97820703720722001. La menace terroriste islamiste plane sur le monde entier. Différents groupes plus ou moins officiels tentent de déjouer une catastrophe un peu trop imminente. Parmi leurs membres, Karim, apprenti jihadiste, espère partir à l'étranger rejoindre les combattants de la Cause, Amel, jeune journaliste fraîchement diplômée rêve de percer dans un autre milieu que le journalisme féminin ou encore Lynx, étrange inconnu qui opère en sous-marin...

Alors que je peste régulièrement sur les quatrièmes de couverture qui en disent trop, celle de Citoyens clandestins est du type totalement sibyllin ! Bon, il faut dire en même temps qu'il est très compliqué de résumer en quelques lignes un bouquin de plus de 700 pages sans vous en dévoiler les tenants et les aboutissants ! Autant vous dire que si la libraire ne me l'avait pas vivement conseillé par rapport à d'autres titres que je lui disais avoir lu, DOA et ses Citoyens clandestins ne seraient sans doute pas rentrés dans ma bibliothèque.

Pourtant, pour qui aime les romans noirs à implication politique, Citoyens clandestins est impérativement (et oui, je le souligne !) à découvrir. Publié en 2007, ce troisième roman de DOA s'inscrit dans le contexte de 2001/2002 : les attentats du 11 septembre, l'explosion de l'usine AZF à Toulouse, les élections présidentielles françaises de 2002... On revit avec les personnages des événements plus ou moins oubliés (certes, le 11 septembre, celui-là, on ne l'a pas oublié !), grâce aux Unes des quotidiens dont DOA ponctue régulièrement son récit, et qui ancrent ce roman fictif dans une actualité on ne peut plus brûlante...

Bon, par contre, comme beaucoup de romans politiques, notamment quand ils sont bien faits et ne simplifient pas la réalité, Citoyens clandestins reste un polar un peu ardu. L'auteur nous embarque dans les coulisses des différents services de renseignements et de surveillance du territoire français sans en oublier un seul, qu'ils appartiennent à la Défense ou à l'Intérieur. Et là, j'avoue clairement que j'ai  parfois eu un peu de mal à me retrouver entre tout ce petit monde, malgré l'organigramme qui est proposé au lecteur à la fin...

En dehors de ce bémol, que j'ai largement réussi à dépasser puisque j'ai achevé les 700 pages de Citoyens clandestins en l'espace de trois jours (tout à fait, cela veut bien dire que j'ai même bien accroché à l'histoire pour le lire si vite !), rien à redire. L'auteur nous livre un polar que je rapprocherai dans une certaine mesure de Millenium : implications politiques à grande échelle, personnages attachants sur le point de perdre pied que ce soit dans leur vie professionnelle ou personnelle, présentation d'une société aux manoeuvres politiques sans doute pas si éloignées que ça de la réalité...

Un roman noir, très noir, ponctué de références musicales à conseiller aux adeptes de thrillers politiques, mais à totalement déconseiller aux paranoïaques qui étudient chaque enveloppe reçue de crainte qu'elles ne contiennent une substance dangereuse ! Ceci dit, si vous ne faites pas partie du second groupe et que vous n'avez pas encore lu ce bouquin, je me demande ce que vous faites encore devant votre ordinateur...!

Une petite immersion au coeur des pages ?

"Il fut un temps où ce décalage avec la normalité l'amusait. Fendre des foules inconscientes, savoir ce que les autres ignorent, participer d'une réalité dissimulée à l'homme du commun, éternel dommage collatéral d'une guerre clandestine, permanente et violente. Tout cela paraissait très excitant. Il avait souscrit au mythe de la caste des seigneurs, une belle histoire. Une excuse pratique." (p. 103)
"Au lieu d'appeler au courage et à la sérénité, en commençant par manifester son calme, la grande machine à fabriquer de la paranoïa se mettait en branle pour effrayer les masses. Ainsi, même s'ils n'étaient pas impliqués dans l'accident de la veille, les terroristes avaient atteint leur but, l'Occident des croisés tremblait de peur et se préparait à la guerre." (p. 168)
"Arnaud, le prénom, probablement faux, de cet ami sans patronyme et dans âge lui non plus, qui exerçait le même métier pour le compte du ministère de la Défense. L'extérieur et l'intérieur ne travaillaient pas souvent ensemble. Leur coopération par la voie officielle était plus fantasmée que réelle et, lorsqu'elle prenait corps, c'était le plus souvent dans des zones grises, informelles, lorsque les Arnaud appréciaient les Ponsot. Et vice versa." (p. 339)

Petit_bac
Roman lu pour le Challenge Petit Bac organisé par Enna, catégorie "Métier".

Texte © Miss Alfie 2011, sauf citations.
Edition lue : Citoyens clandestins, DOA, éditions Gallimard, collection Folio Policier, 2009, 732 pages.