Miss Alfie, croqueuse de livres

Un livre, une histoire, une critique pour une bibliophage avertie !

21 octobre 2009

Oscar Wilde et le jeu de la mort

oscar_wilde_et_le_jeu_de_la_mortQuelques années après sa première aventure, voilà Oscar Wilde et ses amis de retour. Ayant décidé de créer le Club Socrate pour passer ses soirées mornes du dimanche, Wilde réunit cette fois 14 convives et leur propose de jouer au "jeu de la mort". La règle consiste à désigner une personne que l'on souhaiterait tuer... Mais le jeu vire au cauchemar lorsque les premières victimes apparaissent... Cauchemar d'autant plus angoissant pour Wilde que son nom et celui de son épouse figurent au bas de la liste... L'enquête commence pour Oscar Wilde et Robert Sherard...

Après Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, Gyles Brandreth nous propose à nouveau de mener l'enquête en compagnie du dandy écrivain le plus célèbre de son époque. On retrouve avec plaisir la famille Wilde, cette fois plus présente il m'a semblé. Vivian et Cyril, les deux fils de Wilde, ne sont plus des personnages fictifs mais parlent et sont des acteurs à part entière de certaines scène. Le personnage de Constance, l'épouse d'Oscar, gagne également en épaisseur à mon avis puisqu'elle passe du rôle d'épouse à celui de militante, aspect de sa personne qui ne m'avait pas frappé dans le volume précédant. En revanche, côté famille, on ne pourra pas échapper à la fuite d'Oscar Wilde de son domicile et de son attrait de plus en plus flagrant pour les hommes. Son personnage le dit lui même : il n'aime plus Constance, elle apparaît plus comme sa meilleure amie que comme son épouse.

Côté entourage, c'est avec plaisir qu'on retrouve également Arthur Conan Doyle et que l'on découvre ses réflexions concernant la mort probable qu'il souhaite donner à son personnage central, Sherlock Holmes. Que ce soit au sujet de cet auteur, ou au sujet de Walter Sickert, Robert Sherard ou encore Bram Stocker, on ne peut que noter les références aux faits réels dont nous abreuve Brandreth : Conan Doyle tua effectivement Holmes en 1893... avant de le rescussiter quelques années plus tard. De même, au début du roman, il est fait référence aux soupçons qui ont pesé, et pèsent encore pour certains, sur le peintre Walter Sickert qui a été accusé d'être le fameux Jack l'Eventreur. Quant à Bram Stocker, on devine que Dracula n'est pas loin dans sa tête... Bref, autant de références historiques et culturelles qui ne peuvent que rendrent encore plus réelle cette histoire.

Ceci dit, une fois dégagée de ces références au demeurant fort sympathique, soyons clair : l'enquête ne casse pas quatre pattes à un canard. Le coupable est facilement identifiable dès les 2/3 du roman découverts, et à l'inverse, des choses plus énigmatiques auraient pu être introduites...

Un troisième épisode est sorti en langue anglaise. Je réserve pour l'instant mon verdict quant à ma décision de lire ou non la suite... Peut-être, par simple curiosité, pour continuer ma rencontre de cet auteur excentrique et mystérieux qu'était Wilde...

A lire aussi :
Catherine a "beaucoup aimé ce roman" ;
Alwenn "n'attend plus qu'une chose : la suiiiiite !".

Texte © Miss Alfie 2009.
Image Oscar Wylde et le jeu de la mort, Gyle Brandreth, Éditions 10/18
(2009).

 

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14 septembre 2009

Le carrefour des Ecrasés

carrefour_des_ecrases1891. Victor Legris tient toujours sa librairie avec son ami Kenji Mori. Un matin, on leur apporte un soulier rouge au fond duquel une carte avec l'adresse de la librairie sert de semelle. Ce même jour, on  découvre le cadavre d'une jeune femme vêtue de rouge au visage vitriolé. Accompagné de Joseph, Victor s'embarque rapidement dans une nouvelle aventures, au grand dam de Tasha.

