Et tu n'es pas revenuEn 1944, Marceline est déportée avec son père. Elle connaîtra à ses côtés Drancy, puis chacun connaîtra un parcours différent, mais elle recevra une lettre de lui, une lettre à laquelle elle répond en quelque sorte des dizaines d'années plus tard.

Voilà un très court livre, une centaine de pages, mais qui se lisent d'une traite, qui s'engloutissent. Un livre-lettre que Marceline a voulu écrire à son père, une lettre d'amour pour un père disparu, un père prophétique, un père qui aurait su, qui aurait compris.

Car dans cette centaines de pages, c'est une femme au crépuscule de sa vie qui revient sur la déportation, sur la vie dans les camps, mais qui revient surtout sur la difficulté à vivre l'après. Paradoxalement, s'il a fallu survivre pendant des mois, si la vie avait alors un prix fou et que tous mettaient tout en oeuvre pour la conserver dans un univers terriblement inhumain et barbare, elle devient un poids et un fardeau une fois rentrés, une fois que le cours "normal" des choses reprend.

Comment faire comprendre à ceux qui n'y étaient pas ce que furent les camps ? Comment tenter de reprendre une vie normale, avec des choses toutes simples comme dormir à nouveau dans un lit avec un matelas, quand on a été si près du précipice ? Comment réagir face à ceux qui ne comprennent pas que "ça ne passe pas" ? Car non, ça ne peut pas passer, ça restera ancré en Marceline Loridan-Ivens, comme dans beaucoup de survivants, aussi ancré que ce chiffre à jamais gravé dans la peau.

En partant d'une simple phrase mais à valeur de prophétie prononcé par son père, Marceline Loridan-Ivens raconte une vie d'attente, une vie sans celui pour qui elle a sûrement du éprouver le plus d'amour dans sa vie. Un témoignage fort, à faire entrer dans la liste des indispensables sur la seconde guerre mondiale.

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : Et tu n'es pas revenu, Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon, Éditions Grasset, 2015, 112 pages.