Miss Alfie, croqueuse de livres

lundi 30 janvier 2012

Testament à l'anglaise - Jonathan Coe

testament a l'anglaiseL'histoire de la famille Winshaw vaut bien que l'on en fasse une biographie. Tel semble être le point de vue de la vieille tante Tabitah, recluse dans un hôpital psychiatrique depuis de nombreuses années. Contacté par la maison d'édition, Michael Owen, écrivain en panne d'inspiration, va se plonger dans l'histoire de cette famille aux ramifications multiples.

Il y a des livres comme ça, vous les ouvrez, ils vous embarquent, et la première réflexion qui vous vient à l'esprit est du genre : "Mais pourquoi je ne l'ai pas lu avant celui-là ?!!!" Testament à l'anglaise fait typiquement partie de ces romans, un pavé qui trainait depuis quelques mois dans les étagères, que ma libraire m'avait conseillé du fait de mon intérêt croissant pour le Royaume-Uni, et me permet de commencer l'année avec au moins un livre "coup de coeur" !

Testament à l'anglaise rassemble tous les ingrédients d'un très bon livre et avait effectivement tout pour me plaire. On se retrouve embarqué dans l'histoire d'une famille plutôt bourgeoise d'Angleterre qui permet de passer en revue l'Histoire économique et politique du pays depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Narré de manière assez originale, le roman alterne les passages focalisés sur Michael Owen, le narrateur, et le fruit de ses recherches sur les différents personnages de la famille qui sont présentés les uns après les autres. Tout ce petit monde finira par se retrouver pendant une nuit assez lugubre dans une seconde partie aux allures de roman policier, avec meurtres en chambre close et assassinats en série...

Avec ce roman, je découvre Jonathan Coe et j'avoue avoir beaucoup apprécié son style et l'originalité avec laquelle il traite son intrigue. Il arrive à faire cohabiter des personnages relativement antipathiques, des personnages qui graviteront tous à un moment ou à un autre dans les plus hautes sphères de l'Etat, ce qui lui permet dans le même temps d'évoquer l'évolution politique du Royaume-Uni sous l'ère Tatcher dont il brosse un portrait plus que critique, "cynique" étant le terme relevé dans bon nombre d'avis, allant de l'impact de la réforme du système de santé au rôle du pays en amont de et dans la première guerre du Golfe.

Janvier s'achève donc avec un livre très intéressant, original et attachant, qui ne m'aura accompagné que trois trop courtes journées tant l'enchaînement des faits et le mystère qui croit peu à peu au fil des pages est extrêmement bien maîtrisé. Une première rencontre avec Jonathan Coe qu'il convient désormais de renouveler !

A lire aussi :
Selon Maggie, "ce roman est remarquablement étrange, plein d'humour et imprégné de références cinématographiques et littéraires."
Yspaddaden est formelle : "Aucune raison donc pour ne pas lire ce foisonnant roman".
Enfin, Melle Curieuse résume assez bien les choses : "Cette satyre du monde moderne ce mélange à la perfection avec cette satyre de la famille des Winshaw."

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition lue : Testament à l'anglaise, Jonathan Coe, traduit de l'anglais par Jean Pavans, Éditions Gallimard, Collection Folio, 1997, 682 pages.

Chroniqué par Miss Alfie à 07:30 - Littérature britannique - Vos bafouilles [12] - Rétroliens [0]
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vendredi 27 janvier 2012

Galette franc-comtoise

Janvier a rapidement s'achever et la Chandeleur va venir pousser les galettes avec ses crêpes. Mais avant que la période ne soit plus de mise et que l'on me regarde de travers bien que les bonnes choses puissent se manger toute l'année, je vous propose pour cette fin de semaine la recette de la galette franc-comtoise.

Enfin, je dis "la", mais "une recette" serait plus adapté, car la recettes de la galette en Franche-Comté, c'est un peu comme la recette du far en Bretagne : chaque famille a la sienne et ne démord pas qu'il s'agit de l'originale et de la meilleure ! Tiens, ça me fait d'ailleurs penser qu'il serait bon que je partage avec vous la recette du far breton, la seule et l'unique à conserver, la meilleure de toutes !

