupe de Maïzena
  • 20 cl de lait
  • de la ciboulette (fraîche de préférence), sel, poivre

Préchauffer le four à 180°.

Éplucher et couper en petits morceaux les courgettes.
Les faire revenir à la poêle avec un peu d'huile d'olive pour qu'elles cuisent et dégorgent.

Dans un saladier, mélanger les oeufs, le lait et la Maïzena.
Ajouter le jambon coupé en morceaux, la ciboulette et l'assaisonnement.

Une fois les courgettes cuites et égouttées, les ajouter au mélange.

Verser dans un moule à cake ou dans des ramequins individuels.

Faire cuire 50 minutes (35 minutes pour des flans individuels).

Servir de préférence froid.

Flan de courgettes et jambon blanc

Bon appétit !

Texte et photo © Miss Alfie 2015.

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vendredi 22 mai 2015

Toute la lumière que nous ne pouvons voir - Anthony Doerr

Toute la lumière que nous ne pouvons voirMarie-Laure est devenue aveugle à l'âge de six ans. Elle vit avec son père, serrurier au musée d'histoire naturelle de Paris. En 1940, ils doivent fuir Paris, avec un bagage un peu particulier. Werner est orphelin. Petit génie de la radio, il a l'opportunité d'entrer dans l'une des école d'élite du Reich. Il intègre bientôt l'armée pour tenter d'intercepter les transmissions des résistants. D'un bout à l'autre de la zone de conflit, leurs destins finiront par se croiser à l'ombre des remparts de Saint-Malo...

Attention, coup de coeur ! Oui, je n'y vais pas par quatre chemins : coup de coeur pour ce roman primé aux Etats-Unis (le Pulitzer, ce n'est pas rien quand même) qui m'a permis de découvrir une face de l'histoire de Saint-Malo que je ne connaissais pas malgré les innombrables heures et journées que j'ai pu passer dans cette ville ! Je reconnais toutefois que si j'ai autant aimé ce livre, c'est qu'il parle d'une ville dont j'ai de multiples fois arpenté les rues... Mais un Américain qui vient raconter l'histoire du bombardement de Saint-Malo, ça donne quoi ?

Pour commencer, ça donne des chapitre très courts, parfois une demi-page, maximum quatre ou cinq, au cours desquels le lecteur suit alternativement Marie-Laure et Werner. Ainsi qu'un troisième personnage, quasiment anecdotique, mais au rôle essentiel puisqu'il cherche la trace du "bagage un peu particulier" que transportera le père de Maire-Laure. Qu'est-ce donc ? Je vous laisserai le découvrir, l'objet ayant un intérêt à la fois réel et limité. Réel, car il crée une intensité dramatique au fil de l'histoire, limité car c'est avant tout l'histoire croisée de Marie-Laure et Werner que le lecteur découvre. Ainsi que déjà dit, les chapitres sont très courts, ne laissant guère le temps au lecteur de s'attacher à l'un ou à l'autre des personnages. Entre la Française et l'Allemand, le coeur ne bascule pas : ils passent devant nos yeux, fuient quand on pense les avoir rencontré... Et au final... Au final, aucun attachement prépondérant à l'un ou à l'autre. Les deux deviennent des parts entières de l'histoires, des personnages auxquels on finit par s'attacher, et sacrément.

Car Toute la lumière que nous ne pouvons voir est rempli d'humanité, de paradoxes et d'ambiguité. Le lecteur y suit Werner, enfant qui va être embrigadé, qui va subir, comme l'ensemble de ses compatriotes de l'époque, le lavage de cerveau à la Hitler, mais qui fera émerger une pensée parfois distincte, encore marquée par la conscience, peut-être grâce à Jutta, sa petite soeur avec laquelle il écoutait un monsieur français parler de sciences à la radio dans son enfance. Face à lui, Marie-Laure, jeune fille aveugle, qui réussit à se débrouiller grâce à son entourage, de son père, sorte d'inventeur fou de serrures, à Etienne, le grand-oncle traumatisé par la guerre qui ne sait si les actions entreprises par sa gouvernante sont vraiment pertinentes... Jusqu'au jour où il ressortira son vieux poste de radio...

Je n'en dirai pas plus, même si j'ai bien peur d'en avoir déjà trop dit. Avec des allers et retour dans le temps et entre les personnages récurrents, rapides mais construit, Anthony Doerr raconte l'histoire d'un monde en mouvement, d'un monde qui se voulait séparé entre le bien et le mal, mais au coeur duquel le manichéisme est beaucoup plus compliqué à deviner. Dévoré en moins de deux jours, ce roman américain met en lumière une époque déjà largement racontée dans la littérature, mais avec des thématiques, des personnages et des villes qui offre à l'ensemble une originalité réelle.

De chaleureux remerciement aux éditions Albin Michel grâce à qui j'ai encore une fois passé un fantastique moment !

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : Toute la lumière que nous ne pouvons voir, Anthony Doerr, traduit de l'anglais (américain) par Valérie Malfoy, Éditions Albin Michel, collection Les Grandes traductions, 2015, 624 pages.