Troisième opus de la série des enquêtes de Victor Legris par Claude Izner (après Mystère rue des Saints-Pères et La disparue du Père Lachaise), voilà la fine équipe de la librairie qui revient pour nous entraîner dans le Paris du XIXe. On retrouve bien sûr Victor et Tasha, plus ou moins en ménage, Kenji dont les "cachotteries" des premiers opus vont être mises à jour, et Joseph, le commis dont la place grandit au fil de chaque roman. Les personnages qui semblaient secondaires au début du premier volume gagnent en effet en consistance au fur et à mesure de chaque enquête. Tasha, par exemple, prend de l'assurance, apparaît comme une femme très moderne pour son époque et nous entraîne dans les cafés de Montmartre. De même, Joseph devient un enquêteur à part entière, aussi investi dans l'intrigue que Victor, et de sa passion pour les faits divers qu'il consigne dans son petit carnet va finir par naître un joli projet.

Ceci dit, bien que ce soit avec plaisir que j'ai retrouvé les personnages centraux de ces histoires, j'avoue m'être un peu embrouillé les pinceaux en raison de la lecture, il y a à peine quelques semaines, du troisième opus de la série de Brigitte Aubert, Projections macabres. Et si les personnages et les intrigues sont bien différentes, le contexte est tellement proche d'un point de vue historique que je me suis parfois embrouillée... Il faut dire aussi que les romans de Brigitte Aubert mettent en scène des personnages réels à foison, et que me retrouver à nouveau au Moulin Rouge avec La Goulue m'a semblé étrange... Je n'aurai pas été surprise de me trouver nez à nez avec Louis Denfert au détour d'une page...

Par ailleurs, j'avoue être restée sur ma faim et avoir ressenti une impression de "déjà vu" à la lecture de la fin de l'intrigue... Si les auteurs décident systématiquement de cacher le meurtrier dans l'entourage des personnages, cela va finir par me lasser... Du coup, je tenterai peut-être le quatrième volet d'ici quelques temps, histoire de vérifier que mon impression de "déjà vu" n'est qu'une impression idiote, mais il va falloir que ce quatrième volet m'épate malgré tout pour que je poursuivre cette série sans m'essouffler !

Texte © Miss Alfie 2009.
Image Le carrefour des Ecrasés, Claude Izner, Éditions 10/18
(2003).

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19 août 2009

Le Roman du Roi Arthur

aerthurDeux tomes pour raconter la légende arthurienne : la naissance et les pouvoirs de Merlin, Arthur qui découvre Excalibur, son mariage avec Guenièvre, l'enfance de Lancelot du Lac avec la Dame du (fameux) Lac, les aventures des chevaliers de la Table Ronde, de Perceval à Galaad en passant par Gauvain, Bohort ou Mordred et évidemment la quête du Graal.

J'aime beaucoup la légende arthurienne. Il ya dans cette histoire un je-ne-sais-quoi d'absolument fascinant. Donc j'aime à lire ou voir tout ce qui s'y rapporte, des différentes séries de BD à la série Kaamelott en passant par les longs-métrages Arthur d'Antoine Fuqua (décevant) ou Holy Grail des Monty Python (cultissime). Là, ma chère et tendre (et donc proprio des lieux, hein, moi, je fais que squatter) m'a offert la version qui se veut officielle de la légende puisqu'elle rassemble les différentes sources, de Chrétien de Troyes à Robert de Boron. Quand j'ai vu ce beau cadeau, je me suis "Cool ! Mais le vieux françois, moi, je sais pas lire !" Rassurez-vous, c'est écrit en vrai français, certes très châtié mais en vrai français.

Evidemment, pour mieux ingérer ces deux pavés, évitez toute référence à une quelconque oeuvre antérieure. Oubliez Kaamelott et ses chevaliers couards et idiots, ici, la chevalerie est prise au sens noble du terme. L'honneur est au centre des relations. Les tournois sont là pour montrer la supériorité des chevaliers. Lancelot est un peu le meilleur à ce jeu mais s'il n'avais pas tendance à reluquer les nanas d'un peu trop près, il aurait été l'élu pour la quète du Graal. Oubliez l'humour de la série ou des Monty Python, ici, on ne rigole pas. C'est sérieux de chercher la meilleur chevalier du monde ou le Graal, quoi ! Oubliez le rôle essentiel de Merlin que mentionne à peu près toutes les histoires. Il n'a ici qu'une place mesurée, au début de l'histoire quand il s'agit de guider ces chevaliers vers la lumière.

