Miss Alfie, croqueuse de livres

Un livre, une histoire, une critique pour une bibliophage avertie !

25 novembre 2009

L'adversaire

9782070399925Au début de l’année 1993, après avoir dissimulé pendant plus de 15 ans sa véritable activité à ses proches, Jean-Claude Romand assassine son épouse et ses enfants à son domicile. Il sort ensuite en ville acheter le journal et passe la soirée chez lui. Le lendemain, il déjeune chez ses parents et les tue à leur tour. Il monte ensuite sur Paris et tente d’assassiner son ancienne maîtresse. Au retour à son domicile, il tente de mettre fin à ses jours en avalant des barbituriques et en mettant le feu chez lui. Sauvé in extremis par les secours, il est jugé et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans.

En passant dans ma caverne magique à culture, j’ai trouvé des coffrets réunissant un livre et le DVD de l’adaptation cinématographique pour un prix tout à fait honnête. Je me suis donc penché sur cette affaire Romand. Fait divers tragique s’il en est, elle a inspiré à Emmanuel Carrère l’adversaire. Ce n’est pas un roman "inspiré de" puisque tous les personnages ont leur véritable identité, que les faits et dates correspondent à la réalité.

L’auteur cherche à percer le mystère de cet homme qui a menti à sa famille et ses amis pendant 18 ans. Pour cela, il retrace depuis l’enfance le parcours de ce fils unique élevé par un père bûcheron et une mère au foyer dans le Jura profond. Il essaie de trouver des raisons à l’abandon de ses études et tente de percer la psychologie de cet homme qui passait l’essentiel de ses journées sur une aire d’autoroute à lire le journal. Cette recherche a poussé Emmanuel Carrère à écrire à Jean-Claude Romand, à suivre son procès et à rencontrer les personnes qui ont compté dans sa vie.

Malgré tout, j’ai trouvé l’analyse assez superficielle. Disons que cela relève plus du reportage journalistique que d’une étude psychologique poussée. Certes, parfois, l’auteur se permet d’échafauder quelques hypothèses mais cela ne va pas bien loin. On reste souvent dans le descriptif basique et chronologique de l’existence mis en parallèle avec le déroulement du procès. Seule l’épilogue, une fois le verdict assené, rentre un peu plus dans le détail. Il raconte comment Romand a rencontré une visiteuse de prison et leur relation très mystique. Carrère se rend alors compte qu’il est devenu trop proche de l’assassin et en profite pour s’éloigner de ce personnage que les membres du groupe catholique qu’il a rejoint considèrent comme absolument gentil.

En tout état de cause, l’adversaire est un excellent résumé de la vie de Jean-Claude Romand pour qui cherche à connaître l’affaire et ce qui l’entoure. Au-delà, on reste sur sa faim pour n’avoir pu rentrer suffisamment dans l’esprit de cet homme. Au demeurant, sans doute est-il trop mystérieux pour qu’on puisse déceler le fonctionnement psychique de ce mythomane que ses mensonges auront poussé à commettre l’irréparable.

Texte © Guigzz 2009.
Images L'Adversaire, Éditions Folio Cinéma (2009)

15 novembre 2009

Les arcanes du chaos

les_arcanes_du_chaosYaël pense devenir folle le jour où des Ombres lui apparaissent dans ses miroirs et lui parlent par le biais de son ordinateur. Accompagnée de Thomas, reporter canadien rencontré dans un bar, une folle course poursuite va s'engager, guidée par les Ombres qui semblent mettre le destin de l'Histoire dans les mains de Yaël.

Attention, vous êtes filmés, paranoïaques, s'abstenir. J'ai reçu Les arcanes du chaos de Maxime Chattam dans le cadre d'un swap et ai voulu tenter le coup après une lecture un brin calme et langoureuse, dont je vous parlerai également. Chic, me suis-je dit avant de commencer, un thriller... Ah ben oui, mais pas chic en fait... J'avoue ne pas avoir du tout accroché à cette histoire qui m'a paru rocambolesque...

Que le monde soit gouverné par une grande conspiration, pourquoi pas, les théories du complot sont suffisamment nombreuses et parfois suffisamment bien étayées pour que l'on y croit un peu. Que l'assassinat de Kennedy soit le résultat de cette conspiration mondiale, allez, je veux bien aussi. Mais par contre, la nana qui rencontre un mec un soir dans un bar et réussi à l'entraîner comme ça dans son histoire, désolée, mais là j'accroche pas...

Sachant que la suite de l'histoire est basée sur le duo, duo qui me laisse perplexe dès le départ, moi j'abandonne... Oui, je l'avoue, ce roman n'est pas pour moi. D'autres ont adoré, se sont laissés emporter par l'histoire, vous diront que Maxime Chattam a fait un excellent travail de documentation. Mais moi, je conseillerai aux sceptiques de laisser passer ce livre. Il y a, pour moi, de bien meilleurs romans à découvrir !

