les mots qu'on ne me dit pasLes parents de Véronique sont sourds. Complètement sourds. Elle l'a testé à plusieurs reprises. Mais pas Véronique. Elle entend, elle parle, normalement. Elle navigue entre deux univers. Elle raconte la rencontre de ces deux univers.

C'est chez Lili Galipette que j'ai repéré ce titre lors de la rentrée littéraire de l'automne 2014. Je l'avais noté et le Père Noël maternel a eu la gentillesse de me l'offrir. Il faut dire que cela me cause un peu, la surdité. Non pas que je sois moi-même sourde, mais dans ma classe de seconde (oui, ça commence à remonter un peu), il y avait trois élèves malentendants. Des enseignants spécialisés venaient les aider, signant le cours pendant que les enseignants parlaient, et nous nous relayions à leurs côtés pour leur prêter les notes que nous prenions en cours. Je me souviens que pour ma part, c'était pour les cours d'histoire et géographie... Cette expérience avait été d'autant plus enrichissante en termes humain que nous avions avec eu appris quelques bases de langue des signes, des mots simples, comme bonjour ou merci, ainsi que l'alphabet pour pouvoir épeler nos prénoms.

Bref, revenons à notre livre... Et à cet univers que Véronique Poulain nous amène à (re)découvrir. Fiction autobiographique, racontée par petites touches de quotidien, depuis l'école jusqu'au sexe, depuis les sorties jusqu'aux astuces des parents pour déjouer les bêtises de leur fille, Véronique Poulain brosse un portrait très juste, oscillant entre la fierté et la colère, la nécessité de cette langue et son rejet... Elle raconte la vie de ses parents, mais aussi la sienne, comment deux univers fondamentalement différent pour une histoire de sons qu'on entend ou pas se heurtent...

Tout cela passe par des choses anodines, comme les surnoms que l'on se donne entre sourds pour ne pas signer l'intégralité du prénom ou les astuces qui existent pour demander un rendez-vous chez le médecin (c'est là qu'on se dit que les sms et mails ont fait beaucoup pour l'amélioration de la communication entre malentendants et entendants...). Mais tout cela passe aussi par une langue, une langue à part entière, créée de toute pièce, imaginée à partir des définitions des mots, une langue visuelle qui s'exprime par les mains, par le visage, par le corps entier, une langue avec sa grammaire gestuelle. Une langue si spécifique, pas vraiment internationale à la base, mais qu'au final on comprend partout dans le monde, à coup de grimaces et de mimes... Ou comment finir par se dire que les moins communicants ne sont peut-être pas ceux que l'on croit...

Bravo à Véronique Poulain pour ce livre très juste et passionnant.

Texte © Miss Alfie 2015. 
Édition présentée : Les mots qu'on ne me dit pas, Véronique Poulain, Éditions Stock, Collection La bleue, 2014, 144 pages.