SigmaringenSeptembre 1944. La famille Hohenzollern est mis à la porte de son palais, réquisitionné par Hitler pour accueillir le gouvernement de Vichy en exil. Julius Stein, majordome, va veiller à ce que la résidence princière conserve ses traditions malgré le drapeau français qui va flotter sur son toit.

Il y a plusieurs années maintenant, j'avais eu l'occasion de lire Le portrait, autre roman de Pierre Assouline, dans le cadre d'un atelier d'écriture que j'avais suivi quelques mois. Je conserve de cette lecture un souvenir intéressant, une belle plume, et ceci combiné au sujet m'a donné envie de me plonger dans Sigmaringen. J'espérais y retrouver le style d'Assouline qui m'avait à l'époque plu, et en apprendre plus sur cette période de l'Histoire de France que je ne connaissais, je l'avoue, pas du tout.

Or, cette lecture fut, je vous l'avoue tout de suite, une lecture poussive, longue et peu distrayante. Alors certes, le sujet ne prête pas forcément à la distraction, aux youpi-tralala, mais j'espérais quand même pouvoir m'attacher à certains personnages et apprendre quelques faits historiques. Sauf que Pierre Assouline prend le parti de narrer l'histoire par les yeux de Julius Stein, majordome solitaire, strict et épris de règles. Il est droit, discret et feutré, ne s'attache à aucun des hauts personnages dans le château, ne voue fidélité qu'aux princes Hohenzollern, et ce détachement sentimental amène un vide sidéral dans ce roman.

Bien sûr, Stein nous raconte les grands noms de l'Histoire et de la culture. On croise Pétain et madame, Déat, Darlan, Laval ou encore le docteur Destouches, alias Louis-Ferdinand Céline. On saisit les privations dans le peuple auxquelles le château réussit plus ou moins à échapper. On perçoit la complexité du positionnement d'une région anti-nazi qui doit accueillir les plus grands collaborateurs de France. Mais. Mais il manque du lien, il manque les coulisses des décisions. On comprend que ces grands hommes ne peuvent pas forcément s'encadrer, que ça se tire dans les pattes à tous les coins de couloirs, mais pourquoi, pour qui, comment ? Ça, pas moyen d'avoir des éléments...

Au final, ce parti pris de narrer l'intrigue en suivant ce majordome pincé et guindé donne le ton de l'ensemble du livre : une histoire lisse, sans accroche particulière, tout en non-dits, et qui au final fait pâle figure au milieu des autres livres que j'ai lu ces derniers temps... A oublier ? J'oserai dire oui...

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : Sigmaringen, Pierre Assouline, Éditions Gallimard, Collection Blanche, 2013, 368 pages.