Galette comtoise

Je n'ai guère de mérite concernant la préparation de cette galette, puisque j'ai appliqué à la lettre la recette et les conseils d'Emilie (qui, entre nous soit dit, devrait remettre son blog en activité pour me faire encore plus saliver !). Il vous faudra donc vous munir de :

  • 25 cl de lait
  • 4 cuillère à soupe + 2 cuillères à café de sucre en poudre
  • 1 sachet de sucre vanillé
  • 2 cuillères à soupe d'eau de fleur d'oranger
  • 70 gr de beurre
  • 130 gr de farine
  • 3 oeufs + 1 oeuf
  • 2 cuillère à soupe de crème fraîche épaisse (mais qui peut être légère si vous voulez vous donner bonne conscience !)

La base de la galette comtoise est une pâte à choux. Pour ce faire, commencez par mélanger dans une casserole le lait, les 4 cuillères à soupe de sucre, le sachet de sucre vanillé, l'eau de fleur d'oranger et le beurre puis faites chauffer jusqu'à ce que le mélange arrive à ébullition.
Lorsque que le bouillon s'est formé, retirez la casserole du feu et ajoutez la farine d'un seul coup en mélangeant bien. Il vous faudra obtenir une boule de pâte qui se détachera facilement des parois de la casserole. Vous pouvez reposer la casserole sur un feu très doux pour assécher légèrement la pâte afin d'obtenir la consistance souhaitée.
Lorsque vous avez votre boule de pâte, retirez la casserole du feu et ajoutez un à un les trois oeufs en mélangeant bien entre chaque ajout.
Versez ensuite la pâte obtenue dans un plat à tarte et cachez au milieu une fève si vous souhaitez profiter de l'occasion pour tirer les Rois !

Les plus attentifs d'entre vous auront remarqué que je n'ai pas encore parlé de tous les ingrédients que je vous ai cité plus haut. Normal, car nous allons maintenant préparer une sorte de sauce à mettre sur la pâte et qui donnerai le côté doré et brillant au dessus de la galette.
Pour ce faire, mélangez dans un saladier la crème fraîche avec les deux cuillères à café de sucre en poudre et un oeufs.
Versez ensuite le mélange obtenu sur la pâte en le répartissant bien sur l'ensemble de la surface de la galette.

Faites cuire entre vingt et quarante-cinq minutes dans un four préalablement chauffé à 180°. Je sais, cette marge de temps de cuisson est large, mais Emilie m'avait parlé de 20 à 25 minutes de cuisson dans un four à chaleur tournante. Pour ma part, j'ai du la laisser quarante-cinq minutes dans mon "vieux" four électrique avant qu'elle ne se décider à gonfler et à obtenir la belle couleur dorée que vous constaterez ci-dessus !

A ma connaissance, la galette comtoise se déguste plutôt froide, et plutôt pendant la période des Rois, mais les plus gourmands d'entre nous attesteront qu'il n'y a pas de période pour s'en régaler !

Bon appétit, et attention à la fève qui pourrait bien s'y cacher !

Texte et image © Miss Alfie 2012.

Chroniqué par Miss Alfie à 09:00 - Gourmandises terrestres - Vos bafouilles [4] - Rétroliens [0]
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jeudi 26 janvier 2012

Où l'on parle du blog dans le journal du coin

Avant toute chose, qu'on se le dise, cet article est un pur article d'auto-satisfaction. Je vous préviens d'avance, ça me fait super plaisir, et ce genre de petit événement dans la vie d'une blogueuse "anonyme", qui vit son blog comme un loisir et un espace de partage, ça met du baume au coeur...

Bref, je vous explique... Il y a de ça une dizaine de jours, j'ai reçu un mail d'une journaliste de L'Est Républicain qui me proposait une rencontre pour parler du blog en vue d'un article qu'elle préparait autour du partage de la lecture. Pour qui ne connaîtrait pas, L'est Républicain, c'est le quotidien du coin, diffusé en Alsace, Lorraine et au nord de la Franche-Comté, c'est le petit cousin du Ouest France qui baigna mes revues de presse scolaires. Je me suis donc rendue en fin de journée la semaine dernière dans les locaux du journal, ai traversé la salle de rédaction, aperçu quelques journalistes concentrés sur leurs ordinateurs et échangé pendant plus d'une heure avec une journaliste sur la vie de ce blog, sur ce qui le motive, sur mon rapport aux livres, sur ma manière de lire... Bref, sur mon quotidien de lectrice-blogueuse.

