Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
mercredi 10 février 2016

La septième fonction du langage - Laurent Binet

La septième fonction du langageLe 25 février 1980, Roland Barthes est renversé par une camionnette. Cet accident lui sera fatal. Accident, ou assassinat ? C'est ce que va tenter de comprendre le commissaire Bayard. Pour cela, il va lui falloir s'introduire dans les cercles littéraires dont le jeune sémiologue Simon Herzog va lui ouvrir les portes.

Pendant de nombreuses semaines, j'ai oscillé entre l'envie d'acheter ce nouveau roman de Laurent Binet, dont j'avais énormément apprécié HHhH, et la crainte de passer à côté du fait du sujet sous-jacent : la sémiologie, on ne peut pas dire que ça me parle plus que ça ! Pourtant, que ce point n'effraie pas les lecteurs potentiels qui, comme moi, n'en ont jamais entendu parler avant : si vous avez l'esprit un peu curieux, ce roman pourra vous satisfaire grandement !

Car La septième fonction du langage reste avant tout un roman. Un roman qui parle de personnages réels, vivants ou morts, un roman qui fait référence à des événements réels, tout autant que fictifs, ou possiblement réels mais probablement fictifs... Un roman dans lequel la frontière entre vérité et fiction est aussi floue que ce visage sur la couverture ! Un roman dans lequel l'intrigue devient prétexte pour manier la langue et apporter au lecteur des référence théoriques tellement accessible que j'ai maintenant très envie d'aller acheter Mythologies de Roland Barthes !

Le maniement de la langue, c'est l'un des sujet central de cette histoire, la puissance des mots, la force de la formule, tout est centré autour de cette thématique et porté par la plume, que je trouve excellente, de Laurent Binet. Le passage du journal télévisé dans lequel il retrace les propos de PPDA avec, en parallèle, l'imagination de ce que les personnages annexes font et leurs réactions est, pour moi, un petit bijou d'écriture ! 

Malgré tout, je ne vous cacherai pas qu'il y a parfois quelques longueurs, que je me suis ponctuellement interrogée sur le sens que Binet voulait donner à son livre : roman, polar, essai, diatribe anti intello ? Finalement, l'ensemble est un peu tout cela. On se surprend à sourire devant les portraits des intellectuels qui émaillent les pages du livre, on ne peut s'empêcher de penser que certaines remarques de l'auteur sur certains personnages (Le Pen ou BHL pour ne citer qu'eux) sont loin d'être involontaires, et on reste un poil dépité devant le portrait d'une classe politique de l'époque qui ne s'est guère renouvelée depuis (oui, le jeune Laurent Fabius, c'est le même que celui d'aujourd'hui, avec quelques années d'écart... Idem pour Jack Lang...).

Encore une fois, Laurent Binet fait preuve d'un grand talent littéraire pour rendre accessible un sujet au croisement de la littérature, de la sociologie, de la philosophie, et de bien d'autres thématiques. Une lecture réellement enrichissante et cultivante (je suis pas bien sure que ça existe, comme mot, mais du coup vous voyez l'idée !) !

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : La septième fonction du langage, Laurent Binet, Editions Grasset, 2015, 496 pages.

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lundi 8 février 2016

Le joueur d'échecs - Stefan Zweig

Le joueur d'échecSur un paquebot qui fait route vers le Brésil, le narrateur découvre la présence d'un champion d'échecs taciturne et hautain. A l'occasion d'un défi lancé par un autre passager, un homme intervient dans la partie. Bientôt, il raconte au narrateur son histoire.

Écrite quelques semaines seulement avant son suicide, publiée après sa mort, cette nouvelle de Stefan Zweig mérite amplement sa réputation. Je crois que j'ai découvert là l'un des textes les plus puissants de ma vie de lectrice. Certes, vous allez me dire, c'est une sensation que j'ai déjà rencontré en lisant Zweig, et il devient de plus en plus évident pour moi que j'aime cet auteur brillant dont le destin tragique a sûrement contribué à son mythe.

