Le syndrome de la vitre etoilee

Un couple, la trentaine, une envie d'enfant. Mais rien. Tous les mois, les mêmes règles, tous les mois, la même déception. Alors, ils entament le parcours de ces couples qui n'arrivent pas de manière naturelle à avoir un enfant. Un parcours médicalisé, froid, impersonnel. Un parcours qui, parfois, remet tout en cause.

Voilà une chronique dans laquelle je parlerai de moi en filigrane. Non pas que je sois concernée par une quelconque difficulté à avoir des enfants puisque je ne veux tout bonnement pas tester. Alors oui, peut-être je pourrais être cette femme qui raconte son parcours. Mais je suis juste une femme qui connaît les difficultés de ces couples de l'extérieur en ayant autour de moi plusieurs personnes qui sont passées par ces étapes.

Autant vous dire que Le syndrome de la vitre étoilée m'a paru très juste. Je serai curieuse de connaître le point de vue de femmes directement concernées, mais en tant qu'observatrice extérieure, c'est un livre qui aide à comprendre, un livre qui parle de la médicalisation d'une chose théoriquement totalement naturelle, de la froideur du monde médical dans des moments où on voudrait un peu de réconfort, un peu d'écoute et d'attention. C'est un bouquin qui raconte l'acte sexuel programmé, le jour J, l'heure H, pas avant et pas après, plus de place pour l'envie, pour le désir de l'autre. Faire l'amour n'existe plus, il s'agit juste de procréer. Et ce bouquin parle aussi de l'après. De tout ce que ça peut provoquer dans un couple. Certains couples sortiront renforcés de ces étapes, d'autres verront les différences s'agrandir jusqu'à exploser en vol...

Mais au-delà de la question de l'enfantement, de la grossesse, ce bouquin parle des femmes, de leur place dans le couple, de ce qu'on souhaite être. Qui est-on ? Une femme ? Une épouse ? Une mère ? Et si avant d'être tout cela, on commençait par savoir qui on est ? Et si ça passait par trouver sa place par rapport à ses parents ? Par rapport aux hommes, aux autres femmes. 

Dans ce roman, Sophie Andriansen évoque de multiples sujets, par petites touches, sans donner de réponses, en ouvrant des portes et des pistes de réflexion. Mais au final, elle touche juste. Bravo Sophie pour ce bouquin, j'adore !

"Je marche sur les murets, ou au centre des allées. Je me répète ce que je commence à comprendre : je suis quelqu'un d'important. Le personnage principal de ma propre vie." (p. 254)
"Chacun avait envie de se marier et d'avoir des enfants. De fonder une famille avant tout pour des raisons de reconnaissance sociale. Voilà ce que m'est apparu. Qu'ils m'ont mal aimée parce qu'ils se sont mal aimés. Voilà ce que j'ai réalisé.
Réaliser ne veut pas dire admettre ni accepter.
Mais réaliser est la première étape." (p. 257)
"Personne n'est responsable sauf moi si je décide que c'est fatalité que leurs chagrins m'affectent. Ils peuvent exister sans moi sans nécessairement me grever. Un enfant est toujours en droit de refuser son héritage." (p. 258)
"Un enfant c'est des changements, c'est ouvrir le corps, c'est des cicatrices indélébiles, un enfant c'est plus u'un tatouage, un enfant ça demande réflexion." (p. 339)

Texte © Miss Alfie 2017.
Couverture : Le syndrome de la vitre étoilée, Sophie Andriansen, Fleuve éditions, 2016, 352 pages.