mdsBruno Sachs est médecin généraliste à Play, petite bourgade de province sans charme. Comme tout médecin de campagne, il s'attache à soigner tout autant les blessures et la maladie mais il est également chargé d'écouter les patients raconter leur vie et leurs petits soucis.

"Ah, Alfie, ça me fait plaisir que tu fasses une chronique sur ce bouquin, j'en avais entendu parler et j'attendais de lire ce que des lecteurs en avaient pensé. Qu... quoi ??!! Attends, deux secondes, je revérifie... Heu, c'est ton mec qui a lu ça ?? Je comprends pas... D'habitude, il chronique des comics qui parlent de trépanation, des BD qui parlent de vélo ou des thrillers bien glauques et là, il vient causer d'un bouquin où l'action moins dynamique qu'un film contemplatif coréen ?? Qu'est-ce qu'il a ? Il est malade ? Hey, ça se trouve, il a arrêté de regarder le foot, tu vas être contente, il change !"

Oui, mesdemoiselles, je lis des vrais livres. Sans image. Sans mort. Ou presque parce que les morts de ce bouquin, ils meurent de cancer, d'arrêt cardiaque ou d'un long coma après un accident. Que des morts pas rigolotes, j'en conviens, y'a pas de tueur en série à la tronçonneuse. Mais ça reste quand même passionnant. Je m'explique. Déjà, soyons clairs, si vous passez sereinement les premiers chapitres, vous allez au bout du bouquin. C'est simple, les premiers chapitres sont pas les plus trépidants. Ou alors c'est parce qu'il faut s'habituer à la mécanique particulière de l'oeuvre.

En effet, Martin Winckler chronique la vie de ce médecin de campagne de l'oeil des personnes qu'il croise, patients, assistante ou amis. Ainsi, un chapitre, c'est une scène vue d'un personnage (qui donne généralement son nom au chapitre) narrée à la premère personne du singulier. Sachs est donc toujours vu sous un oeil différent. Il est aussi amusant de voir une relation dans un couple de petits vieux par l'oeil de Madame puis par l'oeil de Monsieur. Il est aussi intéressant de voir la même scène sous trois plans différents en trois chapitres différents : une mère, sa fille, le médecin.

Parce que, ponctuellement, on a quand même le point de vue du médecin. Il est facilement repérable par la police d'écriture différente. A la lecture des chapitres "normaux", on imagine toute la difficulté de ce métier de médecin, en particulier à la campagne. Comme dit dans le pitch, ce n'est pas tant l'aspect médical que l'aspect relationnel qui compte énormément. Le malade n'est pas là que pour faire soigner son angine. Le petit vieux qui vient faire contrôler mensuellement sa prothrombine est plus là pour pallier une solitude dissimulée. Les chapitres "Sachs" confirment cet aspect et vont bien au-delà. Les analyses du médecin sont tantôt drôles, tantôt critiques sinon acerbes, tantôt gaies, tantôt tristes ou émouvantes, en tout cas, elles ne laissent jamais insensibles.

La maladie de Sachs est donc un ouvrage qui ne laisse pas indifférent. La récurrence de certains personnages sympathiques et de certains gags assure au lecteur un petit divertissement au milieu de cette chronique douce-amère de la vie d'un médecin de campagne fragile qui croise la mort et l'avortement au milieu des angines et autres petits bobos quotidiens.

Texte © Guigzz 2011
Edition lu : La maladie de Sachs, Martin WINCKLER, éditions Gallimard, collection Folio, 2005, 668 pages.