Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
vendredi 26 mai 2017

Imbattable - Pascal Jousselin

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Imbattable est un jeune garçon tout autant attaché à la justice qu'à sa mémé. Imbattable est le seul véritable héros de bande dessinée.

Chronique aujourd'hui un petit plus légère avec cet album d'humour et de gags très original. Néanmoins, pour que le plaisir soit total, cet album nécessitera toute votre attention puisque l'auteur joue avec le découpage des planches pour faire marcher ses gags. Rien de tel que le petit exemple ci-dessous pour vous faire comprendre ce principe.

Une fois que vous avez compris l'idée, vous pourrez lire avec un plaisir certain ces petites histoires d'Imbattable contrant systématiquement les plans démoniaques d'un savant fou voulant la mort d'Imbattable. Pas grand chose à dire de plus sinon que, au risque de me répéter, cet album est drôle, original, bien conçu (l'astuce de la page volontairement endommagée est bluffante) et, surtout, l'auteur réussit systématiquement son coup. C'est-à-dire que, quand on ne voit pas où il veut en venir, le déroulement pourtant logique du gag aboutit et on comprend in fine le but de l'opération.

Un mot également du dessin, très simple, dans la pure lignée du dessin de gag franco-belge. Pas de décors de folie, pas de grande planche merveilleuse, là n'est pas le but. Bref, un album sans grande prétention mais qui se lit avec plaisir.

Imbattable-pjousselin

 (Clique pour agrandir)

Texte © Alfie's mec, 2017.
Couverture : Imbattable, Pascal Jousselin, Éditions Dupuis, 2017.

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mercredi 24 mai 2017

Le Turquetto - Metin Arditi

Le turquetto

Elie est fils de marchand d'esclava, métier réserver aux juifs à Constantinople au 16e siècle. Mais ce qu'Elie aime plus que tout, c'est dessiner, immortaliser les visages. A la mort de son père, il embarque pour Venise. Se faisant passer pour un chrétien, il se fait embaucher auprès du Titien. Bientôt, tout le monde s'arrache les oeuvres de celui qu'on appelle désormais le Turquetto.

Ce roman de Metin Arditi s'inspire d'un tableau du Titien exposé au Louvre, "L'homme au gant" (voir ci-dessous). L'auteur ouvre son histoire avec un pseudo rapport confidentiel qui met en doute l'auteur de l'oeivre. A partir de là, Metin Arditi déroule son intrigue entre Constantinople et Venise au cours du 16e siècle.

Le Turquetto ne se limite pas au monde de la peinture, au final assez peu décrit d'ailleurs, mais nous entraîne dans les secrets d'alcôves des harems, l'apprentissage de la sensualité, les plaisirs saphiques, et leurs pendants dans les cellules monacales. On se promène dans les rues des deux villes dans lesquelles les religions autorisent ou interdisent certaines activités. Si les juifs sont cantonnés au commerce d'esclaves à Constantinople, ils sont parqués dans un ghetto à Venise et doivent porter un bonnet jaune quand il en sortent... On dirait bien que le 20e siècle n'a rien inventé !

Ces religions ont une place centrale dans l'hitoire du Turquetto. Elle ont leurs dogmes, leurs règles, qui interdisent pour certaines la représentation de scènes sacrées. Seule la religion catholique la permet, et elle est le fond de commerce de bien des peintres vénitiens... De là à se faire passer pour catholique pour échapper à son destin tout tracé de vendeur d'esclaves, il y a qu'un pas que le jeune Elis osera franchir, un pas qui le conduira certes à la gloire, mais aussi à la déchéance.

Grâce à un excellent travail descriptif, Metin Arditi nous livre un roman passionnant, totalement fictif mais ancré dans la réalité. Une fiction dont on aimerait qu'elle ait un brin de vérité, et que ce peintre talentueux ait réellement existé !

L'homme au gant
Portrait d'homme, dit L'Homme au gant, Tiziano VECELLIO, dit TITIEN, vers 1520

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Le Turquetto, Metin Arditi, éditions Actes sud, collection Babel, 2013, 288 pages.

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lundi 22 mai 2017

L'abyssin - Jean-Christophe Rufin

L'Abyssin

Droguiste au Caire, Jean-Baptiste Poncet exerce en fait la médecine et utilise le pouvoir des plantes pour soigner ses semblables. Ce talent paraît rapidement idéal au consul de France pour la mission d'exploration de l'Abyssinie demandée par le roi Louis XIV. En se rendant chez le consul, Poncet croise sa fille, Alix. Le temps d'un regard, deux destins se nouent.

Avec L'abyssin, Jean-Christophe Rufin signait un roman couronné par le Goncourt du premier roman en 1997. Vingt ans plus tard, j'ai retrouvé avec cette lecture le plaisir que m'avait procuré Le Grand Coeur lors de ma découverte de cet auteur.

En nous entraînant dans l'Afrique du 17e siècle, Rufin nous propose un dépaysement complet. Si Poncet a bien existé, Rufin prend des libertés avec son histoire (changement de prénom et d'époque notamment). Ces libertés permettent à l'auteur de nous proposer un roman d'aventures, une fresque romanesque, le tout mis en perspective avec les conflits et luttes de pouvoirs religieux en oeuvre à l'époque (place des protestants en France, querelles entre congrégations catholiques, divergences théologiques dans l'ensemble de la chrétienté, sans compter les alliances avec les musulmans, etc.).

