Les adieux a la reineSidonie Laborde est lectrice de la Reine Marie-Antoinette. Le 16 juillet 1789, elle fuira Versailles sous les ordres des monarques. Elle raconte ses trois dernières journées dans une cour sur le point de s'écrouler.

Lorsque Les Adieux à la reine a reçu le prix Femina en 2002, j'ai songé à l'homonymie parfaite entre cette femme écrivain, directrice de recherche au CNRS, et la créatrice de mode aux modèles so sexy, surtout quand il s'agit d'un livre qui parle de Marie-Antoinette, reine réputée pour ses goûts vestimentaires et sa passion des beaux tissus... Une reine que Chantal Thomas, la spécialiste historique, va nous présenter sous un jour humain, loin des pamphlets et de la vision négative dont elle a longtemps souffert dans l'imaginaire français.

Il est vrai que Marie-Antoinette était une jeune reine futile, plus intéressée par ses toilettes et ses amusements que par les difficultés du peuple français à survivre. Pourtant, à travers les yeux de Sidonie, certes peu objectifs puisque cette dernière adule sa monarque, on découvre une jeune femme propulsée trop jeune dans un univers qui n'est pas le sien, dans une cour fort différente de celle dans laquelle elle a grandit, prise entre le désir d'amusement que lui offre Versailles et la rigueur inculquée par sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse.

Si l'on connaît l'intrigue et la période dans laquelle elle se joue, on s'intéresse généralement plus à ce qui s'est passé du côté du peuple que de celui de la cour. Les Adieux à la reine a pour intérêt majeur de nous propulser directement dans le quotidien de la cour de Versailles sous Louis XVI. On y découvre un palais qui semble l'antre de la crasse et de la puanteur, un palais en train de se délabrer et de se déliter, à l'image de sa monarchie, une cour qui ne s'intéresse qu'à l'apparence et camoufle les défauts sous du maquillage, des perruques, des jupons et des dorures. On s'immerge dans un univers en complet décalage avec la réalité du peuple, un univers dans lequel la prise de la Bastille apparaît tout d'abord comme un pur canular à l'image des rumeurs dont bruisse une cour friande de ragots sur tout et n'importe quoi. On touche du doigt la peur qui va s'emparer de tous les courtisans lorsque chacun va réaliser que ce monde immuable est en train de s'écrouler et que devant eux, l'horizon est vide et incertain.

Très bien écrit, avec une grande précision historique, Chantal Thomas réussit à rendre un minimum d'humanité à un couple de monarques qui n'avait sans doute pas suffisamment d'expérience pour réaliser l'impact de leurs décisions, sans doute mal conseillés alors. Les Adieux à la reine fait revivre l'un des tournants de l'histoire française sans fards, sans complaisance pour une royauté qui s'apprête à s'écrouler, comme le plafond vermoulu de la Chambre du Roi...

A noter : Les Adieux à la reine sort sur les écrans français le 21 mars, soit après-demain ! La réalisation est signée Benoit Jacquot. Léa Seydoux endossera le rôle de Sidonie Laborde tandis que Diane Kruger campera Marie-Antoinette.

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Malice a beaucoup apprécié l'aspect historique : "Livre passionnant, fascinant sur une page importante de l'histoire de France et sur la vie à Versailles."
George est conquise : "C’est un roman magnifique, un véritable retour dans le passé, et une vision très humaine des évènements de Juillet 1789."

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition présentée : Les Adieux à la reine, Chantal Thomas, Editions Points, 2006, 252 pages.