encombrantsIls sont vieux. Ils vivent seuls. Ils vivent en maison de retraite. Ils attendent leurs enfants. Ils attendent l'infirmière. Ils attendent la mort.

Les encombrants, c'est généralement ainsi que l'on désigne les gros appareils et meubles qu'on dépose à la décharge. Certaines communes ont même un service spéciale "Encombrants" qui vient vous les récupérer à domicile. Les encombrants de Marie-Sabine Roger, ce sont tous ces vieux dont elle raconte l'histoire dans ce recueil de nouvelles.

A la base, les nouvelles, ce n'est pas vraiment ma came. Mais là, j'ai trouvé que ça passait très bien, car ce sont des instantanés de vie, des bouts d'histoire comme j'aime, des anecdotes comme j'aimais les écrire quand je travaillais avec ceux qu'elle appelle les encombrants. Ces nouvelles, je ne vais pas vous mentir, m'ont parfois humidifié les yeux, tant on y voit une vieillesse naufrage.

Oui, car vieillir, ce n'est pas forcément chouette. Ce n'est pas toujours être entouré de mille petits enfants. Ce n'est pas toujours rester chez soi et aller chercher le pain le matin en discutant avec ses voisins. Ce n'est pas forcément gagner en sagesse.
Vieillir, c'est bien souvent se retrouver de gré ou de force dans un établissement pour personnes âgées. C'est retomber en enfance, soit parce que l'incontinence guette, soit parce que la mémoire s'éloigne et que la naïveté prend le dessus. C'est avoir élevé des enfants qui vivent leur vie quand on espérait qu'ils vivent pour nous.

Dans Les encombrants, Marie-Sabine Roger livre une vision noire et cynique de la vieillesse. Elle parle de l'isolement, de la vulnérabilité, de l'infantilisation parfois forcée, des faiblesses dont on cherche parfois à profiter, de la gêne que causent ces personnes encore là... Oui, ce recueil est dur, mais aussi émouvant, car on ne peut que penser à quelques uns de nos vieux, de ces personnes qu'on connaît et qui sont parfois dans ces situations.

Finalement, devenir vieux, c'est peut-être simplement mener un combat pour rester un être humain respecté. Et Marie-Sabine Roger le raconte avec beaucoup beaucoup beaucoup de talent.

Ce qu'on en dit ailleurs :

  • Lali : "Continuellement ballotté entre le côté révoltant de certaines scènes presque insoutenables et la tendresse de d’autres, le lecteur vit des émotions qui, heureusement, ne durent que le temps d’une centaine de pages."
  • Le goût des livres : "Le regard porté sur les personnes âgées par l'auteur est humain, très humain et tendre, sans être complaisant. C'est surtout l'attitude de la société envers ces "encombrants" qui est visée et rendue avec subtilité."
  • Chez Libouli : "Il est tout petit, il se lit si facilement qu'il ne faut pas passer à côté pour mieux regarder autour de nous, nos chers anciens, après."

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : Les encombrants, Marie-Sabine Roger, Éditions Actes sud, Collection Babel, 2011, 99 pages.