couv1987. Elise erre dans un coin perdu du Sud de la France. Elle réussit à s'installer dans un cabanon, propriété d'un petit exploitant agricole du coin. Désormais seule et libre, elle s'attache à vivre une nouvelle vie, simplement ponctuée de souvenirs d'enfance. Où mènera cette nouvelle existence ? Pourquoi cette solitude ? Qui est cet homme qui croise sa route, un soir d'été ?

C'est sur les fervents conseils de mon libraire bédé que je me suis procuré cet ouvrage qui, originalité subtile, mêle habilement BD et texte. Que les littéraires se rassurent, les planches crayonnées n'occupent qu'une part mineur de l'ouvrage. En revanche, si vous lisez ce livre pour la BD, ça pourrait être une sévère déception.

En effet, c'est par l'écriture qu'une ambiance lourde, pesante, presque tragique s'installe. On sent dans la vie de l'héroïne comme une douleur originelle, liée à son enfance, qui la hante et qui remonte progressivement, profitant de cette solitude méridionale. On se prend alors à imaginer quelques scénarios, touchant à sa famille, à des éventuels enfants, à son couple, bref, à plusieurs éléments de sa vie. Dodo, le scénariste, nous brouille admirablement les pistes et nous perd dans les pensées torturées d'Elise.

plancheJusqu'au tournant du livre. Un évènement atroce que je ne peux évoquer ici sans déflorer le scénario. S'ensuit alors un déroulé chronologique relativement dur mais dans lequel on peine à raccrocher les wagons que l'on avait stockés au fur et à mesure de l'histoire. Pire, le scénario tombe dans une banalité affreusement décevante au regard de tout ce qu'on avait pu imaginer. Comme si l'auteur nous avait ouvert plusieurs pistes sur lesquelles on s'était aventuré en imaginant parfois le pire, ces pistes n'étant finalement que des voies sans issue nous obligeant à prendre un chemin bien moins attrayant que ce qu'on pouvait envisager. Enfin, le dénouement, que l'on comprend avant la lecture du dernier chapitre, peut surprendre, quand bien c'eût été une hypothèse largement envisageable.

L'autre déception, largement moindre, touche au dessin, que j'ai trouvé trop fade par rapport à cette ambiance qui règne autour de l'héroïne. Par sa lenteur, ses phrases très bien construites, l'auteur nous dépeint une atmosphère qu'on ne retrouve pas dans le dessin crayonné noir et blanc. Au final, on a à faire avec une œuvre originale, intéressante dans sa conception mais terriblement décevante dans son scénario.

A noter que le poème qui donne son nom au livre a fait l'objet d'une chanson et d'un album par Dorval.


Texte © Guigzzz 2010.
Image Les Collines Rouges, Dodo & Ben Radis, Éditions Futuropolis (2010).