Rosa Candida - Audur Ava Olafsdottir
Quelques mois après le décès de sa mère et la naissance de sa fille, Arnljotur prend la route du sud avec quelques boutures de rose pour aider à la restauration d'une roseraie mythique.
J'en ai mis du temps, avant de me laisser convaincre de me plonger moi aussi dans un roman sur lequel j'avais vu passer moult articles chez les copinautes. Ma libraire sera revenue plusieurs fois "à la charge" en m'invitant sincèrement à tenter le coup. Et puis finalement, sa sortie en poche m'aura donné l'opportunité de me plonger dans un roman qui aurait fait, si j'en crois le bandeau orange ajouté par l'éditeur, déjà 100000 heureux...
Au final, je ne regrette pas d'avoir tenté le coup et de m'être plongée dans ce roman. Audur Ava Olfasdottir nous livre ici une sorte de conte initiatique. En suivant Arnljotur dans son road movie vers le monastère qui abrite la roseraie, au fil des rencontres qui vont parsemer son chemin, grâce à l'arrivée de la mère de sa fille et de cette dernière, le jeune homme va peu à peu apprendre. Apprendre à vivre. Apprendre à aimer. Apprendre à se confier. Apprendre le quotidien.
Ces quelques centaines de pages sont aussi le récit d'un deuil, celui d'une mère morte accidentellement et bien trop rapidement. On découvre un père qui ne sait vivre sans son épouse et doit lui aussi ré-apprendre, un frère jumeau autiste qui perçoit les choses sans pouvoir les décrire ou les exprimer, et un fils qui va devoir faire entendre à son père que le jardinage n'est pas qu'une passion du dimanche.
A travers les rencontres que le jeune islandais va faire, à travers ses conversations avec son père resté au pays, dans un pays qui ne sera jamais cité, on apprend le passage dans l'âge adulte, la responsabilité d'être parent, le poids de la transmission, le tout dans un récit délicat et poétique, aussi doux que les pétales de la Rosa Candida.
Une très belle découverte, tout en subtilité.
Texte © Miss Alfie 2012.
Édition présentée : Rosa Candida, Audur Ava Olafsdottir, traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, Éditions Points, 2012, 333 pages.
Mousse légère aux framboises
L'été approche doucement, et avec la saison des framboises. L'avantage de cette recette est qu'elle peut être réalisée avec des framboises surgelées pour profiter toute l'année de saveurs ensoleillées... Elle est issue de l'un des opus de Oui chef ! de Cyril Lignac.
Pour cette recette, prévoir :
- 500 grammes de framboises fraiches ou décongelées
- 4 feuilles dé gélatine
- 70 grammes de sucre en poudre
- le jus d'un demi citron
- 20 centilitre de crème fraiche entière liquide
A noter avant de vous lancer dans la réalisation de cette recette qu'il faut compter 4 heures de réfrigération après l'avoir réalisée avant de pouvoir déguster les mousses.
Mixez les framboises pour obtenir une purée liquide. Si vous avez un peu de temps, passez la purée au chinois pour filtrer les pépins.
Pendant ce temps-là, faites tremper cinq minutes les feuilles de gélatine dans de l'eau froide. Essorez-les bien avant de les utiliser.
Dans une casserole, versez six cuillère à soupe de purée de framboise et faites fondre à feu très doux la gélatine avec la purée de framboise.
Parallèlement, fouettez la crème fraiche pour obtenir une mousse assez ferme.
Mélangez la purée de framboise avec la gélatine fondue au reste de la purée et ajoutez rapidement après la crème fraiche fouettée. Mélangez délicatement pour obtenir une texture homogène.
Versez dans des verrines et laissez refroidir au réfrigérateur 3 à 4 heures avant de déguster.
Texte et image © Miss Alfie 2012.
Adieu - Jacques Expert
Le commissaire Langelier part à la retraite. Lors de son pot de départ, il se remémorre des évènements qui se sont déroulés 10 ans auparavant et qui ont marqué sa carrière et changé son existence. A l'époque, une famille est retrouvée assassinée, l'épouse égorgée et les enfants étouffés dans leur sommeil tandis que le mari est porté disparu. Un mois plus tard, le même scénario. Le commissaire Langelier est persuadé que l'un des deux pères est à l'origine des meurtres alors que sa hierarchie pense à un tueur en série. Quand un troisième meurtre survient, la piste du tueur en série est réactivée et Langelier desaisi de l'affaire. Il décide de mener son enquête de son côté.