Sans relâcher l'attention un instant, voilà le lecteur entraîné à dos de chameau, de mule ou de cheval, à parcourir les déserts d'Afrique ou les forêts françaises, aux côtés d'un homme qui croit en la parole donnée et en l'amour plus qu'en un quelconque pouvoir ou en une de ces religions qui s'affronte tout en prônant la tolérance.

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : L'abyssin, Jean-Christophe Rufin, éditions Gallimard, collection Folio, 2014, 704 pages.

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vendredi 19 mai 2017

Le syndrome de la vitre étoilée - Sophie Andriansen

Le syndrome de la vitre etoilee

Un couple, la trentaine, une envie d'enfant. Mais rien. Tous les mois, les mêmes règles, tous les mois, la même déception. Alors, ils entament le parcours de ces couples qui n'arrivent pas de manière naturelle à avoir un enfant. Un parcours médicalisé, froid, impersonnel. Un parcours qui, parfois, remet tout en cause.

Voilà une chronique dans laquelle je parlerai de moi en filigrane. Non pas que je sois concernée par une quelconque difficulté à avoir des enfants puisque je ne veux tout bonnement pas tester. Alors oui, peut-être je pourrais être cette femme qui raconte son parcours. Mais je suis juste une femme qui connaît les difficultés de ces couples de l'extérieur en ayant autour de moi plusieurs personnes qui sont passées par ces étapes.

Autant vous dire que Le syndrome de la vitre étoilée m'a paru très juste. Je serai curieuse de connaître le point de vue de femmes directement concernées, mais en tant qu'observatrice extérieure, c'est un livre qui aide à comprendre, un livre qui parle de la médicalisation d'une chose théoriquement totalement naturelle, de la froideur du monde médical dans des moments où on voudrait un peu de réconfort, un peu d'écoute et d'attention. C'est un bouquin qui raconte l'acte sexuel programmé, le jour J, l'heure H, pas avant et pas après, plus de place pour l'envie, pour le désir de l'autre. Faire l'amour n'existe plus, il s'agit juste de procréer. Et ce bouquin parle aussi de l'après. De tout ce que ça peut provoquer dans un couple. Certains couples sortiront renforcés de ces étapes, d'autres verront les différences s'agrandir jusqu'à exploser en vol...

Mais au-delà de la question de l'enfantement, de la grossesse, ce bouquin parle des femmes, de leur place dans le couple, de ce qu'on souhaite être. Qui est-on ? Une femme ? Une épouse ? Une mère ? Et si avant d'être tout cela, on commençait par savoir qui on est ? Et si ça passait par trouver sa place par rapport à ses parents ? Par rapport aux hommes, aux autres femmes. 

Dans ce roman, Sophie Andriansen évoque de multiples sujets, par petites touches, sans donner de réponses, en ouvrant des portes et des pistes de réflexion. Mais au final, elle touche juste. Bravo Sophie pour ce bouquin, j'adore !

"Je marche sur les murets, ou au centre des allées. Je me répète ce que je commence à comprendre : je suis quelqu'un d'important. Le personnage principal de ma propre vie." (p. 254)
"Chacun avait envie de se marier et d'avoir des enfants. De fonder une famille avant tout pour des raisons de reconnaissance sociale. Voilà ce que m'est apparu. Qu'ils m'ont mal aimée parce qu'ils se sont mal aimés. Voilà ce que j'ai réalisé.
Réaliser ne veut pas dire admettre ni accepter.
Mais réaliser est la première étape." (p. 257)
"Personne n'est responsable sauf moi si je décide que c'est fatalité que leurs chagrins m'affectent. Ils peuvent exister sans moi sans nécessairement me grever. Un enfant est toujours en droit de refuser son héritage." (p. 258)
"Un enfant c'est des changements, c'est ouvrir le corps, c'est des cicatrices indélébiles, un enfant c'est plus u'un tatouage, un enfant ça demande réflexion." (p. 339)

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Le syndrome de la vitre étoilée, Sophie Andriansen, Fleuve éditions, 2016, 352 pages.

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mercredi 17 mai 2017

L'enfant aux cailloux - Sophie Loubière

L'enfant aux cailloux

Elsa Préau vient de se réinstaller dans la maison de son enfance. Martin, son fils médecin, passe régulièrement la voir. Mais Elsa s'inquiète : chaque dimanche, elle voit un enfant dans le jardin de ses voisin, un enfant laissé de côté, caché. Elle décide de s'en ouvrir aux services sociaux et à la police, mais cetenfant ne semble avoir aucune existence légale...

Sophie Loubière est une auteure que j'apprécie bien, sympathique, et découverte par sa voix sur France Inter avant tout. L'enfant aux cailloux est le troisième roman que je lis d'elle, et cette fois encore, il faut reconnaître qu'elle sait maîtriser les codes du thriller et du suspense.

Dans cette intrigue qui met en scène une institutrice retraitée, Sophie Loubière nous plonge dans la folie. Rapidement, on réalise qu'Elsa vit dans un univers un poil différent du notre, dans une réalité complexe où les fantômes cotoient les vivants. Et elle déroule son sujet jusqu'à nous projeter à la frontière de cette folie... Si le twist final m'a un peu déçue à la lecture, je me rends compte en rédigeant cet article que l'auteure est finalement très douée.

Ce twist aurait pu être un peu plus court et moins détaillé, pour laisser le doute dans l'esprit du lecteur, mais l'ensemble est globalement bien mené et offre un thriller percutant duquel il est compliqué de sortir...

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : L'enfant aux cailloux, Sophie Loubière, éditions Pocket, 2014, 352 pages.

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