penduQuand, dans un village minier lorrain, on retrouve une jeune fille morte, une corde autour du cou, le service de police judiciaire locale aidée d'un jeune inspecteur parisien fraîchement muté tente d'élucider l'affaire. Les fantômes du passé ressurgissent et toutes les histoires ne sont pas forcément bonnes à entendre...

Un polar local, une histoire qui m'intéressait, un bouquin pas trop gros, un éditeur qui sort des écuries traditionnelles, une auteure pas connue, bref, je me suis dit que j'avais plein d'arguments sous le coude pour tenter ce jeu du pendu. Notez que, quand je dis local et que vous voyez un pitch parler de Lorrain en sachant pertinemment que je suis bisontin (immigré champenois, certes mais bisontin), je veux dire que c'est une histoire écrite par une Lorraine et qui se passe en Lorraine. C'est pas un Jean-Christophe Grangé de base qui se dit "tiens, je vais faire se dérouler mon histoire en Franche-Comté !" et qui fait pas mal d'approximations géographiques. En étant locale de l'étape, on constate que l'auteure connaît et aime sa région au point de prendre fait et cause contre l'ennoyage, cette méthode d' "entretien" des anciennes mines qui conduit à de nombreux effondrements de maisons dans les bassins miniers.

A noter d'ailleurs que l'ennoyage apparaît dans l'histoire sans en faire (malheureusement) un élément clé. Le scénario présente en effet quelques faiblesses. Pas tant sur l'histoire, les crimes et le criminel qui sont bien ficelés (corde, pendu, ficelés, jeu de mot...) mais plutôt sur les éléments régionaux. L'auteure amène plein d'éléments sans jamais trop les approfondir. On nous parle de la situation bancale de la Lorraine pendant la deuxième guerre mondiale - la Lorraine comme l'Alsace a changé une dizaine de fois de nationalité en un siècle - pour en faire un simple petit élément biographique d'un personnage. J'aurais aimé que ce pendu de la guerre ait un rôle plus crucial, j'aurais aimé que la guerre ait un rôle plus important. Et c'est le même principe avec le Dieu Piteux ou les mines. Ce ne sont que des personnages secondaires qui ont un rôle anecdotique dans le scénario. 

A côté de ça, l'écriture est bonne. Le chapitrage par jour, sous-chapitrage par heure de la journée, permet de maintenir le rythme de l'enquête. Les descriptions permettent de traduire cette ambiance tristoune et grise de cette ancienne région industrielle aujourd'hui dans un état assez lamentable. De même, les personnages principaux sont fouillés, détaillés et psychologiquement bien construits. Le Jeu du Pendu est donc un petit polar sans prétention et plutôt intéressant qui pêche par là où il aurait aimé se différencier, la spécificité locale.

Texte © Alfie's mec 2011
Edition lue : Le jeu du pendu, Aline Kiner, Éditions Liana Levi, 2011.