A lire aussi :
Pour Alween, "à moins d’être un aficionado des théories du complot, amateurs de bon thriller, passez votre chemin" ;
Elfique trouve que "le sujet est intéressant mais le traitement est peut être un peu bâclé" ;
Pour Valériane, ça a été "difficile de lâcher le bouquin avant la fin".

Texte © Miss Alfie 2009.
Image Les arcanes du chaos, Maxime Chattam, Éditions Pocket
(2008).

19 octobre 2009

Poser ma besace à Besac

besace_a_besacDaniel n'a pas remis les pieds à Besançon depuis 30 ans. Et le voilà qui débarque chez sa soeur un beau matin, après avoir appris la disparition de son neveu. De Planoise à la Boucle, en passant par Clairs-SoleilClairs-Soleil, Daniel va redécouvrir sa ville et marcher dans les pas de son neveu.

Avec Poser ma besace à Besac, Marcus Malte nous livre à la fois un court roman et une vision sociologique de Besançon. L'histoire pourrait se passer dans n'importe quelle ville, mais c'est à Besançon, en Franche-Comté , que l'intrigue se passe. Ce livre est en fait l'aboutissement d'un projet initié par une association bisontine dans le cadre du contrat urbain de cohésion sociale. Marcus Malte a, pour l'écrire, rencontrer les jeunes habitants notamment les quartiers dits "sensibles" de la capitale comtoise. De ces rencontres, il a fait ce livre, où l'intrigue se mêle aux réflexions des habitants.

N'importe qui a déjà travaillé, vécu dans ces quartiers sensibles, qu'ils soient bisontins, parisiens ou bordelais, comprendra les propos et l'analyse qui ressort de cette nouvelle : non, vivre dans un quartier stigmatisé n'est pas forcément vécu comme une tare, et oui, il y a bien une ville dans la ville très souvent. Ayant moi-même "travaillé" six mois dans ce type de quartier pendant mes études, et bien que cela se soit passé à l'autre bout de la France, je peux vous garantir que lorsque les adolescents qui y vivent au quotidien disent s'y sentir chez eux, ils le pensent vraiment.
Au delà de ça, ce roman donne aussi une vision de l'autre partie de la ville, met en évidence les clivages qui existent entre les quartiers, entre les styles de vie. Habiter Planoise, ce n'est pas habiter le centre ville. Et si les ados de Planoise ne descendent pas dans la Boucle, le centre ville bisontin, ce n'est pas pour rien : ils ne s'y sentent pas chez eux...

Bien qu'une intrigue serve de cadre à cette enquête sociologique, il est clair que lorsque le personnage de Daniel discute avec son ancien copain, les propos de ce dernier semblent plus sortir d'un livre de sociologie que de la bouche d'un quidam landa. Ceci dit, il faut bien se rappeler que cet ouvrage est sorti dans le cadre d'un projet mis en oeuvre dans les quartiers de Besançon, avec pur objectif d'inclure les jeunes bisontins dans ce livre.

Au final, Marcus Malte nous livre une histoire où il fait bon entendre parler de la ville où l'on vit, que l'on habite, pour une fois que l'intrigue ne se passe pas à Paris...!

Texte © Miss Alfie 2009.
Image Poser ma besace à Besac, Marcus Malte, Éditions Aéropage
(2008).

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24 septembre 2009

Terminus Brocéliande

9782916184081Un an auparavant, Christophe R. a disparu. Ses vêtements sont retrouvés à proximité de l'Hôtié de Viviane, en forêt de Brocéliande. Il laisse derrière lui un étrange journal intime où il raconte ses rencontres avec un nain, un géant et la mystérieuse Linoï. Un profiler, Mac'herig décide de partir à sa recherche. Entre des rôlistes, un libraire bizarre et des écrivains du début du siècle, la recherche s'annonce délicate.

Ouéééé, mon pote, c'est bon, ça !!! C'est quoi ? De l'afghane ? De la marocaine ?? En tout cas, elle est grave bonne, ta beuh !! Sérieux, c'est complètement allumé, ton truc. Des nains, des filles gothiques et même des éléphants et des rats qui parlent, il manque plus qu'un monde parallèle et un démon et on a la totale. Ah, bah, en y repensant, on a la totale...

Bon, plus sérieusement, à la lecture de cet ouvrage, je ne sais pas sur quel pied danser. Soit l'auteur a voulu faire un thriller fantastique le plus sérieusement du monde et, franchement, c'est risible parce que c'est tout sauf sérieux. Soit il a voulu faire un polar un peu déconnant auquel cas il manque un petit quelque chose qui donne la folie au truc. Dans tous les cas, je trouve le truc un peu inachevé.

D'autre part, le scénario aurait pu être sympa si la fin n'avait pas été si honteusement bâclée. On part d'une disparition et on alterne entre pages du journal intime qui décrivent le voyage dans le monde parallèle du disparu et l'enquête du profiler jour pour jour un an plus tard. C'est sympa, rythmé, tout qui va bien. Et puis, sur la fin, on n'a plus que le profiler, mais sans enquête puisqu'il lit un bouquin. Et puis, dans les derniers chapitres, la chute. Je serai vraiment méchant que je dirai qu'elle est nulle. Mais bon, je sais être mesuré, je dirai seulement qu'elle est ratée.

