19 octobre 2009
Poser ma besace à Besac
Daniel n'a pas remis les pieds à Besançon depuis 30 ans. Et le voilà qui débarque chez sa soeur un beau matin, après avoir appris la disparition de son neveu. De Planoise à la Boucle, en passant par Clairs-SoleilClairs-Soleil, Daniel va redécouvrir sa ville et marcher dans les pas de son neveu.
Avec Poser ma besace à Besac, Marcus Malte nous livre à la fois un court roman et une vision sociologique de Besançon. L'histoire pourrait se passer dans n'importe quelle ville, mais c'est à Besançon, en Franche-Comté , que l'intrigue se passe. Ce livre est en fait l'aboutissement d'un projet initié par une association bisontine dans le cadre du contrat urbain de cohésion sociale. Marcus Malte a, pour l'écrire, rencontrer les jeunes habitants notamment les quartiers dits "sensibles" de la capitale comtoise. De ces rencontres, il a fait ce livre, où l'intrigue se mêle aux réflexions des habitants.
N'importe qui a déjà travaillé, vécu dans ces quartiers sensibles, qu'ils soient bisontins, parisiens ou bordelais, comprendra les propos et l'analyse qui ressort de cette nouvelle : non, vivre dans un quartier stigmatisé n'est pas forcément vécu comme une tare, et oui, il y a bien une ville dans la ville très souvent. Ayant moi-même "travaillé" six mois dans ce type de quartier pendant mes études, et bien que cela se soit passé à l'autre bout de la France, je peux vous garantir que lorsque les adolescents qui y vivent au quotidien disent s'y sentir chez eux, ils le pensent vraiment.
Au delà de ça, ce roman donne aussi une vision de l'autre partie de la ville, met en évidence les clivages qui existent entre les quartiers, entre les styles de vie. Habiter Planoise, ce n'est pas habiter le centre ville. Et si les ados de Planoise ne descendent pas dans la Boucle, le centre ville bisontin, ce n'est pas pour rien : ils ne s'y sentent pas chez eux...
Bien qu'une intrigue serve de cadre à cette enquête sociologique, il est clair que lorsque le personnage de Daniel discute avec son ancien copain, les propos de ce dernier semblent plus sortir d'un livre de sociologie que de la bouche d'un quidam landa. Ceci dit, il faut bien se rappeler que cet ouvrage est sorti dans le cadre d'un projet mis en oeuvre dans les quartiers de Besançon, avec pur objectif d'inclure les jeunes bisontins dans ce livre.
Au final, Marcus Malte nous livre une histoire où il fait bon entendre parler de la ville où l'on vit, que l'on habite, pour une fois que l'intrigue ne se passe pas à Paris...!
Texte © Miss Alfie 2009.
Image Poser ma besace à Besac, Marcus Malte, Éditions Aéropage (2008).
12 octobre 2009
Les cerfs-volants de Kaboul
Kaboul, dans les années 70. Amir et Hassan sont inséparables. L'un est le fils d'un riche entrepreneur, l'autre le fils de leur domestique. Issus de deux mondes qui ne doivent normalement pas se fréquenter, les deux enfants n'ont que faire du regard des autres et se passionnent, entre autre, pour les combats de cerfs-volants qui ont lieu tous les hivers dans les différents quartiers de la ville. Mais un jour, Amir va commettre la pire des lâchetés, brisant à jamais le lien qui l'unissait à Hassan.
Etats-Unis, juin 2001. Réfugié depuis des années, Amir reçoit un appel du Pakistan lui donnant l'occasion de se racheter et de compenser son acte lâche. Amir partira à la rencontre d'un pays bien éloigné du souvenir qu'il en gardait...
Jusqu'à la lecture de ce livre, il faut que je l'avoue, Kaboul était pour moi synonyme de Talibans, burkas, extrémisme et guerre. L'invasion communiste en AfghanistanAfghanistan ? Me disait rien. Un pays en paix ? Me disait rien... Forcément, vu l'image que les médias véhiculent de ce pays et de ses habitants depuis quelques années, comment imaginer encore qu'au delà des "grands méchants barbus", il puisse y avoir eu une vie "normale" ? Et pourtant, avec Les cerfs-volants de Kaboul, Khaled Hosseini offre une autre vision de son pays natal. La vision d'un pays où, à une époque, les enfants pouvaient jouer dans les rues sans craindre les tirs et les obus. Un pays où les femmes avaient encore des droits. Un pays de castes, certes, mais un pays où l'on pouvait vivre heureux. Et c'est ce pays qu'il nous raconte dans la première partie du livre.
