Miss Alfie, croqueuse de livres

Un livre, une histoire, une critique pour une bibliophage avertie !

12 octobre 2009

Les cerfs-volants de Kaboul

Les_cerfs_volants_de_kaboulKaboul, dans les années 70. Amir et Hassan sont inséparables. L'un est le fils d'un riche entrepreneur, l'autre le fils de leur domestique. Issus de deux mondes qui ne doivent normalement pas se fréquenter, les deux enfants n'ont que faire du regard des autres et se passionnent, entre autre, pour les combats de cerfs-volants qui ont lieu tous les hivers dans les différents quartiers de la ville. Mais un jour, Amir va commettre la pire des lâchetés, brisant à jamais le lien qui l'unissait à Hassan.
Etats-Unis, juin 2001. Réfugié depuis des années, Amir reçoit un appel du Pakistan lui donnant l'occasion de se racheter et de compenser son acte lâche. Amir partira à la rencontre d'un pays bien éloigné du souvenir qu'il en gardait...

Jusqu'à la lecture de ce livre, il faut que je l'avoue, Kaboul était pour moi synonyme de Talibans, burkas, extrémisme et guerre. L'invasion communiste en AfghanistanAfghanistan ? Me disait rien. Un pays en paix ? Me disait rien... Forcément, vu l'image que les médias véhiculent de ce pays et de ses habitants depuis quelques années, comment imaginer encore qu'au delà des "grands méchants barbus", il puisse y avoir eu une vie "normale" ? Et pourtant, avec Les cerfs-volants de Kaboul, Khaled Hosseini offre une autre vision de son pays natal. La vision d'un pays où, à une époque, les enfants pouvaient jouer dans les rues sans craindre les tirs et les obus. Un pays où les femmes avaient encore des droits. Un pays de castes, certes, mais un pays où l'on pouvait vivre heureux. Et c'est ce pays qu'il nous raconte dans la première partie du livre.

Et cette première partie ne peut que contraster avec la suite. Déjà, lors de la fuite au Pakistan d'Amir et de son père, après l'arrivée des communistes, on sent le pays basculer dans la folie. On sourit, lorsque les protagonistes racontent comment ils ont acclamé les Talibans lorsqu'ils sont arrivés les "délivrer" du joug des Rouges. Et puis l'on découvre un pays dictatorial, un pays où la charia est appliquée à la lettre, où l'on lapide des hommes et des femmes au stade à la mi-temps d'un match de foot où les joueurs jouent en survêtement long malgré la chaleur, un pays où les femmes n'ont plus le moindre droit et où opposition et suspicion riment avec exécution.

Immigré aux Etats-Unis, comme son héros, Khaled Hosseini ne pouvait que nous livrer une vision que j'ai senti juste de la communauté afghane, du microcosme qu'elle s'est reconstruit en Californie, des règles implicites que chacun respecte, même à des milliers de kilomètres de son pays natal. Mon regret cependant, est la vitesse avec laquelle il passe sur les attentats du 11 septembre qui, certes, n'ont pas un rôle à proprement parler dans l'histoire qu'il nous conte, mais aurait pu être l'occasion de nous en dire plus sur le regard des Américains sur ces Afghans immigrés et somme toute bien intégrés dans la société occidentale.

Il est clair qu'au delà de l'histoire en elle-même, émouvante, intrigante, je conserverai un excellent souvenir de ce livre pour la vision de l'Afghanistanl'Afghanistant qu'il m'aura offerte. On ne peut que souhaiter, une fois refermée la dernière page, que les enfants d'aujourd'hui puissent un jour connaître à nouveau la paix et les combats de cerfs-volants...

A lire aussi :
Agapanthe souligne que "la description de cette amitié étrange dans une ville en temps de paix, que l'on ne connait aujourd'hui que ravagée, est superbe" ;
Découvrez comment Anne "n'a pas pu [se] contenter d'une simple lecture" ;
Jessica remarque que "l’auteur n’est pas tombé dans la facilité ou le piège de prendre position et d’en teinter son roman" ;
D'autres avis, trop nombreux pour être tous soulignés mais généralement enthousiastes, sur BOB.

