L'assommoirAvec deux enfants à nourrir, Gervaise Macquart n'a guère le choix : il faut travailler. Et quand Lantier la quitte, le zingueur Coupeau semble un parti finalement assez intéressant. Travailleur, sobre, Copeau ramène de l'argent à la maison. Jusqu'au jour où il glisse d'un toit...

Ce roman, j'appréhendais de le (re)lire. Il avait accompagné ma première année de première au lycée, et je n'en gardais guère de souvenir, si ce n'est celui de la fête de Gervaise avec la fameuse oie. Néanmoins, il me restait une impression de noirceur tellement grande se dégageant de cette histoire que, si j'avais pu, je l'aurai oublié. Et puis.

Et puis je me suis plongée dans l'histoire, avec un autre objectif qu'au lycée : non plus lire par obligation mais lire par envie de comprendre l'oeuvre de Zola. Lire en savourant le plaisir de la langue utilisée par Zola. Lire en sachant que l'auteur dispose d'un talent sans pareille pour croquer la vie quotidienne. Lire pour retrouver la qualité d'une écriture que d'aucuns diraient désuète, que je trouve surtout savoureuse, bien souvent absente des romans contemporains.

Dans ce roman qui s'intéresse à la classe ouvrière parisienne, Emile Zola retrace le bonheur et la tragédie d'une famille qui bascule le jour où le père tombe d'un toit. Une chute qui symbolise le début de la lente descente aux enfers de la famille Coupeau. De travailleur zélé et sobre, Coupeau devient peu à peu un homme vivant aux crochets de son épouse. La douce et docile Gervaise finira par redécouvrir le réconfort procuré par l'alcool sur un estomac vide, alors qu'elle avait juré de ne plus y toucher après une enfance marquée par la boisson. Quant aux enfants, si Etienne et Claude vont rentrer en apprentissage de bonne heure, le destin de Nana est scellé bien avant le début du roman qui lui est consacré...

Alors oui, ne nous mentons pas, cette histoire est fort sombre et plutôt triste, loin des contes de fées et autres histoires à l'eau de rose, mais encore une fois, le talent de Zola la rend grandiose. Cet homme me semble avoir une grande maîtrise des descriptions : il dépeint des tableaux de vie quotidienne, de la noce qui va visiter le Louvre aux métiers artisanaux et ouvriers du quartier de la Goutte-d'Or. J'ai retrouvé au cours de cette lecture le plaisir que j'avais ressenti à celle du Ventre de Paris : à croire que Zola est plus à l'aise pour raconter le monde ouvrier, quitte à choquer si l'on en croit la préface qu'il a rédigé a posteriori, plutôt que la bourgeoisie ! Du moins, j'y ai trouvé une sorte de respect pour ces travailleurs manuels, ces forçats du quotidien, que je n'avais pas forcément ressenti dans La curée par exemple.

J'ai bien conscience que si vous tombez sur cet article alors que votre prof de français vient de vous demander de faire une fiche de lecture sur ce bouquin, vous risquez d'en être pour vos frais. J'ai juste envie de te dire, à toi le lycéen qui débarquerait peut-être ici, à toi le lecteur à qui le simple nom de Zola donne de l'urticaire : ne reste pas sur un a priori, ne reste pas sur un mauvais souvenir. Replonge toi dans ce livre dans quelques temps, appréhende le pour ce que Zola voulait qu'il soit : le reflet d'un monde, d'une époque, l'expression d'une théorie, celle du déterminisme génétique, et demande toi si les choses ont réellement changé, si le monde d'aujourd'hui n'est pas aussi désespérant que celui de Gervaise... A ceci près qu'aujourd'hui, on met du plaqué or et de l'argent factice pour cacher la misère...

Bref, lis le. Et savoure cette écriture.

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Une lecture qui s'inscrit dans le challenge "Relisons les Rougon-Macquart" avec Lili Galipette !

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : L'Assommoir, Emile Zola, Éditions Livre de poche, collection Les classiques de poche, 1971, 576 pages.