Une fois que vous avez fait place nette de tous ces clichés, vous pouvez vous plonger dans cette fantastique histoire que l'on peut découper en quatre sous-tomes : la naissance des chevaliers de la table ronde, le meilleur chevalier du monde, la quête du Graal, la fin des temps aventureux. En effet, tout ne s'arrête pas avec la découverte du Graal (parce qu'ils le trouvent, hé ouais ! Mais je vous dirai pas qui, hein...). Derrière, Arthur découvrant que sa connasse de Guenièvre a cédé aux avances du bellâtre Lancelot, s'engage dans une voie qui mènera à la destruction du royaume de Logres.

Au final, on a à faire ici avec un ouvrage majeur rassemblant les différentes versions de la légende arthurienne. Le découpage en courts chapitres permet une lecture aisée. Il est également amusant de faire le parallèle entre les personnages qui sont décrits dans cette oeuvre et leur "avatars" que l'on peut voir dans d'autres versions. Je conseille donc aux amateurs la lecture de cet ouvrage de deux tomes (en version poche).

Texte © Guigzz 2009.
Image Le Roman du Roi Arthur, Xavier de Langlais, Éditions Coop Breizh (2005).

31 juillet 2009

Projections macabres

projections_macabresMai 1897. Alors que Louis Denfert se rend au Bazar de la Charité retrouver sa compagne, l'actrice Camille de Saens, à une vente de charité, un incendie se déclare dans le local du cinématographe, provoquant panique et morts parmi les personnalités venues assister à cet évènement. Accompagné d'Emile Germain, l'ancien militaire, Louis va aider leur ami Albert Féclas, médecin légiste, à sortir les corps des décombres, et tomber sur un cadavre pour le moins étrange : un meurtrier aurait-il profité de l'incendie pour cacher son méfait ? Sur fond de conflit entre l'Eglise, les Francs-Maçons et les satanistes, Louis et ses amis vont se retrouver à Aix-les-Bains sur la piste d'un tueur en série aux procédés bien étranges...

Après Le miroir des ombres et La danse des illusions, Brigitte Aubert revient pour nous proposer une troisième aventure du journaliste-enquêteur au coeur du monde naissant du septième art. Au delà du style, qui ne change guère, il m'a semblé que ce troisième opus était encore plus truffé de personnages réels que les précédents... Il faut dire aussi qu'à nous entrainer dans le sillage de Léo Taxil, écrivain de l'époque, et de son"célèbre" canular, elle nous plonge en plein dans les discussions de l'époque autour de la Francs-maçonnerie, secte sataniste ou non (vous trouverez à la fin de l'article deux liens donnant quelques éléments de compréhension, notamment aux futurs lecteurs, ces infos étant rapidement données dans le livre). Une fois de plus, le tour de force de Brigitte Aubert est d'introduire des éléments historiques au sein de sa fiction... Avec, ceci dit, parfois quelques lourdeurs lorsque les personnages se retrouvent à citer des extraits d'auteurs...

Ce petit bémol mis à part, il est toujours agréable de retrouver les personnages que l'on suit depuis le début. Six ans se sont écoulés entre le premier épisode et celui-ci, et je reprocherai peut-être un peu à l'auteur de ne pas forcément faire évoluer ses personnages. Les deux qui semblent le plus "changer" entre chaque opus sont Albert Féclas et Camille de Saens, tous deux par le biais de leur rôle sur la scène culturelle.
Culturellement d'ailleurs, c'est quand même avec beaucoup de plaisir que l'on voit apparaitre au détour d'une rencontre au casino un monsieur accompagné de son fils qui s'avèrent être Sacha Guitry... De même, après La Goulue dans le précédent épisode, c'est Mistinguette ou la Polaire, deux artistes de music-hall célèbres à l'époque qui apparaissent dans l'ombre de nos héros.
Ces personnages historiques, ajoutés à la précision avec laquelle Brigitte Aubert décrit l'environnement et les progrès de la fin du XIXe siècle font de ce roman policier un vériable voyage dans le temps !

Pour en savoir plus sur Taxil et son canular (sur Wikipédia) :

Texte © Miss Alfie 2009.
Images Là-haut, Pete Doctor et Bob Peterson
(2009).

05 juillet 2009

L'espion du pape

L_espion_du_papeEn 1207, Innocent III, pape de la chrétienté, s'inquiète de l'expansion depuis le sud-ouest de la France de l'hérésie cathare. Souhaitant éviter une guerre interne, il mande son espion le plus sérieux, StranieriStranieri, et le charge d'aller négocier avec le roi de France, le comte de Toulouse et d'infiltrer une société secrète pour ramener dans le giron des catholiques ces cathares. Au côté de frère Yong, son chemin va croiser celui de cathares, de chrétiens, et il tentera jusqu'au bout d'éviter l'inévitable.

