Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
vendredi 30 septembre 2016

Emile Verhaeren - Stefan Zweig

Les grandes biographiesNé en Belgique en 1855 et mort en France en 1916, Emile Verhaeren est un poète belge flamand d'expression française.

Que vous dire de plus sur ce personnage que ces brefs rappels biographiques ? Le reste, il vous suffira de lire (ou de tenter de lire) la biographique que Stéfan Zweig publia en 1910. J'ose avouer que, pour la première fois depuis que je lis Zweig, j'ai abandonné en cours de route cet ouvrage... Pourtant, l'oeuvre était intéressante à découvrir puisqu'il s'agit de la première biographie que Zweig publia. Je vous en ai déjà présenté trois autres : Marie Stuart, Marie-Antoinette et Fouché.

Or, contrairement à ces trois autres personnages, je ne connaissais pas du tout Emile Verhaeren. J'ai bien tenté d'obtenir quelques infos sur la page Wikipedia de ce poète, lu quelques uns de ses poèmes pour mieux saisir celui dont Zweig allait me parler, mais je n'ai pas réussi à rentrer dans ce qui m'est plus apparu comme une analyse de l'oeuvre de Verhaeren que comme une biographie proprement dite.

Il convient en outre de préciser que Zweig adorait le poète belge. Il fut l'un de ses premiers traducteurs en langue allemande, il rêvait de le faire connaître au monde, et ne tarit pas d'éloge sur l'homme dans son écrit. Plusieurs critiques mettent d'ailleurs en avant ce style trop emphatique et élogieux que je n'ai pas ressenti autant dans les autres biographies lues. En outre, en publiant sa biographie en 1910, Zweig s'intéresse à un homme encore en vie. En cela, j'ose imaginer que le prisme d'écriture est forcément différent : Marie Stuart, Marie-Antoinette comme Fouché étaient morts depuis quelques dizaines, voire centaines, d'années lorsque Zweig s'est penché sur leur histoire, avec, de fait, un recul plus important permettant sûrement de mieux objectiver leurs vies...

"Et c'est pourquoi l'heure est venue de parler d'Emile Verhaeren, le plus grands de nos lyriques d'Europe et peut-être le seul des hommes de nos jours qui ait eu la conscience claire de ce que le présent enfermait de poésie, qui ait su en dégager la forme artistique, qui, avec une émotion et une habileté technique incomparables, ait pour ainsi dire sculpté le poème de notre temps." (p. 53)

Si je n'ai pas réussi à aller au bout des 200 pages de cette biographie par manque d'intérêt pour le personnage et par méconnaissance de son travail, je ne regrette pas d'avoir tenté cette lecture : elle permet de se rendre compte de l'évolution de l'écriture de Zweig et de son rapport aux biographies et aux personnages célèbres qui le fascinent.

Challenge ZweigChallenge classique
Une lecture qui s'inscrit dans le cadre du challenge "Sur les traces de Stefan Zweig" et du challenge "Un classique par mois" de Pr. Platypus. 

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : Les grandes biographies, Stefan Zweig, introduction, notices et bibliographie d’Olivier Philipponnat., Éditions Le livre de poche, collection La pochotèque, 2014, 2200 pages (Emile Verhaeren, traduit par Paul Morisse et Henri Chervet, pages 37 à 226).


mercredi 28 septembre 2016

California girls - Simon Liberati

California girls

Le 9 août 1969, dans une villa huppée de Los Angeles, la jeune épouse du réalisateur Roman Polanski est assassinée, ainsi que les trois amis avec qui elle passait la soirée. Enceinte de 8 mois, Sharon Tate fait les gros titres de la presse. Il faudra pourtant quelques mois pour comprendre ce qui s'est passé ce soir d'été dans la tête des adeptes de Charles Manson qui commirent le sanglant carnage.

Âmes sensibles, s'abstenir. Si la description de quelques atrocités sanglantes sur une femme enceinte risque de vous soulever le coeur, passez votre chemin et intéressez-vous peut-être à The girls de Emma Cline, l'autre roman de cette rentrée littéraire consacré à la secte de Charles Manson et aux filles qui gravitèrent autour du gourou. 

Dans California Girls, Simon Liberati vient exorciser un drame qui traumatisa l'enfant qu'il était alors, l'assassinat sauvage de l'épouse de Polanski. Son prisme d'écriture ? Une immersion complète dans la secte, dans la "Famille" comme elle se nommait elle-même, aux côtés de ces filles un peu paumées, souvent en révolte face à leur milieu d'origine, et du gourou charismatique Charles Manson. 

Ecrit avec distance et précision, California Girls se veut le reflet de ce que pensaient, faisaient, voulaient les filles de Manson, toutes soumises à l'emprise d'un petit escroc devenu instigateurs de crimes abominables. Si Simon Liberati évoque le destin de certaines d'entre elles et ce qui se passa au procès, cela reste de l'ordre du détail. En revanche, côté détails, on est servi pour ce qui est des descriptions des crimes. Le moindre coup de couteaux, la sensation de la lame qui crève un abdomen, tout est méticuleusement relaté...