Et cette première partie ne peut que contraster avec la suite. Déjà, lors de la fuite au Pakistan d'Amir et de son père, après l'arrivée des communistes, on sent le pays basculer dans la folie. On sourit, lorsque les protagonistes racontent comment ils ont acclamé les Talibans lorsqu'ils sont arrivés les "délivrer" du joug des Rouges. Et puis l'on découvre un pays dictatorial, un pays où la charia est appliquée à la lettre, où l'on lapide des hommes et des femmes au stade à la mi-temps d'un match de foot où les joueurs jouent en survêtement long malgré la chaleur, un pays où les femmes n'ont plus le moindre droit et où opposition et suspicion riment avec exécution.
Immigré aux Etats-Unis, comme son héros, Khaled Hosseini ne pouvait que nous livrer une vision que j'ai senti juste de la communauté afghane, du microcosme qu'elle s'est reconstruit en Californie, des règles implicites que chacun respecte, même à des milliers de kilomètres de son pays natal. Mon regret cependant, est la vitesse avec laquelle il passe sur les attentats du 11 septembre qui, certes, n'ont pas un rôle à proprement parler dans l'histoire qu'il nous conte, mais aurait pu être l'occasion de nous en dire plus sur le regard des Américains sur ces Afghans immigrés et somme toute bien intégrés dans la société occidentale.
Il est clair qu'au delà de l'histoire en elle-même, émouvante, intrigante, je conserverai un excellent souvenir de ce livre pour la vision de l'Afghanistanl'Afghanistant qu'il m'aura offerte. On ne peut que souhaiter, une fois refermée la dernière page, que les enfants d'aujourd'hui puissent un jour connaître à nouveau la paix et les combats de cerfs-volants...
A lire aussi :
Agapanthe souligne que "la description de cette amitié étrange dans une ville en temps de paix, que l'on ne connait aujourd'hui que ravagée, est superbe" ;
Découvrez comment Anne "n'a pas pu [se] contenter d'une simple lecture" ;
Jessica remarque que "l’auteur n’est pas tombé dans la facilité ou le piège de prendre position et d’en teinter son roman" ;
D'autres avis, trop nombreux pour être tous soulignés mais généralement enthousiastes, sur BOB.
Texte © Miss Alfie 2009.
Image Les cerfs-volants de Kaboul, Khaled Hosseini, Éditions 10/18 (2007).
05 octobre 2009
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur
Dans les années 30, dans une petite ville de l'Alabama, un avocat blanc va être commis d'office pour défendre l'indéfendable aux yeux de ses concitoyens : un noir aurait violé une blanche... Scout, la fille de l'avocat, va découvrir la vie, le monde des adultes, en compagnie de son frère, dans un monde où la ségrégation est encore bien présente.
Comment présenter l'unique roman d'Harper Lee publié dans les années 60 mais qui est devenu quasiment un classique de la littérature américaine ? Peu de mots peuvent décrire réellement ce livre qui m'a littéralement transporté. Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur a connu énormément de succès à sa sortie, reçu le prix Pulitzer en 1961, est régulièrement republié partout dans le monde, et pour cause...
Au début du roman, on pourrait croire qu'il s'agit d'une banale histoire racontée par une fillette de 6 ans, genre Laura Ingalls, un brin garçon manquée, dans une famille Ingalls sans maman mais avec un papa avocat soucieux d'instruire et d'élever la réflexion de ses enfants. Dans cette famille là, la nourrice noire est la figure maternelle qui manque, fait la cuisine et s'adapte au milieu dans lequel elle se trouve. Dans cette famille là, on a aussi la tante coincée et rigide qui tente de faire de la gamine une vraie dame qui portera des robes quand sa tenue préférée est une salopette. Dans cette famille là, on habite une ville dans un état sudiste, ce qui n'est pas sans signification au regard de l'histoire des Etats-Unis et de la population noire.
Car le fondement même de cette histoire part de là : de la ségrégation, des préjugés qui circulent sur les noirs, de mentalités ancrées dans des traditions, d'une sorte d'esclavagisme pas encore complètement aboli. Car il convient d'avoir en mémoire que la ségrégation raciale n'a été aboli aux Etats-Unis que dans les années soixante, période de publication de ce livre, et que l'Alabama faisait partie des états sudistes qui y étaient opposés...
Au delà du problème des "noirs" et des "blancs", ce livre nous donne une vision de l'âme humaine corrompue, où les intérêts particuliers l'emportent sur la naïveté de l'enfance, où la vie est un apprentissage d'injustices et d'intolérance au quotidien. Un roman sur l'apprentissage de la vie...