Texte © Miss Alfie 2009.
Image Les cerfs-volants de Kaboul, Khaled Hosseini, Éditions 10/18
(2007).

10 octobre 2008

On s'y fera

41DNUnqthiLArezou a la quarantaine, une fille de dix-neuf ans, une mère veuve et exigeante et un ancien mari d'avec qui elle a divorcé. Femme moderne iranienne, elle a repris l'agence immobilière de son père lors du décès de ce dernier et mène sa vie comme toute femme indépendante dans le Téhéran d'aujourd'hui entre sa famille et ses amis, entre le passé et le futur.

Rapidement, sans rien dévoiler de l'intrigue, c'est ainsi que je pourrai vous présenter ce roman iranien de Zoyâ Pizrâd sorti en 2007. L'an passé, j'avais eu l'occasion de lire une ou deux critiques plutôt intéressantes sur le livre, ainsi qu'un extrait, me confirmant mon désir de me le procurer lors de sa sortie en poche. Oui, il y a des livres comme ça, vous sentez que vous avez envie de les lire, mais que vider sa tirelire pour l'acheter lors de sa sortie ne vaudra pas forcément le coup. C'est un peu ce qui s'est passé avec On s'y fera, et j'ai attendu l'été 2008 pour me le procurer en livre de Poche. Ceci dit, je tiens tout d'abord à préciser que je n'ai pas du tout été déçue ! En même temps, après La meilleure part des hommes sur lequel je m'étais arrachée quelques cheveux, ce roman me semblait si facile, si reposant, si dépaysant !!!
Oui, car ce livre, avant toute chose, dépayse. Il nous entraîne dans l'Iran d'aujourd'hui, à Téhéran, dans une capitale moyen-orientale partagée entre tradition et modernité. C'est cela qui me vient à l'esprit quand j'y repense. La modernité d'une femme qui dirige une agence immobilière, divorcée, qui élève seule une post-ado encore un peu rebelle, qui sort avec sa meilleure amie et part en virée pendant deux jours entre filles. Le poids des traditions dans un pays où la police des mœurs fait des descente dans les centres commerciaux, où le remariage est encore plus mal vécu que le divorce, où le respect des aïeuls empêche les enfants de vivre leur vie.
Cependant, je regrette quelque peu, à l'instar de beaucoup de lecteurs si j'en crois les critiques glanées ici et là sur le net, la superficialité de l'histoire. Une comédie romantique où les traditions intriguent, puisque fort différentes de celles d'Occident. En fait, je crois que j'aurais aimé plus de descriptions de Téhéran, des vêtements des personnages, des habitudes de vie, de décors en règle général. Côté alimentaire, rien à redire ceci dit, puisque tous les plats cités invitent au voyage rien qu'avec leur dénomination ! Mais il est vrai qu'il manque un peu de fond, un peu de sociologie ou d'anthropologie. Toutefois, je peux comprendre ce que je ressens comme un manque d'information. En effet, les auteurs français décrivent-ils la manière de s'habiller ou le dernier cri en matière de déco d'intérieur ? Non, parce qu'on a sans doute une tendance à l'ethnocentrisme, et que ce qui est notre quotidien nous est tellement familier qu'il semble incongru d'aller le décrire dans les moindres détails. Alors pourquoi ce sentiment de manque ? Peut-être simplement parce que je suis moi aussi fortement ethnocentrée sur la culture occidentale et que lire un roman iranien m'a fait le plus grand bien et m'incite même à dénicher quelques romans similaires qui me donneraient une autre vision de ce pays et de cette région que celle généralement communiquée par les médias !

A lire aussi : Les avis plutôt partagés de Clarabel, de Praline, de Lina Ribeiro, de Tamara ou encore de Malice.

Texte © Miss Alfie 2008.
Image On s'y fera, Zoyâ Pirzâd, Éditions Livre de Poche (2008).

Posté par Miss Alfie à 12:18 - Littérature moyen-orientale - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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