Dans l'oeil noir du corbeau - Sophie Loubière
Anne Darney a 40 ans. Divorcée, elle présente des fiches culinaires à la télévision. Elle habite Paris, un appartement où les choses sont rangés au millimètre, range tout ce qu'elle trouve et fait en sorte que les choses soient ordonnées, organisées, y compris dans sa trousse de toilette.
De l'autre côté de l'Atlantique, Bill Rainbow habite un houseboat à Sausalito, à côté de San Francisco. Flic à la retraite, il a un fort penchant pour les boissons alcoolisées, mais ne manque jamais une émission de cuisine à la télévision, fantasmant sur l'animatrice française.
Les chemins de ces deux personnes ne devaient pas se croiser jusqu'au jour où Anne décide de retourner chercher son amour de jeunesse, celui à cause de qui toutes ses relations amoureuses ont été un désastre, celui qui avait promis de revenir la chercher et qui n'est jamais venu. Jusqu'au jour où le flic à la retraite trouve sur le pas de la porte son animatrice fétiche en quête d'informations sur une enquête qu'il a mené il y a plus de vingt ans...
Animatrice radio sur France Inter, Sophie Loubière a présenté pendant plusieurs étés une émission qui passait dans l'après-midi, Dernier parking avant la plage. Chaque jour, je branchais le poste, attendant avec impatience ce moment qu'elle nous offrait, ponctué de textes d'auteurs, d'anonymes, rêvant d'y être un jour lu, peut-être. Partie dans les programmes de nuit, j'avoue que j'avais laissé tombé, et que je résumais l'animatrice à une émission, alors que la dame poursuit une carrière radiophonique mais aussi littéraire. Autant dire que c'est donc avec un a priori extrêmement positif que j'ai ouvert ce roman envoyé dans le cadre d'un partenariat entre BOB et Le Cherche-MidiCherche-Midi. Et bien m'en a pris car, je le dis tout de suite, ce livre est un régal pour les yeux et les papilles... Oui, car derrière un roman un brin policier, un brin psychologique, un brin romantique, se cache de véritables délices gustatifs que préparent l'animatrice et le flic.
Côté style, j'ai bien apprécié ce que certains n'aimeront pas, à savoir les descriptions d'environnement, sur un ton enlevé, rythmé, grâce à de courtes phrases qui n'enlisent pas le roman. Au contraire, ces description de la chambre d'hôtel, de la tenue d'Anne, du plateau du petit déjeuner, n'ont fait que renforcer la présence des personnages à mes côtés dès que j'ouvrais le livre. De même, jusqu'à la rencontre des deux héros, le début du roman propose une alternance des personnages correspondant à une alternance des chapitres. Un coup Anne, un coup Bill. De quoi nous faire découvrir ces êtres un peu trop seuls de manière intéressante, dans leur quotidien. Certes, cela peut paraître un peu lent pour qui espère voir Anne s'envoler tout de suite sur les traces de son amoureux perdus... Mais l'on comprend à la fin l'importance de ce début qui pose le cadre, qui pose les personnages.
Les personnages, il est d'ailleurs très intéressant d'en parler. Car ils sont l'antithèse des héros auxquels on aime s'apparenter. Et pourtant, on s'y apparente, à Anne, à Bill. Anne, la névrosée, pleine de mal-être, à la recherche du passé vingt-cinq ans après, bourrée de manies, toujours nauséeuse et malade. Bill, le flic viré après connerie, divorcé, en rupture avec ses filles, qui passe plus de temps à boire qu'à tenter d'avoir une véritable vie sociale, en quête de bonheur... Un bonheur, un mieux-être que tous les deux semblent trouver dans la nourriture. Exutoire pour Anne pendant son enfance, il deviendra son métier tandis que pour Bill, la cuisine devient le seul moyen de se faire plaisir, son but ultime chaque jour quand il n'a pas un verre de whisky dans la main. Non, vraiment, ce sont des personnages auxquels on ne s'attacherait pas de prime abord... Et puis... Et puis on découvre leurs failles, leurs désirs et leurs envies, le goût de vivre qui réapparaît peu à peu, les espoirs... Et la chute...
La chute que j'avoue ne pas avoir vu venir, qui m'a presque frustrée. J'aurais aimé une autre fin pour ces deux là, mais la vie n'est pas un conte de fée. Et tout comme ses personnages sont réels et bourrés de défauts, la fin que nous offre Sophie Loubière est à l'image de la vie : réaliste et cruelle.
Ceci dit, j'avoue un dernier péché mignon avant de vous laisser tranquille : le chatouillement des papilles que j'ai ressenti à la lecture de ces pages culinaires d'un pur régal. L'envie de foncer dans la première boutique pour faire quelques emplettes et concocter l'un de ses plats à mon homme m'a titiller, mais je me contenterai de rester modeste et de faire mes petites recettes, qui ne passent pas à la télé, qui ne nécessitent pas des heures et des heures de préparation, mais que je peux faire le soir, en rentrant du boulot, après avoir cherché sur quelques sites internet quelques idées de préparation !
Sincèrement, je serai peut-être passée à côté de cette agréable découverte s'il ne m'avait pas été proposé. Il ravira les amateurs de roman policier et de cuisine, à coup sûr !
A lire aussi : Les avis de Cunéipage, emballée comme moi, et de Fée Bourbonnaise, un brin moins enthousiaste. L'ensemble des avis est consultable sur BOB, évidemment !
Texte © Miss Alfie 2009.
Image Dans l'oeil noir du corbeau, Sophie Loubière, Éditions Le Cherche-Midi (2009).