Le résultat de cette rencontre est paru dans l'édition de mardi, au sein d'une page entière consacrée au partage des livres, aux bibliothèques et au club de lecture de la médiathèque de la ville de Besançon. Je suis contente du résultat, la journaliste ayant bien su saisir l'envie de partage et de découverte qui nous anime tous les deux pour faire vivre cet espace au long court !

article Est 24 janvier

En cliquant sur l'image, elle devrait vous apparaître dans une nouvelle fenêtre.
Cliquez sur l'image pour l'agrandir et pouvoir lire l'article...

Après la télé, le journal... Autant dire que ce petit blog commence à avoir, du moins localement, une certaine notoriété... Il ne nous reste plus qu'à retourner lire, et bien sur à vous remercier de votre fidélité et de vos visites toujours plus nombreuses, de vos commentaires, de vos conseils, et des retours que vous nous faites parfois même "dans la vraie vie" !

Chroniqué par Miss Alfie à 09:00 - Un blog, des livres, et moi ! - Vos bafouilles [21] - Rétroliens [0]
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mercredi 25 janvier 2012

Kick-Ass - Mark Millar & John Romita Jr.

KACouvDave Lizewski est garçon banal au lycée. Ni le plus costaud, ni la tête de turc. Banal. Avec ses amis, il est passionné par la lecture de comics. Ce jeune geek se décide alors à devenir un super-héros et à lutter contre le crime dans sa ville. Seul petit problème, il n'a ni pouvoir, ni aptitudes physiques particulières. Sa première intervention est lamentable et se solde par une hospitalisation, ce qui ne l'empêche pas de remettre ça. Jusqu'au jour où il sauve la vie d'un homme, que son intervention est diffusée sur Internet et qu'il inspire d'autres personnes.

Qui n'a jamais rêvé d'être un super-héros ? Ne mentez pas, le héros le dit lui-même, tout le monde s'est déjà rêvé super-héros. Moi le premier. Ca doit dater des films de Superman avec Christopher Reeve (qui roulait plus qu'il ne volait sur la fin de sa vie). C'était vachement bien, tu mettais ton pantalon, ton slip (dans cet ordre), ta cape et hop, tu fendais le ciel pour sauver la veuve ou l'orphelin (au choix) en espérant que Lex Luthor ne passe pas par là avec son bâton de kryptonite parce que, bon, t'es un peu sensible à c'te saloperie. En plus, t'avais Loïs Lane dans ton lit et Marlon Brando comme père, ça le faisait. Surtout pour Loïs Lane, effectivement. Bref, un quidam qui veut devenir super-héros, c'est légion. Par contre, en faire une bonne histoire, c'était pas encore fait. Mark Millar a crée Kick-Ass pour remédier à ce vide.

Comme d'habitude, c'est sur les conseils de mon dealer que je suis parti sur ce comis paru entre 2008 et 2010 aux Z'tats-Unis et édité en France en deux versions, une en deux tomes, l'autre en intégrale paru en octobre dernier chez Panini Comics. Alors, qu'est-ce qu'on a là-dedans ? Hem… je me rends compte que j'écris ma chronique comme je l'écris d'habitude. Alors que bon, quand même, là, j'ai des lecteurs qui sont venus sur ce site grâce à l'article paru dans la presse quotidienne locale. Je tiens donc à vous saluer, Monsieur, Madame, Mademoiselle, pour votre curiosité. Votre question de savoir quand commencera vraiment la chronique de Kick-Ass est également justifiée bien que je doute très sérieusement de l'intérêt que portent les masses bêlantes et gorgées de Coca-Cola tiède à ce comics brillant.