Quand, dans un salon littéraire, un auteur met Au-delà du mal de Shane Stevens comme livre de référence, je me dis que le garçon n'a pas totalement mauvais goût. Quand la quatrième de couverture me raconte une histoire qui m'intéresse, le livre marque des points. Quand, enfin, l'auteur est des plus sympathiques, ça achève de me convaincre. Donc on a rencontré Jacques Expert sur les Quais du Polar à Lyon et nous avons pris cet Adieu qui s'annonçait sous les meilleurs auspices. Je dis bien "nous" car le livre est dédicacé pour la miss et moi-même. Mais c'est moi qui l'ai lu et je ne sais pas si, avec 75 livres à lire, la miss trouvera le temps de le lire.
A noter la construction particulière du livre avec plusieurs points de vue. On a tout d'abord le point de vue "esprit de Langelier" qui revient souvent et surtout en introduction des trois parties. C'est écrit en italique pour bien différencier. Ensuite, la première partie se distingue des deux autres dans la mesure où elle est rédigée selon le point de vue d'un narrateur omniscient alors que les deux autres sont écrites à la première personne, un personnage parlant (je ne dirai pas le(s)quel(s) pour ne pas spoiler). Autant, donc, chacune des parties prise indépendamment des autres est relativement classique dans sa construction, autant l'assemblage de ces méthodes narratives est original et bien pensé. Je serais même tenté de dire, heureusement qu'il y a ça parce que la première partie est un peu en-dessous.
Je m'explique. La narration est très neutre, peut-être trop neutre, en tout cas, j'ai envie de dire très clinique. On a droit aux références des pièces dans les dossiers, les dates de naissance des victimes, etc. et le tout, écrit sans sentiment, très objectivement, très... oui, très clinique, c'est le mot qui va bien. C'est un peu dérangeant mais on s'y fait. Et, avec les deux autres parties, on se dit que cette écriture se rapproche de l'esprit du personnage principal qui est lui aussi très méthodique. Dans les deux autres parties, en revanche, le fait que ce soit le personnage principal (OK, je spoile un peu mais rien de dramatique) qui parle, on a moins de mal à assimiler ces éléments très factuels.
A ce moment de ma chronique, je me rends compte que je n'ai rien dit de l'histoire, du scénario. En un mot, excellent. La construction du scénario et de son personnage principal est brillante. L'évolution est progressive tout au long du livre et, quand on pense avoir cerné le personnage, l'auteur se fait un malin plaisir à apporter des éléments dézinguant l'opinion ainsi faite. L'autre aspect intéressant est que la recherche du (des) criminel(s) se fait sur fond d'affrontement psychologique entre le personnage principal et un autre perso et que, justement, la psychologie (paranoïa, recherche de la vérité) de Langelier est l'axe principal de ce polar.
Adieu est donc une vraie réussite qui prend tout son sens une fois la première partie lue. Cette dernière est là pour poser les bases de l'histoire et le cadre du scénario. Derrière, cette longue narration, cette longue recherche de la vérité est construite comme un long crescendo et le final monstrueux (pas l'épilogue, presque anecdotique puisque tout est dit avant) est une surprise pour le lecteur. Un très très bon polar, vraiment.
Texte © Alfie's mec 2012.
Édition présentée : Adieu, Jacques Expert, Éditions Sonatine, 2011, on s'en fout, du nombre de pages mais y'en a environ 320.
Qu'avons-nous lu en avril 2012 ?
Ce n'est pas parce que c'est la fête du travail que ce blog ne doit pas rester à jour ! Donc, 1er mai ou pas, voici le bilan du mois d'avril !
Côté BD, nos participations au rendez-vous de Mango se poursuivent et nous ont amené à vous parler de quatre albums en ce mois d'avril :
- Old man Logan, un comic américain de Mark Millar et Steve McNiven,
- Rural ! et Les mauvaises gens, deux reportages-bandes dessinées d'Etienne Davodeau,
- Les derniers jours de Stefen Zweig de Laurent Seksik et Guillaume Sorel, l'adaptation du roman éponyme de Laurent Seksik.
