9782253122081Juillet 1942. Sarah est réveillée en pleine nuit par des coups frappés à la porte. Elle va chercher sa mère et se retrouve face à des policiers français qui viennent les chercher. Préparant en hâte ses affaires et persuadée que la police française ne peut leur faire du mal, elle cache son petit frère dans un placard secret pour revenir le chercher dans la journée. Sauf que Sarah se rend au vélodrome d'hiver rejoindre des milliers de juifs parisiens.
Juillet 2002. Julia est chargée par son patron de rédiger un article sur la rafle du Vel d'Hiv dont on commémore les 60 ans. Américaine, mariée à un Français, Julia découvre peu à peu une Histoire qu'elle ne connaissait pas et que beaucoup de Français préfèrent oublier quand ils la connaissent. Bouleversée, sa vie prend un nouveau tournant quand sa route croise celle de la petite Sarah.

J'ai mis du temps à le lire. J'avais lu quelques critiques, en avait entendu parler, mais je craignais une déception, une histoire édulcorée, une énième version de la Shoah. Mais pas du tout. Écrit à l'origine dans la langue maternelle de Tatiana de Rosnay, Elle s'appelait Sarah est certes avant toute chose un roman avec des personnages plus ou moins attachant, des relations de couple compliquées, des belles-familles acariâtres, mais nous invite à nous interroger, nous Français, sur notre Histoire, sur le rôle du gouvernement dans la déportation des juifs, et surtout à ne pas oublier le passé.
Ayant fait des recherches pendant un an, Tatiana de Rosnay nous offre un livre fort documenté, très intéressant et très enrichissant. Le choix narratif de relater à la troisième personne du singulier l'histoire de Sarah tout en la suivant au plus près, en voyant les soldat et la foule à travers son regard renforce l'émotion qui se dégage de se livre. Cette émotion, je l'ai senti à son paroxysme lorsque les deux histoires se recoupent pour se fondre en une seule. De même, ces deux histoires en parallèle sont bien distinctes puisque présentées avec une police d'écriture différente (normal pour Julia, en italique pour Sarah) ce qui évite de se perdre dans les personnages et les périodes.
J'ai trouvé ce roman vraiment bon, de part le sujet qu'il aborde, mais aussi par son écriture, fluide, et bien traduit. En effet, Tatiana de Rosnay explique que pour la première fois, elle a ressenti le besoin d'écrire en anglais alors que tous ses précédents romans étaient rédigés en français, sans doute pour prendre de la distance avec une Histoire lourde à porter.
Pour terminer cette critique, je souhaiterai citer une phrase du philosophe américain Georges Santayana qui ornait mon billet d'entrée au musée de la résistance de Lyon lorsque j'y avais été et qui a longtemps été punaisé au dessus de mon bureau : "Ceux qui oublient le passé sont condamnés à le revivre". Une phrase à méditer après la lecture de ce roman.

A noter que le roman Elle s'appelait Sarah a déjà reçu le prix Chronos des lycéens, le prix des lecteurs de Corse et le prix du Livre de poche catégorie "Choix des libraires".

A lire aussi : Les avis unanimes de Belledenuit, de Carole Garcia, de Clarabel, de Laure, de Majanissa, ou encore de Cuné.

Texte © Miss Alfie 2008.
Edition lue : Elle s'appelait Sarah, Tatiana de Rosnay, éditions Le Livre de Poche, collection Littérature & Documents, 2008, 403 pages.