Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !

Carrousel
jeudi 18 avril 2019

Romain Gary s'en va-t-en guerre - Laurent Seksik

Romain Gary s'en va t en guerre

Extrait de la quatrième de couverture : Le génie de Romain Gary, c'est sa mère. Mais le mystère Gary, c'est son père, au sujet duquel le romancier-diplomate a toujours menti.

Laurent Seksik s'est penché sur trois personnages du 20e siècle pour se glisser dans les blancs de leur vie et tenter de les comprendre. Pour ma part, j'avoue lire ces ouvrages dans un désordre anarchique : j'avais découvert l'ouvrage sur Zweig via le format BD, puis celui sur le fils Einstein. Ici, l'auteur nous emmène à la découverte de Romain Gary en se focalisant sur deux jours de sa vie, deux jours où tout a basculé pour celui qui était encore à l'époque le jeune Roman Kacew.

Si on connaît la place de la mère de Romain Gary dans son œuvre, notamment grâce à La promesse de l'aube, il est une figure très absente, c'est celle du père... Ou plutôt, quand il est présent dans le dit roman, c'est sous une forme fictive, sous les traits d'un acteur avec lequel Gary se crée une filiation, niant celui qui fut son vrai père, Arieh Kacew. Romain Gary s'en va-t-en guerre donne la parole à Roman, à Nina mais aussi à cet homme de l'ombre, Arieh, qu'on découvre alors qu'il a déjà quitté le foyer familial pour rejoindre sa maîtresse enceinte. Face à lui, un petit garçon encore bercé d'illusions, qui pense que s'il suit les traces de son père en devenant fourreur, celui-ci finira bien par revenir à la maison... 

Bien que documenté, cet ouvrage est bien un roman, qui met en scène et imagine la relation entre ces trois personnages principaux, et un quatrième : le fameux monsieur Pielkielny auquel François-Henri Désérable s'est plus récemment intéressé. On découvre une mère en pleine déroute et faillite, prête à tout pour sauver son fils, dans un contexte d'antisémitisme montant... Et un père perdu entre ses devoirs et sa passion, un père totalement absent de l'œuvre du fils mais à qui, le temps d'un roman, Laurent Seksik décide de donner la parole. Une découverte très intéressante, un autre regard sur l'œuvre de Gary.

"Il rêvait pour sa mère d'un amour éternel, traversant les époques, les frontières et l'espace, une passion infinie, absolue, parfaite. Et, Nina lui ayant toujours assuré qu'il état un enfant différent, il nourrissait l'espoir de devenir exception à la règle, jamais une autre femme ne viendrait prendre dans son cœur la place de sa mère." (p. 81)

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Romain Gary s'en va-t-en guerre, Laurent Seksik, éditions J'ai lu, 2018, 256 pages.

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lundi 15 avril 2019

La mille et deuxième nuit - Carole Geneix

la mille et deuxieme nuitExtrait de la présentation de l'éditeur : Peu avant le voyage inaugural du Titanic, le couturier Paul Poiret donne une réception à la splendeur inégalée pour lancer sa ligne de parfums. Placée sous le signe de l’Orient, c’est « La Mille et Deuxième Nuit ». Parmi les invités, la fantasque comtesse russe Svetlana Slavskaïa, accompagnée de son secrétaire et confident Dimitri Ostrov, un jeune Juif qui a fui les Bolcheviks.

Je vais tout de suite vous mettre à l'aise : bien que fort sympathique et distrayant, ce roman policier n'aura pas la palme du roman noir de l'année. Ceci dit, je dois vous avouer que c'était un peu ma crainte en le démarrant : un roman de facture classique, qui nous plongeait dans une époque, dans l'histoire, mais qui n'allait pas bouleverser le genre.

Dans ce qui fut à l'origine une nouvelle, Carole Geneix brosse le portrait de personnages qui peuvent tous en vouloir à la victime : du couturier Paul Poiret au secrétaire particulier de la comtesse, tous peuvent avoir une bonne raison de lui en vouloir. Carole Geneix joue avec les suspects, et nous emmène dans un labyrinthe dont chaque détour nous fait revivre un peu plus cette Belle Epoque dans laquelle elle place son intrigue.

