juliet_nakedDuncan est un fan de Tucker Crowe, chanteur des années 80 qui a brutalement mis un terme à sa carrière en 1986. Lorsque ressort un album, "Juliet, Naked", 22 ans plus tard, Duncan retrouve sa fougue d'origine. Annie, sa compagne, peu convaincue par l'écoute, va décider de s'immiscer dans ce monde de fans pour donner son avis. Elle reçoit rapidement un message d'un homme qui serait Tucker Crowe...

De tous les livres écrits par Nick Hornby, il n'y en a que trois que je n'avais pas lu : 31 songs, Slam et Une éducation. Même Carton Jaune qui ne parle que de foot, je l'ai lu ! Alors il semblait logique qu'à un moment ou un autre, j'ouvre Juliet, Naked, surtout que mes précédentes lectures m'ont globalement toujours laissé une impression agréable de cet auteur.

Ce coup-ci, Nick Hornby nous plonge au cœur d'un couple en pleine crise de la quarantaine, au sein duquel la sortie d'un album inédit de l'artiste fétiche de monsieur va être le détonateur qui va faire exploser le couple. En même temps, je ne voudrai pas être méchante, mais si on peut encore trouver Annie attachante, Duncan a quand même tout du looser : le mec peu ambitieux, fan d'un artiste oublié qui compte quelques milliers de fans dans le monde, et qui passe pour un azimuté aux yeux du dit artiste. De l'autre côté, l'artiste en question, père d'une progéniture aussi nombreuse qu'inexistante dans sa vie, lui aussi à l'aube d'une nouvelle rupture, et qui va entamer une relation épistolaire avec Annie... Tiens, un petit air de Daniel Glattauer souffle sur cette histoire ? Non, juste un air du temps ! Car si je constate bien une chose sur l'ensemble des romans de Nick Honrby, c'est qu'ils sont généralement bien ancrés dans leur époque, quitte à passer pour démodés une dizaine d'années plus tard (souvenez-vous des cassettes audio dans High Fidelity...!).

Au delà de ces histoires d'hommes et de femmes en plein questionnements, c'est aussi un roman sur la maternité et la paternité qui voit se confronter une femme qui jusqu'à présent ne voulait pas d'enfants et sent son horloge biologique lui rappeler l'urgence à en avoir, et un homme qui se serait bien passé de plusieurs de ses gamins, qui ne sait pas vraiment quel rôle et quelle place occuper dans leur vie, alors que leurs mères respectives ont généralement refait leurs vies, et qui lui même voudrait aussi se détacher de l'image de la star qui lui colle à la peau... Bref, au fil de ces quelques centaines de pages, Nick Hornby nous dresse encore une fois le portrait d'hommes et de femmes de leur époque, pris dans des interrogations actuelles. Le traitement de la thématique n'a rien d'original, mais Hornby est un romancier, un vrai, qui sait nous faire aimer ses personnages et nous entrainer à leur suite en attendant les prochains !

Ah, juste une chose, avant de refermer cette chronique... Nick Hornby est un adepte de musique, 31 songs et High Fidelity sont là pour en témoigner, et je n'ai pu m'empêcher de voir dans cet album "Juliet, Naked", une référence au "Let it be, Naked" des Beatles, cet album ressorti après la séparation du groupe, sans les arrangements du premier, à l'image de ce que le groupe aurait voulu... Référence ou coïncidence ? Seul l'auteur pourrait nous le dire !

Une petite immersion au milieu des pages ?

"Annie voyait à présent qu'elle avait enfermé pas mal de ressentiment quelque part en elle, et ce ressentiment était un truc remuant, il ne tenait pas en place, il cherchait inlassablement une issue, si mince soit elle." (p. 37)

"Parfois, l'obsession de la société à propos du père naturel laissait Tucker perplexe. Tous ses mômes avaient été élevés par des mères compétentes et des beaux-pères aimants, alors pourquoi avaient-ils besoin de lui ? Eux (ou leur mère) disaient invariablement qu'ils voulaient savoir d'où ils venaient et qui ils étaient, mais plus Tucker entendait ces discours, moins il comprenait. Son sentiment, c'est que les gamins avaient toujours su qui ils étaient. Mais ça, il ne pouvait cependant jamais le leur dire, à moins de vouloir passer pour une sale brute, et un connard." (p.76)

"Que fabriquaient-il ? Ils devaient bien se douter qu'elle ne faisait pas le pied de grue pour acheter le bouquin de recette d'une vedette quelconque. A les voir, c'était comme si la soif de littérature n'était pas mortelle : ces gens étaient capables de vous laisser suffoquer sur le trottoir." (p. 216)

A lire aussi :
Théoma le dit bien mieux que moi en fait : "En mettant en exergue des personnages à la recherche de leurs désirs sans pouvoir les nommer, il nous propose une palette convaincante de quiproquos réjouissants et divertissants."
Clara fait aussi partie des convaincues : "L’écriture est vive, entraînante avec un humour savoureux !"
En revanche, Jules en ressort déçue : "Une bonne déception, mais ceci ne m'empêchera pas de relire cet écrivain"
Et chez Bob, une foule d'avis pour finir de vous faire votre avis !

Texte © Miss Alfie 2010, sauf citations.
Edition lue : Juliet, Naked, Nick Hornby, traduit de l'anglais par Christine Barbaste, éditions 10/18, collection Grand format, 2010, 312 pages.