H_ritage_BoleynDeux ans après le décès de sa troisième épouse, la seule à lui donner un fils, en 1537, Henri VIII d'Angleterre va décider d'épouser une jeune duchesse allemande protestante, Anne de Clèves. A peine arrivée à la cour, la jeune femme doit faire face à un roi arrogant et tout puissant. Autour d'elle, les amitiés se nouent et se dénouent au fur et à mesure de l'humeur du roi. Sur qui pourra-t-elle réellement compter ? Jane Boleyn, sa dame d'atour qui se dit son amie, est-elle digne de confiance ? Et qu'a fait la jeune demoiselle d'honneur Catherine Howard pour que le roi s'intéresse autant à elle ?

Lorsque ce livre voyageur de Stéphie est arrivé chez moi, j'ai rapidement voulu m'y plonger, trouvant le concept du roman historique plein d'intrigues de pouvoir adapté à la saison hivernale ! Heureusement, alors que j'avais à peine lu deux chapitres et que je commençais à m'interroger sur différents personnages, une amie m'a conseillé soit de lire l'ouvrage précédant de Philippa Gregory, Deux sœurs pour un roi, soit de me pencher sur la biographie d'Henri VIII, roi sanguinaire qui inspira la légende de Barbe Bleue.

Et là, j'avoue, heureusement ! Qui ne connait rien à ce personnage et aux six femmes qui se sont succédées à ses côtés au cours de sa vie ne comprendra que peu de choses à cette histoire, et passera à mon avis à côté d'une grande partie de l'intrigue, ne saisissant pas forcément le rôle de tel courtisan ou la place de tel duc dans le Petit Conseil.

Ce conseil, limite impératif, posé, parlons donc de l'histoire et de la narration. Les différents chapitres du roman nous offrent un récit à trois voix, celui de Jane Boleyn tout d'abord, belle-sœur de la reine Anne Boleyn, intrigante qui n'hésita guère à témoigner contre son mari et sa belle-sœur, les envoyant tous les deux à l'échafaud, celui d'Anne, duchesse de Clèves, qui aspire à quitter un frère possessif et une mère rigide en rêvant de donner à l'Angleterre une reine douce et vertueuse, et celui de la jeune Catherine Howard, qui prendra la place d'Anne de Clèves dans le lit du roi à peine quelques jours après la répudiation de cette dernière. Trois femmes, trois caractères, pour trois destins très différents : la première espère retrouver le faste de sa position d'antan, la seconde va découvrir les arcanes d'intrigues et de mensonges d'État, quand la troisième va se retrouver propulsée dans un univers où les mauvais conseillers sont légions et sauront profiter de la naïveté de sa jeunesse... Une manipulatrice, une soumise et une arriviste dans un monde d'hommes, où la mégalomanie d'Henri VIII rend toute vérité impossible.

Au fil des 450 pages de ce roman, on traverse près de dix ans à la cour d'Angleterre, dix années que Philippa Gregory a romancé en restant la plus proche possible de la réalité historique, où elle nous livre les angoisses et les réflexions de ces trois femmes, tout autant que les actes malveillants de conseillers dont la seule raison de vivre semble de pouvoir échapper au courroux du Roi. Une magnifique fresque historique qui ravira tous les amateurs de personnages complexes et qui m'incite à découvrir dès mon retour à la maison la série diffusée sur Canal + et Arte, Les Tudors !

Une petite immersion au milieu des pages ?

"Je me tourne vers la fenêtre et contemple la pluie qui imprègne la nuit noire. La pensée d'un souverain qui décide de l'existence de ses sujets mais aussi du Dieu qu'ils peuvent vénérer me fait frissonner. Ce roi a détruit l'une des plus célèbres reliques de la chrétienté et transformé des monastères en demeures privées. Mon frère se trompe : je ne puis devenir le guide spirituel de ce monarque. Nul ne le fera jamais dévier des objectifs qu'il s'est seul fixés." (p.58)

"Il ne me fera pas ses adieux, je le sais : la princesse Marie m'en avisa. Il ne m'avertira pas de l'accusation sur le point de s'abattre sur moi. Un soir prochain, je quitterai la table du dîner sur une révérence, il se penchera sur ma main pour la baiser avec courtoisie, et je l'aurai vu pour la dernière fois. Il se peut que, suivie de mes dames d'atour, je pénètre dans mes appartements remplis de soldats, découvre mes vêtements déjà empaquetés et mes bijoux rendus au Trésor royal. Le trajet est court entre le plais de Westminster et la Tour de Londres. J'entrerai dans la forteresse par le guichet ouvert sur la Tamise, ne la quittant que pour monter sur l'échafaud dressé sur la pelouse." (p.207)

"En vérité, une jeune mariée désire-t-elle entendre parler de ce funèbre sujet le jour de son union ? Personne ne nous porte de toast, nul ne prononce de discours - triste célébration ! Je ne reçois aucun compliment, on ne danse point, et l'on badine moins encore. Rien d'autre n'égale l'importance de ce Thomas Cromwell, décapité précisément aujourd'hui ! Le roi considère-t-il la mort de son conseiller et ami comme un présent seyant à une mariée ? Je ne suis point cette femme dont je n'ai retenu le nom qui, dans la Bible, désire la tête de ce quidam pour cadeau de noces. Je voulais des hermines, rien de plus, et n'ai cure d'apprendre que le conseiller du roi fut occis alors qu'il implorait la clémence royale !" (p.243)

A lire aussi :
Fleur est très emballée : "Ce roman m'a tenue en haleine tout du long." ;
Mrs Pepys approuve l'auteur : "Philippa Gregory excelle dans l'art de broder à partir de faits historiques réels." ;
Craklou est un peu plus mitigée : "Une lecture sympathique, pas grandiose, mais agréable, qui ne multiplie pas les complots à l'envi comme la plupart des romans historiques, mais dresse un portrait que je pense assez juste de deux femmes dépassées par leur destin."
Et d'autres avis chez Bob !

Texte © Miss Alfie 2011, sauf citations.
Edition lue : L'héritage Boleyn, Philippa Gregory, traduit de l'anglais par Céline Veron Voetelink, éditions Archipel, collection Roman historique, 2010, 450 pages.