Une page d'amourArrivée à Paris avec son époux, Hélène Grandjean se retrouve très vite veuve. Mère de Jeanne, une fillette d'une dizaine d'année à la santé fragile, elle doit rapidement faire appel à son voisin et propriétaire, le docteur Henri Deberle. Entre eux, une passion débute, sous l'oeil jaloux de Jeanne.

Je vais poser le décor tout de suite. J'ai dévoré ce roman de Zola. Oui, dévoré, n'ayons pas peur des mots, puisqu'il m'aura fallu à peine un week-end pour me plonger dans l'histoire d'Hélène et d'Henri ! Si on m'avait dit il y a quelques années non seulement que je lirai Zola avec plaisir, mais qu'en plus je le dévorerai...! Il faut dire que Une page d'amour est un roman brillant plein de modernité !

On y découvre Hélène, l'une des filles d'Ursule Macquart et de Mouret, le chapelier. La jeune femme est marquée par son histoire familiale, dès le début elle rechigne à faire part au docteur Deberle des antécédents familiaux en termes de folie... Bénéficiaire d'un héritage, elle vit dans un certain confort et emploie même une cuisinière qui fait aussi office de bonne. On est pourtant loin du luxe opulent de La Curée, mais pas non plus dans la pauvreté de L'assommoir. Ici, c'est plutôt la petite bourgeoisie qui est décrite à travers ce personnage.

Mais le grand talent de ce roman, au-delà du portrait social, est sa modernité. En l'espace de quelques mots, de quelques chapitres, tout se noue : la description des regards, les mains de Jeanne qui cherchent sa mère, tout est là, au début de l'histoire. Le reste du roman est une pelote qui se déroule, tragique et romanesque à souhaite. Et en toile de fond, ce qui s'appellera plus tard la crise d'adolescence, ou en tout cas ses prémisses avec cette petite Jeanne tellement jalouse de ceux à qui sa maman apporte son attention, tellement effrayée de ne plus être aimée d'elle. 

Ce roman qui parle d'amour parle surtout de sentiments et d'émotions avec une langue que l'on sent maîtrisée. Zola y fait un exercice de style parfait, notamment avec ses descriptions de Paris aux différentes heures du jour et à différentes saisons. Je n'ai pu m'empêcher de penser à la série de Monet sur la cathédrale de Rouen... Avec ces descriptions, Zola crée une ambiance, et marque les temps forts de son histoire. 

Maîtrise du rythme, maîtrise de la langue, maîtrise de l'émotion ressenti par son lecteur : rien à redire, Zola fait vraiment partie des plus grands, et il me l'a encore une fois prouvé !

71762180Challenge classique
Une lecture qui s'inscrit dans le cadre du challenge "Relisons les Rougon-Macquart" avec Lili Galipette et sera ma cinquième participation au challenge "Un classique par mois" de Pr. Platypus.

Texte © Miss Alfie 2016.
Couverture : Une page d'amour, Emile Zola, Editions Livre de poche, collection Classiques, 1975, 416 pages.