Peine perdue - Olivier Adam
Une station balnéaire sur la côte d'Azur, l'hiver. Tout commence avec un coup de boule sur un terrain de foot et une tempête. De là, des vies se croisent et défilent.
Olivier Adam, il n'y a pas à dire, c'est un peu l'un de mes auteurs chouchou. Je l'ai découvert il y a des années avec le bouleversant Je vais bien, ne t'en fais pas, et depuis je n'ai guère été déçue par ses ouvrages. Peine perdue, publié en août 2014, ne fait pas exception à cette règle, j'ai même redécouvert avec plaisir l'auteur, sur un univers et une construction narrative un peu différente de ce que je connaissais de lui.
Dans ce roman, on démarre avec Antoine, et chaque chapitre va nous entraîner au côté d'un personnage différent. Tous sont liés, de manière inégale certes, parfois parce qu'ils se sont croisés dans un couloir, parfois parce qu'ils ont vécu ensemble, mais l'ensemble crée un portrait assez réaliste d'une petite station balnéaire, où les résidents à l'année se connaissent tous et ont tous quelque chose à voir avec les autres. Bizarrement, alors qu'on pourrait imaginer qu'on ne va du coup pas pouvoir s'attacher à eux, en sautant ainsi de l'un à l'autre, c'est tout le contraire qui se produit : ils deviennent tous des compagnons, et le lecteur navigue entre eux, frémissant aux côtés de certains, détestant parfois quelques uns. Le tout servi avec une écriture qui s'adapte à la perfection à chaque caractère, chaque personnage, qui exprime tantôt l'impatience, tantôt l'indolence, et contribue à donner corps à ces êtres d'encre.
A bien y réfléchir, je trouve d'ailleurs que l'écriture d'Olivier Adam s'affine, se perfectionne. J'ai le souvenir d'un style haché, qui a pu déstabiliser certains lecteurs, dans ses premiers romans. Ici, il réussit à varier le genre tout en conservant sa signature. Peut-être grâce à une intrigue réelle, qui donne au roman un aspect noir parfois proche du thriller, et du coup moins mélancolique et contemplatif que ce à quoi j'étais habituée.
Je ne vais pas vous mentir : si Olivier Adam évolue, il reste un auteur réaliste, qui semble se donner comme but de décrire la vie, la vraie, telle qu'elle est. Par moment, on retrouve le déterminisme que Zola évoquait dans sa saga des Rougon-Macquart : on devient ce que nos parents nous permettent de devenir, selon ce(ux) qu'ils sont...
Un roman à ne pas manquer, excellent par sa construction et son intrigue.
Texte © Miss Alfie 2015.
Édition présentée : Peine perdue, Olivier Adam, Editions Flammarion, 2014, 416 pages.