Avant d'aborder la liste des romans présentés au mois d'avril, monsieur vous a présenté Nos ancêtres les gaulois (et autres fadaises), un essai de François Reynart qui offre une vision un peu différente de l'histoire de France. De mon côté, et pour me mettre dans l'ambiance de cette période électorale, je me suis plongée dans Il faut qu'il parte de Sébastien Lapaque, réflexion fort intéressante sur notre classe politique et dirigeante.
Et puis il y a tous ces romans, policiers, d'espionnage, satiriques, émouvants, toutes ces pages lues qui nous ont fait voyager et nous ont parfois laissé sur notre faim...
- Les oreilles de Buster de Maria Ernestram,
- La maison en pain d'épices de Carin Garhardsen,
- Casanova et la femme sans visage d'Olivier Barde-Cabuçon,
- Franck et Billy de Laurie Colwin,
- Les vieilles de Pascal Garnier,
- La vacation de Martin Winckler,
- Un traître à notre goût de John Le Carré.
D'ici quelques jours, je commencerai à vous parler des lectures qui auront marqué le mois du quatrième S.T.A.R. organisé par Liyah. Il me reste encore jusqu'à dimanche prochain pour calculer combien de pages j'aurai tourné au cours de ce mois... Et pour une première participation, je suis déjà plus que satisfaite, je dois l'avouer !
En attendant, je vous souhaite un beau mois de mai. Profitez bien de tous ses jours fériés pour vous détendre et lire. Et rendez-vous dans un mois pour un nouveau bilan !
Un traître à notre goût - John Le Carré
Gail et Perry ont décidé de partir quelques jours à Antigua. Lorsque leur professeur de tennis propose à Perry un match contre un riche russe en villégiature, Dima, le jeune anglais n'imagine pas que quelques échanges de balles vont le conduire à se rapprocher des services secrets britanniques.
J'avoue, je n'avais jamais lu de roman de John Le Carré, mais la sortie récente au cinéma de l'adaptation de l'un de ses romans, La taupe, m'a donné envie de m'initier au roman d'espionnage dont on dit qu'il est le maître du genre... Alors, lorsque Babelio m'a proposé de lire Un traître à notre goût à l'occasion de sa sortie en poche, j'ai dérogé à mon habitude de ne pas accepter de partenariat pour assouvir ma curiosité.
Cette lecture me laisse quelques questions qu'il me faudra résoudre en lisant un ou deux autres titres de John Le Carré... Parce que bon, je ne vais pas vous faire languir plus que ça : oui, j'ai aimé ce roman d'espionnage bien d'actualité qui met en scène un jeune couple qui va se trouver confronté à du blanchiment d'argent sale à grande échelle et toucher du doigt les liens qu'il peu y avoir entre les gouvernements et les économies parallèles.
La narration est digne d'un scénario. On commence par découvrir Gail et Perry à Antigua. Rapidement, s'intercalent des morceaux de leur "interrogatoires" par les services secrets britanniques avant que l'intrigue ne suive un ou deux personnages secondaires pour nous planter le décor de la scène finale. Si les personnages sont peut-être un peu nombreux, un minimum d'attention à la lecture permet de voir au fil des pages la mise en place d'une énorme machinerie, dépassant largement nos deux héros.
Si je ne ferai pas de ce roman un coup de coeur, c'est plus parce que le genre, même s'il m'intéresse, ne fait malgré tout pas partie de mon style de prédilection. Que ce soit en roman ou en film, j'aime bien l'espionnage, mais à petite dose ! Ceci dit, je ne peux que reconnaître le talent de John Le Carré pour ficeler une intrigue des plus pertinentes qui n'hésite pas à interpeller le lecteur en soulignant les intérêts que peuvent avoir les États à ne pas mettre le doigt sur un réseau pourtant connu de blanchiment d'argent... Reste à savoir s'il y a un peu de vrai dans tout ça...!
Texte © Miss Alfie 2012.
Édition présentée : Un traître à notre goût, John Le Carré, traduit de l'anglais par Isabelle Perrin, Éditions Points, 2012, 447 pages.
