mardi 19 février 2008

L'élégance du hérisson - Muriel Barbery

L_elegance_du_herissonEst-il encore nécessaire de présenter l'histoire de ce roman, prix des libraires 2007 et best-seller des ventes ? Allez, pour la forme, je m'attacherai à Renée, 54 ans, concierge de son état, et secrètement curieuse et boulimique de savoir. A ses côté, mais séparée par un mur invisible, Paloma, 12 ans, fille de propriétaires, un peu trop intelligente pour son âge et surtout suicidaire et à la recherche d'un sens à la vie. En face, une tripotée de bourgeois plus caricaturaux les uns que les autres. Et Kakuro. Kakuro, le Japonais fraîchement débarqué dans l'immeuble, qui va provoquer de gros cataclysme rue de grenelle.

Les critiques que j'en avais entendu étaient aussi variées que le temps breton, excellentes comme déplaisantes. Certes, les premières supplantaient les secondes. Mais lorsque je l'ai ouvert, il y a trois semaines, je savais que je l'apprécierai car il m'avait été offert par une personne qui compte beaucoup... Ou comment les conditions de réception ou d'achat d'un ouvrage change votre regard sur l'œuvre. Parce qu'au fil des mots, au fil des pages, je dirai que je me suis parfois accrochée, j'ai résisté à l'abandonner, juste parce que je voulais aller au bout parce que ce présent m'avait beaucoup touché.

Et je l'avoue : sans cette envie, sans cette motivation, je ne suis pas sûre que j'aurai terminé ce roman encensé par les critiques de toute part. Car certes, je lui reconnais un indéniable style littéraire, de grandes qualités, mais en revanche, mes critiques sont assez nombreuses.
A commencer par ces bribes de philosophie parsemant le texte. Sachant la philo et moi, on a jamais été vraiment copines... Du coup, pif paf pouf, je diagonalise, je survole et je passe à la page suivante. Dommage... Idem pour les références culturelles : je ne me considère pas comme totalement inculte, mais le fait de ne pas avoir lu Tolstoï m'a paru comme la plus grande tare !
Et cette manie de Renée de considérer les gens à partir de leur élocution et de leur bon usage de la grammaire... Et plus généralement, cette manie de considérer que le bas peuple, même si moins instruit, est plus intelligent que les bourgeois... Bon, certes, j'approuve une partie de ce qu'elle peut dire autour de cette manie parfois répandue de prendre de haut moins riche que soit, mais quand même... Les nuances, ça existe, non ?!

Malgré tout, je crois que j'ai aimé L'élégance du hérisson. Pour preuve, les dizaines de post-it de couleur qui le parsème désormais, phares m'indiquant l'emplacement de ces petites phrases qui font tilt, de ces moments drôles, de ces mots chocs. Parce que ce roman sans véritable histoire, si ce n'est les histoires croisées de quelques habitants, est avant tout un récit sur la vie, sur le bonheur, sur les bonheurs du quotidien, sur le sens que chacun peut donner à son quotidien.

Première page

 

"1 - Qui sème le désir

- Marx change totalement ma vision du monde, m'a déclaré ce matin le petit Pallières qui ne m'adresse d'ordinaire jamais la parole.
Antoine Pallières, héritier prospère d'une vieille dynastie industrielle, est le fils d'une de mes huit employeurs. Dernière éructation de la grande bourgeoisie d'affaires - laquelle ne se reproduit que par hoquets propres et sans vices -, il rayonnait pourtant de sa découverte et me la narrait par réflexe, sans même songer que je puisse y entendre quelque chose. Que peuvent comprendre les masses laborieuses à l'oeuvre de Marx ? La lecture en est ardue, la langue soutenue, la prose subtile, la thèse complexe.
Et c'est alors que je manque de me trahir stupidement.
- Devriez lire l'
Idéologie allemande, je lui dis, à ce crétin en duffle-coat vert sapin."

Le site de Muriel Barbery

A lire aussi : Les avis de Bellesahi, du Blog des livres, de Pascale Arguedas ou de Cuné (et oui, sur le net, ce n'est pas évident de trouver une critique négative !).

Texte © Miss Alfie 2008, sauf extrait de texte.
Edition lue : L'élégance du hérisson, Muriel Barbery, Éditions Gallimard, collection Blanche, 2006, 359 pages.

Posté par Miss Alfie à 12:08 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
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Commentaires sur L'élégance du hérisson - Muriel Barbery

    Celui-là je l'ai beaucoup aimé.