Deuxième roman co-écrit par Philippe Madral et François Migeat, L'espion du pape nous entraîne dans le monde des croisés et des guerres de religion. Avec leur parcours professionnel, ces deux écrivains ne pouvaient nous fournir qu'un livre très précis d'un point de vue historique. Leur tour de force est de réussir à conjuguer à la perfection cette précision historique et la fiction romanesque qui se déroule au fil des pages.
D'un point de vue historique, tout à chacun pourra vérifier que Pierre de Castelnau était bien le légat d'Innocent III chargé de ramener les hérétiques dans "le droit chemin" ; que plusieurs discours contradictoires animés, entre autre, par frère Dominique et l'évêque d'Osma ont été organisés à cette période là, dont un à l'abbaye de Fontfroide qui était alors réputée pour l'appui qu'elle apportait aux catholiques ; qu'Innocent III et Philippe Auguste, roi de France, étaient en froid depuis que le pape avait refusé au début de son mandat d'annuler le mariage du roi avec IngeburgeIngeburge du Danemark... Nombreux sont les exemples d'événements évoqués dans le livre et dont j'ai retrouvé une trace dans les textes historiques, renforçant le réalisme de ce roman historique d'espionnage.
Côté fiction, les auteurs ont su marier les recettes pour en faire un excellent roman estival, entre Histoire et romance. Car si l'on suit les guerres idéologiques et dogmatiques, on suit également les idylles naissantes, emprisonnant leurs protagonistes entre deux religions... Cependant, les personnages sont un peu simplistes dans leur description, un peu caricaturaux, les gentils très gentils et les méchants très méchants... On sent un début de complexité dans les personnages de StranieriStranieri, doutant de sa foi, et de Touvenel, ne sachant en quoi croire, mais leur psychologie aurait justement pu être un peu plus fouillée et complexifiée. En revanche, après les articles que j'ai pu lire et qui parlaient des cathares en dès termes et descriptions plutôt négatifs, ce roman nous offre une vision plus légère, plus pacifiste, semblant conspuer ces catholiques déterminés à tout pour démasquer et convertir les hérétiques.
Écrit dans un style fluide, enrichi par d'"anecdotes" historiques véridiques, assaisonné d'une pointe de chevalerie, L'espion du pape nous entraîne à la veille de la croisade contre les cathares dans un roman à savourer sous le parasol.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont et à BOB pour cette proposition de lecture.

A lire aussi : L'avis d'Yv qui souligne aussi l'aspect instructif et distrayant du roman.

Texte © Miss Alfie 2009.
Image L'espion du pape, Philippe Madral et François Migeat, Éditions Robert Laffont (2009).

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23 mars 2009

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles

978226404855431 août 1889. Un homme arrive dans une maison, pressé. Il grimpe les escaliers, ouvre une porte et se retrouve face au plus terrible des spectacles : un jeune homme égorgé, dont le corps gît, entouré de bougies, dans une atmosphère baignée d'encens. Cette homme, effaré par le spectacle, c'est l'écrivain Oscar Wilde. Devant lui, l'une de ses connaissances, le jeune Billy Wood. Aidé de son ami et futur biographe, Robert Sherard, Oscar Wilde va avoir à coeur de découvrir le terrible assassin.