KAPlDonc, qu'est-ce qu'on a là-dedans ? Un héros au charisme incertain. Il part d'une bonne intention, ce garçon : vouloir sauver le quidam des agressions du quotidien. Il est pas au top mais il y travaille. En fait ce comics tient surtout par ses personnages secondaires. Le vrai héros de l'histoire, ou plutôt la vraie héroïne, c'est cette choupinette de 10 ans qui se fait appeler Hit-Girl et qui dézingue le mafieux à grands coups de sabre en travers de la tête plus vite que son ombre. Le scénario est également très bien foutu avec plusieurs petits retournements ou éléments sur les personnages qui surviennent au bon moment. C'est rythmé, on ne décroche pas. Le scénar béton est accompagné de dessins typiquement comics, très biens foutus. Les expressions des personnages sont très bien rendus. Il faut également signaler que Mark Millar, le scénariste a blindé l'ouvrage de références à la télévision (séries télés, talk-shows), au cinéma, à la musique ou aux comics (évidemment). Sans un minimum de culture geek, ça vous passera au-dessus. Sinon, ça vous fera sourire, forcément.

Vous l'aurez compris, Kick-Ass est dans le très haut du panier du comics. Il est susceptible d'amener le lecteur à s'interroger sur le rôle de chacun dans la société et les moyens de la rendre meilleure, chacun à son échelle. Bon, c'est peut-être un peu tendu comme analyse mais si vous le lisez au premier degré, vous verrez, c'est vachement bien aussi. Peut-être même mieux. A noter qu'il a fait l'objet d'une adaptation cinématographique avec Nicolas Cage dans le rôle de Big Daddy, le papa de Hit-Girl mais que je ne l'ai pas vu. A l'occaz, si je pose les yeux dessus, je vous en reparle, OK ?

Texte © Alfie's mec 2012
Couverture et planche (cliquer pour avoir l'image en grand) : Kick-Ass, Millar, Romita Jr, Éditions Panini, 2011.

Chroniqué par Alfies mec à 07:30 - Bandes Dessinées - Vos bafouilles [3] - Rétroliens [0]
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lundi 23 janvier 2012

Comme des larmes sous la pluie - Véronique Biefnot

comme des larmesNaëlle est vendeuse dans un grand magasin de tissus de Bruxelle. Elle s'y occupe régulièrement de Céline, décoratrice, mariée et mère de famille. Avec son mari, Céline fréquente régulièrement Simon, écrivain à succès. Un jour, ces trois univers vont se croiser...

Il y a des livres sur lesquels il est toujours difficile d'écrire du négatif, parce qu'on a rencontré l'auteur, parce que l'auteur en question est super sympa, parce que mine de rien, il y a du bon dans l'intrigue et une façon de traiter le sujet original. Comme des larmes sous la pluie de Véronique Biefnot fait partie de ces livres... Rencontrée sur le stand des Mots Doubs, Véronique Biefnot a sorti son premier roman au printemps 2011. Elle y met en scène trois personnages principaux, et une petite voix qui vient émailler le récit et dont l'auteur découvre au fil des pages l'identité.

Puisqu'il faut parfois parler des choses qui fâchent, je préfère les évoquer tout de suite. Le principal bémol que je mets à ce livre est l'écriture de Véronique Biefnot. Peut-être est-ce lié aux autres lectures que j'avais pu avoir précédemment, mais j'avoue avoir eu du mal au cours des premiers chapitres à me faire à une écriture très descriptive, et utilisant à foison les adverbes et autres adjectifs qualificatifs. J'ai eu, à plusieurs reprises, la sensation d'un style trop guindé, d'un discours un poil trop ampoulé... Bon, après, j'avoue que je me suis malgré tout prise au jeu de ce roman intrigant et que j'ai réussi à passer par dessus ce style trop peu naturel à mon goût.

Pour qui lit beaucoup de polar et de thriller, l'intrigue ne sera pas forcément des plus extraordinaires, mais Véronique Biefnot réussit malgré tout à en proposer un traitement original mettant en perspective plusieurs dimensions. Elle émaille pour cela son récit d'une petite voix très sombre qui prendra tout son sens au fil des pages, et fait intervenir des personnages parfois trop beaux pour être vrais mais auxquels on s'attache malgré leur aspect parfois caricatural. Naëlle notamment, de part sa psychologie si particulière et si mystérieuse, fait partie de ces personnages qui marquent dans la vie d'un lecteur.