Crêpes bretonnes
Voilà maintenant plus de quatre ans que ce blog existe, et trois grosses années que je vous propose des recettes à expérimenter le dimanche dans votre cuisine, de manière plus ou moins régulière je vous l'accorde. En faisant un peu le tour de mes recettes, j'ai réalisé que depuis le temps, je ne vous ai jamais proposé de recettes de ma région natale, et il me semble nécessaire de remédier à cela et de parfumer le temps de quelques recettes ce blog avec quelques touches bretonnes. Pour cette première recette Made in Breizh, nous allons nous intéresser aux classiques crêpes bretonnes, à déguster avec une bolée de cidre, brut évidemment !
Pour une vingtaine de crêpes, prévoir :
- 250 grammes de farine blanche
- 20 grammes de sucre
- 3 oeufs
- 1/2 litre de lait
- 1 cuillère à soupe d'huile
- 1 cuillère à soupe de rhum ou autre parfum
J'ai bien conscience que chacun a sa recette de crêpes tout comme chacun a sa recette de far (d'ailleurs, faudra que je vous en cause, du fameux far...), les proportions et les ingrédients que je vous donne sont issus du vieux livre de recettes que ma mère utilisait quand j'étais petite et qu'elle s'est empressée de me refiler quand elle s'est rendue compte que je m'éclatais plus qu'elle derrière les fourneaux ! (Oui maman, j'ose balancer ! Je sais, c'est mal de ma part !)
En revanche, il y a deux aspects essentiels dans la réalisation des crêpes : le temps et l'équipement...
Plus vous aurez de temps devant vous, plus votre pâte aura le temps de reposer, plus les crêpes seront bonnes. Pourquoi ? Alors ça, je n'en ai fichtrement aucune idée, mais les crêpes que vous voyez ci-dessous ont été faites avec une pâte préparée vingt-quatre heures avant, et j'avoue qu'elle était d'une part très faciles à faire et d'autre part super bonnes en bouche !
En même temps, vous ne réussirez de belles crêpes que si vous êtes équipé d'une poêle performante... L'idéal, évidemment, c'est le billig, et le rozell pour répartir la pâte... Mais comme ça ne s'achète pas dans toutes les grandes surfaces, je vous autorise à utiliser une crêpière classique à petits rebords et à fond anti-adhésif, ça fera tout aussi bien l'affaire si vous maîtrisez le tournage de poignet !
Ce préambule terminé, comment faire votre pâte à crêpes ?...
Versez la farine et le sucre dans un saladier. Mélangez et faites un puits dans lequel vous cassez vos oeufs. Mélangez doucement en ajoutant petit à petit le lait et l'huille. Veillez à ne pas faire de grumeaux. Ajoutez une cuillère à soupe de rhum ou de tout autre parfum au choix. Vous pouvez aussi choisir de ne pas en mettre, on n'est pas comme ça chez nous, mais une crêpe avec un peu de vanille et de rhum, ça se déguste juste comme ça, nature !
Si vous avez bien tout suivi, laissez reposer votre pâte entre une et vingt-quatre heures. (Je suis pas contrariante moi, je m'adapte à vos possibilités !)
Lorsqu'arrive le temps de les cuire, faites chauffer votre crêpière et frottez le fond avec un torchon huilé. Vous pourrez renouveler l'opération plusieurs fois au cours de la cuisson des crêpes, dès que vous sentirez qu'elles accrochent un peu plus.
Lorsque la poêle est bien chaude, versez une louche de pâte et faites en sorte que la pâte se répartisse équitablement de tous les côtés.
Faites cuire jusqu'à ce que les bords se détachent, et retournez la crêpe. Faites cuire une à deux minutes sur l'autre face avant de déposer dans une assiette. Il ne reste plus qu'à renouveler l'opération jusqu'à épuisement de la pâte !
Ces crêpes se conservent 3 à 4 jours si vous arrivez à faire en sorte qu'elles ne soient pas toutes mangées à peine cuites et sont plutôt destinées à un accompagnement sucré. Je vous proposerai également la recettes des galettes de blé noir ou galettes de sarrasin que l'on déguste habituellement avec le salé !
Bon appétit !