A lire aussi : De nombreux avis sur BOB.
Texte © Miss Alfie 2009.
Image Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Harper Lee, Éditions Livre de poche (2009).
20 septembre 2009
La délicatesse
François et Nathalie se sont rencontrés par hasard, dans la rue. Ils ont été boire un café, se sont plus, se sont mariés, ont été heureux. Jusqu'au jour où François est mort. Nathalie a dû tout recommencer. Et puis un jour, des mois, des années après la mort de François, elle embrassa Markus, l'un de ses collègues. Et dû réapprendre aussi à aimer.
Il n'est pas long, ce dernier roman de David Foenkinos, La délicatesse. Tout juste 200 pages ! Un roman que l'on prend le dimanche midi après manger, et que l'on déguste pendant l'après-midi, en jetant de temps à autre un coup d'oeil sur la pluie qui dégouline sur les fenêtre. On peut l'accompagner d'un thé, d'un café ou d'un bon verre de vin. D'un morceau de musique, d'une chanson qui nous plaît. Qu'importe, du moment que ce soit agréable et délicat. Comme le livre que l'on déguste... On aura d'ailleurs tendance à froncer les sourcils si la tranquillité dans laquelle on s'est installée est rompus par les échos d'un match retransmis dans la pièce d'à côté. Chut... Doucement, délicatement, on se laisse emporter par l'histoire.
L'histoire, elle aurait pu être très traditionnelle, très basique : une femme aime un homme qui meurt et elle n'arrive pas à s'en remettre. Elle aurait pu être très larmoyante aussi. Mais pas du tout ! Au contraire, elle serait presque drôle par moment, grâce à quelques traits d'humour, des réflexions de l'auteur à travers les notes de bas de page, réflexions qui n'ont aucune utilité, si ce n'est nous faire sourire, forcément... Ainsi, à la page 111, on apprend que "La location de petites jambes n'existe pas." Ennuyeux au théâtre en effet... On n'y pense pas assez ! Ces remarques, insérées ça et là, rompant la lecture et la narration traditionnelle, nous rendent les personnages plus réels, ancrées dans une réalité qui nous est précisées à travers ces petits chapitres où l'on apprend les scores d'une soirée de foot ou qui nous donne à lire un article de journal que lira Markus...
Le tout, loin d'en faire un roman larmoyant, donne quelques chose de poétique et doux dans la narration. Foenkinos ne s'encombre pas de descriptions multiples de l'environnement, des personnages. Non, il nous donne les éléments principaux, qui nous permettent de cerner la personnalité des protagonistes,d'esquisser les grandes lignes de leur caractère en laissant suffisamment de liberté à notre imaginaire. Le style est finalement assez épuré, mais cela n'empêche pas de lire certaines phrases et de les entendre tourner et retourner dans la tête une fois le livre refermé... Oui, peut-être y a-t-il quelques lieux communs dans cette histoire, mais ils sont si poétiques et délicat qu'on n'en veut guère à l'auteur... Ainsi, cet extrait, qui tourne en boucle comme un refrain lancinant... "Et fut saisie tout particulièrement par la vision du marque-page. Le livre était ainsi coupé en deux, la première partie avait été lue du vivant de François. Et à la page 321, il était mort. Que fallait-il faire ? Peut-on poursuivre la lecture d'un livre interrompu par la mort de son mari ?" (p.37)
Avec La délicatesse, David Foenkinos, dont c'est le premier livre que je lis, nous offre une histoire d'amour, une histoire sur l'amour, sur l'art d'aimer et d'être aimé, sur le bonheur de la tendresse, et nous interroge : si la personne que l'on aime aujourd'hui meure, pourra-t-on un jour aimer à nouveau ?...
A lire aussi :
Pour Elfique, "cette lecture fut un réel plaisir" ;
Emeraude souligne que "David Foenkinos a un humour vraiment particulier et [elle] aime beaucoup !" (et moi aussi d'ailleurs !) ;
En revanche, Cuné a eu l'impression de s'exclamer ""oh arrête !", un petit peu trop souvent" ;
Quant à Caro[line], fan inconditionnelle de Foenkinos, elle estime que c'est "un très bon cru" !
Texte © Miss Alfie 2009 (sauf citations : David Foenkinos, La délicatesse).
Image La délicatesse, David Foenkinos, Éditions Gallimard (2009).
15 septembre 2009
Délivrez-moi !