Avec son premier roman, Véronique Biefnot rentre dans la cours des écrivains publiés chez Héloïse d'Ormesson. Peut-être un peu light pour de gros lecteurs, Comme des larmes sous la pluie reste une belle histoire à conseiller à des lecteurs moins exercés aux enquêtes noires qui trouveront sûrement de quoi s'embarquer dans un roman réellement surprenant.

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition lue : Comme des larmes sous la pluie, Véronique Biefnot, éditions Héloïse d'Ormesson, 2011, 324 pages.

Chroniqué par Miss Alfie à 07:30 - Littérature belge - Vos bafouilles [4] - Rétroliens [0]
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vendredi 20 janvier 2012

Cadres noirs - Pierre Lemaitre

cadres noirsAlain Delambre est un cadre au chômage depuis plusieurs années. La cinquantaine, ses chances de retrouver un poste sont minces. Lorsqu'il est retenu pour un test d'embauche, il est prêt à tout pour avoir le poste. Vraiment à tout.

Lorsque l'on est en vacances, que l'on a paradoxalement moins de temps pour lire, on a parfois envie de tomber sur le bouquin qu'on aura du mal à lâcher mais qu'on engloutira dès qu'un moment de lecture se présentera. Cadres noirs s'est avéré le roman adapté à la situation puisque j'avoue avoir eu bien du mal à le lâcher et avoir même commencé un deuxième roman en parallèle, pour éviter de le lire lorsque j'avais trop peu de temps devant moi. Il faut reconnaître que Pierre Lemaitre fait partie de ces auteurs dont j'ai du mal à lâcher les livres quand je me plonge dedans, ces auteurs qui réussissent à attirer suffisamment mon attention grâce à leur intrigue pour que je leur pardonne un style littéraire parfois simple et prévisible.

Le petit plus de Cadres noirs par rapport à Travail soigné ou à Robe de marié est son ancrage direct dans la réalité sociale de notre époque, une réalité dans laquelle un couple quinquagénaire qui semblait proche du confort financier se retrouve dans une situation précaire suite au licenciement de monsieur. A partir de là, c'est la spirale infernale, la recherche d'emploi quotidienne, les petits boulots, la perte de l'estime de soi, de confiance en soi, jusqu'au jour où tout bascule, où l'on est prêt à tout pour un boulot... C'est ce qui arrive à Alain Delambre, et j'ai trouvé que la description de sa situation et de la spirale infernale qui le conduit à des actes irréversibles est relativement bien restituée, avec l'angoisse nécessaire pour que l'on en vienne à comprendre cet homme et la colère qui est en lui.

Divisé en trois parties, Cadres noirs est narré dans un premier temps par Alain Delambre, avant que ce ne soit Fontana, l'organisateur d'un test d'embauche un peu particulier, qui nous relate ce moment tout à fait spécial, pour laisser de nouveau la parole à Alain Delambre en dernière partie. En ôtant la narration au personnage principal, Lemaitre maintient une part de mystère sur ce qui se passera réellement pendant le test et que le lecteur découvrira à la fin de l'histoire, et permet aussi de rendre réel ce moment au cours duquel Delambre n'est finalement plus vraiment lui-même, acculé, totalement dans une impasse, et posant un acte aussi fort que son désespoir profond.

J'avoue que la fin m'a malgré tout un peu déçue. J'aurai aimé une fin plus réaliste, peut-être plus sombre, moins sympa, mais qui aurait du coup été totalement à l'image de notre société dans laquelle ce sont toujours les gros qui mangent les petits... Et puis bon, d'un autre côté, il faut reconnaître que si je veux une telle histoire, il me suffit presque de me rendre au bureau de presse le plus proche, d'y prendre le journal du coin, et je suis à peu près sûre de tomber sur au moins un à deux faits divers sordides derrière lesquels on découvrira une histoire de chômage et de détresse financière...

Challenge_thriller
Roman lu pour le challenge Thriller organisé par Cynthia.

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition lue : Cadres noirs, Pierre Lemaitre, éditions Le Livre de poche, collection Policier / Thriller, 2011, 448 pages.