Le logo "BZH" est une création de Dine Le Coroller... N'hésitez pas à aller voir ses oeuvres !
Texte et photo © Miss Alfie 2012.
La vacation - Martin Winckler
Bruno Sachs est médecin généraliste. Il effectue des vacations à l'hôpital de Tourmens où il pratique des interruptions volontaires de grossesse. Vacation après vacation, il éprouve le besoin d'écrire ce quotidien particulier.
Après la lecture à l'été dernier du Choeur des femmes, ma libraire m'a proposé de découvrir La vacation en mettant en garde sur la différence que j'allais trouver entre ce premier roman de Winckler et le pavé qui m'avait tellement bouleversée pendant l'été. Sur ce point, je ne peux que la remercier, car sa mise en garde m'a permis d'aborder très différemment ce court roman et d'être sans doute moins surprise que Nina en le lisant.
La vacation est un roman particulier, qui fait une grande place à la médecine technique, à l'acte médical en lui-même, en s'ouvrant sur la description d'un avortement, de l'arrivée de la femme à son repos post-opératoire en passant par tous les gestes qu'effectuera le médecin qui procédera à l'aspiration. Autant vous dire que ce début de roman pourra marquer, voire choquer plus d'un lecteur. Dans ce cas, passez votre chemin, n'allez pas plus loin, car l'intégralité du bouquin mettra en évidence les gestes au détriment des émotions, la technique plutôt que la parole et l'écoute...
Autant dire que pour qui a lu d'autres romans de Martin Winckler, voilà une stratégie narrative surprenante bien loin des médecins humains et à l'écoute qu'il nous décrit par ailleurs... Mais quelque part, en se centrant sur l'acte, en décrivant de simples actes quotidiens, comme le café que Sachs ne manque pas d'aller boire en rentrant chez lui après ces vacations, Martin Winckler réussit à mettre à distance l'émotion que peut contenir un tel acte, tant pour le médecin que pour la femme qui le choisit/le subit. Le pendant décevant de cette perspective de mise à distance de l'émotion est le manque d'interrogation. Sachs semble faire les choses mécaniquement, machinalement, constatant juste un délais un peu juste, une réitération régulière des IVG chez telle ou telle femme, la jeunesse d'une autre patiente. Martin Winckler ne fait qu'effleurer ces questions qui mériteraient sans doute qu'on s'y arrête, qui peuvent provoquer, du moins je l'imagine, des cas de consciences aux praticiens...
Pour ce qui est de la plume de Winckler, on ne manquera pas de noter la touche d'originalité qui la caractérise... L'utilisation du "tu" crée un personnage tiers qui observe les actions de Sachs, les décrit, semble le surveiller, parfois même le juger... Un "tu" qui prendra une autre dimension à la fin du roman, seule touche d'émotion que Sachs laissera filtrer... Par contre, franchement, l'utilisation des parenthèses qui viennent couper les mots en plein milieu, j'ai eu vraiment du mal... OK, elles ont un sens à la lecture, mais elles rendent les paragraphes concernés flous, mouvants, loin de la précision voulue à l'origine...
Pour qui arrivera à rentrer dans un schéma narratif alternant récit des vacations et réflexion sur le travail d'écriture, pour qui n'aura pas peur de pénétrer dans l'intimiter d'une salle d'avortement, La vacation est un livre qui remue, peut-être dérangeant, peut-être bouleversant selon notre propre histoire et notre propre vécu. Il ne restera pas comme mon Winckler préféré, mais si vous avez l'occasion de le lire, tentez le coup... Une expérience littéraire originale et violente.
Texte © Miss Alfie 2012.
Édition présentée : La vacation, Martin Winckler, Éditions J'ai lu, 1998, 255 pages.
S.T.A.R 4e édition - Bilan des lectures du 19 au 25 avril
Voilà déjà une semaine de plus pour ce S.T.A.R. ! Il faut dire que certaines semaines passent plus vite que d'autres... A croire que quelques jours de congés à la place du travail au bureau participent à une accélération du temps ! En tout cas, malgré ces quelques jours de détente et d'escapade, j'avoue être plutôt satisfaite du bilan de cette semaine.