La vie de Thursday Next pourrait être simple depuis son retour de Jane Eyre. Elle a épousé Landen, doit assister au départ en retraite de son oncle Mycroft, mais fait juste un peu trop d'interviews à son goût. Tout cela est sans compter le groupe Goliath qui demande coûte que coûte le retour de leur collaborateur enfermé dans Le corbeau, le poème de Poe, et sans compter la ChronoGarde toujours à la poursuite de son père. Pour obliger Thursday à collaborer, la ChronoGarde va tout bonnement éradiquer Landen qui, désormais, est mort à l'âge de deux ans et n'a jamais connu Thursday qui se retrouve catapulté dans un autre appartement, sans que personne ne comprenne pourquoi elle dit avoir été mariée. Pour retrouver son mari, Thursday devra trouver le moyen de rentrer à nouveau dans les livres, mais avec la disparition de Mycroft et de son portail de la prose, les choses vont s'avérer compliquées...
Après L'Affaire Jane Eyre, Jasper Fforde nous propose une deuxième série d'aventures de notre OpSpec préférée. Comme dans le premier épisode, nous retrouvons l'autre monde de 1985, où les dodos sont domestiqués, où l'on a recréé des hommes de Néanderthal, où l'on relie l'autre bout de la terre en une heure, où l'on voyage au coeur des livres. L'imagination de Fforde fait encore des merveilles et il continue de construire un monde complètement déjanté et étranger à notre quotidien si réaliste et, parfois, si fade.
Ceci dit, j'avais pu lire des avis indiquant qu'il fallait quand même connaître un peu les livres dans lesquels Fforde nous entraîne pour se plonger dans ce livre. Et bien je tiens tout de suite à préciser que non, je n'ai lu ni Les grandes espérances de Dickens, ni Alice au pays des merveilles de Caroll, ni même Le Procès de Kafka, et je n'en ai pas moins dévoré cette histoire. Au contraire, pour qui connaît mon goût pour les classiques et ma connaissance en la matière, qui globalement se réduit aux auteurs imposés à l'école, ce ne sera pas une surprise que de savoir que la première fois que j'ai croisé Miss Havisham, c'était dans une bande-dessinée, que je connais Alice par le dessin animé de Disney et que de Kafka, je n'ai jamais connu que sa maison à Prague ! Mais cette méconnaissance d'une partie de la littérature ne m'a vraiment pas gênée, au contraire. La rencontre de ces personnages dans ce contexte me donne une autre vision de l'oeuvre de ses auteurs et m'amuse beaucoup !
Aujourd'hui, il ne me reste plus qu'une chose à faire : dénicher le troisième volume, la fin de Délivrez-moi ! ne permettant aucun compromis... Oui, je suis obligée de lire la suite !!!
A lire aussi :
Loula regrette que la bibliothèque n'ait que les deux premiers volumes ;
Cocola a été "très frustrée par le dénouement" ;
Kathel apprécie l'humour de cette série ;
Karine :) décerne la palme de son personnnage préféré au père de Thursday ;
SBM a, pour sa part, le sentiment que "tout part dans tous les sens au détriment de la cohérence narrative" .
Texte © Miss Alfie 2009.
Image Délivrez-moi !, Jasper Fforde, Éditions 10/18 (2006).
11 septembre 2009
Le jeu de l'ange
Barcelone, dans les années 1920. David Martin travaille au journal La voz de la industria. Un soir, le rédacteur en chef le convoque et lui propose de remplacer au pied levé l'absent du jour pour remplir la dernière page du journal. David va lui proposer le premier épisode d'un feuilleton qui va le faire connaître au grand public. Cependant, alors que le succès sourit à son protecteur, Pedro Vidal, David Martin peine à se faire reconnaître jusqu'au jour où un étrange éditeur parisien lui propose une grosse somme d'argent pour l'écriture d'un livre étonnant... Mais l'arrivée dans sa vie de cet éditeur va changer beaucoup de choses et le mystère va s'épaissir quand les morts vont jalonner la route de David...
Après L'ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon nous entraîne à nouveau dans une ville de Barcelone fort étrange, baignée de mystères et d'intrigues. Proposé dans le cadre d'un partenariat entre les éditions Robert Laffont et Bob, c'est avec plaisir que j'ai entamé Le jeu de l'ange en espérant retrouver le même engouement que celui ressenti à la lecture du précédent roman de l'écrivain. Les premiers avis parus sur la toile m'ont interrogé : à première vue, il semblerait que ce deuxième roman traduit en français mais se passant avant le premier publié rencontre moins de succès... Ah ? Bon, essayons d'oublier, et partons à la découverte du passé...
