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Miss Alfie, croqueuse de livres... & Compagnie !
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22 septembre 2010

Maleficus - Emma Locatelli

maleficusAu XVIIe siècle, dans un village entre Sedan et Metz, un homme est accusé par sa belle-sœur de sorcellerie. Le juge Bossuat, certain de sa culpabilité, entreprend alors une grande chasse aux sorciers dans le village. Seul un avocat de Metz, Melchior Percheval, reste convaincu de l'innocence de l'homme et tente de mettre tout en œuvre pour le défendre.

Je refuse de vous en dire plus sur l'intrigue, mais sachez qu'il ne s'agit là que d'un point de départ, et que de cette défense surgiront d'autres affaires qui font de Maleficus un pavé de plus de 600 pages que l'on dévore en quelques soirées ! Point besoin d'aller plus loin pour comprendre que j'ai beaucoup apprécié cette lecture conseillée par une amie dont je persiste à dire qu'elle a d'excellents goûts littéraires !

Dans ce second roman, Emma Locatelli nous entraine dans un étrange voyage dans le temps, au milieu de manants et manantes pour qui les croyances et la religion sont la base de la vie quotidienne. Le Diable est présent au quotidien et ressemble à un homme tout poilu, tout noir, avec des pattes de boucs, des cornus, des pieds fourchus et des yeux rouges... Autant dire qu'il vaut mieux l'éviter ! Et ce sont sur ces croyances que repose la trame du livre : sont-elles fondées, comment les démonter... On voit régulièrement s'opposer au fil des pages l'obscurantisme religieux à une rationalité, d'ailleurs peut être un peu trop moderne pour l'époque. Quoi qu'il en soit, l'intrigue est prétexte pour nous faire découvrir une époque et ses mœurs, et quelques scènes émaillant le livre me semblent révélatrices, que ce soit celle insoutenable de la torture ou celle, plus cocasse, des deux médecins tentant de s'accorder sur la thérapeutique à administrer à une malade...

L'intrigue en elle-même est parfois invraisemblable, résolue en deux coups de cuillers à pot à la fin, avec un revirement de situation un peu trop simple à mon goût, et quelques éléments téléphonés au fil de l'histoire. Mais cela ne m'a vraiment pas empêché de me plonger à coprs perdu dans ce monde révolu, où les bourgeois et les instruits utilisaient une langue châtiée quand les paysans, quelle que soit leur position sociale, parlent une langue bien loin de l'écrit... Si ce livre m'a d'ailleurs embarqué, c'est entre autre grâce à cette narration qui nous retranscrit avec les mots de l'époque et les tournures de phrases d'alors un monde où le Diable et les sorciers courraient encore les rues, bien loin de notre cartésianisme moderne...

Une petite immersion au milieu des pages ?

"I coûte ben peu aux jacteurs de n'donner que des paroles. Votre Estienne, sait-i seulement déboucher les intestins, extraire leurs dents pourries, débarrasser les malheureux d'leur gale, réduire leurs fractures ? C'est toujours l'même refrain avec ces pompeux d'la ville. Mais qu'est-ce qu'i savent faire de plus que moi, hein ? Sinon contempler la pisse d'leur malade et en renifler l'odeur comme des chiens ?" (p.180)

"Percheval réprima un geste de mauvaise humeur. Ces croquants étaient si intimement persuadés que toutes leurs difficultés provenaient de l'action incesssante en ce monde de forces obscures et maléfiques qu'il était bien difficile de les raisonner. A leurs yeux, rien n'était naturel. Tout événement, qu'il soit bénéfique ou non, s'expliquait nécessairement par l'intervention de puissances magiques, invisibles, fastes ou néfastes." (p.210)

"Bien qu'il s'en défendissent, les hardis magistrats avaient manifestement très peur des attaques du Démon. Pour le protéger des perfidies de Satan, le juge Béranger était d'ailleurs venu avec un Agnus Dei et une poignée de sel dans la poche de son pourpoint. Groise, quant à lui, avait apporté une petite branche de buis béni qu'il agitait nerveusement derrière son dos." (p.262)

Texte © Miss Alfie 2010, sauf citations.
Édition lue : Maleficus, Emma Locatelli, Éditions Pocket, collection Policier / Thriller, 2009, 663 pages.

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Commentaires
M
@ Nico : Belle découverte malgré ses quelques défauts en effet.
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N
J'avais bien aimé ce roman, bien écrit, et assez prenant, si l'on excepte quelques longueurs et un certain manichéisme. Bon roman, malgré cela.
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M
@ Sara : Je t'en prie ! Et bienvenue par ici, il me semble que c'est la première fois que je te lis !
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S
L'intrigue a tout pour me plaire ! je crois que je vais me laisser tenter.
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M
@ Marie : C'est vrai que la couverture n'est pas des plus réjouissantes mais ne t'arrêtes pas à ça ! Elle symbolise bien cependant les croyances et les mythes qu'on trouve dans le livre...
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