malThomas Bishop a dix ans quand il tue sa mère. Elle le frappait, l'humiliait et, en plus de tout ça, lui apprit que son véritable père était en fait un violeur récidiviste, Caryl Chessman, condamné depuis à mort et exécuté. Placé pendant 15 ans dans un établissement spécialisé, il finit par s'évader. Par l'entremise d'un hebdomadaire d'investigation, il découvre le parcours de Chessman, celui qu'il considère désormais comme son véritable père. Il décide alors de poursuivre l'oeuvre de ce dernier. Commence alors un road trip violent pendant lequel des dizaines de femmes seront sauvagement assassinées.

Accrochez-vous, les loulous, dès le prologue, d'une infinie violence, on est scotché au fauteuil (ou au canapé ou à la chaise, je ne sais pas sur quoi vous posez votre délicat postérieur quand vous lisez). Au-delà du mal est un thriller énorme. Ecrit à la fin des années 70, après le scandale du Watergate (qui a son rôle dans le livre), il a été visiblement découvert tardivement puisqu'il arrive seulement maintenant en langue française. Comme vous l'avez compris, le petit Thomas a eu une enfance tout à fait normale pour un enfant de son âge. Fils d'un violeur, rapidement orphelin de père, battu et maltraité par sa mère, il finit par tuer cette dernière. 15 ans dans un hôpital psychiatrique à essayer de comprendre le fonctionnement et à essayer de passer pour quelqu'un de sensé. Et une évasion au final. Normal, je vous dis.

Toutefois, si le garçon est pas très net (ou alors c'est moi, hein, je sais pas), on ne peut pas dire que les autres personnages soient tout à fait exemplaires. Du sénateur californien ambitieux aux malfrats de tous ordres en passant par le journaliste d'investigation limite alcoolique, tous ces hommes ne sont pas des anges. Quid des femmes, me direz-vous ? Ben justement, dans ce roman, quel que soit l'homme qu'elles fréquentent, elles n'ont qu'un rôle de victimes (à des degrés différents, certes, la femme trompée étant moins à plaindre que la nana étranglée, égorgée, violée puis brûlée (oui, dans cet ordre) dans le désert). Choquant ? Non, je ne trouve pas. Au contraire, il faut comprendre que les points de vue qui sont décrits ne sont que les opinions des personnages. Juger ces écrits mysogines (comme j'ai pu le lire), c'est ne rien avoir compris au but recherché par l'auteur.

Ce roman se distingue également des autres par deux aspects. D'une part, la déconstruction, du moins, la construction originale. Si l'ensemble est tout à fait chronologique, on pourra avoir un long passage décrivant l'activité de Bishop ou des autres protagonistes ou, à l'opposé, les uns après les autres, de courts paragraphes commentant les conséquences d'un acte précédant. Ca donne un cachet original au tout et, pour ma part, j'ai pas mal apprécié. Deuxième singularité qui se découle de la première, un style littéraire particulièrement détaché, usant beaucoup du futur antérieur et des conversations "narratisées". Par ce barbarisme assez moche (mais j'ai que ça qui m'est venu), j'entends que les conversations, surtout celles de Bishop, sont simplement rédigées du point de vue du narrateur, sans la ponctuation adéquate. D'autre part, l'aspect détaché se retrouve dans une description franche et sans empathie des cruautés que peut exercer Bishop. A ce sujet, petites âmes sensibles que vous êtes, une fois le premier tiers du roman passé, vous n'aurez plus de scènes gore. Accrochez-vous un peu, que diable !!

Ces deux aspects ajoutés au rythme incessant et à l'excellent scénario font ce livre un thriller haletant et pas loin d'être grandiose. Le dénouement, très surprenant conclut le tout. En revanche, il convient d'assimiler que cette oeuvre se passe au milieu des années 70 et qu'elle a été écrite pendant cette période. A notre époque, ce genre d'assassins, s'il n'était pas vite repéré, n'utiliserait pas les méthoses d'un autre temps qu'utilise Bishop. Ce point reste un détail chronologique, Au-delà du mal demeurant un thriller majeur.

Texte © Guigzz 2009 (y compris les blagues pourries).
Image Au-delà du mal, Shane Stevens, Éditions Sonatine (2009).