Quand_souffle_le_vent_du_nordEn voulant résilier un abonnement à un magasine, Emma se trompe d'adresse mail et commence une correspondance avec un homme habitant dans la même ville qu'elle, Léo. Si Léo sort d'une relation amoureuse difficile, Emma est mariée et se dit heureuse dans son couple. Au fil des échanges, les liens entre ces deux individus que rien ne prédestinait à entrer en relation vont s'intensifier et la question d'une rencontre va peu à peu devenir cruciale dans la poursuite de leur discussion.

Depuis sa sortie au printemps de cette année, Quand souffle le vent du nord de l'autrichien (et non l'allemand comme j'ai pu lire dans pas mal de chroniques...) Daniel Glattauer remporte un franc succès et plusieurs exemplaires voyagent de blogs en blogs. Grâce à Leiloona, je viens de le recevoir et de le dévorer, on ne peut que dire cela vu la vitesse à laquelle je l'ai lu, en l'espace d'une matinée !

Soyons clairs, ne nous mentons pas, il ne s'agit pas du tout d'un roman que l'on conservera dans ses étagères et dont on parlera dans les discussions intellectuelles. Non, il est bien loin du Goncourt et de tout autre prix littéraire remis par l'intelligentsia du milieu. En revanche, et cela on ne peut le lui enlever, il est tout à fait adapté pour les week-ends d'hiver, pour les après-midis sur la plage ou pour les soirées sous la couette. Ses 350 pages se lisent facilement, puisqu'il s'agit d'un échange de mails... Point  de descriptions soporifiques mais plutôt des échanges vifs, spontanés et naturels entre nos deux protagonistes.

L'atout majeur de Quand souffle le vent du nord est de partir d'un phénomène croissant et désormais ancré dans notre société, les rencontres par internet, mais de le traiter de manière originale puisqu'il ne s'agit pas ici de deux êtres inscrits sur l'un de ces si nombreux sites de rencontres qui nous vantent le bonheur en un ou deux clics, et sur lesquels on rencontre plus d'illuminés que d'êtres humains en recherche d'une relation stable et durable. Dans ce roman, Daniel Glattauer perçoit d'une manière qui m'a semblé assez fine les enjeux et la réalité de ce type d'échange et de correspondance.

Certains me diront que bon, c'est quand même poussé, cette nana et ce mec qui s'échangent des mails aussi rapidement, en évoquant de manière aussi libre leurs pensées, leurs doutes, leur vie, alors qu'ils ne se connaissent pas... A ceux là, je ris au nez. Oui, désolée, mais dans la vraie vie, c'est comme ça que cela se passe. Oui, l'auteur est dans le vrai et ne fantasme pas, du tout. Bon, peut-être que ça ne se passe pas comme ça pour tout le monde. Mais sans rentrer dans trop de détails, mon expérience me fait dire que l'on ne comprend pas toujours pourquoi ni comment on se retrouve un beau matin à guetter un message d'un inconnu dont on ne connait que l'adresse mail et les mots envoyés par le biais d'un ordinateur, mais que ce sont bel et bien des choses qui arrivent !

Ce qui arrive également régulièrement, c'est la place prépondérante que prend peu à peu l'idée de la rencontre dans ce type d'échange. Se rencontrer, c'est confronter l'image que l'on s'est fait de l'autre à la réalité, c'est prendre le risque de trouver un énorme décalage entre ce fantasme et cet être réel que l'on aura face à soi, et que l'on n'aura malgré tout pas envie de blesser, car ce qu'on en a découvert par mots interposés nous a plu, quand même... Et cette éventuelle rencontre est clairement le point central de l'histoire d'Emma et Léo, une histoire d'aujourd'hui, virtuelle mais qui va peu à peu occuper une place prépondérante sur le quotidien de l'un et de l'autre...

Je me rends compte en relisant ce billet que je ne vous parle pas vraiment du livre... Peut-être parce que j'ai parfois eu l'impression de me lire en miroir, même si je n'ai pas 34 ans et aucun mariage à mon actif... Et bien tant pis, pour une fois, vous accepterez que je ne vous en dise pas plus, si ce n'est que j'ai vu qu'une suite est déjà sortie en Autriche, les lecteurs s'étant offusqués de la fin de ce roman... Dommage, car si l'on a en effet envie d'en savoir plus sur ces personnages, je trouve la fin proposée par Daniel Glattauer pleine de symboles dans notre société de consommation...

Bref, un livre léger et délicat, à ne pas délaisser si vous aimez les bons sentiments ! Les autres, passez votre chemin, tout cela vous énervera ! ;-)

Une petite immersion au milieu des pages ?

"J'aimerai tant vous embrasser. Je me moque de votre apparence. Je suis tombé amoureux de vos mots." (p. 137)

"Et s'il ne se passe rien du tout ? Si nous restons plantés là comme deux idiots, que nous haussons les épaules et que l'un finit par dire : "Désolé, il ne se passe rien." Que ferons-nous?" (p.142)

"On ne peut pas reproduire le bon vieux temps. Comme son nom l'indique, ce temps est vieux. Le nouveau temps ne peut jamais être comme le bon vieux temps. S'il essaie, il semble aussi défraichi et usé que celui qu'il souhaite voir revenir. Il ne faut pas regretter le bon vieux temps, sous peine de devenir soi-même vieux et amer." (p. 264)

A lire aussi :
Leiloona, que je remercie chaleureusement pour en avoir fait un livre voyageur nous rappelle que "c'est avec plaisir qu'on constate que le genre épistolaire n'a pas disparu, il n'est que modifié !"
Cynthia, "malgré son côté "trop beau que pour être vrai" (...) et l'agacement qu'ont suscité en moi les deux gugusses, (a) dévoré ce roman d'une traite."
Clara conclue à l'image du livre : "C’est frais, pétillant, savoureux et j’en redemande !"
Stéphie est comme moi : "à la fois contente de la perspective de retrouver les personnages mais aussi déçue car je trouve la fin proposée tout à fait cohérente et satisfaisante."
Et un avis un peu plus mitigé avec Géraldine pour qui "l’idée était bonne et certains passages succulents. Mais ce n’est pas suffisant pour que la recette soit délicieuse..."
Bien évidemment, bien d'autres avis sont disponibles sur la toile, je vous laisse fouiner un peu, on va pas non plus faire tout le boulot pour vous, si ?! :-p

Texte © Miss Alfie 2010, sauf citations.
Edition lue : Quand souffle le vent du nord, Daniel Glattauer, traduit de l'allemand par Anne-Sophie Anglaret, éditions Grasset & Fasquelle, collection Littérature étrangère, 2010, 352 pages.