Memoires-d-une-geishaExtrait de la présentation de l'éditeur : Née en 1892, vendue à l’âge de huit ans, Kinu Yamaguchi fera l’apprentissage du dur métier de geisha. C’est l’envers du décor qu’elle raconte: avant de porter le kimono de soie, il lui faudra étudier tous les arts de divertissement et endurer pour cela privations et exercices physiques traumatisants. 

Assez récemment, j'ai lu une BD en deux tomes, Geisha, ou le jeu du shamisen, qui m'a replongée dans un univers et une culture qui m'avaient fascinée au début des années 2000, lors de ma découverte du roman d'Arthur Golden, Geisha. A l'époque, je m'étais plongée dans plusieurs ouvrages, notamment les mémoires officielles de la geisha dont Golden s'était inspiré pour son récit, et dans cet ouvrage, Mémoires d'une geisha. Présent dans la bibliographie de la BD que j'évoquais, je me suis empressée de le prendre quand je suis tombée dessus en librairie pour le relire.

Autant vous l'avouer, je n'avais plus vraiment de souvenir de cet ouvrage, du coup j'ai eu l'impression de faire une vraie découverte. Ah, et avant que vous ne vous posiez la question : non, ce livre n'a rien à voir avec le film Mémoires d'une geisha sorti en 2005 : lui est bien adapté du roman d'Arthur Golden pour le coup. Dans le livre dont je vous parle aujourd'hui, on est plus proche d'une biographie. Même si je n'ai pas trouvé de confirmation officielle, il semble bien que Yuki Inoue nous raconte l'histoire d'une geisha ayant réellement existé. L'ajout au fil du texte d'extraits de documents et de photos qui semblent bien réels ont tendance à appuyer cette idée.

La narration nous plonge donc à la fois dans l'histoire des geishas, leur culture, leur éducation, leur mode de vie, mais aussi dans l'Histoire du Japon. On ne peut pas parler des geishas sans faire référence à leur place dans la société japonaise. Petit monde vivant en autarcie, régis par des codes ancestraux et dominé par les femmes, l'univers des geishas concentre de multiples fantasmes dans l'esprit occidental. Or, on est loin d'un monde idéal et uniquement artistique. Certes, ces jeunes femmes étaient élevées, depuis leur plus tendre enfance généralement, pour devenir des danseuses, chanteuses, musiciennes, des femmes de goût dont les hommes se payaient la compagnie pour leurs dîners festifs, mais oui, les geishas étaient aussi bien souvent contraintes aux relations tarifées avec ces mêmes hommes, pour pouvoir racheter leur dette auprès de la maison qui les avait formées.

"D'après les histoires de geishas de l'époque, il est clair que le principe selon lequel les établissements de première catégorie, de la restauration de Meiji à l'aire Taisho (1868-1912) n'employaient qu'une seule prostituée n'était que pure hypocrisie." (p. 109)

Sans concession, mais avec malgré tout beaucoup de pudeur, osant mettre en mot des passages de sa vie très compliqués (la perte de virginité de la geisha faisait l'objet d'un commerce, et la scène ressemble beaucoup à un viol, la jeune femme n'ayant pas reçu de réelles explications sur ce qui va concrètement se passer), Yuki Inoue raconte Kinu Yamaguchi avec beaucoup de délicatesse. Un ouvrage peut-être un peu romancé, mais très clairement passionnant pour toucher du doigts cet univers qui nous est si lointain et qui peut tant nous interroger.

Texte © Miss Alfie 2019.
Couverture : Mémoires d'une geisha, Yuki Inoue, traduit du japonais par Karine Chesneau, éditions Picquier, 1997, 288 pages.