PAcouvAmédée Fario n'est pas revenu de la Grande Guerre et son épouse en est morte de chagrin. Sa fille, la petite Reine, est placée dans un orphelinat qui applique les méthodes strictes de son directeur. A l'autre bout de la France, Quentin Ternois fait découvrir "la Pascale" à son neveu Elie. Sous ce nom sympathique se cache en fait la plus dure des courses cyclistes, Paris-Roubaix. Lui pour qui l'expression "aller au charbon" prend tout son sens, Elie se prend d'admiration pour ces forçats de la route.

PRJe vous entends d'ici : "Et alleeeeez, revoilà l'autre andouille, qui revient nous parler de BD, de vélo et de trucs sans intérêt..." Là, je dis non !! Roubaix, c'est pas sans intérêt. Enfin, si, la ville de Roubaix, c'est naze. Il paraît (parce que je n'y suis jamais allé, faut pas déconner !!) que les oiseaux y volent à l'envers pour ne pas voir la misère, c'est vous dire. Mais Roubaix, la course, l'Enfer du Nord, mes amis, enfin, que diable, relevez-vous sur votre chaise et feignez un quelconque intérêt à cette chronique lénifiante qui ne vise qu'à vous parler de quelques histoires réunies dans un double album magnifique qui tourne donc autour de Paris-Roubaix. Chaque année, je regarde les jolies jambes de Tania Young ou Laurent Romejko (mais les siennes sont plus poilues...) m'annoncer la météo en espérant des cordes pour admirer cette épreuve. Aaaah, l'édition 2001 avec la pluie, les crevaisons répétées de Museeuw qui finit toujours par revenir dans le groupe de tête, l'attaque insensée de Peeters juste après Arenberg et la victoire finale de Knaven, le visage maculé de boue, rhaaa, comme c'est beau, le sport, quand il est pratiqué par ces mecs-là. C'est quand même autre chose que Cancellara la mobylette ou les frères Schleck qui ont le charisme d'une huître et l'ambition d'une courge.

PA1Bon, revenons à notre Pain d'Alouette. Je ne vous explique pas ce qu'est le pain d'alouette, ça perdrait tout intérêt et au moins, ça vous oblige à lire cette histoire toujours aussi bien contée. Les plus perspicaces d'entre vous auront noté le "toujours aussi" dans la phrase précédente. Ils auront compris que ce Pain d'Alouette est une suite de l'Aigle sans Orteils dont je vous avais parlé il y a quelques temps, non sans me prendre quelques tomates avariées ou oeufs pourris, signes de votre inadmissible mécontentement et de votre volonté crasse de ne pas porter quelque attention à ce remarquable ouvrage. Vilipender le lecteur, c'est conceptuel, hein ? Bref, sur une grosse dizaine d'années, Lax nous dépeint la jeunesse pas très réjouissante de Reine Fario, la fille de, la retraite pas très patriotique de Camille Peyroulet, l'astronome devenu conseiller municipal et la vie pas très enthousiasmante des gueules noires de l'Artois. Et c'est bien. Enfin, non, c'est pas bien, c'est mieux que ça. Parce qu'entre l'Aigle sans Orteils et Pain d'Alouette, Christian Lax a changé sa manière de dessiner, du moins l'a adapté pour chaque histoire. C'est plus sombre, sans doute plus travaillé et les personnages gagnent en caractère, surtout les mineurs.

PA2Bon, scénaristiquement parlant, je vous avouerais que c'est un peu téléphoné. On a deux histoires différentes et on se doute qu'à la fin, elles se rejoignent. Elie qui rêve de faire Roubaix malgré le désaccord de son père, on se doute que... tut tut tut, je ne vous dirai rien de plus. Il faut pas spoiler, c'est la chef d'ici qui a dit. Mais bon, la force de cet ouvrage, justement, c'est que, malgré un scénario convenu (j'ai pas dit mauvais, j'ai pas dit extraordinaire, j'ai dit convenu, bon mais convenu), l'auteur arrive facilement à nous faire rentrer dans cette histoire. On s'attarde sur des dessins formidables de mines, de terrils, de cyclistes et l'atmosphère propre à l'Enfer du Nord. Un double album fort fort sympathique qu'il convient de se procurer. Allez, maintenant, le calvaire est fini, j'arrête de vous parler de vélo. Mais pas de BD, faut pas déconner non plus.

Texte © Guigzz 2011
Edition lue : Pain d'Alouette, Christian Lax, éditions Futuropolis, 2011, 140 pages (les 2  tomes).