Dans ce roman où l'aspect historique prend une place importante, Carole Geneix fait revivre une époque et se sert du prétexte d'un meurtre pour nous plonger dans les coulisses d'une maison de couture célèbre à l'époque et dans les quelques jours qui précédèrent le départ d'un paquebot mortel...

Un livre découvert en partenariat avec les éditions Rivages, sorti en librairie le 13 mars 2019.

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : La mille et deuxième nuit, Carole Geneix, éditions Rivages, collection Rivages noir, 2019, 350 pages.

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jeudi 11 avril 2019

La tendresse du crawl - Colombe Schneck

La tendresse du crawl

Extrait de la présentation de l'éditeur : Un homme, une femme, des retrouvailles. Et l’amour, enfin, peut-être.

Une chronique courte pour un texte court.

J'avais dit que j'arrêtais de lire des textes autobiographiques. Notamment parce que mes dernières lectures de ce genre m'avaient donné l'impression que l'auteur avait préféré s'épargner une thérapie en couchant ses névroses sur le papier et en les vendant au plus offrant. Mais ici, c'est différent. 

Certes, Colombe Schneck raconte sa propre histoire, du moins j'y ai cru avec cette narratrice qui s'appelle Colombe... Mais surtout, elle raconte les peurs et les angoisses que tout à chacun peut ressentir face au sentiment amoureux. Comment s'assurer que l'amour qui est aujourd'hui présent le sera encore demain ? Comment faire face à cette incertitude terrible qui se double parfois d'une crainte de l'échec, de l'abandon ? Comment réussir à accorder sa confiance devant tant de paramètres inconnus ?

En quelques chapitres, Colombe Schneck raconte une rencontre, des bribes de vie, des différences entre deux êtres qui les rapprochent pour finalement les séparer. Une histoire d'amour comme tant d'autres, aussi lumineuse et angoissante que toutes les histoires d'amour !

"La seule fonction de ce texte est pourtant de trouver une conclusion acceptable, de me consoler de ce qui n'existe plus que dans mes rêves." (p. 63/70 - version numérique)
"Je n'ai plus peur que l'amour de l'autre ne se dérobe, puisqu'il se dérobe toujours." (p. 67/70 - version numérique)

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Lecture en partenariat avec Netgalley et Grasset, sortie en librairie le 6 mars 2019.

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : La tendresse du crawl, Colombe Schneck, éditions Grasset, 2019, 112 pages.

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lundi 8 avril 2019

Moi, Tituba sorcière noire de Salem - Maryse Condé

Moi titubaExtrait de la quatrième de couverture : Fille de l'esclave Abena violée par un marin anglais à bord d'un vaisseau négrier, Tituba, née à la Barbade, est initiée aux pouvoirs surnaturels par Man Yaya, guérisseuse et faiseuse de sorts. Son mariage avec John Indien l'entraîne à Boston, puis au village de Salem au service du pasteur Parris.

Depuis quelques semaines, je me suis mise à écouter un podcast créé par Lauren Bastide, "La poudre". Dans cette émission, l'intervieweuse reçoit une femme avec qui elle parle de son parcours, de sa vie, et indirectement de féminisme. Récemment, elle a monté une émission autour de l'ouvrage de Maryse Condé dont je vous parle aujourd'hui dans le cadre d'une série de trois épisodes sur les sorcières, série inaugurée par une rencontre avec Mona Chollet. Et comme Laurent Bastide mettait en garde sur les spoilers dès le début de cet épisode consacré à la seule femme noire condamnée pour sorcellerie à Salem en 1692, je me suis empressée de me plonger dans ce roman pour pouvoir écouter l'émission.

Dans cette histoire, Maryse Condé, grande autrice antillaise, prix Nobel de littérature alternatif en 2018, s'immisce dans les blancs de l'histoire pour raconter le destin d'une femme esclave au 17e siècle, qui va se retrouver dans une posture d'esclave à cause de l'amour d'un homme : jusqu'à ce que John Indien ne vienne lui déclarer sa flamme et ne l'épouse, Tituba vit tranquillement à l'écart du monde, dans une case, en causant avec ses "Invisibles", tous ses proches qui ont quitté la vie terrestre mais restent à ses côtés et la guident dans la vie.

