sans_elleLéa a une dizaine d'années lorsque sa petite sœur, Solène, meurt. Pétrie des croyances des enfants, propulsée dans le monde des adultes bien loin des contes de fée, Léa raconte sa vie après la mort de Solène.

Alors que je l'ai lu très rapidement, j'ai mis une bonne semaine avant de commencer à rédiger ce billet sur un livre acheté aux Mots Doubs après avoir échangé quelques mots avec son auteur, Alma Brami. Ne nous leurrons pas, Sans elle est un roman qui peut clairement remuer et bouleverser du fait du sujet traité, la mort d'un enfant.

Alma Brami m'a expliqué lorsque je l'ai rencontré qu'elle écrit depuis très longtemps, mais qu'elle utilisait plutôt un format "nouvelle". Et puis un jour, à force de travailler et retravailler son texte, elle s'est rendue compte qu'elle pouvait en faire un roman, mais du coup cela reste un court roman, ce qui explique la rapidité avec laquelle j'ai découvert les réflexions de la petite Léa, puisque c'est Léa qui nous fait part de sa vision des choses après le décès de sa petite sœur. Le récit nous est donc narré à la première personne, avec des interrogations et des remarques concernant les fantasmes et les mythes qui entourent la mort très enfantins, et pourtant le style reste élaboré, une enfant de cet âge là ne pouvant employer certains mots trouvés au fil des pages, ce qui provoque un contraste entre la naïveté des remarques formulées et le style employé. Ce contraste ne m'a pas fondamentalement dérangé, mais m'a clairement mis mal à l'aise, notamment, je pense, par la simplicité des remarques de Léa... Mais là, je pense que derrière, ça attaque ma propre représentation de la mort... Enfin bref, on va pas faire ma psychanalyse ce matin !

En attendant, je ne peux que vous conseiller de découvrir cette jeune écrivain fort sympathique au demeurant, soit avec ce premier roman, soit avec l'un des deux autres publiés depuis !

Une petite immersion au milieu des pages ?

"Moi, je m'appelle Léa, et je suis immortelle.
Immortelle, c'est quand on devait mou
rir à un moment et qu'on n'est pas mort, après c'est fini, on a dépassé la mort, on l'a plantée, elle a pris quelqu'un d'autre à la place." (p.9)

"Elle m'a dit que Solène était si merveilleuse que Dieu l'avait ramenée à lui, pour qu'elle lui tienne compagnie. J'ai pensé fort à Dieu et je me suis dit que c'était un égoïste et que Solène, c'est à nous qu'elle devait tenir compagnie." (p.60)

"Je me demandais qui avait eu cette idée d'enterrer les morts, peut-être que c'était quelqu'un qui pensait que ça s'attrape, que la mort c'est comme une épidémie, que c'est contagieux.
Et puis je me suis rappelée la voisine qui parlait de son chien, qui disait que quand l'âme s'en va, le corps pourrit, mais quand ? A partir de quand ? Est-ce que c'est la mort qui ronge la peau, qui la dévore, qui la saccage, qui la troue ?"
(p.136)

Texte © Miss Alfie 2010, sauf citations.
Édition lue : Sans elle, Alma Brami, Éditions Gallimard, collection Folio, 2010, 164 pages.