la septieme vagueAprès deux années de correspondances, Léo a quitté la ville sans prévenir Emmi pour Boston. Loin de se décourager, Emmi continue régulièrement à adresser des mails et à recevoir en retour un message automatique. Jusqu'au jour où elle reçoit une réponse de Léo au lieu du traditionnel message impersonnel...

Cher monsieur Glattauer,

Si cela n'avait tenu qu'à moi, je vous avoue tout de go que je n'aurai sans doute jamais lu la suite de Quand souffle le vent du Nord que vous avez finalement écrit, a priori sous la pression de nombreux fans (j'avais écris "nombreuses" au départ, mais il est possible que quelques hommes au coeur tendre aient pu faire partie du lot...). Il aura fallu que Leiloona (au passage, merci pour ce prêt !) qui m'avait déjà prêté le premier me propose de m'inscrire dans la liste de son livre voyageur pour que je finisse par accepter de découvrir ce que vous alliez faire d'Emmi et de Léo.

Bon, je ne l'avais pas caché à l'automne dernier, j'avais pour ma part beaucoup aimé cette fin qui en avait rendu plus d'une folle. Dans ce monde un peu noir qui nous entoure, il est vrai que l'être humain cherche à se rassurer, à rêver, à s'imaginer que les contes de fées existent toujours. Et pour le coup, vous n'aviez pas ménagé vos lecteurs en manque d'étoiles et de roses en nous offrant une fin digne d'un bug, une fin qui ne collait pas pour certains. Moi, j'aimais. J'aimais cette idée de virtualité qui reste, de cette rencontre ratée, de cette parenthèse virtuelle dans le monde réel. Vous avez choisi de redonner vie à vos deux virtuoses du clavier. Soit. Mais franchement, vous auriez pu (dû ?) vous en passer.

Peut-être est-ce moi qui n'était pas dans le même état d'esprit lorsque j'ai ouvert La septième vague que lorsque j'avais lu Quand souffle le vent du nord qui faisait en moi de drôles d'échos. Toujours est-il que je vous avoue avoir trouvé Emmi passablement exaspérante, et ce dès les premières pages, et Léo franchement casse-pied à ne pas savoir ce qu'il veut réellement ! Autant vous dire que quand les deux personnages de l'histoire vous agacent, il y a intérêt à ce que l'intrigue tienne la route ! Et là, franchement, vous n'auriez guère pu faire pire en nous proposant un jeu de chat et de souris, de "je t'aime, moi non plus" ponctué de réflexions digne de psychologie de comptoir.

Alors que vous auriez pu nous proposer une réflexion sur l'adultère, sur l'évolution des moeurs, sur les limites qu'un couple peut se donner ou non, vous avez, monsieur Glattauer, voulu contenter quelques midinettes en mal d'amour qui ne conçoivent pas une histoire sans un beau mariage et de jolis enfants. Dommage, le concept de votre premier roman était original, révélateur d'une société en mouvement, mais vous avez épuisé le filon...

Vous remerciant par avance de l'attention que vous aurez porté à ce message, et de ne pas renouveler l'expérience des suites à la demande des lecteurs à l'avenir, je vous prie de recevoir, monsieur Glattauer, mes salutations distinguées.

Texte © Miss Alfie 2011.
Édition lue : La septième vague, Daniel Glattauer, traduit de l'allemand par Anne-Sophie Anglaret, éditions Grasset & Fasquelle, collection Littérature étrangère, 2011, 352 pages.