Chroniqué par Miss Alfie à 07:30 - Littérature française - Vos bafouilles [14] - Rétroliens [0]
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mercredi 18 janvier 2012

Elephant Man - Frederick Treves

elephant manEn 1884, le docteur Frederick Treves rencontre John Merrick, un homme atteint d'une maladie rare le transformant en "Homme éléphant" comme l'indique le forain qui l'exibe. Treves va peu à peu gagner la confiance de l'homme et réussir à lui offrir une vie décente.

Je vais vous parler aujourd'hui d'un livre très court, puisqu'il fait moins de 70 pages, sur lequel je suis tombée par hasard en cherchant un cadeau pendant mes vacances. Le titre m'a interpellé, le nom de l'auteur également, et j'ai vu défiler devant moi les images du film éponyme de Dadid Lynch que j'avais vu au collège, non sans traumatismes, je dois le reconnaître...

Elephant Man, c'est avant tout l'histoire hors du commun d'un homme né en Angleterre dans le courant du 19e siècle, un homme atteint d'une maladie rare aux conséquences physiques plus qu'impressionnantes. Si on a longtemps évoqué le concernant la maladie de Recklinghausen, les dernières études évoquent plutôt le syndrome de Protée, une maladie a priori encore plus rare.

Ce court récit, écrit par Frederick Treves, relate la rencontre entre les deux hommes et l'évolution de John Merrick auprès du médecin. Il n'apporte guère de nouveautés concernant une histoire bien connue mais offre un autre regard sur les attitudes et les réactions de Merrick, qui ne me semblent pas autant analysées dans le film de Lynch.

Pour qui a vu le film de Lynch ou envisage de le regarder un jour, la lecture, très facile et très rapide, de ce récit donnera une perspective différente, plus proche de la réalité, plus respectueuse de la chronologie de la vie de Merrick que ce qu'Hollywood a pu en proposer. A ne pas manquer, la courte postface de la traductrice qui complète le récit de Treves en apportant quelques précisions historiques et scientifiques.

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition lue : Elephant man, Frederick Treves, postface et traduction de l'anglais par Anne-Sylvie Homassel, Éditions du Sonneur, La petite collection, 2011, 68 pages.

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lundi 16 janvier 2012

Northanger Abbey - Jane Austen

northanger-abbeyCharlotte Morland est emmenée à Bath par Mr et Mrs Allen, un couple de son village à qui la confient ses parents. La jeune fille va découvrir la vie mondaine mais sa naïveté lui jouera quelques tours...

Après une première rencontre intéressante avec Jane Austen l'an passé, j'avais envie de me plonger à nouveau dans son univers. J'ai donc ressorti de ma pile de livres Northanger Abbey qui m'avait été conseillé il y a déjà un paquet de temps lorsque je voulais lire du Austen, et j'avoue ne pas avoir été déçue.

Publié en 1817, après la mort de son auteur, mais écrit près de vingt ans plus tôt, le style de Northanger Abbey m'a franchement surprise. Dès les premières pages, dès la présentation que Jane Austen fait de son personnage principal, Catherine Morland, on perçoit toute l'ironie et toute la caricature de la société britannique qu'elle va mettre dans son roman. Pour moi qui n'avait lu d'elle qu'Orgueil et préjugés, une histoire qui, si elle dépeint une certaine société, est avant tout une histoire romantique d'un amour plus ou moins contrarié, Jane Austen était la romancière de l'amour, celle dont les romans pourraient faire battre mon coeur de romantique impérissable. Et j'avoue que Northanger Abbey est bien loin du cliché "fleur bleue et eau de rose" que certains pourraient lui attacher.

Dans ce roman, en mettant en scène une jeune fille plutôt naïve, pas forcément très intelligente, tentant de combiner son instinct et les convenances qui lui ont été inculquées, Jane Austen dresse le portrait au vitriol d'une société britannique basée sur les apparences, sur la notoriété et l'intérêt, dans laquelle la culture et l'intelligence ne sont pas sensées être au programme de l'éducation des jeunes filles. Elle dépeint les salons de Bath, qu'elle a elle-même fréquenté à plusieurs périodes, les relations qui s'y nouent, les jeux de pouvoir qu'on peut y observer et n'hésite pas à mettre en scène des personnages parfois relativement antipathiques qui viendront servir sa démonstration. Je dis "sa démonstration", car il me semble que Jane Austen ne se retire pas totalement de son roman, n'hésitant pas à employer la première personne du singulier à plusieurs reprises pour exprimer la propre opinion du narrateur, voire même à interpeller le lecteur et le prendre à parti.