Mais en nouant sa vie à celle de cet homme qui va se révéler bien peu courageux par la suite, Tituba entre au service d'une femme qui la revendra à un pasteur américain. Pour Tituba, c'est un choc de culture et de civilisation qu'elle va devoir affronter en quittant le monde créole et ses croyances pour découvrir l'Amérique ultra puritaine des colons : les cheveux doivent être cachés, on fait l'amour avec ses vêtements, la foi chrétienne est la seule qui puisse exister, et toute personne qui ne rentre pas dans ce cadre est forcément possédée par le Démon...

Au fil des pages, Maryse Condé prend la voix de Tituba pour relater cette vie de privation, de frustration mais aussi de pouvoir. Car Tituba est une sachante et avant tout une femme libre. Tituba sait soigner les maux du quotidien avec ce qui existe dans la nature. Elle croit à des forces supérieures différentes de celles de ces puritains, et pour toutes ces raisons, Tituba fascine et envoûte, Tituba est forcément une sorcière, Tituba doit mourir. Et si l'histoire de Tituba est marquée par le procès de Salem en 1692, là n'est pas l'enjeu du livre : on passe très vite sur ce qui va s'y dire et s'y nouer. L'important, l'essentiel de cette histoire est de démontrer comment les fantasmes ont pu se créer autour d'une femme qui avait du mal à concilier sa culture d'origine, ses croyances, avec l'injonction du puritanisme américain.

Si on peut relever certains anachronismes dans le récit de Maryse Condé, comme certains propos tenus par Hester, cette femme dont Tituba croise la route en prison, c'est avant tout l'histoire d'une femme puissante dans un monde tenu de main de maître par les hommes qui nous est racontée, l'histoire d'une femme qui s'oppose, qui sait, et qui en devient dangereuse. Si elle réussit, elle est coupable, si elle échoue, elle l'est également. Il n'y a pas d'autre destin pour Tituba que celui d'être pointée du doigt et soumise au bon vouloir de ceux qui se pensent plus puissants.

"Pour une esclave, la maternité n'est pas un bonheur. Elle revient à expulser dans un monde de servitude et d'abjection un petit innocent dont il lui sera impossible de changer la destinée." (p. 57/207 - version numérique)
" C'était cela Salem ! Une communauté où l'on pillait, trichait, volait en se drapant derrière le manteau du nom de Dieu." (p. 96/207 - version numérique)
"La vie ne serait un don que si chacun d'entre nous pouvait choisir le ventre qui le porterait." (p. 133/207 - version numérique)

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Moi, Tituba sorcière noire de Salem, Maryse Condé, éditions Folio, 1988, 288 pages.

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jeudi 4 avril 2019

Helena - Jérémy Fel

Helena

Le Kansas, en plein mois d'août. Hayley part s'entraîner pour un tournoi de golf, Graham envisage de partir pour New York avec sa petite amie, Norma prépare sa fille pour un concours de mini miss, Tommy tente de gérer sa souffrance à travers la violence. Quatre vies qui vont se croiser et se trouver liées à jamais.

Après Les loups à leur porte, Jérémy Fel a publié à la dernière rentrée littéraire ce pavé. Mais que l'épaisseur de ce roman n'effraie personne : une fois plongé dedans, il est très difficile d'en sortir. Et que les choses soient claires, ce n'est pas de la littérature blanche, ce n'est pas une histoire pour midinette, c'est un thriller bien sombre que livre l'auteur.

Chapitre après chapitre, Jérémy Fel nous emmène à la suite de quatre personnages dont le destin va basculer, quatre personnages qui devront puiser au plus profond d'eux-mêmes pour trouver la force et la puissance pour continuer à vivre. Quand d'autres auteurs décident de laisser le lecteur se faire sa propre idée sur l'avenir de ces personnages, lui décide de poursuivre l'aventure, de creuser encore plus profond le puit de l'horreur et du désespoir.

Au final, Jérémy Fel livre un ouvrage percutant, fascinant, duquel on ne ressort pas indemne.

Quant à Helena... Six lettres sur une couverture qui vous hanteront pendant des centaines de pages, six lettres pour une pièce essentielle du puzzle que Jeremy Fel construit pièce après pièce... Fascinant. Toujours.

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Helena, Jérémy Fel, éditions Rivages, 2018, 800 pages.

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