si_loin_de_vousImmigré du Japon aux Etats-Unis pour faire ses études, Jun Nakayama va devenir une star du cinéma muet au début du vingtième siècle. Hélas, sa carrière va s'arrêter au début des années 20, alors que le sentiment anti-japonais grandit aux Etats-Unis et que le metteur en scène avec qui il tournait est assassiné. Quarante ans plus tard, un jeune journaliste contacte Jun pour lui faire lire le scénario qu'il vient de terminer. Il souhaite que Jun reprenne du service pour endosser un rôle dans le film qu'il vient d'écrire. Face à cette proposition, la vie de Jun va défiler, et souvenirs et interrogations vont venir le hanter.

Proposé dans le cadre d'un partenariat entre le site internet Chez les filles et les éditions Phébus, Si loin de vous, de Nina Revoyr, nous entraîne dans un monde qui m'était totalement étranger. Parce qu'il faut bien le dire, le cinéma muet, je n'en ai que des clichés éculés de personnes avançant trop vites sur l'écran et faisant des grimaces à la caméra ! Sauf qu'à travers son histoire qu'il nous conte sur un mode autobiographique, Jun nous permet de découvrir l'envers du décor et met en lumière toutes les qualités qu'il fallait à l'époque pour être un bon acteur : les sentiments, les émotions, ne pouvaient passer que par l'attitude, les mimiques, la gestuelle, puisque les seuls mots qui accompagnaient les films étaient ceux des inter-titres.

Parrallèlement à cette thématique sur le cinéma muet, Nina Revoyr aborde dans son livre la question de l'anti-japonisme (je suis pas sûre qu'on le dise ainsi, mais on va faire tout comme !) aux Etats-Unis. Ne connaissant rien à la question, j'avoue avoir été étonnée d'apprendre que la Californie était (et est toujours d'après ce que j'ai pu lire depuis) l'un des Etats avec Hawaï ayant la plus grosse communauté japonaise, en raison de l'aspect géographique (les côtes californiennes sont les plus proches côtes continentales par bateau de l'archipel japonais) mais aussi législatif (en 1924, un texte interdit l'immigration japonaise sur le continent, seules les arrivées sur Hawaï sont tolérées). Par le biais de ce roman, j'ai pris conscience que bien que l'on parle souvent des communautés noires et latinos, la communauté nipponne américaine n'est pas en reste côté ségrégation...

Derrière la toile de fond constituée par les thématiques du cinéma muet et de la monté du sentiment anti-japonais aux Etats-Unis, Si loin de vous propose aussi une intrigue sympathique qui se résume par deux questions : "pourquoi Jun a-t-il arrêté le cinéma ?" et "qui a tué le metteur en scène ?". Je ne dévoile en aucun cas l'intrigue puisque ces deux questions résument la quatrième de couverture, et car elles ne trouveront une réponse qu'un final du roman. Hélas, comme souvent, un épilogue sympathique, mais trop étoilé, donne un parfum de trop parfait à cette fin qui aurait peut-être méritée plus d'ambivalences pour coller à la personnalité finalement complexe de Jun...

Ceci dit, on ne rechignera pas devant un roman au goût de rêve américain qui nous entraîne en plus dans les rues de Little Tokyo au début du siècle !

A lire aussi : Cathulu a passé "un moment de lecture tout à fait charmant" ; Amanda a trouvé que c'était "un roman nostalgique, parfois tout en finesse, parfois sophoriphique" ; Clarabel a trouvé le roman "d'une élégance folle" ; Sylire se félicite d'avoir persévéré après une première partie un peu longue ; Praline a apprécié le "style simple, tout en finesse, comme notre personnage" ; Leiloona considère que c'est "un roman qu'il faut apprivoiser" ; Lael a abandonné à cause du style mais "pressent l'histoire passionnante" ; Papillon le conseille comme lecture de vacances "mais qui ne [lui] laissera pas un souvenir impérissable" ; Calypso a passé "d'agréables moments de lecture".

Texte © Miss Alfie 2009.
Image Si loin de vous, Nina Revoyr, Éditions Phébus
(2009).