Et sincèrement, je vais m'inscrire en faux par rapport à quelques avis déjà découverts puisque pour ma part, j'ai passé un bon moment malgré tout avec David Martin. Certes, le héros est parfois plus proche de la tête à claque que du saint, mais cela le rend aussi plus humain. Oui, il est égoïste, quelque peu imbu de lui même et retranché derrière une carapace visant à se protéger. Mais il est humain... Il est comme tout à chacun, espérant rencontrer le succès qu'il sent en lui, prêt à vendre son âme au diable au final pour être célèbre. Car c'est finalement ce que je ressors de ce livre : faut-il accepter toute les compromissions possibles et imaginables pour arriver à être célèbre ? La célébrité et la reconnaissance sont-elles les deux seuls moyens d'être heureux ?
Ceci dit, si ce moment passé fut si bon, c'est aussi parce que j'ai eu beaucoup de plaisir à partir dans le passé du petit Daniel de L'ombre du vent et de faire la connaissance de son père et de son grand-père, de retrouver cette librairie qui ne change pas et le cimetière des livres oubliés. En créant des passerelles entre les deux histoires, Carlos Ruiz Zafon m'a donné l'impression de relater une saga et je m'attends presque à ce que le prochain roman nous parle peut-être d'Isabella ou de ses parents, à moins que ce ne soit de Barcelo, le vieux libraire que l'on retrouve dans les deux histoires également... En nous proposant de retrouver des personnages déjà connu, on dirait que l'auteur nous invite à revenir à une soirée où l'on sait que certaines personnes que l'on a déjà apprécié seront là et que l'on pourra en découvrir plus sur elles...
Ceci dit, contrairement au précédent roman, j'invite les lecteurs, notamment les cartésiens comme moi, à se laisser aller, à accepter l'histoire telle quelle est, sans se poser de questions... Et à ce moment-là, la magie ne peut qu'opérer !
A lire aussi : Elfique est arrivée "au bout de la lecture avec beaucoup de peine" ;
Karine :) n'a pas "ressenti le violent coup de cœur que
que j'ai eu avec L'ombre du vent mais l'amour de livres et l'atmosphère l'ont réellement charmée! " ;
Belle de nuit rappelle que "cet opus n'a rien à voir avec son précédent ouvrage" ;
Pour découvrir d'autres avis, rendez-vous sur Bob !
Texte © Miss Alfie 2009.
Image Le jeu de l'ange, Carlos Ruiz Zafon, Éditions Robert Laffont (2009).
19 août 2009
Le Roman du Roi Arthur
Deux tomes pour raconter la légende arthurienne : la naissance et les pouvoirs de Merlin, Arthur qui découvre Excalibur, son mariage avec Guenièvre, l'enfance de Lancelot du Lac avec la Dame du (fameux) Lac, les aventures des chevaliers de la Table Ronde, de Perceval à Galaad en passant par Gauvain, Bohort ou Mordred et évidemment la quête du Graal.
J'aime beaucoup la légende arthurienne. Il ya dans cette histoire un je-ne-sais-quoi d'absolument fascinant. Donc j'aime à lire ou voir tout ce qui s'y rapporte, des différentes séries de BD à la série Kaamelott en passant par les longs-métrages Arthur d'Antoine Fuqua (décevant) ou Holy Grail des Monty Python (cultissime). Là, ma chère et tendre (et donc proprio des lieux, hein, moi, je fais que squatter) m'a offert la version qui se veut officielle de la légende puisqu'elle rassemble les différentes sources, de Chrétien de Troyes à Robert de Boron. Quand j'ai vu ce beau cadeau, je me suis "Cool ! Mais le vieux françois, moi, je sais pas lire !" Rassurez-vous, c'est écrit en vrai français, certes très châtié mais en vrai français.
Evidemment, pour mieux ingérer ces deux pavés, évitez toute référence à une quelconque oeuvre antérieure. Oubliez Kaamelott et ses chevaliers couards et idiots, ici, la chevalerie est prise au sens noble du terme. L'honneur est au centre des relations. Les tournois sont là pour montrer la supériorité des chevaliers. Lancelot est un peu le meilleur à ce jeu mais s'il n'avais pas tendance à reluquer les nanas d'un peu trop près, il aurait été l'élu pour la quète du Graal. Oubliez l'humour de la série ou des Monty Python, ici, on ne rigole pas. C'est sérieux de chercher la meilleur chevalier du monde ou le Graal, quoi ! Oubliez le rôle essentiel de Merlin que mentionne à peu près toutes les histoires. Il n'a ici qu'une place mesurée, au début de l'histoire quand il s'agit de guider ces chevaliers vers la lumière.
