le ventre de paris

Arrêté après le coup d'Etat du 2 décembre 1851, Florent a été déporté au bagne. Après plusieurs années, il réussit à s'échapper et gagne Paris où il espère retrouver son frère. Il le découvre installé comme charcutier dans le quartier des Halles nouvellement construites.

Je ne ménagerai pas le suspense très longtemps : plus je lis Zola, plus j'aime lire Zola. Cet homme que j'ai longtemps détesté car mes professeurs m'en faisaient décortiquer le moindre mot, m'en faisait lire uniquement le côté sordide et noir, a une maîtrise de la langue, du rythme, de la description qui me plait de plus en plus. Je sais, il y a encore un an, jamais je n'aurai pensé écrire de tels mots sur un auteur classique, mais il faut bien se rendre à l'évidence : s'il traverse les siècles, ce n'est vraiment pas pour rien.

Dans ce troisième volet de sa saga des Rougon-Macquart, Zola nous emmène au coeur de Paris, dans cette antre de parfums, de saveurs et de bruits que sont les Halles. Nouvellement construites par l'architecte Baltard, elle ont peu à peu modernisé et rénové le quartier. On découvre un ballet extrêmement réglé qui commence avant le lever du soleil avec l'arrivée des maraîchers. Chapitre après chapitre, Zola nous régale du quartier des primeurs, nous fait pénétrer les coulisses de la charcuterie avant de nous entraîner dans le pavillon du poisson ou celui de la volaille. Il n'a pas son pareil pour faire parvenir à nos oreilles les algarades entre marchands, à notre nez les saveurs des fromages coulant, à nos yeux la myriade de légumes colorés.

Côté construction, avec cette troisième lecture, je commence à relever un schéma similaire. Dans un premier temps, Zola plante un décor qui servira également à la scène de fin. Le deuxième chapitre permet de découvrir le passé des personnages principaux, puis on arrive à l'histoire actuelle et au déroulement de l'intrigue. Si les personnages avaient vraiment une place essentielle dans les deux autres romans de la saga que j'ai pu lire, j'ai ici eu l'impression qu'ils étaient secondaires, supplantés par les Halles en tant que personnage principal. Ils sont nombreux, ceux dont on va suivre le destin pendant quelques mois, et celui à l'origine de l'histoire n'est même pas un Rougon-Macquart. C'est sa belle-soeur, la belle Lisa, la belle charcutière, qui rattache le roman à la saga, ainsi que la présence ponctuelle mais régulière de son neveu, Claude Lantier, que l'on retrouvera dans L'oeuvre.

Le Ventre de Paris est un roman qui ne peut que plaire aux amateurs de bonne chaire et de saveurs. Tout au long du roman, Zola file la métaphore des Gros et des Maigres, les premiers étant des personnes généreuses et les seconds des fourbes desquels il convient de se méfier. Si cette vision est un peu simpliste, elle sert le propos et l'intrigue, intrigue renforcée par le talent de quelques commères bien maigres qui, en bonnes concierges, alimenteront conflits et mésententes... On retiendra également cette magnifique scène au cours de laquelle Florent relate la faim de l'évadé tandis que son frère prépare le boudin de la semaine...

J'avais du mal à croire les copines qui me disaient que plus on lit Zola, plus on l'aime. Mais ce coup-ci, je crois que c'est fini : j'ai trouvé l'un de mes auteurs fétiches. Talent, rigueur, majesté de la description. Et oui, même si ses chapitres font 60 pages, je dis "Encore !".

Ce qu'on en dit ailleurs :

  • Critiques de Colimasson : "Le Ventre de Paris laisse repu, mais une pointe d’appétit demeure pour le volume suivant."
  • Des jours et des livres : "Comme toujours Zola s’attache particulièrement à décrire si minutieusement les halles et toutes les denrées présentes qu’on frôlerait presque l’indigestion… "
  • Des galipettes entre les lignes : "Déambuler avec son personnage dans les Halles et les rues voisines est une parfaite façon de s’ouvrir l’appétit, puis de sentir la nausée envahir la page."

Une lecture qui s'inscrit dans le challenge "Relisons les Rougon-Macquart" de Lili Galipette, George et Miss Bouquinaix !

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Texte © Miss Alfie 2013.
Édition présentée : Le Ventre de Paris, Emile Zola, Éditions Livre de Poche, 2008, 384 pages.