Difficile de présenter synthétiquement ce livre de plus de 1000 pages qui regroupe en fait trois romans : L'été de cristal, La pâle figure et Un requiem allemand. Publiés en Grande-Bretagne enter 1989 et 1991, ces trois romans de Philip Kerr n'ont été traduits en français qu'en 2006. Une fois n'est pas coutume, je vais vous présenter chacune de ces histoires car, bien qu'elles soient rassemblées depuis 2008 dans ce gros pavé, chaque intrigue mérite qu'on s'y intéresse.

L'été de cristal nous entraîne en 1936 à Berlin où nous faisons la connaissance de Bernard Gunther, ancien policier devenu détective privé spécialisé dans les personnes disparues, événements plus que courant à cette époque. Berlin prépare l'arrivée de jeux olympiques, se refait une beauté et tente de dissimuler toute trace du nazisme et de l'antisémitisme naissant. Gunther va être engagé par un riche industriel persuadé que la mort de sa fille n'est pas accidentelle. Côté enquête, on ne peut pas dire que ce soit très original, il faut le reconnaitre. Mais cette histoire tire son intérêt du contexte historique et politique que Philip Kerr maîtrise à merveille : il nous fait découvrir la vie souterraine de l'Allemagne, les liens entre politiciens et industriels, et pousse le réalisme jusqu'à nous faire découvrir le camp de travail de Dachau de l'intérieur...

La pâle figure s'ouvre deux ans plus tard, à l'automne 1938, alors que Gunther s'est associé avec l'un de ses anciens collègues. L'annexion des Sudètes par Hitler n'est pas loin et l'on sent poindre les prémices de la guerre. Heydrich, le chef de la police berlinoise, demande à notre détective de réintégrer la police pour démasquer ce qui ressemble à un tueur en série : plusieurs jeunes allemandes ont disparu et ont été retrouvées mortes quelques jours plus tard avec le même mode opératoire. Le nazisme est de plus en plus présent et l'on découvre les arcanes de la SS et son idéologie croissante. Gunther apparaît comme un personnage complexe, pas forcément opportuniste, qui n'étale pas ses convictions, ni dans un sens ni dans l'autre, et qui semble mû par un désir de justice plus que d'idéologie.

Pour la fin de ce pavé, nous ferons un petit saut dans le temps pour arriver en 1947. La guerre est finie, Gunther s'est remarié, Berlin est séparée en deux et l'Allemagne avec, les Rouges sont partout et le marché noir fleuri. Un requiem allemand va, cette fois, nous faire quitter momentanément Berlin et ses pénuries multiples pour nous rendre à Vienne où un ancien collègue policier de Gunther est accusé d'avoir tué un officier américain. Engagé par les Russes, Gunther doit tout faire pour innocenter son collègue. A quelques kilomètres du rideau de fer, on découvre une ville qui a certes souffert de la guerre mais qui arrive encore à vivre, où Gunther va réapprendre à manger notamment... Bien qu'aucune de ces histoire ne se passe pendant la guerre, Un requiem allemand revient sur un certain nombre d'épisodes de la vie de Gunther pendant la guerre, son passage en camp de travail russe, dans la SS, mais interroge aussi sur les positions prises par les Allemands pendant cette période noire : accepter, résister, fermer les yeux ?... C'est aussi une histoire qui nous conduira dans la suite des chasseurs de nazis ayant échappé au procès de Nuremberg.

De cette lecture, je conserverai un bon souvenir je crois (et c'est un euphémisme !), car elle m'a permis de combler mon goût pour les romans noirs et policiers, mais j'ai également découvert un monde méconnu. De la seconde guerre mondiale, on connaît tous les mêmes choses : la shoah, les camps de concentration, les bombardements... Mais cette trilogie permet d'élargir le regard sur d'autres aspects plus politiques et stratégiques. Au cours de la lecture, j'ai régulièrement été fouiner sur internet pour compléter mes connaissances et les références du livres, que ce soit en matière d'organisation politique que pour des biographies puisque Philip Kerr n'hésite pas à faire des figures du nazisme des personnages à part entière de ses intrigues. On y croise par exemple Heydrich, Himmler, Muller, ou encore Nebe, tous ces hommes tristement célèbres ayant des rôles plus que centraux dans les aventures de Gunther, conférant à ces histoires un réalisme parfois effrayant. Bref, tout ça pour dire qu'on est pas loin du coup de cœur...

A lire aussi :
Keltia "vous recommande chaleureusement ces oeuvres" et a déjà inscrit d'autres romans de cet auteur dans sa LAL... Moi aussi d'ailleurs, à commencer par la suite de cette trilogie, La mort, entre autre !

Texte © Miss Alfie 2010.
Image La trilogie berlinoise, Philip Kerr, Éditions Livre de poche (2010).