Au menu de ces derniers jours, un livre terminé et deux totalement achevés, même si j'ai bouclé le dernier hier soir dans mon lit alors que je luttais contre mes yeux qui avaient décidé de se fermer tous seuls !
- Lennon de David Foenkinos est achevé - éditions J'ai lu = 89 pages
- de même que Traquer les ombres de John Harvey - éditions Rivages/noir = 508 pages
- et que La maison du sommeil de Jonathan Coe - éditions Folio = 459 pages
Tout cela nous donne un total de 1056 pages pour la semaine, auquel il convient d'ajouter les 1856 pages précédemment lues, soit un total de 2912 pages lues entre le 6 et le 25 avril au soir.
J'avoue être plutôt contente de ce bilan hebdomadaire car je ne pensais pas avoir autant de temps pour lire avec notre voyage anglais. Mais en fait, prendre l'avion offre une multitude de moments d'attente pendant lesquels il faut bien s'occuper ! J'ai même cru un moment me trouver en manque de lecture tant j'avais sous-estimé ce temps de lecture disponible... Non mais vous imaginez le drame ?!
Enfin, heureusement, tout est bien qui finit bien, nous sommes rentrés en temps et en heure avec suffisamment de pages dans les bagages pour ne pas manquer de lecture. Mais je guette le prochain "vide" dans ma journée, ayant déjà glissé dans mon sac à dos ma prochaine lecture, Intuitions de Dominique Dyens.
Les mauvaises gens - Etienne Davodeau
Les Mauges, région rurale, catholique et ouvrière de l'Ouest français. Durant les années 50, des centaines de jeunes gens quittent l'école au seuil de l'adolescence pour travailler à l'usine et découvrir ses pénibles conditions de travail. Avec l'église, l'usine est le seul horizon de leur quotidien. Région réputée rétive aux changements, certains de ces jeunes gens se lancent dans l'action militante. C'est l'histoire de deux d'entre eux que Davodeau nous raconte ici.
Chose promise la semaine dernière, chose due cette semaine, j'arrive avec ma chronique du troisième reportage de Davodeau que j'ai lu, le deuxième dans sa chronologie puisque paru en 2007. Il s'intéresse ici à la vie de deux personnes qui, au cours de leur jeunesse et de leurs rencontres, ont été amenées à s'engager dans divers courants militants ou syndicaux.
En y repensant, je me dis que j'ai oublié de vous parler du dessin de Davodeau la semaine dernière. Ceci dit, j'en avais déjà parlé dans Les Ignorants. On a à faire avec un dessin épuré, en noir et blanc avec un travail sur les nuances de gris sur les paysages. Mais ce qui est important à signaler, c'est que le dessin, s'il est un outil pour raconter son histoire, n'est pas un argument pour la qualité de l'oeuvre. On oublie les dessins pour s'intéresser au propos de l'auteur. Comme il dit à ses témoins, "[il] ne cherche pas la ressemblance absolue, ce n'est pas [son] boulot" (page 141). Aussi, la puissance de l'histoire, du propos, de l'engagement de ces personnes passe par le dessin de Davodeau parce que ce dernier juge que c'est le meilleur vecteur qui soit. C'est un parti-pris original dans la mesure où ce genre de sujet est généralement abordé dans des ouvrages purement écrits ou dans des reportages télévisés. Cependant, j'adhère totalement à ce procédé qui se développe de plus en plus comme on a pu le voir avec Le Photographe ou dans Les Cahiers Russes et Les Cahiers Ukrainiens que je chroniquerai à l'occasion.
Pour en revenir à ces mauvaises gens, l'histoire de ces deux personnes est passionnante. Leur parcours militant, expliqué dans les moindres détails est passionnant et sa cohérence est justifié par les différentes rencontres de ces personnes. Ceci dit, sans retirer aucune qualité à cet ouvrage, j'ai été à peine moins passionné que par mes deux autres lectures de Davodeau. Le militantisme, qu'il soit syndical ou politique, a du mal à m'enthousiasmer. Ceci dit, je conçois parfaitement qu'on s'engage pour défendre les conditions de travail de ses collègues. Il s'agit d'une cause noble qui mérite le respect. Malgré les caricatures de syndicalistes qui dirigent parfois certaines cellules syndicales. L'ouvrage présente toutefois des personnes très engagées mais qui restent modérées dans leur propos et qui justifient toujours leur actions, ce qui n'est pas négligeable.
