SBCouvIl reste à Philippe Squarzoni le chapitre sur l'écologie pour finaliser son ouvrage Dol sur le bilan du quinquennat de Jacques Chirac à la tête du pays. Peu connaisseur du sujet, il commence des lectures puis des recherches, longues de cinq ans. Ces recherches débouchent sur Saison brune, long exposé sur les tenants et aboutissants du réchauffement climatique.

Bien, les chéris, on va essayer d'être sérieux deux minutes. Déjà que n'importe qui se met à écrire sur ce blog, ça devient la porte ouverte à toutes les fenêtres. François Hollande à peine élu, hop, c'est l'immigration qui est relancée, je vous jure, ma bonne dame,  ils me font peur, ces gens là, avec leur gueule de métèque et leurs cheveux aux quatre vents. Bref, soyons sérieux. C'est vrai, quoi, assez naïvement, tout le monde est disposé à penser que, du fait des dessins, la bande dessinée est un art de distraction, de loisir. Et qu'on laisse les choses sérieuses aux bouquins sans images ou, mieux, aux journalistes. Après tout, ce sont eux qui sont là pour nous informer, pour nous raconter les trucs pas drôles qui se passent à longueur de temps. Ben là, non. Y'a des dessins, certes, mais, c'est plein d'infos, d'interviews et de plein des choses intéressantes. Et alarmantes mais j'y viendrai plus tard.

On va être bref sur ce bouquin, sa lecture est indispensable. Mieux, obligatoire. A l'image des Ignorants, je pense que ce bouquin va passer plus de temps chez les autres que chez moi. Pour plein de raisons. Tout d'abord pour l'aspect pédagogique. Les premiers chapitres sont assez techniques (tout en restant abordables pour tous) et parlent des gaz à effet de serre (leur nature, leur quantité, leur influence sur l'atmosphère) et des activités productrices de gaz à effet de serre (industrie, transports, etc.). Une très bonne piqûre de rappel. On a ensuite une description des conséquences du réchauffement climatique, les solutions possibles, leurs conséquences. Pour cela, l'auteur présente les témoignages de scientifiques, d'économistes, de journalistes ou de chercheurs, bref, des gugusses qui ont toute légitimité à parler de ce sujet. Pas de témoignage de politiques ou de militants ici, ce qui contribue à valoriser le discours. Toutes ces paroles sont entrecoupées des sentiments, des réactions, de la vie de l'auteur au regard du sujet.

SBPLL'autre point essentiel, c'est qu'il n'y a pas dans cet ouvrage de belles paroles ou de bons sentiments. Rien que des faits, des chiffres et aussi, accessoirement, des larmes et du sang. Parce que le contenu n'est pas jojo. Pour résumer, dire qu'il faut agir aujourd'hui contre le réchauffement climatique relève du doux euphémisme. Il faut plutôt penser "on est de toute façon dans la merde mais, selon ce qu'on fait là, tout de suite, rapidement, hier, on sera plus ou moins dans la merde." Parce que le réchauffement climatique ne concerne pas spécifiquement les quelques degrés en plus qui nous attendent d'ici 10 ou 15 ans. L'aspect social, voire sociétal ainsi que la relation aux autres pays est impactée pour ne pas dire menacée.

Le chapitre le plus intéressant concerne les solutions à entreprendre car il les met en lien avec les comportements politiques et industriels ou le capitalisme productiviste qui régit notre société actuelle. Ainsi, la mesure essentielle, à savoir la réduction de la consommation d'énergie, est pas loin d'être impossible à mettre en oeuvre puisque les dirigeants des pays développés en appellent à la croissance permanente, à savoir, produire toujours plus dans l'espoir que cette production soit mieux répartie entre les gens. De même, sur l'aspect production d'électricité, la réflexion sur le nucléaire mérite d'être plus réfléchie que "il faut supprimer le nucléaire". D'une façon générale, les industriels et les politiques en prennent pour leur grade. A juste titre quand on voit la campagne électorale qu'on vient de se fader. Ceci dit, nous ne sommes pas non plus tout blancs. Quand je dis "nous", je pense vous, moi, les autres, les quidams de base. Entre ceux qui emmerdent royalement le réchauffement climatique à grands coups de 4x4 et de fraises en décembre et ceux que ça concerne mais qui sont pris par des obligations de vie (pas assez aisé pour vivre en ville donc obligé, faute de transports en commun, de prendre la voiture), on a tous notre part de responsabilité. Les journalistes également prennent cher. Alors que toutes les études - et quand je dis toutes, c'est toutes, sans exception - affirment que le réchauffement climatique est un fait avéré, il subsiste des guignols (coucou Claude Allègre !) pour affirmer le contraire et des journalistes pour relayer ces infos qui n'en sont pas. Au final, près de la moitié des Américains doutent de ce phénomène.

Aussi, c'est d'une prise de conscience collective que viendrait le salut. Notez le conditionnel dans la phrase précédente. D'une part, le salut est limité dans la mesure où, de toute façon, un réchauffement de 2° est d'ores et déjà acté pour les prochaines années. D'autre part, comme l'auteur, je suis convaincu que rien ne sera fait dans des temps raisonnables et que nos dirigeants commenceront à réagir quand il n'y aura plus de pétrole. Avec les risques de conflits que cela engendre. Pessimiste, me direz-vous. Oui, sans doute. Mais réaliste, aussi. L'inertie de notre mode de vie égoïste est trop important pour que l'on change rapidement. Maintenant, quand on me demandera pourquoi je ne veux pas d'enfant (coucou Maman !), je tendrai ce livre en répondant que ces presque 500 pages sont une des raisons.

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Texte © Alfie's mec 2012.
Couverture et planche : Saison Brune, Philippe Squarzoni, Éditions Delcourt, 2012.