Après Orgueil et préjugés, Northanger Abbey démontre le talent narratif d'une femme qui sut démontrer l'intérêt des oeuvres romanesques tout en offrant une vision vive et acérée de la société dans laquelle Jane Austen elle-même évoluait. De quoi entrevoir les raisons qui poussent certains à lui vouer une telle adoration.

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition lue : Northanger Abbey, Jane Austen, traduit de l'anglais par Josette Salesse-Lavergne, Éditions 10/18, 2000, 285 pages.

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vendredi 13 janvier 2012

En mémoire de la forêt - Charles T. Power

en mémoire de la foretQuelques années après la chute du communisme, la Pologne se reconstruit doucement. Dans un petit village, le cadavre d'un des habitants est retrouvé, le crâne fracassé. Son voisin, Leszek, va tenter d'éclaircir cette mort, tandis que d'étranges vols de pierres sont constatés dans certaines maisons...

Alors, soyons clairs dès le début, ne lisez surtout pas ce roman si vous cherchez le "thriller hors norme" cité par l'éditeur en quatrième de couverture... J'ai comme l'impression que Sonatine et moi n'avons pas tout à faire la même définition de ce qu'est un thriller, ou du moins que je n'en attends pas du tout la même chose ! Rappelez-vous, c'est déjà ce qui s'est passé avec Les visages de Jesse Kellerman, roman initialement publié chez Sonatine...

Ceci dit, maintenant que nous avons mis les choses au point, maintenant que vous saurez qu'il ne faut pas aborder ce roman comme un thriller, il m'apparait important de vous signaler que cet unique roman de Charles T. Powers mérite malgré tout le détour et la découverte. Si l'on ne peut parler de thriller pour le qualifier, on peut malgré tout parler de roman noir, d'un roman quand même très noir, dans lequel le meurtre va apparaître comme un prétexte pour partir à la découverte de la Pologne des années 1990.

Si ce roman m'a tout particulièrement parlé, c'est sans doute parce qu'il a fait écho en moi et réveille les souvenirs d'un voyage scolaire en Pologne réalisé au début des années 2000 (ou comment se prendre un coup de vieux dans la tronche...), soit une grosse dizaine d'années après la chute du communisme et l'arrivée au pouvoir de Lech Walesa. Ce roman nous parle d'un pays situé à quelques heures de route du nôtre, juste à côté de l'une des plus grosses puissance économique de l'Europe, mais d'un pays qui, à l'aube des années 1990, voyait encore ses paysans se déplacer en charettes, un pays marqué par près de cinquante années de dictature communiste, un pays à l'Histoire mouvementé, à l'unité toujours remise en question, un pays à l'Histoire sombre.

Et c'est cette Histoire que l'auteur vient interroger dans ce roman. En nous emmenant alternativement à la suite de Leszek, jeune paysan de Padowia qui cherche aussi sa place dans ce monde qui va évoluer si vite, et à la suite de différentes figures du village, qu'il s'agisse de ses deux prêtres, du maire, du responsable de la coopérative ou encore de celui de la distillerie, Charles T. Power dresse le portrait d'une population meurtrie, qui préfère oublier, d'une population qui tente d'oublier son passé qui la marque au fer rouge... Au fil des pages, il va remonter le fil de l'histoire, rappeler aux habitants qu'avant la seconde guerre mondiale, dix pour cent des Polonais étaient Juifs, mais qu'aujourd'hui, les quelques fils d'Abraham survivants se sont convertis au catholicisme ou sont partis vers la "Terre Promise" dans l'indifférence générale et va tenter de lever le voile sur les pratiques du régime communiste et leurs dérives.

