Victor Hugo vient de mourirLe 22 mai 1885, après plusieurs jours à retenir son souffle, Paris apprend la mort de Victor Hugo. Écrivain, poète, militant politique, ils sont nombreux ceux à vouloir lui rendre hommage. Des anarchistes aux hommes politiques, Hugo enthousiasme les foules. 

Cette fois, les conseils de ma copine Lili n'auront pas trouvé un écho favorable chez moi. Pourtant, ce très court roman qui se veut aussi un document est très intéressant. Mais il faut avouer que je connais trop peu l'oeuvre d'Hugo (c'est pas parce que j'habite sa ville natale et que j'ai visité sa maison de Guernesey que je connais réellement le parcours de l'écrivain et du militant qu'il fut !). Du coup, je crois que je suis passée en grande partie à côté de cet ouvrage qui aborde bien des aspects, mais de manière partielle, par références, sans les explications de contexte potentiellement nécessaires pour saisir tous les tenants et les aboutissants de ce qu'il raconte.

Dans ce court roman très documenté, Judith Perrignon retrace les quelques jours qui séparent le décès d'Hugo de son enterrement civil et de son entrée au Panthéon. Pour l'occasion, l'auteur en profite pour nous rappeler que des obsèques nationales ont été décidées par le gouvernement, quasiment à l'unanimité des députés (415 pour, 3 contre), une première pour un poète. La mort d'Hugo permet également au gouvernement de donner au Panthéon sa fonction actuelle, à savoir un temple destiné à accueillir les dépouilles des grands noms de la Nation. En effet, après une première phase de laïcisation sous la révolution, le Panthéon était revenu sous la Seconde république à sa fonction initiale d'Eglise catholique dédiée à Sainte Geneviève. Ces débats politiques sont d'ailleurs pour Judith Perrignon l'occasion de rappeler et mettre en avant la récupération politique, une activité finalement pas si récente que ça !

"Le vote est sans appel, l'unanimité moins trois voix pour les funérailles nationales. Lockroy tremble. C'est trop facile, tous les autres vont pomper la gloire d'Hugo le jour de ses funérailles et demain, dès qu'il s'agira de voter la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ou d'amplifier les pouvoirs des chambres syndicales, ce sera non." (p. 51)

Parallèlement à ce personnage omniprésent, Judith Perrignon raconte également le deuil d'une famille déjà fortement marquée par la mort. Père de cinq enfants, Victor Hugo aura vécu la disparition de quatre d'entre eux. Adèle, sa plus jeune fille, qui lui survivra, ne sera pourtant guère source de joie et d'espoir pour Hugo lorsqu'il la visite à la fin de sa vie dans la maison de santé où elle finira sa vie. Restent à Hugo ses deux petits enfants, Georges et Jeanne, personnages omniprésents du romans et probablement les plus endeuillés. A leurs côtés, le nouvel époux de sa belle-fille, Lockroy, personnage secondaire de ce récit mais pourtant essentiel pour tenter de faire respecter les volontés et les combats du défunt.

"Qu'il est étrange d'avoir été tant aimé par un homme et de devoir le partager, l'offrir au va-et-vient des importants qui montent dans sa chambre, le laisser à la foule qui attend, l'air de dire qu'on aime autant dehors que dedans." (p. 67)

Victor Hugo vient de mourir, plus qu'un roman, est un récit concentré sur quelques jours. Si la documentation lui donne toute sa légitimité, elle l'alourdit aussi parfois d'énumération de personnes et d'actions trop brièvement expliquées. Une déception donc, mais qui m'incite malgré tout à mieux découvrir cet écrivain majeur de la littérature française !

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Victor Hugo vient de mourir, Judith Perrignon, éditions Pocket, 2016, 168 pages.