    Posté par BelleSahi, mardi 19 février 2008 à 16:53 | | Répondre
  • @ BelleSahi : Pas que je l'ai pas aimé, mais disons qu'il faut accrocher, que je l'ai lu une fois, et que maintenant je passe au suivant !

    Posté par Miss Alfie, vendredi 7 mars 2008 à 15:20 | | Répondre
  • Comme toi, je suis assez mitigée sur ce livre, et avec les mêmes arguments : bien écrit, certes, mais si les riches prennent les moins riches de haut, Renée n'hésite pas à prendre de haut les riches en se moquant de leurs fautes de grammaire. Alors qui est le plus snob finalement?
    Heureusement que la fin compense ce côté très antipathique du personnage

    Posté par sybilline, dimanche 24 août 2008 à 23:11 | | Répondre
  • @ Sybilline : Oh, je te trouve un peu dure quand même sur la dernière phrase ! Mais bon, c'est vrai que n'est peut être pas snob celui qu'on pense...

    Posté par Miss Alfie, mardi 16 septembre 2008 à 11:37 | | Répondre
  • Imposture

    =traité approximatif de philo de bas étage en même temps que roman de 4 sous pour bobos attardés,aux personnages caricaturaux qui s'engluent dans un conformisme qu'ils prétendent dénoncer; le + navrant demeurant l'incommensurable cuistrerie de son auteur...

    Posté par Panza-Hoor Patri, jeudi 2 octobre 2008 à 03:55 | | Répondre
  • @ Panza-Hoor Patri : Ouh là ! Il semblerait que vous n'ayez pas du tout, mais pas du tout, aimé !

    Posté par Miss Alfie, vendredi 3 octobre 2008 à 18:45 | | Répondre
  • En effet, c'est le moins qu'on puisse dire: je ne parviens pas à comprendre l'engouement du lectorat pour ce livre, si ce n'est par suivisme et snobisme.

    Posté par Panza-Hoor Patri, vendredi 3 octobre 2008 à 21:04 | | Répondre
  • @ Panza-Hoor Patri : Comme pour beaucoup de romans primés, il s'agit d'un effet de masse... Il FAUT aimer, parce que la majorité aime... Mais je viens à l'instant de terminer un roman nominé pour plusieurs prix de l'automne auquel je n'ai pas franchement beaucoup accroché !

    Posté par Miss Alfie, lundi 6 octobre 2008 à 10:35 | | Répondre
  • Soif d'informations

    Lequel? titre et auteur, svp!

    Posté par De Péache, dimanche 12 octobre 2008 à 03:30 | | Répondre
  • @ De Péache : "La meilleure part des hommes", voir ma critique en date du 6 octobre.

    Posté par Miss Alfie, dimanche 12 octobre 2008 à 13:35 | | Répondre
  • Merci

    Bien noté; j'en avais déjà eu quelques échos.
    Pour ma part, je viens d'achever la lecture d'un roman-policier anglais datant de la fin des années 30:"Le masque de Dimitrios" d'Eric Ambler (Points). Pas pris une ride, et même proche de la grande littérature. Un vrai petit bijou.
    En suis actuellement à découvrir Henning Mankell, auteur suédois contemporain ("Les chiens de Riga"):début intéressant.
    A vs lire avec plaisir...

    Posté par De Péache, dimanche 12 octobre 2008 à 23:43 | | Répondre
  • @ De Péache : Merci beaucoup ! J'espère vous revoir par ici !

    Posté par Miss Alfie, lundi 13 octobre 2008 à 12:35 | | Répondre
  • J'ai lu dernièrement le dernier David Lodge("La vie en sourdine").Toujours chez cet auteur le même sens de l'observation et un humour inégalable...Cette grande humanité qui se dégage de chacun de ses ouvrages m'est d'un grand réconfort.J'attends le prochain avec impatience.

    Posté par De Péache, mardi 4 novembre 2008 à 04:48 | | Répondre
  • j'ai également trouvé ce livre assez snob et fort hermétique! Grosse déception!

    Posté par Sourifleur, mardi 16 juin 2009 à 23:24 | | Répondre
  • Que voilà une jolie critique qui sans seulement parler du livre, donne envie de le lire par l'aspect polémique.
    Je comprends tout à fait ce ressenti par rapport à ce qu'on veut nous inculquer comme fausses valeurs dans le cursus scolaire au lieu simplement de donner l'envie d'écrire et de lire.

    Posté par ice, dimanche 5 juillet 2009 à 17:02 | | Répondre
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