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Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !
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26 mars 2011

Les accommodements raisonnables - Jean-Paul Dubois

Les_acommodements_raisonnsablesLorsqu'on lui propose de partir à Los Angeles travailler sur l'adaptation d'un film français, Paul Stern n'hésite que peu : son épouse traverse une profonde dépression et la communication entre les deux époux semble réduite au néant alors que son père change totalement de vie suite au décès de son frère dont il hérite de la fortune. Plus grand chose ne semble rattacher Paul à entourage. Son séjour en Amérique lui permettra-t-il de reprendre pied dans sa vie ?...

Alors qu'il traînait depuis un paquet de mois dans ma PAL, je me suis enfin résolue à ouvrir le dernier opus de Jean-Paul Dubois, dont j'ai déjà lu Une vie française et Vous plaisantez Monsieur Tanner il y a quelques années. De la première rencontre, je garde aujourd'hui un bon souvenir, mais la relecture de l'avis que j'avais rédigé alors me renvoie à certaines pensées qui se sont immiscées en moi à la lecture des Accommodements raisonnables. En même temps, il faut que je vous avoue que lorsque j'ai acheté Les accommodements raisonnables, j'étais persuadée qu'il s'agissait de la suite d'Une vie française, tout simplement parce que le personnage principal s'appelait Paul dans les deux titres. Ah ben oui, mais après une petite recherche sur la toile, il semble que Paul soit le prénom de prédilection de Dubois pour ses héros masculin, et si le narrateur d'Une vie française s'appelait Paul Blick, celui des Accommodements raisonnables se nomme Paul Stern ! Vous parlez d'une nouille !

Bref, pour en revenir à nos moutons, à savoir ce dernier roman de Dubois paru, je dois vous avouer qu'il fait partie de ces livres dont j'ai du mal à savoir s'ils m'ont plu ou passablement ennuyé. Ah ben oui, je n'ai jamais dit que je savais faire des choix ! Disons que j'oscille très clairement entre l'attrait réel que j'ai pour cet auteur qui écrit à mon goût très bien et le manque d'intérêt que j'ai ressenti au fil des pages pour l'intrigue proposée...

Côté écriture, rien à redire. Les phrases s'enchainent les unes après les autres, les tournures et les mots employés sont parfois un poil recherchés et peuvent conduire à devoir user d'un dictionnaire pour capter les subtilités stylistiques, mais jamais cela ne parait condescendant ou difficile à aborder. De même, on ne peut qu'apprécier la bonne connaissance des États-Unis de Jean-Paul Dubois qui lui permet de nous proposer une histoire qui s'y passe en partie, permettant à la fois de poser le regard d'un Français sur la société américaine telle qu'elle peut être perçue par les Américains eux-mêmes et par les Français qui résident là-bas, mais aussi le regard que les Américains posent sur notre culture et sur notre monde politique, particulièrement sur Nicolas Sarkozy, puisque l'histoire que Dubois nous propose se déroule finalement entre février 2007 et janvier 2008 si l'on en croit les références politiques citées. Et l'on touche là à l'une des caractéristiques narratives que j'apprécie chez Dubois, à savoir sa capacité à ancrer son roman dans le contexte politique et économique du moment : il n'hésitera pas à éviter la crise économique des subprimes, à parler des élections présidentielles ou à placer son héros en plein coeur de la grève des scénaristes dont nous avons tous perçu les conséquences avec des saisons de séries diminuées de quelques épisodes en 2008.

A côté de ça, j'ai trouvé qu'il manquait un je ne sais quoi à cette histoire qui m'aurait fait m'y plonger avec plaisir et sans pousser un léger, très léger, soupir avant de reprendre le cours de ma lecture. Peut-être suis-je trop jeune pour comprendre les interrogations, la remise en question qui s'opèrent chez Paul Stern au fil des pages. Peut-être que mon expérience personnelle me fait dire que la fuite ne résout pas tous les problème comme semble l'imaginer le héros avant de se rendre compte qu'il n'en est rien. Peut-être les romans français contemporains sont-ils tout simplement un peu trop contemplatifs, un peu trop centrés sur l'évolution de la vision du monde et de la vie du personnage principal pour que j'y adhère totalement...

Au final, Les accommodements raisonnables restera très certainement dans mon esprit comme un roman ancré dans son époque mais qui parlera plus aux quadras et aux quinquas qu'aux tous petits trentenaires satisfaits de leur existence et bien loin de l'époque où l'on se remet en question et où l'on se sent prêt à tout plaquer pour recommencer autre chose.

Une petite immersion au coeur du livre ?

"Je voulais interroger Grandin sur cette réalité, justement, sur ces liens invisibles qui nous relaient les uns aux autres, qui faisaient que nous étions tous censés avoir envie de vivre un jour de plus. Et que, pour cela, nous étions prêts à tous les compromis, tous les accommodements raisonnables." (p. 105)
"Le métabolisme rassénéré, ce fut le tour de l'esprit de réclamer des comptes. De déterrer la mémoire morte. De se complaire dans les plis de ce passé qui tous les matins revenait à la charge, quand, bouleversante dans son éclatante jeunesse, passait devant mon bureau l'héroïne de ces beaux jours.J'avais contribué à la résurrection d'Edward Waldo-Finch. Selma Chantz redonnait vie à un fantôme. Hollywood était bien une terre de miracle." (p. 127)
"Ce n'étais pas la première fois que je le constatais, mais cela me surprenait chaque fois : l'esprit n'est qu'une matière inerte, un moteur découplé. Pour fonctionner, il lui faut un carburant terriblement volatile et précieux : le désir." (p. 137)

Texte © Miss Alfie 2011, sauf citations.
Edition lue : Les accommodements raisonnables, Jean-Paul Dubois, éditions Points, 2009, 275 pages.

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Commentaires
M
@ Géraldine : Alors tout est toujours possible...
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G
Le sujet me parle... J'ai plusieurs fois tout plaqué... et je suis bientôt quarantenaire !
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M
@ Leiloona : Si je peux rendre service aux PAL...!!!
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L
Pas tentée avant ton billet, et pas tentée après ! Merci pour ma pal ! :D
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M
@ Alex-Mot-à-Mots : Moui, difficile d'écrire quand on n'est "que" raisonnablement inspiré !<br /> <br /> @ Lasardine : Visiblement tu n'es pas la seule !
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