Je disais plus haut que cette lecture a ravivé les souvenirs d'un voyage réalisé là-bas en 2001 (si ma mémoire est bonne...). Au cours de ce voyage, j'ai pu moi même constater le retard de ce pays en montant le premier jour de mon arrivée dans un bus sorti tout droit de Scout toujours !, dans lequel je me suis retrouvée assise à côte d'une vieille femme portant sur ses genoux un grand cabas avec sa petite production de légumes à vendre sur le marché, mais aussi le mal-être des jeunes polonais face à leur Histoire... Parler des camps disséminés dans leur pays, parler de la guerre, parler de l'ère communiste les mettait mal à l'aise... Faire la fête, s'habiller de paillettes et se farder le visage le soir, lorgner sur nos baskets américaines, autant de choses qui leur permettait d'avancer et de laisser derrière eux une histoire trop lourde à porter.

Bien plus qu'un thriller, En mémoire de la forêt est un roman à lire pour s'immerger dans l'Histoire contemporaine de la Pologne, pour découvrir un pays face à son Histoire, mais surtout pas pour suivre une enquête haletante et exclusive !

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition lue : En mémoire de la forêt, Charles T. Powers, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Clément Baude, Éditions Sonatine, 2011, 476 pages.

Chroniqué par Miss Alfie à 07:30 - Littérature américaine - Vos bafouilles [13] - Rétroliens [0]
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mercredi 11 janvier 2012

Ce que le jour doit à la nuit - Yasmina Khadra

ce-que-le-jour-doit-a-la-nuitDans les années 1930, le jeune Younes voit sa famille quitter leur campagne historique pour tenter de survivre à Oran. Confié par son père à un oncle pharmacien, Younes va devenir Jonas, petit garçon élevé au milieu des chrétiens et des juifs de la banlieue oranaise.

Il aura fallu qu'une de mes meilleures amies se plonge dans ce roman en me disant beaucoup de bien sur l'auteur pour que j'exhume de ma PAL ce roman de Yasmina Khadra, écrivain algérien au pseudonyme féminin. De cet auteur, j'avoue que je n'avais jusqu'à présent rien lu. Ce fut pour moi une totale découverte de l'écriture de Yasmina Khadra.

Quelques jours après avoir achevé cette lecture, j'avoue qu'il m'est difficile de vous dire si j'ai aimé ou non ce roman. Alors c'est vrai, il se lit vriament bien, on se laisse embarquer par l'histoire de ce petit garçon, on le suit au fur et à mesure de son évolution, jusqu'à le voir confronté à la guerre d'indépendance au cours de laquelle il devra choisir son camp. On s'attache à Younes/Jonas, à son oncle, à sa tante, à ses amis pied-noirs. On se prend à rêver des plages d'Algérie, à sentir la chaleur du soleil sur notre peau. Mais... Mais...

Mais je m'attendais à une histoire qui m'aurait donné à voir la grande Histoire de manière plus présente. Certes, la seconde guerre mondiale est là, en philigrane. Certes, Younes/Jonas va se trouver confronté à l'histoire de son propre pays, mais il 'ma manqué quelque chose... J'espérais que Yasmina Khadra nous propose une intrigue beaucoup plus en lien avec l'histoire politique de nos deux pays, alors qu'il nous offre en fait une histoire d'amitié, de tolérance et de partage.

Attention, loin de moi l'idée de dire que cette histoire n'est pas belle, bien au contraire. Elle est la preuve que les peuples peuvent cohabiter et vivre ensemble à partir du moment où l'on met en avant les sentiments plus que les opinions politiques et religieuses. L'écriture de Yasmina Khadra est, il me semble, dénuée de jugement sur les actes des uns et des autres, il constate, raconte, narre les directions choisies par les uns ou les autres...

Encore une fois, cette lecture me rappelle qu'il peut exister un décalage entre ce que j'attends d'un livre et ce que j'y trouve. Sans que Ce que le jour doit à la nuit soit un livre qui reste dans mon panthéon, c'est malgré tout une histoire que je conseillerai à qui recherche une belle histoire d'amitié, dénuée de politique et d'interpellation historique.

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition lue : Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra, Éditions Pocket, collection Littérature, 2009, 437 pages.

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