Une fois que vous avez fait place nette de tous ces clichés, vous pouvez vous plonger dans cette fantastique histoire que l'on peut découper en quatre sous-tomes : la naissance des chevaliers de la table ronde, le meilleur chevalier du monde, la quête du Graal, la fin des temps aventureux. En effet, tout ne s'arrête pas avec la découverte du Graal (parce qu'ils le trouvent, hé ouais ! Mais je vous dirai pas qui, hein...). Derrière, Arthur découvrant que sa connasse de Guenièvre a cédé aux avances du bellâtre Lancelot, s'engage dans une voie qui mènera à la destruction du royaume de Logres.
Au final, on a à faire ici avec un ouvrage majeur rassemblant les différentes versions de la légende arthurienne. Le découpage en courts chapitres permet une lecture aisée. Il est également amusant de faire le parallèle entre les personnages qui sont décrits dans cette oeuvre et leur "avatars" que l'on peut voir dans d'autres versions. Je conseille donc aux amateurs la lecture de cet ouvrage de deux tomes (en version poche).
Texte © Guigzz 2009.
Image Le Roman du Roi Arthur, Xavier de Langlais, Éditions Coop Breizh (2005).
10 août 2009
Si loin de vous
Immigré du Japon aux Etats-Unis pour faire ses études, Jun Nakayama va devenir une star du cinéma muet au début du vingtième siècle. Hélas, sa carrière va s'arrêter au début des années 20, alors que le sentiment anti-japonais grandit aux Etats-Unis et que le metteur en scène avec qui il tournait est assassiné. Quarante ans plus tard, un jeune journaliste contacte Jun pour lui faire lire le scénario qu'il vient de terminer. Il souhaite que Jun reprenne du service pour endosser un rôle dans le film qu'il vient d'écrire. Face à cette proposition, la vie de Jun va défiler, et souvenirs et interrogations vont venir le hanter.
Proposé dans le cadre d'un partenariat entre le site internet Chez les filles et les éditions Phébus, Si loin de vous, de Nina Revoyr, nous entraîne dans un monde qui m'était totalement étranger. Parce qu'il faut bien le dire, le cinéma muet, je n'en ai que des clichés éculés de personnes avançant trop vites sur l'écran et faisant des grimaces à la caméra ! Sauf qu'à travers son histoire qu'il nous conte sur un mode autobiographique, Jun nous permet de découvrir l'envers du décor et met en lumière toutes les qualités qu'il fallait à l'époque pour être un bon acteur : les sentiments, les émotions, ne pouvaient passer que par l'attitude, les mimiques, la gestuelle, puisque les seuls mots qui accompagnaient les films étaient ceux des inter-titres.
Parrallèlement à cette thématique sur le cinéma muet, Nina Revoyr aborde dans son livre la question de l'anti-japonisme (je suis pas sûre qu'on le dise ainsi, mais on va faire tout comme !) aux Etats-Unis. Ne connaissant rien à la question, j'avoue avoir été étonnée d'apprendre que la Californie était (et est toujours d'après ce que j'ai pu lire depuis) l'un des Etats avec Hawaï ayant la plus grosse communauté japonaise, en raison de l'aspect géographique (les côtes californiennes sont les plus proches côtes continentales par bateau de l'archipel japonais) mais aussi législatif (en 1924, un texte interdit l'immigration japonaise sur le continent, seules les arrivées sur Hawaï sont tolérées). Par le biais de ce roman, j'ai pris conscience que bien que l'on parle souvent des communautés noires et latinos, la communauté nipponne américaine n'est pas en reste côté ségrégation...
Derrière la toile de fond constituée par les thématiques du cinéma muet et de la monté du sentiment anti-japonais aux Etats-Unis, Si loin de vous propose aussi une intrigue sympathique qui se résume par deux questions : "pourquoi Jun a-t-il arrêté le cinéma ?" et "qui a tué le metteur en scène ?". Je ne dévoile en aucun cas l'intrigue puisque ces deux questions résument la quatrième de couverture, et car elles ne trouveront une réponse qu'un final du roman. Hélas, comme souvent, un épilogue sympathique, mais trop étoilé, donne un parfum de trop parfait à cette fin qui aurait peut-être méritée plus d'ambivalences pour coller à la personnalité finalement complexe de Jun...
Ceci dit, on ne rechignera pas devant un roman au goût de rêve américain qui nous entraîne en plus dans les rues de Little Tokyo au début du siècle !
