Les correctionsEnid et Alfred habitent une petite ville du Midwest. Denise et Gary, deux de leurs enfants, sont partis sur Philadelphie, et l'ainé, Chip, vit à New York. Alors que l'état de santé d'Alfred se dégrade, Enid souhaite rassembler la famille pour Noël.

Peu avant la rentrée littéraire, ma libraire m'a conseillée de découvrir Jonathan Franzen qui sortait quelques semaines plus tard le désormais célèbre Freedom. Ouverte aux découvertes, je me suis donc retrouvée avec Les corrections, ou l'histoire d'une famille américaine moyenne publiée aux États-Unis en 2001 et qui valu à son auteur le National Book Award.

Sept cents pages plus tard, j'avoue avoir encore du mal à vous dire si j'ai aimé ou non ce livre, me démarquant pour le coup de bon nombre de critiques que je viens de lire et qui ont tendance à porter haut les couleurs de ce roman. Pourtant, je peux imaginer ce qui a permis à Jonathan Franzen de récolter tant d'éloges et de recevoir ce prix convoité aux USA, même si j'avoue que Les corrections ne sera sans doute pas parmi mes livres favoris, pour des raisons parfois futilement stupides.

Il faut avouer que la principale raison est que j'ai eu un mal de chien à rentrer dans le style de l'auteur. Venant d'achever la lecture de plusieurs romans français, après une soirée de lecture poussive complexifiée par de la fatigue, ma libraire m'a malgré tout conseillé de poursuivre et de persévérer, convenant qu'il s'agissait d'un style fort différent de ce que je pouvais avoir l'habitude de lire, et peut-être un poil moins abordable. Je dois reconnaître qu'au final, on ne peut que saluer l'écriture de Franzen, une écriture maîtrisée, étudiée, qui semble avoir demandé à son auteur une vraie réflexion, où chaque mot semble avoir été pesé, sous-pesé et travaillé avant de prendre sa place dans une phrase. Autant dire que la qualité du texte est indéniablement excellente, même si c'est justement ce qui me l'a rendu compliqué... Il faut dire que quand je me mets à lire, paradoxalement, je me mets en mode "facilité recherchée", et j'aime saisir le sens d'une phrase dès la première lecture, ce qui n'a pas toujours été le cas avec ce roman...

Ceci mis à part, il convient de souligner le portrait chirurgical de cette famille, peut-être un peu caricaturale, que nous offre Jonathan Franzen. J'utilise sciemment le terme "chirurgical", car comme un médecin qui repart dans les antécédents d'un patient, Franzen remonte le temps et nous propose le pedigree détaillé de chaque membre de la famille, allant parfois même jusqu'à nous présenter la génération précédente pour que les lecteurs puissent bien saisir toute l'histoire familiale qui peut reposer sur les épaules de tel ou tel personnage. En nous faisant naviguer entre les parents et les enfants, Franzen nous offre le miroir des espoirs parfois déçus de la génération supérieure et la volonté de s'affranchir de celle du dessous, et au final le récit de bonheurs malheureux auxquels quelques corrections doivent être apportées...

En nous immergeant dans la préparation d'une fête de Noël dans une famille américaine de la classe moyenne, Jonathan Franzen brosse le portrait sans conscession d'une époque et des relations parfois compliquées, teintées d'amour et de haine, qui existent dans une famille où chacun doit vivre avec le poids du regard familial, avec ce lien indéfectible et obligatoire, aussi compliqué qu'il puisse être. Un roman à découvrir pour ce qu'il nous livre et pour la maîtrise impressionnante de l'écriture par son auteur.

Texte © Miss Alfie 2011.
Édition lue : Les corrections, Jonathan Franzen, traduit de l'anglais (américain) par Rémy Lambrechts, éditions Seuil, collection Points roman, 2003, 720 pages.