29 octobre 2008
Elle s'appelait Sarah
Juillet 1942. Sarah est réveillée en pleine nuit par des coups frappés à la porte. Elle va chercher sa mère et se retrouve face à des policiers français qui viennent les chercher. Préparant en hâte ses affaires et persuadée que la police française ne peut leur faire du mal, elle cache son petit frère dans un placard secret pour revenir le chercher dans la journée. Sauf que Sarah se rend au vélodrome d'hiver rejoindre des milliers de juifs parisiens.
Juillet 2002. Julia est chargée par son patron de rédiger un article sur la rafle du Vel d'Hiv dont on commémore les 60 ans. Américaine, mariée à un Français, Julia découvre peu à peu une Histoire qu'elle ne connaissait pas et que beaucoup de Français préfèrent oublier quand ils la connaissent. Bouleversée, sa vie prend un nouveau tournant quand sa route croise celle de la petite Sarah.
J'ai mis du temps à le lire. J'avais lu quelques critiques, en avait entendu parler, mais je craignais une déception, une histoire édulcorée, une énième version de la Shoah. Mais pas du tout. Écrit à l'origine dans la langue maternelle de Tatiana de Rosnay, Elle s'appelait Sarah est certes avant toute chose un roman avec des personnages plus ou moins attachant, des relations de couple compliquées, des belles-familles acariâtres, mais nous invite à nous interroger, nous Français, sur notre Histoire, sur le rôle du gouvernement dans la déportation des juifs, et surtout à ne pas oublier le passé.
Ayant fait des recherches pendant un an, Tatiana de Rosnay nous offre un livre fort documenté, très intéressant et très enrichissant. Le choix narratif de relater à la troisième personne du singulier l'histoire de Sarah tout en la suivant au plus près, en voyant les soldat et la foule à travers son regard renforce l'émotion qui se dégage de se livre. Cette émotion, je l'ai senti à son paroxysme lorsque les deux histoires se recoupent pour se fondre en une seule. De même, ces deux histoires en parallèle sont bien distinctes puisque présentées avec une police d'écriture différente (normal pour Julia, en italique pour Sarah) ce qui évite de se perdre dans les personnages et les périodes.
J'ai trouvé ce roman vraiment bon, de part le sujet qu'il aborde, mais aussi par son écriture, fluide, et bien traduit. En effet, Tatiana de Rosnay explique que pour la première fois, elle a ressenti le besoin d'écrire en anglais alors que tous ses précédents romans étaient rédigés en français, sans doute pour prendre de la distance avec une Histoire lourde à porter.
Pour terminer cette critique, je souhaiterai citer une phrase du philosophe américain Georges SantayanaSantayana qui ornait mon billet d'entrée au musée de la résistance de Lyon lorsque j'y avais été et qui a longtemps été punaisé au dessus de mon bureau : "Ceux qui oublient le passé sont condamnés à le revivre". Une phrase à méditer après la lecture de ce roman.
A noter que le roman Elle s'appelait Sarah a déjà reçu le prix Chronos des lycéens, le prix des lecteurs de Corse et le prix du Livre de poche catégorie "Choix des libraires".
A lire aussi : Les avis unanimes de Belledenuit, de Carole Garcia, de Clarabel, de Laure, de Majanissa, ou encore de Cuné.
Texte © Miss Alfie 2008.
Image Elle s'appelait Sarah, Tatiana de Rosnay, Éditions Livre de poche (2008).
Commentaires
Ce qui est étonnant, c'est que ce roman est, et de loin, le meilleur de cette auteur alors qu'il est le seul qu'elle ait écrit dans une langue étrangère.
De quoi donner à cogiter aux psychanalystes!
Ton billet me donne encore plus envie de lire ce roman... C'est vrai qu'il a reçu beaucoup de critiques positives.
@ Sybilline : C'est le premier roman de Tatiana de Rosnay que je lis, je n'ai donc pas trop de recul, mais en effet, on peut s'interroger...!
@ Saxaoul : En effet, et parfois cela rend la déception d'autant plus grande. Pour moi en tout cas, ces critiques positives sont tout à fait justifiées !
Je ressors aussi de ce livre autant ravie de ma lecture que bouleversée. Un excellent roman à lire sans hésitation.
@ Suzanne : J'ai lu ta critique, en effet c'est un livre bouleversant et qui questionne énormément !
moi, j'ai 14 ans et même si sa peut vous étonner, j'adore lire et ce livre ma fait prendre contience d'un tat de choses ... choquantes, oui mais vraie !
@ Charline : Ce n'est pas parce que tu as 14 ans que tu ne peux lire un tel livre. Certes, il peut choquer, mais en même temps, c'est une bonne approche de la Shoah...
Ravie de voir que beaucoup de personnes apprécient cet ouvrage (je viens de publier un article dans le magazine des livres à son sujet) et donnent envie à d'autres de le découvrir encore. Bravo pour ton blog !
Léthée Hurtebise
@ Léthée : Merci beaucoup ! J'ai lu ton article dans le magazine des livres de septembre-octobre, est-ce celui dont tu parles ? Si oui, tu l'as bien réussi, il a confirmé mon envie de lire ce roman !
c'est également mon roman préféré de cette auteure!
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