merlincouvBretagne. Le christianisme prend de plus en plus d'ampleur. Pour tenter de contrer cette expansion, une déesse des anciens cultes, Ahès, demande à un esprit des airs de trouver et d'aimer une jeune femme pure. De cette union antinomique naîtra Merlin. Le jeune homme grandit vite et est éduqué par un ancien soldat romain et ancien druide devenu prêtre répondant au nom de Blaise. Toutefois, Merlin, marqué par l'éducation stricte de Blaise, se dispute avec ce dernier et trouve refuge auprès d'Ahès qui ne tarde pas à lui inculquer ses sombres desseins.

Dans les légendes arthuriennes, on s'intéresse souvent à Arthur, les chevaliers de la Table Ronde et le Graal. La série Merlin prend le contre-pied et centre son récit autour de la caution spirituelle et magique d'Arthur. De ce personnage, on ne sait pas grand chose. La légende veut qu'il fut conçu par un démon et une pucelle, comme un signe de l'antéchrist. Robert de Boron, dans ses récits du XIIIè sièclen mentionne le nom de Blaise comme précepteur de Merlin. Devant ces maigres informations, Jean-Luc Istin, le scénariste, a imaginé ce qu'aurait pu être l'histoire de Merlin.

Soyons francs, nous sommes dans une vraie série d'heroic fantasy. Des dragons, des démons, des malédictions, des humains, des orques et tout ce qui fait les codes du genre. D'autre part, contrairement à ce qu'on pourrait penser, Merlin endosse le rôle du méchant. Enfin, ce n'est pas aussi simple que ça. Disons qu'il lutte contre la christianisation de la Bretagne sous la coupe d'une déesse en employant des moyens pas forcément ultra convenables. C'est d'ailleurs là tout le paradoxe du personnage, tiraillé entre l'éducation qu'il a reçu du frère Blaise, ses pouvoirs que lui procurent sa conception magique et l'influence d'Ahès. C'est pour cela qu'il partage le premier rôle de l'histoire avec Blaise et Maëlle, sa mère, chargés de le faire revenir à la raison.

merlin1Si l'histoire devient de plus en plus intéressante au fil des albums (la série est prévue en 10 tomes), elle a pourtant un peu de mal à se lancer à cause de la lenteur de l'action et du manque d'intrigue. Il faut attendre le départ de Merlin vers Ahès pour que l'histoire prenne beaucoup d'intérêt. Les dessins sont fort bien réalisés, les couleurs variant idéalement en fonction des ambiances. La mise en page est originale laissant parfois la place à des cases plus grandes, pouvant prendre toute la planche ou à des débords ou des superpositions. Toutefois, je suis surpris de voir que le graphisme des textes change au fur et à mesure des tomes. J'imagine que le changement d'éditeur en cours de série y est pour quelque chose.

Malgré tout, on se laisse prendre par l'intrigue et on se demande comment Merlin va évoluer dans son histoire. Istin et Lambert signent une série passionnante qui verra son épilogue à la sortie du 10è et dernier tome.


Texte © Guigzz 2009.

Images Merlin (T3 (Le Cromm-Cruach), couv. et pl. 1), J.-L. Istin, Eric Lambert, Éditions Soleil (2002).