La cavale du Dr Destouches

En juin 1944, craignant pour sa vie, Louis-Ferdinand Céline quitte Paris avec son épouse Lucette et leur chat. Objectif : rallier le Danemark pour retrouver l'or que Céline y a caché.

J'ai acheté cet album peu de temps après avoir lu Simaringen de Pierre Assouline. Si le roman ne m'avait pas enthousiasmé, j'avais quand même appris quelques bricoles, et notamment que Céline était médecin dans la vie civile et passa quelques temps dans le fief allemand du régime de Vichy. La cavale du Dr Destouches, contrairement à ce que j'ai pensé en voyant la couverture, ne s'intéresse pas qu'à ce séjour, mais plus globalement aux quelques mois de ce voyage de la France au Danemark en passant par l'Allemagne.

Si j'ai adoré le style de Paul et Gaëtan Brizzi, leur découpage des vignettes, leur maîtrise du crayon avec un dessin en noir et blanc tout en subtilité, j'ai moins accroché au parti pris de Christophe Malavoy quant à sa manière de raconter cet épisode. Moi qui ne connaissais de Céline que sa réputation, j'aurais aimé quelques repères chronologiques me permettant de comprendre ce qui a pu se passer avant et après cet épisode. Il semble totalement sorti de son contexte.

Certes, on comprend qu'à l'époque, Céline a déjà du avoir des relations avec les Allemands, mais on voit dans la bande dessinée un homme médecin avant tout, qui soigne tout le monde, y compris les résistants cachés chez ses voisins du dessous, et un homme qui ne semble pas forcément porter l'occupant plus que ça dans son coeur... Alors, pourquoi pas ! Mais du coup, en une centaine de pages, je me suis perdue dans l'histoire de cet homme. J'en retiens une personnalité clairement ambiguë, plutôt antipathique et assez misanthrope malgré l'humanité qui se dégage de lui dans son rôle de médecin.

Une lecture mitigée donc, mais rehaussée par un dessin excellent.

"Oh maintenant, compromis à fond... Ennazifiés jusqu'à la glotte... Et alors ?... Faut jamais se montrer difficile sur les moyens de se sauver de l'étripade..." (p. 43)
"Un mufle impuissant que je suis... Ça fait une boule de tendresse pas facile à passer... Je juge peut-être les hommes plus vaches, plus bas, qu'ils ne sont vraiment, mais ils sont si méchants !... On ne peut pas leur faire confiance, ils vous bouffent tout cru !..." (p. 93)

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : La cavale du Dr Destouches, Christophe Malavoy, Paul et Gaëtan Brizzi, d'après l'oeuvre de Louis-Ferdinand Céline, éditions Futuropolis, 2015, 96 pages.