hirondelles​La mort rode à Kaboul, que ce soit dans la prison dont Atiq est le geôlier que dans sa maison, ou encore dans le foyer de Mohsen et de Zunaira, ancienne avocate contrainte à la nuit de son tchadri.

J'étais restée quelque peu sur ma faim lors de ma première rencontre avec Yasmina Khadra. Mais comme j'avais envie de lui laisser une seconde chance, j'ai retenté le coup avec Les hirondelles de Kaboul. Cette fois encore, je reste un peu sur ma faim, mais plutôt à cause de la brièveté du roman et de l'antipathie que j'ai très vite ressentie pour les personnages masculins qui m'ont semblé insipides et bien peu courageux...

Néanmoins, Les hirondelles de Kaboul est un roman intéressant. Publié en 2002, il collait complètement à l'actualité après le 11 septembre mais n'évoque pas une seule fois cette partie de l'Histoire. Côté guerre, c'est plutôt celle contre les Russes qui amena les Taliban au pouvoir qui est évoquée, et les conséquences de cette arrivée au pouvoir. Yasmina Khadra raconte les privations, les humiliations, les interdits en chaîne qui font sombrer une population dans la misère et la dictature. Il décrit des hommes et des femmes qui, par leur vie et leurs propos, raconte et font découvrir au lecteur un quotidien fait d'ombre. Ombre que l'on recherche dans les rues, ombre qui enveloppe les femmes sous leurs voiles, ombre qui s'étend sur les âmes et les entraîne loin de leurs valeurs.

"Mohsen est en train de s'aligner sur les autres, de ressembler à leur détresse, de s'identifier à leur régression. Son geste est la preuve que tout peut basculer sans crier gare." (p. 58)

On se demande ce qui, dans cette société, peut encore apporter un semblant d'espoir. Comment cette femme qui fut une avocate, militante de la cause féministe, peut encore réussir à vivre, peut trouver la force d'avancer. Mais résister, c'est aussi s'opposer et s'exposer à la fureur talibane, à une loi qui met en avant la religion, la rigueur, qui cache les épouses, les réduit à des statues, à des ombres cantonnées à quelques pièces de leurs maisons.

"Le seul moyen de lutte qui nous reste, pour refuser l'arbitraire et la barbarie, est de ne pas renoncé à notre éducation. Nous avons été élevés en êtres humains, avec un œil sur la part du Seigneur et un autre sur la part des mortels que nous sommes ; connu d'assez près les lustres et les réverbères pour ne croire qu'à la seule lumière des bougies, goûté aux joies de la vie et nous les avons trouvées aussi bonnes que les joies éternelles. Nous ne pouvons accepter que l'on nous assimilé à du bétail." (p. 61)

Comme noté lors de la lecture de Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra se pose en narrateur, et non en dénonciateur. Il relate des faits, même pas directement, mais par le biais des dialogues de ses personnages. Il reste neutre, ne juge personne, laissant le lecteur se faire son opinion, ouvrir les yeux, et parfois suffoquer avec Zunaira lorsqu'elle doit attendre son mari sous le soleil de plomb. Aisé et rapide à lire, Les hirondelles de Kaboul, par cette neutralité qu'il dégage, n'en demeure pas moins un roman fort qui nous entraîne dans le quotidien de populations brisées.

"Nous avons tous été tués, il y a si longtemps que nous l'avons oublié." (p. 125)

Ce qu'on en dit ailleurs :

  • Le blog des livres qui rêvent : "Je l’ai refermé pourtant en me demandant encore et encore comment les femmes peuvent accepter de vivre sous de telles lois."
  • Les lectures d'Alexielle : "L'auteur a vraiment un talent incroyable pour décrire les lieux et les émotions de ses personnages, suscitant ainsi de nombreux sentiments chez son lecteur."

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : Les hirondelles de Kaboul, Ysamina Khadra, Éditions Pocket, 2004, 148 pages.