L_elegance_du_herissonEst-il encore nécessaire de présenter l'histoire de ce roman, prix des libraires 2007 et best-seller des ventes ? Allez, pour la forme, je m'attacherai à Renée, 54 ans, concierge de son état, et secrètement curieuse et boulimique de savoir. A ses côté, mais séparée par un mur invisible, Paloma, 12 ans, fille de propriétaires, un peu trop intelligente pour son âge et surtout suicidaire et à la recherche d'un sens à la vie. En face, une tripotée de bourgeois plus caricaturaux les uns que les autres. Et Kakuro. Kakuro, le Japonais fraîchement débarqué dans l'immeuble, qui va provoquer de gros cataclysme rue de grenelle.

Les critiques que j'en avais entendu étaient aussi variées que le temps breton, excellentes comme déplaisantes. Certes, les premières supplantaient les secondes. Mais lorsque je l'ai ouvert, il y a trois semaines, je savais que je l'apprécierai car il m'avait été offert par une personne qui compte beaucoup... Ou comment les conditions de réception ou d'achat d'un ouvrage change votre regard sur l'œuvre. Parce qu'au fil des mots, au fil des pages, je dirai que je me suis parfois accrochée, j'ai résisté à l'abandonner, juste parce que je voulais aller au bout parce que ce présent m'avait beaucoup touché.

Et je l'avoue : sans cette envie, sans cette motivation, je ne suis pas sûre que j'aurai terminé ce roman encensé par les critiques de toute part. Car certes, je lui reconnais un indéniable style littéraire, de grandes qualités, mais en revanche, mes critiques sont assez nombreuses.
A commencer par ces bribes de philosophie parsemant le texte. Sachant la philo et moi, on a jamais été vraiment copines... Du coup, pif paf pouf, je diagonalise, je survole et je passe à la page suivante. Dommage... Idem pour les références culturelles : je ne me considère pas comme totalement inculte, mais le fait de ne pas avoir lu Tolstoï m'a paru comme la plus grande tare !
Et cette manie de Renée de considérer les gens à partir de leur élocution et de leur bon usage de la grammaire... Et plus généralement, cette manie de considérer que le bas peuple, même si moins instruit, est plus intelligent que les bourgeois... Bon, certes, j'approuve une partie de ce qu'elle peut dire autour de cette manie parfois répandue de prendre de haut moins riche que soit, mais quand même... Les nuances, ça existe, non ?!

Malgré tout, je crois que j'ai aimé L'élégance du hérisson. Pour preuve, les dizaines de post-it de couleur qui le parsème désormais, phares m'indiquant l'emplacement de ces petites phrases qui font tilt, de ces moments drôles, de ces mots chocs. Parce que ce roman sans véritable histoire, si ce n'est les histoires croisées de quelques habitants, est avant tout un récit sur la vie, sur le bonheur, sur les bonheurs du quotidien, sur le sens que chacun peut donner à son quotidien.

Première page

 

"1 - Qui sème le désir

- Marx change totalement ma vision du monde, m'a déclaré ce matin le petit Pallières qui ne m'adresse d'ordinaire jamais la parole.
Antoine Pallières, héritier prospère d'une vieille dynastie industrielle, est le fils d'une de mes huit employeurs. Dernière éructation de la grande bourgeoisie d'affaires - laquelle ne se reproduit que par hoquets propres et sans vices -, il rayonnait pourtant de sa découverte et me la narrait par réflexe, sans même songer que je puisse y entendre quelque chose. Que peuvent comprendre les masses laborieuses à l'oeuvre de Marx ? La lecture en est ardue, la langue soutenue, la prose subtile, la thèse complexe.
Et c'est alors que je manque de me trahir stupidement.
- Devriez lire l'
Idéologie allemande, je lui dis, à ce crétin en duffle-coat vert sapin."

Le site de Muriel Barbery

A lire aussi : Les avis de Bellesahi, du Blog des livres, de Pascale Arguedas ou de Cuné (et oui, sur le net, ce n'est pas évident de trouver une critique négative !).

Texte © Miss Alfie 2008, sauf extrait de texte.
Edition lue : L'élégance du hérisson, Muriel Barbery, Éditions Gallimard, collection Blanche, 2006, 359 pages.