A lire aussi : Cathulu a passé "un moment de lecture tout à fait charmant" ; Amanda a trouvé que c'était "un roman nostalgique, parfois tout en finesse, parfois sophoriphique" ; Clarabel a trouvé le roman "d'une élégance folle" ; Sylire se félicite d'avoir persévéré après une première partie un peu longue ; Praline a apprécié le "style simple, tout en finesse, comme notre personnage" ; Leiloona considère que c'est "un roman qu'il faut apprivoiser" ; Lael a abandonné à cause du style mais "pressent l'histoire passionnante" ; Papillon le conseille comme lecture de vacances "mais qui ne [lui] laissera pas un souvenir impérissable" ; Calypso a passé "d'agréables moments de lecture".
Texte © Miss Alfie 2009.
Image Si loin de vous, Nina Revoyr, Éditions Phébus (2009).
06 août 2009
L'extraordinaire histoire de Fatima Monsour
Lorsque la soeur de Fatima, Rachida, bonne dans le XVIe arrondissement à Paris, meurre d'un accident fort dommage, la comtesse qui l'emploie décide de la remplacer par sa soeur. Physiquement peu avantagée mais au charisme impressionnant, femme de chambre dans un hôtel sur l'île de Djerba, Fatima va quitter sa Tunisie natale pour les grands boulevard parisien. Dans sa nouvelle aventure, la vie de la jeune femme, généralement malchanceuse, s'articulera autour de l'immeuble de la comtesse, avenue Victor Hugo, et du café d'en bas, le Jean Valjean, où elle croisera des personnages plus hauts en couleur les uns que les autres...
En plein été, quoi de mieux que de se détendre en prenant un bon petit roman certes un peu simple, mais si sympathique ?!!! Joanne et Gerry Driansky, auteurs américains, nous offrent ici un coin de Paris à la Amélie Poulain, où les chieurs sont de vrais chieurs et où les marrants sont très marrants ! Alors oui, je l'avoue, leur Paris a un côté un peu idéalisé et l'on sent, une fois de plus, l'intérêt des étrangers pour le problème des crottes de chien sur les trottoir... Non, je ne rigole pas : encore une fois, on essaye de nous faire la morale pour que les parisien fasse faire caca à leur chien dans les caniveaux ! Enfin bref, on commence à avoir l'habitude, après Stephen Clark et ses éternelles remarques dans God save la France !
Ceci mis à part, L'extraordinaire histoire de Fatima Monsour est un petit conte de fée moderne, l'histoire d'une femme que la vie n'a pas gâtée et qui, par le hasard des rencontres et de la vie va se créer une communauté dans son pays d'émigration et finir par voir la chance tourner en sa faveur... Alors c'est vrai que certains vont dire "Marre des livres gentillets bourrés de clichés", et c'est d'ailleurs ce que je me suis dit après avoir lu quelques pages. Et puis au final, quand on accepte de se laisser entraîner dans le sillage de cette femme comme on aimerait tous en croiser dans nos cages d'escaliers, la magie peut enfin opérer et l'on en redemande... Encore un loukoum ou une corne de gazelle, confiseries arabes si douces et si sucrées, comme ce livre qu'on referme avec une pointe de déception, mais un vague sourire aux lèvres !
Ah, avant de vous laissez tranquille, un conseil : ne vous arrêtez pas au fait que Douglas Kennedy s'affiche en couverture et parle d'"une perle rare, un roman subtil et savoureux"... Oui, la nouvelle mode, c'est de se faire sponsorisé par ses copains, visiblement...
A lire aussi : Pour Solenn, le roman est "plein de louables intentions, mais on frôle souvent l'overdose" ; Cuné "avale tout sans sourciller et [...] en redemande, si Dieu le veut !" ; Sylire conclut qu'il s'agit d'une "lecture plutôt agréable pour rêver d'un autre monde" ; et pour Bab's, c'est "un conte écrit avec espiéglerie" !
Texte © Miss Alfie 2009.
Images L'extraordinaire histoire de Fatima Monsour, Joanne et Gerry Driansky, Éditions Héloïse d'Ormesson (2009).
21 juillet 2009
Péripéties raillesques et achats littéraires
Ceux qui sont attentifs et qui lisent tout ce que je publie sur ce blog auront peut-être vu pendant ce week-end que mon Blog-It-Express (la chose située en haut, dans la colonne de droite, où je vous raconte régulièrement ma vie mais que pour rien au monde je supprimerai en raison de motifs tout personnels m'attachant au Blog-It-Express...) annonçait un week-end breton et deux bouquins dans le sac, Genesis de John Case et De la beauté de Zadie Smith.
Mais avant de vous parler de Genesis que j'ai terminé vendredi soir, exténuée, à près d'une heure du matin, mais impatiente de lire les trois pages que je n'avais pas eu le temps de finir avant l'ouverture des portes du train, je voudrais juste exceptionnellement pour faire un rapide récit de mes aventures raillesques... Parce qu'un week-end comme ça, il faut le faire...