Cela faisait bien longtemps que ce titre de Gyles Brandreth trônait dans ma liste à lire, et il aura fallu une journée au salon du livre de Paris pour que je craque et que je le ramène. Tout, dans ce roman, m'attirait : la couverture aux couleurs acidulées, l'idée de mettre en scène de manière fictive un écrivain célèbre, me retrouver à nouveau à Londres à la fin du 19e siècle... Tout m'inspirait, et je ne suis pas déçue !
Je n'ai, je l'avoue, jamais lu d'ouvrages d'Oscar Wilde, même pas le "fameux" portrait de Dorian Gray. Cela m'aurait peut-être donné plus de billes pour comprendre les subtiles références qui sont faites au cours du livre à l'oeuvre de l'écrivain anglais à scandales, mais j'avoue que cela ne m'a en rien déstabilisé. Au contraire, ce fameux roman est évoqué tout au long du livre puisqu'Oscar le rédige tout en menant l'enquête. Et en entendre parler ainsi m'a presque donné envie de m'y plonger. En attendant, au delà des biographies officielles, cette manière de mettre en scène des personnages réels, et parce que Gyles Brandreth connaît parfaitement le monde d'Oscar Wilde, permet de mieux connaître et mieux comprendre une figure de la littérature haute en couleurs.
Quant à l'enquête, ce fut un vrai régal... Contemporains, Oscar Wilde et Arthur Conan Doyle le sont. Mais ils étaient aussi amis, tout autant dans la vraie vie que dans la fiction que Gyles Brandreth nous offre. Une fiction où Sherlock Holmes n'est jamais loin puisqu'en bon admirateur du travail de son ami, Oscar Wilde compte résoudre l'énigme qui l'occupe en appliquant les méthodes du célèbre inspecteur : observation et déduction. En grande admiratrice de l'oeuvre de Conan Doyle, même si je n'en ai jamais parlé ici il est vrai, ce fut un véritable régal que de replonger dans la structure d'une oeuvre où l'on découvre peu à peu des indices, et qui se termine par une démonstration finale, "à la Sherlock Holmes" ! Mais aussi d'en apprendre un peu plus sur le père du détective, père qui me faisait étrangement penser à son fameux acolyte, le docteur Watson...
L'inspiration holmesque de Brandreth est donc indéniable, ne serait-ce que dans la manière de présenter Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, puisque Robert Sherard fait office de docteur Watson, relatant les aventures de son ami et mentor.
Deux petits bémols cependant. Tout d'abord, certaines expressions, ou certains mots (je pense à "comme si nous avions flirté à un enterrement", page 338), qui m'ont étonné par leur modernité... Existaient-ils déjà à la fin du 19e ?... Malgré tout, rien à redire dans l'ensemble !... Si ce n'est que par principe, comme je refuse d'acheter ces nouveaux 10/18 qui sortent en grand format, je vais être obligée d'attendre une année pour lire la suite qui vient de sortir en France, Oscar Wilde et le jeu de la mort, en espérant que ce deuxième volet sera à la hauteur du premier... En attendant, ne reste plus qu'à découvrir ce fameux Dorian Gray et, pourquoi pas, à retrouver monsieur Holmes !

A lire aussi : Les avis, tous très enthousiastes, d'Estampille, Wictoria, Emeraude, du Bookomaton ou encore d'Hydromielle !

Texte © Miss Alfie 2009.
Image Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, Gyles Brandreth, Éditions 10/18 (2008).

14 mars 2009

Mystère rue des Saints-Pères

Mystere_rue_des_saints_peresParis, 1889. Toute la ville est en effervescence en cette fin de mois de juin : l'exposition universelle entraîne les visiteurs d'un bout à l'autre de la planète. Clou de l'exposition, la Tour Eiffel accueille chaque jour des milliers de visiteurs. Mais peu à peu, l'angoisse commence à habiter les touristes : des abeilles tueuses rôdent et tuent les visiteurs de la Tour... Victor Legris, libraire et enquêteur à ses heures perdues, va tenter de percer le mystère qui semble toucher même ses proches. De la belle Tasha au mystérieux Kenji Mori, tout le monde est suspect...

Volontaire sur BOB, c'est bien, mais c'est ennuyeux ! Car cela fait découvrir de nouveaux bouquins que l'on s'empresse d'aller dénicher ! C'est comme ça que je suis tombée sur cette série de Claude Izner mettant en scène un libraire parisienne à la fin du 19e siècle. Et quel ne fut pas mon plaisir ! Car Claude Izner nous entraîne dans la foule grouillante du Paris qui s'éveille à la fin du 19e. On y découvre les ruelles de Montmartre et ses ateliers d'artistes, le Champ de Mars grouillant de l'exposition universelle... Bref, le Paris du Progrès !
Dans la même veine que les aventures de Louis Denfert de Brigitte Aubert, cette série de Claude Izner mêle la grande Histoire au roman, lui donnant du corps et de la réalité. Les personnages sont attachants et l'on devine à la fin du premier opus qu'il faudra attaquer La disparue du Père Lachaise pour savoir ce que va devenir Victor, son commis Joseph, son associé Kenji, mais aussi la belle Tasha !
Malgré l'écriture à quatre mains (Claude Izner étant en fait le pseudonyme de deux soeurs), le style est fluide et léger, parsemé d'argot parisien. Certes, il ne s'agit pas d'un grand roman, au cours duquel se déroule une métaphore filée ou évoquant la question des femmes en Inde (tout renvoi à un billet précédant serait totalement... calculé !). Mais n'est-il pas agréable de temps à autre de se plonger dans des romans que l'on pose le soir à regret, sur lequel on s'endort tant on refuse de le lâcher et que l'on finit un samedi matin sous la couette ?...
En résumé, un policier historique comme je les aime, sans prétention, mais qui a malgré tout obtenu le prix du roman policier francophone en 2003, le prix Michel Lebrun !

