jeune fille vue de dosElle écrit. Des bribes de quotidien. Des pensées. Elle aimerait écrire pour de vrai, comme tous ces auteurs qu'elle lit. Mais pour le moment, elle regarde passer sa vie.

Voici ma troisième lecture pour le Prix Océans. Il s'agit cette fois du premier roman d'une française, Céline Nannini, publié par une maison d'édition canadienne, Jeune fille vue de dos.

Je conserve de cette brève lecture un avis mitigé. Brève car j'ai lu les 140 et quelques pages de ce roman à mi chemin avec l'autofiction en l'espace de deux heures. Mitigé car si j'ai englouti la première moitié de ce journal, j'ai passé la seconde à me demander quand nous allions arrêter de tourner en rond...

Ce qui m'a fait aimer ce roman est principalement son écriture et son format. On embarque dans le journal d'une jeune femme (plus que d'une jeune fille d'ailleurs), on suit ses interrogations, ses réflexions, ses instantanés. J'ai parfois eu l'impression de lire l'un de ces carnets que je stocke dans mon placard et dans lequel je note ce qui me passe par la tête, mes interrogations sur le sens de la vie et quelques autres élucubrations. Je l'ai donc assez aimé, cette jeune femme dont on ne connait pas le nom, qui navigue entre ici et nulle part, dont on devine la vie à demi-mot, en lisant entre les lignes de ses pensées.

"Les gens d'action ont cette colère en eux, celle qui permet de traverser les tempêtes ou de simplement vivre. Je voudrais sortir de moi, mettre fin à cette étrange léthargie mais je n'y arrive pas." (p. 23)
"Je suis en prison à l'intérieur de moi et j'étouffe. Comme si la flamme me bouffait au lieu de me faire avancer." (p. 34)

Mais à un moment donné, j'ai eu envie de l'aider à se secouer. De lui demander ce qu'elle compte faire maintenant qu'elle a bien constaté qu'elle n'est pas au niveau de tous ces brillants auteurs qu'elle lit et cite. Parce qu'arrive un moment où tout revient en boucle, où la fuite semble sans fin, sans but...

Si Jeune fille vue de dos contenait beaucoup d'ingrédients pour faire un très bon roman, avec ces bouts de textes parfois en prose, parfois en vers, avec ce mystère autour de son narrateur, avec ces émotions parfois si vraies, il manque un je ne sais quoi de lien entre tout cela pour créer un véritable ouvrage complet. Et je terminerai sur cette phrase qui me semble assez bien résumer ma pensée finale...

"Mais le livre, son écriture, tout ça a fini par me lasser à la longue." (p. 56)

Ce qu'on en dit ailleurs :

  • Des galipettes entre les lignes : "Quel dommage que ce roman, dont le titre renvoie à une figure picturale que j’apprécie particulièrement, pratique une ellipse qui confine à l’effacement !"
  • Le monde de Miss G : "Cette jeune fille n'est pas vue que de dos, elle l'est aussi de loin et n'arrive jamais à se poser ou à poser ses idées dans une certaine forme de logique et de construction."
  • Lali : "On aurait aimé plus de rigueur dans la construction et la révision, car l’auteure a visiblement du souffle, le sens des descriptions et un réel talent pour l’écriture."
  • Et pourquoi donc ? : "Cette logorrhée intimiste suintant le mal de vivre et l’aquoibonisme ne distille que la banalité, l’ennui et l’insignifiance. Pour un coup d’essai, on est très loin du coup de maître."

Un roman lu dans le cadre de ma participation au Prix Océans 2014 !

2014

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : Jeune fille vue de dos, Céline Nannini, Éditions Mémoire d'encrier, 2013, 147 pages.