Dans cette nouvelle, format de prédilection de l'auteur, Stefan Zweig évoque différents thèmes, dont deux m'ont particulièrement marqué : celui de l'enfermement et son corollaire, la folie. Il évoque également un sujet qui fait écho à Vingt-quatre heure de la vie d'une femme, à savoir l'addiction. S'agissant des deux premier sujets, Zweig met en scène un homme qui raconte une période d'emprisonnement sous le régime nazi. Par la bouche de celui qui va conter son histoire, il témoigne de la manipulation psychologique tout aussi puissante sur les capacités de raisonnement d'un être humain que la violence physique. Peu à peu, c'est un homme qui oscille vers la folie qui se raconte, un homme fragile, sur le fil...

Je le disais, on y retrouve également la thématique de l'addiction. Dans Vingt-quatre heures..., on parlait addiction aux jeux, ici il s'agit plus généralement de la focalisation sur un sujet, de la monomanie qui va s'emparer du "conteur", qui donne en grande partie corps à l'ouvrage. Mais les parallèles avec cette première nouvelle que j'ai lu de Zweig ne s'arrête pas là car la construction de la confidence de M. B. se rapproche aussi de celle de Mrs C. : un narrateur qui les rencontre et qui reçoit les mots de ces êtres meurtris.

Lorsque l'on connaît un peu l'histoire de Zweig, lorsque l'on sait dans quel désespoir l'arrivée au pouvoir du régime nazi l'a poussé, cette nouvelle prend une dimension si puissante que je ne peux que vous en recommander la lecture. Encore une fois, Zweig démontre son immense talent pour dépeindre les sentiments, les émotions, toutes ces choses immatérielles qu'il saisit si bien.

Challenge classique
Il s'agit de ma troisième participation au challenge "Un classique par mois" du Pr. Platypus !

Texte © Miss Alfie 2016. 
Édition présentée : Le joueur d'échecs, Stefan Zweig, traduit de l'allemand, préfacé et annoté par Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent, Éditions Livre de Poche, 2013, 128 pages.

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dimanche 7 février 2016

Feuilleté aux pommes et à la cannelle

Cette semaine, je vous propose une deuxième recette tirée de Simplissime, ce fabuleux livre de cuisine à mettre entre les mains de tous les angoissés de la cuisine ! Vous allez voir : rien de plus facile que cette recette qui fera un joli effet sur la table dominicale !

Pour cette recette, prévoir :

  • 1 rouleau de pâte feuilletée pré-étalée
  • 4 grosses pommes
  • 2 cuillères à café de cannelle
  • 40 grammes de beurre
  • 3 cuillère à soupe de sucre

Eplucher et couper en dés les pommes.

Les faire revenir à feu vif dans une poêle avec le beurre et la cannelle pendant 5 à 10 minutes.

Faire refroidir.

Préchauffer le four à 180°.

Sur une plaque de cuisson recouverte d'un papier sulfurisé, déposer la pâte feuilletée.

Saupoudrer d'une cuillère de sucre.

Verser les pommes au centre pour faire un rectangle.

Saupoudrer d'une deuxième cuillère de sucre.

Refermer la pâte pour faire un chausson rectangulaire.

Saupoudrer de la dernière cuillère de sucre.

Faire cuire 35 minutes.

Servir tiède ou froid, nature ou avec une glace.

Feuilleté aux pommes et à la cannelle

Bon appétit !

Texte et photo © Miss Alfie 2016. 

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vendredi 5 février 2016

Les beaux étés - Zidrou, Jordi Lafebre

Couv_253233Cette série ne contient ni bagarres sanguinolentes ni complots internationaux. Elle parle de la vie, la vraie. La vie - jolie - de gens qui, l'année durant, travaillent dur pour se payer des vacances d'été. Avec la famille Faldérault, direction les vacances ! (Quatrième de couverture)

Le duo Zidrou et Lafebre est bien connu des lecteurs de ce site puisqu'on l'a déjà vu à l'oeuvre dans deux albums, l'excellent Lydie et l'un-peu-moins-bon-mais-pas-mal-quand-même La Mondaine que je n'ai par ailleurs pas chroniqué, vindieu, c'est pas du boulot, Christophe... Zidrou au scénario, difficile d'etre déçu, c'est régulièrement très bon, surtout quand, comme ici, il raconte une histoire de tous les jours qui concerne des gens comme vous et moi.