A lire aussi : Les avis de Bel Gazou et Wictoria.

Texte © Miss Alfie 2009.
Image Mystère rue des Saints-Pères, Claude Izner, Éditions 10/18 (2003).

22 janvier 2009

La part de l'autre

9782253155379FSQui serait devenu Adolph Hitler s'il avait été accepté à l'école des beaux-arts de Vienne ? Un homme fondamentalement différent. Du moins, c'est la théorie qu'Eric-Emmanuel Schmitt développe dans son roman.

On peut se demander ce que cherche Eric-Emmanuel Schmitt. Après avoir revisité l'évangile et l'histoire de Ponce Pilate, le voilà qui s'attaque à une figure indéfendable de l'Histoire du vingtième siècle. Mais Hitler est-il si indéfendable ? Et si l'homme qu'il est devenu existait en chacun de nous ? C'est finalement, la théorie de cet écrivain philosophe. Et aussi étrange et déstabilisant que puisse être cette uchronique, on ne peut en ressortir indemne.
Déstabilisante, elle l'est déjà de part sa narration. En commençant La part de l'autre, je pensais n'avoir à faire qu'au Hitler de fiction. Mais non : on découvre en parallèle celui qui est devenu le tyran que nous connaissons tous, et celui qu'aurait pu devenir ce jeune étudiant se présentant à l'école des beaux-arts de Vienne. Il faut donc au départ bien situer qui est qui et qui va devenir qui. Une petite subtilité, cependant, utilisée par l'auteur : le "gentil" sera appelé par son prénom et le "méchant" par son nom, brut, sans "monsieur" devant, sans aucun prénom, sans aucun titre militaire. Juste "Hitler".
Ce roman est aussi très déstabilisant car il est extrêmement documenté. On est à la limite de la biographie du fürher. Eric-Emmanuel Schmitt semble s'être beaucoup renseigné pour coller au plus près de la personnalité et des événements marquant de la vie d'Hitler. Parallèlement, il réinvente l'Histoire du vingtième siècle, partant du postulat que le règne d'Hitler, s'il n'a pas complètement changé le cours de l'Histoire, a quand même entraîné d'énormes modifications (seconde guerre mondiale, création de l'Etat d'Israël...). Dans l'uchronie, une guerre éclate, mais pas dans le même cadre, ni avec les mêmes conséquences. De même, la communauté juive rêve d'un Etat israélien, mais rien n'aboutit... Cependant, n'allez pas croire qu'EES réinvente totalement l'Histoire ! Non, il éclate bien une guerre dans les années quarante et le communisme "menace" l'occident !
En revanche, cette partie fictive m'a presque plus déstabilisée que l'histoire véritable du Fürher... Peut-être par l'aspect manichéen de la théorie de l'auteur... Oui, j'avoue, je n'arrive pas à croire qu'un homme puisse être si différent... Peut-on vraiment avoir d'un côté un dictateur mégalo, imbu de lui même, amoureux d'une nation, prêt à tout pour la défendre, se considérant le sauveur de son peuple, prêt à faire la guerre pour libérer son peuple du joug sioniste, et de l'autre un peintre peu sûr de lui, épousant une jeune femme juive, plutôt pacifiste, cherchant simplement à être heureux et à rendre les autres heureux ?... Et une simple réponse administrative à un concours peut-elle provoquer tant de changements ?...

En tout cas, ce livre ne peut laisser indifférent car il nous renvoie au fait qu'en chacun de nous, en tout homme, sommeille le meilleur et le pire... Et je souhaiterai terminer cette note par une citation qui me semble bien résumer les deux personnages de ce livre :

"N'arrête pas de douter, c'est ce qui fait ce que tu es. Un homme fréquentable. Cela te donne un sentiment d'insécurité, certes, mais cette insécurité, c'est ta respiration, ta vie, c'est ton humanité. Si tu ne voulais pas en finir avec cet inconfort, tu deviendrais un fanatique. Fanatique d'une cause ! Ou pire : fanatique de toi-même !"