Dans cette optique, Simon Liberati laisse de côté l'enquête et ne se fourvoie pas en tentatives d'analyses psychologiques. Il laisse cela au lecteur en lui offrant un ouvrage entre le roman et le récit. Une histoire qui fascine autant qu'elle révulse, ou quand le pouvoir de persuasion d'un homme peut faire d'innombrables ravages...

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Une lecture en partenariat avec NetGalley et Grasset, sortie en librairie le 17 août dernier !

Pour prolonger cette lecture, vous pouvez écouter l'émission "Affaire sensibles" du mardi 20 septembre 2016 consacrée à l'assassinat de Sharon Tate avec, pour invité, Simon Liberati.

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : California Girls, Simon Liberati, éditions Grasset, 2016, 342 pages.

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lundi 26 septembre 2016

Red Skin - Xavier Dorison, Terry Dodson

RS1_COUVArme fatale le jour.
Bombe atomique la nuit.
Le plus grand super-héros amricain est une espionne russe.
(quatrième de couverture)

Je vous vois mater la couverture du premier tome de cette série et vous vous dites que j'ai encore lu un truc un peu olé-olé. Ben non. Pas du tout. Parce que si, au lieu de garder vos yeux sur cette couverture au demeurant fort charmante, vous aviez lu le pitch, vous auriez constaté qu'on est sur de l'espionnage. Alors, oui, la couverture est aguicheuse, les féministes vont probablement râler sur les clichés, mais tant pis. 

Rentrons un petit peu plus dans l'histoire, le pitch étant un peu léger, je le concède. L'histoire se déroule en pleine guerre froide alors que Etats-Unis et URSS sont en pleine négociation des accords SALT sur les armements nucléaires. Aux States, un mouvement réactionnaire avec une religieuse extrémiste à sa tête et un "super-héros" comme activiste menacent ces accords. L'idée soviétique est donc d'envoyer leur meilleur élément aux Etats-Unis pour devenir un super-héros positif.

Sauf que tout ne se passe pas comme prévu. Comprenez qu'une jeune femme soviétique qui découvre la société de consommation soit un peu déboussolée. Surtout quand elle se met au service d'un producteur de films pornographiques. Xavier Dorison sort donc un scénario d'espionnage pas très sérieux, bien déjanté et plein d'humour et de décalages. D'un autre côté, avec Xavier Dorison, on n'est jamais déçu. 

Au dessin, Terry Dodson, au-delà d'avoir particulièrement réussi son héroïne, livre un dessin proche du comics. L'ambiance 50's - 60's est bien rendue par les décors, les véhicules ou les couleurs. bref, je ne sais pas en combien de tomes les auteurs ont prévu de raconter cette histoire mais le fait est que les deux premiers tomes ne déçoivent pas et laissent envisager une très bonne série mixant espionnage et humour.

Texte © Alfie's mec, 2016.
Couverture : Red Skin, Xavier Dorison, Teddy Dodson, Éditions Glénat, 2014 (tome 1) et 2016 (tome 2), 2 tomes parus.

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dimanche 25 septembre 2016

Sauté de volaille aux champignons et vin jaune

Il est toujours bon d'avoir une bouteille de vin jaune dans son frigo, cela permet d'improviser une sauce avec un peu de champignons et de volaille ! Qu'est-ce que le vin jaune, vont me dire les novices ! Le vin jaune, c'est un vin du Jura réalisé à partir de raisin de cépages Savagnin qui a vieillit pendant 7 ans avant d'être commercialisé. Très spécifique en goût, il apporte une touche toute particulière aux sauces. Et comme j'aime recycler les recettes, notez que ce plat peut se servir avec de la jardinière de légumes !

Pour 4 personnes, prévoir :

  • 500 grammes de volaille émincée (dinde ou poulet)
  • 500 grammes de champignons de paris épluchés et émincés
  • l'équivalent d'un verre de vin jaune
  • 20 cl de crème fraîche

Faire revenir à la poêle avec un trait d'huile la viande jusqu'à ce qu'elle soit dorée. Déglacer avec un trait de vin jaune et réserver la viande.

Faire revenir les champignons et les faire réduire avec un trait de vin jaune.

Ajouter la viande puis la crème et bien mélanger le tout, faire chauffer doucement et assaisonner selon vos goût.

Avant de servir, rajouter l'équivalent de deux cuillères à soupe de vin jaune. Ne surtout pas faire bouillir la sauce : cela ôterait une partie des parfums.

Servir bien chaud.

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Bon appétit !

Texte et photo © Miss Alfie 2016.

