printemps barbareAraceli Ramirez est l'une des innombrables bonnes mexicaines qui peuplent les maisons californiennes. Lorsque ses employeurs, les Torres-Thompson, décident de réduire leurs charges pour faire quelques économies, peu imaginent les conséquences du licenciement de la nourrice et du jardinier. Le jour où les deux parents disparaissent dans la nature, c'est Araceli qui devra faire face...

Hector Tobar est un écrivain américain, fils d'immigrés guatémaltèques. Printemps barbare est son premier roman traduit en français. J'ai eu la chance de le recevoir dans le cadre de l'opértion "On vous lit tout" organisée par Libfly et la librairie Furet du nord. Autant vous le dire tout de suite, je conserve un avis partagé de cette lecture.

Dès les premières pages de Printemps barbares, j'ai eu la sensation de retrouver le style de Jonathan Franzen que j'avais expérimenté avec Les corrections, un style qui décortique la vie quotidienne des américains, de manière quasiment chirurgicale, un style fait de longues phrases descriptives mais parfaitement maîtrisées, de longues digressions et réflexions des personnages quant à leur vie, leur univers, leur quotidien. Là où Hector Tobar se démarque de son concitoyen, c'est en nous proposant une véritable intrigue au sein du portrait qu'il dresse de la société américaine contemporaine. Et j'avoue que c'est grâce à cette intrigue que j'ai réussi à me plonger dans l'histoire, à m'attacher en quelque sorte aux différents personnages et à poursuivre ma lecture.

Grâce à l'intrigue qui se met en place, Hector Tobar nous embarque dans une visite de Los Angeles et de ses différents quartiers, des plus huppés aux ponts qui servent d'abris aux cartons des SDF. Il laisse entrevoir une société où les extrêmes se côtoient sans se voir, une société marquée par les conséquences de la crise économique, une société qui vit encore beaucoup sur l'apparence et les convenances. Il nous montre aussi les relations entre ces Américains qui se veulent "de souche" et ces immigrés mexicains qui leur offrent le loisir de se sentir supérieurs. Il pointe du doigt le racisme ordinaire de ces gens qui estiment que l'Amérique va à sa perte à cause de ses immigrés, immigrés qui paradoxalement constituent la base de toute la population des États-Unis...

Grâce à l'histoire d'une domestique livrée à elle-même et qui verra ses actes détournés, Hector Tobar brosse le portrait de l'Amérique d'aujourd'hui, une Amérique dans laquelle le rêve n'est sans doute plus le même, une Amérique qui revoit ses prétentions à la baisse mais n'en demeure pas moins l'idéal de tous ces hommes et femmes qui risquent leur vie à la frontière pour quitter leur Mexique natal à la recherche d'une vie meilleure.
Un livre intéressant pour qui apprécie la littérature américaine contemporaine.

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Texte © Miss Alfie 2012.
Édition présentée : Printemps barbare, Hector Tobar, traduit de l'anglais (américain) par Pierre Furlan, Éditions Belfond, 2012, 469 pages.