mimiJean-Pierre grandit dans la cité des 4000 à La Courneuve. Il est entouré d'un père violent, d'une mère démissionnaire et au chômage et de cinq frères. A l'école, avec ses deux meilleurs amis, il fait du meilleur élève de la classe une tête de turc. Jean-Pierre grandit, part au collège, entre dans l'adolescence avec tous ses bons et mauvais aspects, découvre le lycée puis la vie active. Malgré tous les chaos de la vie, Bathélémy, dit Mimi, le fameux bouc-émissaire, n'est jamais très loin.

"Tiens, lis ça, ça peut te plaire", qu'on m'a dit. Alors, comme je suis de bonne volonté, j'ai emprunté le livre qu'on m'a tendu et je l'ai lu. Et là, au moment où je rédige cette chronique, je ne sais pas comment je vais pouvoir aborder ce bouquin très particulier.

Particulier par la construction, le chapitrage. Environ 450 pages réparties sur 100 chapitres tout rond, ça donne une idée de la taille moyenne relativement courte d'un chapitre. Toutefois, les chapitres sont d'une longueur très hétérogènes. Ça va du chapitre de quelques lignes, voire d'une phrase ou deux au long chapitre, dense, sans paragraphe ou presque. Cette hétérogénéité n'a évidemment pas qu'un rôle "esthétique". Elle influe, elle pèse largement sur le rythme et sur l'ambiance de l'histoire. Les chapitres plus courts, enchaînés les uns aux autres accentuent le rythme des évènements tandis que les chapitres plus denses (tant par leur longueur que par leur écriture) rendent l'atmosphère plus lourde, plus pesante et sont propres aux évènements clés de l'histoire.

Particulier également par le style rédactionnel qui se distingue par une caractéristique essentielle. Sébastien Marnier raconte l'histoire d'un jeune homme qui a grandi dans une banlieue parisienne difficile. Rédigé à la première personne du singulier, le roman est donc écrit avec un langage qu'on qualifiera difficilement de châtié. En effet, c'est toujours direct, parfois cru et souvent vulgaire, le sexe étant une obsession de JP (mais j'y reviens plus tard). Assez bizarrement, c'est vaguement le même principe que Le Pacte des Vierges mais ça se lit beaucoup mieux. Pourquoi ? Je ne sais pas trop. Sans doute car l'histoire évolue plus rapidement. Sans doute parce que je suis plus réceptif à cette histoire racontée par un homme. Et puis, accessoirement, j'ai une certaine attirance pour les histoires glauques.

Car c'est également  sur l'histoire que cet ouvrage est particulier. C'est dans ce paragraphe de ma chronique que je vais avoir le plus de mal à parler de ce bouquin sans spoiler l'histoire. D'aucuns diront que le  personnage principal et son entourage sont caricaturaux. Parents violents et démissionnaires, famille nombreuse dans un immeuble miteux d'une banlieue sordide, etc. J'aurais plutôt envie de dire que Sébastien Marnier a choisi de faire évoluer ses personnages dans des situations extrêmes afin d'en décrire la construction et l'évolution. Le scénario est marqué par la violence : violence familiale, violence en société, violence psychologique, violence insidieuse. Difficile de rester indifférent à la lecture de quelques scènes bien... voilà, quoi... Le scénario repose sur l'antagonisme entre JP et Barthélémy, entre un gosse de famille nombreuse élevé en banlieue et le fils de parents communistes ouverts au monde extérieur. La construction du héros, les images, les clichés, l'opinion tranchée et expéditive qu'il se fait sur chacun, tout se fait par cet environnement violent, par cette éducation particulière (ou ce manque d'éducation). D'où l'antagonisme entre le héros, JP, et le titre du livre, Mimi.

Mimi est un roman prenant, violent, dérangeant, qui ne peut pas laisser indifférent. Le style d'écriture pourra en rebuter certains, j'en ai bien conscience mais l'histoire mérite d'être lue, quand bien même le scénario prend une tournure extrême. Le dénouement, qui scelle la construction du héros, est terrifiant. Une franche et glaciale réussite que ce Mimi.

Nota : Un film avec cette histoire serait vraisemblablement interdit aux moins de 12 ans, voire moins de 16 ans. Je vous laisse adapter votre lecture.

Texte © Alfie's mec (@BesacTof sur Twitter) 2011
Couverture : Mimi, Sébastien Marnier, Éditions Fayard, 2011.