Dans le cas présent, il s'agit de cette famille avec quatre enfants qui, comme chaque année, part dans le Sud, au soleil, passer des vacances.  Le contexte est un petit peu particulier parce que Les parents semblent en instance de séparation et le boulot du père n'est pas très florissant, entraînant cette ambiance un peu morose. Difficile d'en dire beaucoup plus puisque, s'agissant de la vie de tous les jours, le scénario ne recèle pas non plus de rebondissements fous et de retournements de situation dantesques.

Et pourtant, ça marche. Ca marche parce qu'on se laisse porter par cette douce ambiance de vacances, par cette nostalgie pas triste pour autant. Zidrou réussit à créer une ambiance charmante et mignonne. Il faut également dire que le dessin de Jordi Lafebre contribue à la réussite de cet album. Les personnages et les couleurs restent dans la veine de Lydie avec ces teints pastels qui collent bien à la nostalgie du scénario. Les personnages sont par ailleurs très expressifs et très attachants. A voir ce que cette série va donner par la suite (le prochain épisode se passe 4 ans avant le premier) mais cette série s'annonce prometteuse si elle arrive à se renouveler au fur et à mesure des épisodes.

Texte © Alfie's mec, 2016.
Couverture : Les beaux étés (T.1), Zidrou, Jordi Lafebre, Éditions Dargaud, 2015.

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mercredi 3 février 2016

Les déferlantes - Claudie Gallay

Les déferlantesLa Hague. La première fois qu'elle le voit, il vient d'arriver. Un nouveau ? Rapidement, elle se rend compte qu'il est connu des gens du coin. Qui est ce Lambert ? Que vient-il chercher ? Entre deux comptages d'oiseaux, celle qu'on appelle la Horsain, l'étrangère, va tenter de le comprendre.

Une fois n'est pas coutume, c'est ma mère qui a mis ce livre dans mon sac lors d'un de mes voyages, l'ayant elle-même beaucoup aimé. Habituellement, c'est plutôt moi qui ramène mes lectures marquantes, autant dire que j'avais bien envie de découvrir ce titre ! Mais j'avoue, avec le manque de temps en fin d'année dernière, j'appréhendais de me plonger dans ce pavé. Pourtant, malgré ses plus de 500 pages, Les Déferlantes est un ouvrage qui, comme son nom l'indique, a provoqué une sorte de tempête en moi !

Si l'envie de le lire était bien présente, une sorte d'appréhension pointait malgré tout après des retours de lecteurs et lectrices ayant eu du mal à accrocher à l'écriture de Claudie Gallay. Il est vrai que le style peu dérouter, très épuré qu'il est, avec un choix des mots qui semble précis, évitant ainsi l'accumulation d'adjectifs lourds et inutiles. Épurés aussi sont les dialogues, avec une narratrice peu bavarde, mais au sens de l'observation très aiguisé. Avec elle, on suit un mystère qui se met en place et va peu à peu se lever dans la brume de mer...

La mer... Sans doute l'une des raisons qui m'a tant fait aimer ce livre. La mer, un personnage à part entière, entre sa furie quand les tempêtes l'animent et son calme plat qui cache parfois de troubles courants... J'ai aimé la place que Claudie Gallay lui a donné dans cette histoire, j'ai aimé la manière dont elle l'a décrite, j'ai aimé la vie qu'elle raconte autour d'elle, du gardien de phare au compteur d'oiseaux, du restaurant du port aux maisons battues par le vent... Bref, j'ai aimé Les déferlantes parce que la mer y est omniprésente, et que, de mon coin de Franche-Comté, c'était bon d'avoir la sensation de vent dans les cheveux et de sel sur la peau.

Texte © Miss Alfie 2016. 
Édition présentée : Les déferlantes, Claudie Gallay, Éditions Actes Sud, collection Babel, 2011, 545 pages.

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