Rappelons que l'objectif de ce week-end était de fêter l'anniversaire de ma meilleure amie dans un petit village entre Nantes et Angers (on prend une carte de France, on regarde... C'est bon ?... Je continue...) sachant que je réside dans le Doubs (oui, je sais, on connaît beaucoup moins, alors on reprend la carte de France... Oui, là, tout à droite, près de la Suisse...) et que je passais par Rennes (quoi, y a encore des gens qui connaissent pas Rennes ?! OK, je suis pas objective, je le reconnais !). Pour ce trajet, j'avais donc opté pour un aller-retour en train jusqu'à Rennes, puis un véhiculage en voiture par d'autres amies pour la soirée en Loire-AtlantiqueLoire-Atlantique.
C'est donc sous un ciel gris plomb que j'ai quitté vendredi ma belle Franche-Comté aux alentours de 13h, histoire d'arriver pour 19h sur Rennes. Tout s'est aussi bien passé que peut se passer un voyage dans un TGV poussiéreux quand, une vingtaine de minutes avant d'arriver sur Paris, la voix du contrôleur tira l'ensemble du train de sa torpeur en annonçant un retard d'une heure trente à deux heures en raison "d'un accident de personne", terme employé par la SNCF pour parler d'un suicide... Un soucis n'allant pas seul, aucune de ces chers messieurs prompts à mettre une amende à qui oublie sa carte de réduction n'a pris la peine de nous renseigner sur les horaires des correspondances, chose d'autant plus inquiétante pour Bibi que lorsque l'on traverse ainsi la France, il faut aussi traverser Paris et changer de gare (mon record personnel s'établissait jusqu'à vendredi à une petite demi-heure)... Et vous imaginez bien que quand votre train arrive finalement vingt minutes après l'heure où vous deviez repartir, à moins de disposition un remonte-temps ou d'un portoloin, il y a peu de chance d'arriver à l'heure... Après une course aux renseignements pour obtenir un papier me permettant de prendre un autre train pour la Bretagne, je décidai de tenter de battre mon record personnel et arrivait en moins de 25 minutes à la gare Montparnasse, tandis que la voix du métro demandait à l'ensemble des passagers de bien vouloir descendre du métro pour cause d'incident technique... (m'en foutais en fait, j'étais arrivée à destination) Quelques pas plus tard, haletante, sous l'oeil amusé du contrôleur fort gentil (oui, visiblement il y en a des aimables et des sympas, comme des très stupides et très désagréables...), je pus prendre un train pour Rennes, une heure plus tard que prévu... Pas si catastrophique au final, même si le dit train était bondé et qu'il aura fallu une dame refusant de s'éloigner de sa valise pour que je puisse avoir une place assise.
Tout aurait pu s'arrêter là. Mais quand j'ai la poisse, je l'ai jusqu'au bout, et comme m'a dit une copine, là où je passe, les gens trépassent... C'est sûrement vrai puisqu'hier, alors que mon train devait quitter la gare de Rennes vers 11h25 pour me permettre d'arriver vers 17h dans ma belle Franche-Comté, un nouvel "accident de personne" obligea le train dans lequel j'avais posé mon derrière à faire un détour de deux heures avant de me mener à Paris... Et là, vous voyez bien le topo à nouveau : les horaires à avoir, le billet à changer, la correspondance à faire... Et comme je suis veinarde et qu'en plein après-midi, les TGV pour chez moi ne courent pas les rues, je pus fouler le sol bisontin à 20h, soit trois heures après l'heure prévue...
Ah oui, et puis pour couronner le tout, comme les "accidents de personne" ne sont pas du fait de la SNCF, faut même pas compter obtenir un dédomagement, qu'ils répétaient partout et à qui voulait l'entendre...!!! Je pense que la dame devant moi qui expliquait au contrôleur que son rendez-vous venait d'être annulé sur Paris à cause du retard devait être très contente d'avoir manqué un contrat et d'entendre les excuses plates de la SNCF !
Enfin bref, tout ça pour dire que mon escapade de samedi dans les allées de livres de mon magasin préféré furent bénéfiques parce que vu l'état d'énervement dans lequel je me trouvais, De la beauté n'était pas du tout adapté, et je pus récupéré le dernier polar de Brigitte Aubert, Projections macabres, qui faisait parti du trio acquis, les deux autres étant La bâtarde d'Istanbul d'Elif Shafak et Délivrez-moi ! de Jasper Fforde. De quoi me consoler de ces péripéties !...




