Arlington_ParkElles habitent dans une banlieue résidentielle anglaise, Arlington Park. Elles ont de belles maisons, des maris charmants, des enfants adorables. Celles qui travaillent semblent faire un métier qu'elles aiment et les autres sont de parfaites femmes au foyer. Du moins, c'est l'impression que l'on peut avoir lorsque l'on arrive dans cette rue aux allures élégantes. Oui, mais derrière cette façade, se cachent des désespoirs, des peurs, des angoisses, des femmes qui semblent parfois étouffer dans cette vie trop cadrée, trop rangée, avec des enfants qui, en vivant, bouscule l'image parfaite qu'elles voudraient renvoyer. Un peu à la manière de Virginia Woolf, Arlington Park retrace une journée dans la vie de quelques unes de ces femmes qui, vacant à leurs occupations, réfléchissent et se penchent sur leur parcours, sur leurs espoirs, sur leur rêves, sur leur réalité.

Les critiques que j'en avais lu m'avait sincèrement donné envie de lire ce roman. Pourtant, voilà trois semaines qu'il trône sur ma table de nuit, et impossible d'en voir le bout. Le rythme est lent, très lent, et l'atmosphère sombre et humide. Les femmes s'extasient d'un centre commercial planté au milieu de nulle part, le désespoir qui enveloppe leur existence aurait presque pu me gagner si j'avais eu le malheur de lire ce livre alors que mon moral était en berne ! Disons que je m'attendais à quelque chose de peut-être plus rythmé...
Là, on rentre vraiment dans une construction littéraire proche de celle de Virginia Woolf, avec des passages où le passé prend le dessus, des moments de réflexion intérieure, et le sentiment qui ressort que ces femmes sont prisonnières de chaînes invisibles... Il est vrai que même si j'admire le style woolfien, je n'arrive jamais à rentrer complètement dedans, je me perds dans ces aller-retours permanents et j'aspire souvent à des narrations plus vivantes. Pour autant, Rachel Cusk me semble être une très bonne écrivain, et les critiques positives concernant Arlington Park semble méritée, si tant est que l'on ait accroché au livre !

Quelques extraits

"Pendant un temps, [Juliet] avait attaché du prix à l'idée d'une maison, d'un mari et d'enfants, comme si ces choses étaient rares, comme si elles représentaient un nouveau raffinement de l'expérience humaine. Puis elle les avaient eues, et elles commença à sentir le plomb s'installer dans ses veines, un peu plus chaque jour. Le jour où elle avais compris que si elle n'allait pas acheter à manger il n'y aurait rien dans la maison ; le jour où Benedict était revenu du travail, une semaine après la naissance de Barnaby, et qu'elle avait compris qu'il faudrait qu'elle s'occupe de lui seule ; les fois innombrables où une tâche domestique lui était échue, de sorte qu'elle avait acquis de l'expérience et préféré s'en charger parce que c'était plus facile que de le demander à Benedict - tout cela était surprenant pour elle, scandaleux presque. Avec son sen sde la justice, elle s'était attendue à ce qu'à un certain moment le scandale soit découvert et qu'on en parle, mais tel ne fut évidemment pas le cas." (p.52)

"Redboune et Firley avaient une autre utilité pour Christine Lanham : faire prendre à nouveau conscience aux habitant d'Arlington Park de leur propre condition, plus satisfaisante ; de l'intérêt, de la variété et du rafffinement supérieur de leur habitat. Il n'y avait rien de mieux que d'aller à Redboune pour vous rappeler pourquoi vous habitiez Arlington Park, où un trop long séjour sans l'intrusion de contrastes pouvait suciter une étrange et inquiète sensation d'avoir trop demandé à la vie, d'avoir fait trop d'efforts successifs pour se séparer de ce qui était au fond inoffensif et aurait même pu être fructueux." (p.102)

A lire aussi : L'avis de Clarabel.

Texte © Miss Alfie 2008, sauf extrait de texte.
Edition lue : Arlington Park, Rachel Cusk, traduit de l'anglais par Justine de Mazères, Éditions de l'Olivier, 2007, 291 pages.