pourquoi j'ai mangéIl y a longtemps, à l'époque où les mammouths se promenaient encore dans la forêt du Sahara, Ernest et sa famille découvrent peu à peu le feu, la monogamie et bien d'autres nouveautés, inspirés par Edouard, le père...

Voilà des années qu'on me parle de ce livre comme d'un incontournable, d'une vision de notre société transposée à la préhistoire et pleine de cynisme et d'ironie. Alors soit, j'ai tenté. Heureusement pour vous, je n'ai pas rédigé cette chronique à chaud, car elle aurait été bien plus dépitée que celle que vous allez lire. En prenant un peu de recul sur cette lecture, j'admets qu'elle s'avère assez pertinente et intéressante. Mais de là à faire de ce bouquin un chef d'oeuvre, n'exagérons peut-être pas.

Avec cette stratégie de transposition de la société à l'époque préhistorique, Roy Lewis développe une histoire de l'évolution atypique. On suit Edouard, le chef de tribu, avide de progrès et de découverte pour que ses fils n'aient pas à remonter dans les arbres, comme il l'explique à l'oncle Vania, réac qui se promène encore de lianes en lianes. A sa suite, ses fils doivent expérimenter ses découvertes, ses épouses tentent de trouver comme faciliter le passage d'une alimentation végétale à un régime carnivore, le tout au milieu de bêtes féroces aujourd'hui disparues. L'aspect comique de la narration réside essentiellement dans cet anachronisme que l'on imagine aisément entre la réalité historique des capacités des hommes préhistoriques et cet univers créé de toutes pièces par Roy Lewis. 

Au-delà, la réflexion sur le progrès amenée est plutôt intéressante. On y voit un personnage qui cherche à améliorer la conditions des siens, quelqu'en soit le prix, même s'il faut pour cela se corrompre par moment, et au risque que le progrès finisse par se retourner contre lui... Car si évoluer apparaît dans un premier temps comme un challenge intéressant, les enfants d'Edouard en viennent parfois à se poser des questions sur la pertinence des recherches et découvertes de leur père... Le progrès oui, mais pourquoi ?

Titre célèbre, Pourquoi j'ai mangé mon père satisfera sûrement les adeptes d'un humour décalé, et amènera bon nombre de lecteurs à se questionner sur l'utilité du toujours plus, toujours mieux. Mais de là à le faire entrer dans le top des lectures en fin d'année, il y a un fossé que je ne suis sans doute pas prête à franchir !

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : Pourquoi j'ai mangé mon père, Roy Lewis, traduit de l'anglais par Vercors et Rita Barisse, Éditions Pocket, 2012, 192 pages.