lhomme-qui-tua-lucky-luke"J'ai détruit la légende ! J'ai tué Lucky Luke !"

Je n'ai jamais lu un Lucky Luke. Allez-y, lâchez-moi les chiens au cul puisque telle doit être ma punition. Oh, à la rigueur, peut-être en ai-je lu un à l'occasion mais ma mémoire me fait défaut. Mon grand âge, sans doute. Alors pourquoi malgré tout se lancer dans cet album que l'on pourrait rapidement qualifier de hors-série voire d'hommage ? Parce que le dealer me l'a conseillé, comme d'hab. Le dealer profite de la faiblesse liée à mon grand âge pour faire de la vente forcée. C'est mal. 

Mais alors, un album hommage à Lucky Luke, est-ce que ça vaut le coup ? Oui et pour plusieurs raisons. Commençons déjà par le point qui surprendra tous les lecteurs et tous les fans du lonesome cow-boy qui empoigneront cet album d'une main fébrile, le dessin. Oui, Lucky Luke ne ressemble pas au Lucky Luke de Morris. Il en a certes tous les attributs, du chapeau à la chemise jaune en passant par le foulard rouge et le cheval mais les traits sont un peu un peu différents. Toutefois, on n'en est pas pour autant dépaysé et on reste dans le style de la série, dans un pur style franco-belge. A noter également un travail plutôt réussi sur les couleurs. Chaque personnage, chaque lieu, chaque ambiance est peu ou prou associé à une couleur déclinée en plusieurs nuances et ça donne un certain cachet à l'ensemble.

Ensuite, le scénario. J'avais en tête, comme un préjugé, que les histoires de Lucky Luke étaient plutôt légères et relativement humoristiques. Ici, point de légèreté même si on trouve quelques gags au fils des pages. L'histoire commence sur la première page par la mort du héros et embraye dans la foulée sur l'origine du drame. D'emblée, le climat est posé, il pleut, la terre est lourde, l'ambiance est tendue. Et Matthieu Bonhomme livre là-dessus un excellent scénario où, même si le noeud de l'intrigue se révèle assez rapidement, le dénouement n'est pas empreint de surprise et de tendresse. 

Rajoutez à ça les clins d'oeil à la série originelle et vous aurez entre les mains un très bel hommage au cow-boy le plus célèbre de la bande dessinée. Alors, non, Jolly Jumper ne parle pas, non, on ne voit ni les Dalton ni Rantanplan mais l'essentiel des codes de Lucky Luke sont là et on passe assurément un bon moment de lecture.

Texte © Alfie's mec, 2016.
Couverture : L'homme qui tua Lucky Luke, Matthieu Bonhomme, Éditions Dargaud, 2016.