ploingerRobert Enke était gardien de but de l'équipe d'Hannovre. Le 10 novembre 2009, à six mois de la Coupe du Monde pour laquelle il se présentait comme un titulaire potentiel des cages allemandes, Enke se suicide en se jetant sous un train.

"J'en étais sûre !! J'étais sûre qu'il s'intéressait au foot, ton mec !! Oui, oh, c'est pas parce que c'est pas un livre sans image que ça va changer quelque chose, ça reste du foot. C'est juste n'importe quoi. Alfie, fais quelque chose, il est vraiment sur une très mauvaise pente... Bon, ses chroniques sont quand même sympas. Allez, fais-nous rire, garçon !!"

Oué, bah, c'est pas gagné pour vous faire rire, les enfants.  Faire rire avec un suicide, c'est pas ce que je fais de mieux. Eventuellement avec FX de Secret Story mais bon, comme tout le monde s'en fout... Alors, voilà, j'avais entendu parler de ce livre par les Cahiers du Football, site internet que tout bon amateur de football doit avoir parmi ses favoris. J'en avais lu une jolie chronique plutôt positive et lire comment un auteur a pu écrire sur ce drame sans tomber dans le pathos m'intéressait.

D'abord, c'est un livre court, environ 150 pages, découpé en courts chapitres, un livre qui se lit donc très facilement. Sur la forme, il ne s'agit pas d'une biographie pure et dure, ni d'une tentative d'explication du geste de Robert Enke. Bernard Chambaz romance les dernières heures de la vie du gardien de but, raconte son histoire professionnelle chaotique - de l'ex-Allemagne de l'Est à Hannovre en passant par le Portugal, le Barça, la Turquie ou la deuxième division espagnople - et sa vie personnelle douloureuse. Robert Enke et son épouse ont en effet perdu leur fille de deux ans, Lara, qui était née avec une malformation cardiaque. Le sportif avait alors sombré dans une dépression chronique qui l'a suivi jusqu'à le pousser à ce geste ultime. Bernard Chambaz entreprend avec succès une mise en parallèle de l'histoire allemande avec la vie du joueur. La réunification difficile du milieu des années 90 correspond au début de la carrière de Enke. Les festivités du vingtième anniversaire de la chute du mur correspondent à la fin de la vie de Enke. Chambaz ajoute un peu de sémantique allemande pour appuyer son discours. On voit également passer Rosa Luxembourg ou Goethe mais aussi Garricha et Stanley Matthews pour le football dont l'auteur ne cache pas sa passion.

Le style de ce discours m'a quant à lui laissé une impression plus mitigée. Si effectivement, on ne tombe jamais dans un pathos navrant, si on sent effectivement que l'histoire de Robert Enke a touché l'auteur, ce dernier joue beaucoup avec les mots. Ainsi, le titre du livre rappelle un geste de gardien mais aussi la dépression. Parfois, les jeux de mots sont bancals, moyens, pas forcément dans le style global de l'ouvrage. Malgré tout, l'ensemble reste intéressant et touchant. Le dernier chapitre en particulier, qui remet les choses à leur place, est un magnifique point final. Plonger est une oeuvre vite lue, intéressante, touchante mais parfois maladroite. Cependant, l'objectif de Bernard Chambaz de laisser une marque de la vie de Robert Enke sans tomber dans le pathos ni justifier ou expliquer le geste ultime du joueur est pleinement réussi.

Lire aussi la chronique des Cahiers du Football

Texte © Alfie's mec 2011
Édition lue : Plonger, Bernard Chambaz, éditions Gallimard, collection L'un et l'autre, 2011, 145 pages.