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vendredi 23 septembre 2016

Vera Kaplan - Laurent Sagalovitsch

Vera Kaplan

Alors qu'il séjourne dans l'appartement de sa mère décédée, un homme reçoit des nouvelles du notaire de sa grand-mère : celle-ci vient de mourir et adresse à sa fille une lettre testament et son journal. De cette grand-mère, l'homme ne sait rien. Il découvre peu à peu son destin à part : juive, elle collabora avec les nazis pour tenter de sauver ses parents de la mort.

J'ai gagné ce livre au mois de juillet, lors de la tombola que Babelio avait organisé à l'occasion de son pique-nique annuel parisien. Ce coup du sort fut l'occasion pour moi de découvrir la plume d'un écrivain et chroniqueur que je ne connaissais pas jusqu'alors. Un tour sur le blog du monsieur, et j'ai vite saisi que l'homme, du moins dans cet espace, aimait déranger, et s'en revendiquait. Et son roman Vera Kaplan va dans ce sens.

Oui, Vera Kaplan dérange car il bouscule l'image que nous avons tous des collabos. Collaborer pendant la seconde guerre mondiale, c'était faire ami-ami avec l'occupant, c'était dénoncer à tout va ses voisins parce qu'ils étaient juifs, avaient des sous ou simplement parce que madame Michu avait piqué quelques cerises à madame Germaine. Dans tous les cas, ces collabos ne pouvaient être juifs. Non, impossible. Et pourtant... Et pourtant des juifs collaborèrent. Pour sauver leurs proches, pour se sauver, pour survivre. Parce qu'à un moment, c'était la seule solution qui s'offraient probablement à eux, la seule porte de sortie qu'ils trouvèrent pour lutter. 

"Je n'ai jamais cherché à être aimée ou pardonnée. Je n'ai jamais minimisé le poids de mes fautes ni la gravité de mes actes. Je ne me suis jamais complu dans le déni. Si j'avais pu éviter de me comporter de la manière dont je me suis comportée, je l'aurai fait. Simplement, je n'ai pas eu le choix. Et j'ai eu raison." (p. 55)

Parmi ces juifs, une femme : Stella Goldschlag, dont l'histoire inspira Laurent Sagalovitsch dans ce roman en deux parties. La première est la lettre que Vera adresse à sa fille qui lui fut retirée à sa naissance ou presque, au moment où elle fut condamnée à dix ans de prison pour les dénonciations qu'elle fit pendant la guerre. Cette première partie est dure car elle montre une femme déterminée, qui n'a aucun remords, qui regrette avant tout d'avoir été séparée de son enfant, mais semble avoir développée à l'égard de ses congénères une froideur et une distance qu'elle entortille dans un style parfois ampoulé. De longues phrases pour enrober cette brutalité, cette froideur.

"Si, lors de mon procès ou même plus tard, je les avais scandés, ces paroles, immondes, atroces à prononcer et à entendre, si je leur avais dit, à mes juges, que c'était ces morts, tout cet interminable cortèges de morts, qu'il fallait convoquer à la barre du tribunal pour haute trahison, alors ils ne l'auraient pas supporté, ils m'auraient prise pour une folle, ils m'auraient condamnés à mort sans hésiter. Les morts ont tous les droits. Surtout ceux-là." (p. 46)

La seconde partie vient tempérer le malaise que la première peut générer. On se plonge cette fois dans le journal de Vera, à partir de son arrivée dans un hôpital où sa mère devait être soignée avant la déportation jusqu'au débarquement des alliés. On découvre une jeune femme séductrice qui doute, qui hésite et finit par accepter le pacte avec le diable. Le style s'adapte, trahit l'hésitation, les questionnements (bravo à l'auteur d'ailleurs pour cette variation de style très bien réussie !). Comment en viendra-t-elle à poursuivre coûte que coûte ses dénonciations ? Le livre offre quelques clés et permet surtout de ne pas oublier que les choix qui se font sont aussi liés à un contexte. Qui peut dire ceux que nous aurions fait à la place de Vera/Stella ? Qui peut être certain qu'il n'aurait pas céder à une quelconque faiblesse ? Non, il n'y a pas eu que des résistants pendant la guerre. Il y eu aussi des personnes dont les descendants peuvent avoir honte ou, comme cet homme, tenter de comprendre....

"Je comprenais que, quoi qu'il advienne, je resterais aux yeux des autres, de tous les autres, une pestiférée. J'étranglais de solitude. Je n'appartenais plus au reste de l'humanité. On m'en avait expulsée. Chassée." (p. 125)

Vera Kaplan est un roman intéressant, qui a le mérite de mettre en lumière des faits bien souvent oubliés de la guerre. Une lecture percutante, même si elle dérange un peu !

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : Vera Kaplan, Laurent Sagalovitsch, éditions Buchet Chastel, collection Qui vive, 2016, 160 pages.

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