L_espion_du_papeEn 1207, Innocent III, pape de la chrétienté, s'inquiète de l'expansion depuis le sud-ouest de la France de l'hérésie cathare. Souhaitant éviter une guerre interne, il mande son espion le plus sérieux, StranieriStranieri, et le charge d'aller négocier avec le roi de France, le comte de Toulouse et d'infiltrer une société secrète pour ramener dans le giron des catholiques ces cathares. Au côté de frère Yong, son chemin va croiser celui de cathares, de chrétiens, et il tentera jusqu'au bout d'éviter l'inévitable.

Deuxième roman co-écrit par Philippe Madral et François Migeat, L'espion du pape nous entraîne dans le monde des croisés et des guerres de religion. Avec leur parcours professionnel, ces deux écrivains ne pouvaient nous fournir qu'un livre très précis d'un point de vue historique. Leur tour de force est de réussir à conjuguer à la perfection cette précision historique et la fiction romanesque qui se déroule au fil des pages.
D'un point de vue historique, tout à chacun pourra vérifier que Pierre de Castelnau était bien le légat d'Innocent III chargé de ramener les hérétiques dans "le droit chemin" ; que plusieurs discours contradictoires animés, entre autre, par frère Dominique et l'évêque d'Osma ont été organisés à cette période là, dont un à l'abbaye de Fontfroide qui était alors réputée pour l'appui qu'elle apportait aux catholiques ; qu'Innocent III et Philippe Auguste, roi de France, étaient en froid depuis que le pape avait refusé au début de son mandat d'annuler le mariage du roi avec IngeburgeIngeburge du Danemark... Nombreux sont les exemples d'événements évoqués dans le livre et dont j'ai retrouvé une trace dans les textes historiques, renforçant le réalisme de ce roman historique d'espionnage.
Côté fiction, les auteurs ont su marier les recettes pour en faire un excellent roman estival, entre Histoire et romance. Car si l'on suit les guerres idéologiques et dogmatiques, on suit également les idylles naissantes, emprisonnant leurs protagonistes entre deux religions... Cependant, les personnages sont un peu simplistes dans leur description, un peu caricaturaux, les gentils très gentils et les méchants très méchants... On sent un début de complexité dans les personnages de StranieriStranieri, doutant de sa foi, et de Touvenel, ne sachant en quoi croire, mais leur psychologie aurait justement pu être un peu plus fouillée et complexifiée. En revanche, après les articles que j'ai pu lire et qui parlaient des cathares en dès termes et descriptions plutôt négatifs, ce roman nous offre une vision plus légère, plus pacifiste, semblant conspuer ces catholiques déterminés à tout pour démasquer et convertir les hérétiques.
Écrit dans un style fluide, enrichi par d'"anecdotes" historiques véridiques, assaisonné d'une pointe de chevalerie, L'espion du pape nous entraîne à la veille de la croisade contre les cathares dans un roman à savourer sous le parasol.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont et à BOB pour cette proposition de lecture.

A lire aussi : L'avis d'Yv qui souligne aussi l'aspect instructif et distrayant du roman.

Texte © Miss Alfie 2009.
Image L'espion du pape, Philippe Madral et François Migeat, Éditions Robert Laffont (2009).