(Attention, spoil dans ce dernier paragraphe) Etienne Davodeau raconte donc avec passion et avec tendresse l'histoire militante de ces deux personnes qui ne sont autres que ses parents (on l'apprend très tard dans le livre). Cet engagement, l'éducation qu'il a du coup reçue, tout ça a nécessairement déteint sur l'homme qu'il est et certains aspects sont évoqués dans la seconde moitié de l'ouvrage. Les Mauvaises Gens est sans doute une des explications du fait que Davodeau a choisi de s'intéresser à des personnes singulières et engagées et d'en raconter l'histoire sous un crayon qui ne cesse de nous passionner.
Texte © Alfie's mec 2012.
Couverture et planche (cliquez pour agrandir) : Les mauvaises gens, Etienne Davodeau, Éditions Delcourt, 2007.
Les vieilles - Pascale Gautier
Le Trou, petite ville d'où le soleil ne déserte jamais, voilà de quoi attirer toute la frange retraitée de notre population. Entre parties de scrabble, visites chez le coiffeurs et attente des enfants, la vie de ces veuves, vieilles filles ou divorcées n'est pas toujours de tout repos.
Le regard taquin de ce qui pourrait être l'une des protagonistes de ce roman m'a happé sur les tables de la librairie et je n'ai su résister à ce petit sourire en coin. Il faut dire que j'ai une tendresse particulière pour les vieux, terme que j'utilise sans la connotation péjorative qu'on lui a donné. J'aime ces personnes âgées qui ont une histoire, aux caractères parfois difficiles, aussi capricieux que des enfants mais riches d'un vécu que nous n'avons pas. Et en même temps, j'aime me moquer de leurs manies, de ce que la société en fait, de ces repas servis à l'heure du goûter en maison de retraite, de ces émissions qui semblent faites spécialement pour eux... bref, j'aime les vieux, mais j'aime aussi les satires !
Autant dire que dans son ensemble, Les vieilles de Pascale Gautier m'ont fait passé un excellent moment. Pascale Gautier y dépeint une galerie de personnages qui se croisent dans les ruelles de leur ville au ralenti, présentant tous les versants de la vieillesse, de la vieille blasée et cynique au vieux dynamique qui entend sauter sur tout ce qui ressemble encore à une femme, rides comprises, en passant par la jeune retraitée qui débarque là et passe pour la jeunette de service !
J'ai beaucoup apprécié le style de Pascale Gautier, un style hachée, court, à l'image de ces petits pas que font ses vieilles dans leurs appartements. De même, les dialogues m'ont apparu criants de réalisme et de vérité, sautant du coq à l'âne comme on peut l'observer dans une conversation entre deux esprits vagabonds, avec leur lot de répétitions et d'incompréhensions mutuelles. Pascale Gautier a su y insérer une dose suffisante de réalisme, un certain fatalisme, mais surtout beaucoup d'humour et de sarcasmes pour décrire une génération qui n'a plus envie d'apprendre à vivre sans l'autre alors qu'il reste si peu de temps, une génération dont la suivante s'occupe parfois trop, quand elle ne l'oublie pas...
Avec Les vieilles, Pascale Gautier propose un roman assez atypique, ironique et sarcastique, drôle et émouvant en même temps, dont la fin m'aura cependant laissé un souvenir mitigé... Heureusement, le plaisir de la lecture de cette plume brillante et maîtrisée relègue ce petit bémol bien au fond et ne saurait m'empêcher de vous le conseiller !
A lire aussi :
Chez Clara, tout est résumé en deux mots : "Caustique et irrésistible !"
Cathulu approuve également : "C'est caustique, d'un humour noir hautement réjouissant et ça balaie tous les poncifs politiquement corrects sur les vieilles !"
Et pour A propos de livres, c'est "Un livre distrayant et drôle qui veut nous faire réfléchir à la place des personnes âgées dans notre société."
Texte © Miss Alfie 2012.
Édition présentée : Les vieilles, Pascale Gautier, Éditions Gallimard, Collection Folio, 2011, 215 pages.