A lire aussi : Le recensement de BOB et les avis d'Epicure, de Laurence, d'Aude, de Blandine ou encore de Phil.

Texte © Miss Alfie 2009.
Image La part de l'autre
, Eric-Emmanuel Schmitt, Éditions Livre de poche (2003).

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20 décembre 2008

Fille du destin

9782253152453FSEn 1932, Éliza est recueillie par Rose Sommers qui convainc son frère, Jérémy, responsable de la succursale de ValparaisoValparaiso d'une société de négoce britannique, d'élever le bébé comme sa propre fille. Éliza va recevoir l'éducation des colons britanniques et s'épanouir dans sa famille adoptive, auprès d'une jeune femme aux secrets cachés derrière un célibat choisi, d'un oncle navigateur qui la couvre de présents lors de ses passages à terre et de Mama Frezia, une indigène partagée entre ses coutumes ancestrales et le respect des croyances catholiques. 16 ans plus tard, la jeune femme qu'elle est devenue va s'éprendre d'un des employés de son oncle qui la quittera bien vite en espérant faire fortune en Californie, nouvel état américain où l'on découvre des gisements d'or.
Enceinte, la jeune femme va s'embarquer avec l'aide de Tao Chi'en, un Chinois, médecin et cuisinier de fortune sur les voiliers, pour partir à la recherche de son amoureux dans un état sans droit, où se côtoient des gens de toutes nationalités, très peu de femmes, et où la soif de l'or fait affluer quotidiennement des milliers de paysans désespérés.

Premier roman que je lis d'Isabel Allende, Fille du destin m'a entraîné dans un pays que je connais très mal, le Chili, à l'époque de la ruée vers l'or et à l'aube de transformations majeures dans le monde. On y découvre par le biais du personnage de Tao la culture chinoise et l'installation de la communauté chinoise à San Francisco, ville des USA qui accueille toujours l'une des plus importante communauté chinoise de nos jours, par le biais de Mama Frezia la culture chilienne traditionnelle, ses rites et ses mélanges d'épices et de saveurs, par le biais des Sommers la rigidité britannique et l'importance vitale donnée aux apparences et enfin, à travers Éliza, le destin d'une femme à l'heure de l'émancipation, des pionnières et des premières effluves de liberté.
De ValparaisoValparaiso aux grands espaces de Californie, de l'arrivée des colons britannique au Chili au développement de la Côte Ouest américaine, Isabel Allende nous propose un véritable tourbillon de sens et de découvert en moins de 500 pages. Et c'est peut-être le point noir de ce roman : son aspect condensé. Car les personnages secondaires sont multiples mais en même temps fort intéressant et toujours utiles à la narration, il convient de ne pas décrocher au début de l'histoire, sous peine de se sentir un peu largué au fil des chapitres, d'autant que certains, et pas des moindres, changent de noms ! Ceci dit, si vous aimez les romans d'amour, d'histoire et d'aventures, vous serez servis car Fille du destin est en tout point conforme à ces caractéristiques !

A lire aussi : L'avis de Bébange.

Texte © Miss Alfie 2008.
Image Fille du destin, Isabel Allende, Éditions Livre de poche (2002).

19 décembre 2008

Lyon secret et insolite

Sans_titre"Les trésors cachés d'une mystérieuse", tel est le sous-titre de ce guide touristique de Lyon tout à fait charmant. Arrondissement par arrondissement, Gérard Corneloup nous fait découvrir quelques petites merveilles d'une ville où l'Histoire se raconte à tous les coins de rues, de traboules en montées d'escalier, de places en statues, de murs peints en demeures toutes plus surprenantes les unes que les autres. Illustré par Gérard Amsellem, ce guide est avant tout un beau livre à offrir à tous les amoureux de la capitale des Gaules.
Pour celui qui ne connaîtrait pas cette merveille architecturale et historique, le livre pourrait apparaître peut-être un peu rébarbatif, mais il comblera ceux qui ont déjà découvert la Place Bellecour, la colline de Croix Rousse ou les quais de Saône.

Texte © Miss Alfie 2008.
Image Lyon secret et insolite, Gérard Corneloup et Gérard Amsellem, Éditions Les beaux jours (2007).

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