Au final, on a à faire avec un court polar rythmé mais mal défini sur sa forme avec un dénouement assez vilain qui gâche un peu le délire hallucinogène dans lequel on était entré.

Texte © Guigzz 2009
Image Terminus Brocéliande, Renaud Marhic, AK Editions (2007)

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20 septembre 2009

La délicatesse

la_d_licatesseFrançois et Nathalie se sont rencontrés par hasard, dans la rue. Ils ont été boire un café, se sont plus, se sont mariés, ont été heureux. Jusqu'au jour où François est mort. Nathalie a dû tout recommencer. Et puis un jour, des mois, des années après la mort de François, elle embrassa Markus, l'un de ses collègues. Et dû réapprendre aussi à aimer.

Il n'est pas long, ce dernier roman de David Foenkinos, La délicatesse. Tout juste 200 pages ! Un roman que l'on prend le dimanche midi après manger, et que l'on déguste pendant l'après-midi, en jetant de temps à autre un coup d'oeil sur la pluie qui dégouline sur les fenêtre. On peut l'accompagner d'un thé, d'un café ou d'un bon verre de vin. D'un morceau de musique, d'une chanson qui nous plaît. Qu'importe, du moment que ce soit agréable et délicat. Comme le livre que l'on déguste... On aura d'ailleurs tendance à froncer les sourcils si la tranquillité dans laquelle on s'est installée est rompus par les échos d'un match retransmis dans la pièce d'à côté. Chut... Doucement, délicatement, on se laisse emporter par l'histoire.

L'histoire, elle aurait pu être très traditionnelle, très basique : une femme aime un homme qui meurt et elle n'arrive pas à s'en remettre. Elle aurait pu être très larmoyante aussi. Mais pas du tout ! Au contraire, elle serait presque drôle par moment, grâce à quelques traits d'humour, des réflexions de l'auteur à travers les notes de bas de page, réflexions qui n'ont aucune utilité, si ce n'est nous faire sourire, forcément... Ainsi, à la page 111, on apprend que "La location de petites jambes n'existe pas." Ennuyeux au théâtre en effet... On n'y pense pas assez ! Ces remarques, insérées ça et là, rompant la lecture et la narration traditionnelle, nous rendent les personnages plus réels, ancrées dans une réalité qui nous est précisées à travers ces petits chapitres où l'on apprend les scores d'une soirée de foot ou qui nous donne à lire un article de journal que lira Markus...

Le tout, loin d'en faire un roman larmoyant, donne quelques chose de poétique et doux dans la narration. Foenkinos ne s'encombre pas de descriptions multiples de l'environnement, des personnages. Non, il nous donne les éléments principaux, qui nous permettent de cerner la personnalité des protagonistes,d'esquisser les grandes lignes de leur caractère en laissant suffisamment de liberté à notre imaginaire. Le style est finalement assez épuré, mais cela n'empêche pas de lire certaines phrases et de les entendre tourner et retourner dans la tête une fois le livre refermé... Oui, peut-être y a-t-il quelques lieux communs dans cette histoire, mais ils sont si poétiques et délicat qu'on n'en veut guère à l'auteur... Ainsi, cet extrait, qui tourne en boucle comme un refrain lancinant... "Et fut saisie tout particulièrement par la vision du marque-page. Le livre était ainsi coupé en deux, la première partie avait été lue du vivant de François. Et à la page 321, il était mort. Que fallait-il faire ? Peut-on poursuivre la lecture d'un livre interrompu par la mort de son mari ?" (p.37)

Avec La délicatesse, David Foenkinos, dont c'est le premier livre que je lis, nous offre une histoire d'amour, une histoire sur l'amour, sur l'art d'aimer et d'être aimé, sur le bonheur de la tendresse, et nous interroge : si la personne que l'on aime aujourd'hui meure, pourra-t-on un jour aimer à nouveau ?...

A lire aussi :
Pour Elfique, "cette lecture fut un réel plaisir" ;
Emeraude souligne que "David Foenkinos a un humour vraiment particulier et [elle] aime beaucoup !" (et moi aussi d'ailleurs !) ;
En revanche, Cuné a eu l'impression de s'exclamer ""oh arrête !", un petit peu trop souvent" ;
Quant à Caro[line], fan inconditionnelle de Foenkinos, elle estime que c'est "un très bon cru" !

Texte © Miss Alfie 2009 (sauf citations : David Foenkinos, La délicatesse).
Image La délicatesse, David Foenkinos, Éditions Gallimard
(2009).

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14 septembre 2009

Le carrefour des Ecrasés

carrefour_des_ecrases1891. Victor Legris tient toujours sa librairie avec son ami Kenji Mori. Un matin, on leur apporte un soulier rouge au fond duquel une carte avec l'adresse de la librairie sert de semelle. Ce même jour, on  découvre le cadavre d'une jeune femme vêtue de rouge au visage vitriolé. Accompagné de Joseph, Victor s'embarque rapidement dans une nouvelle aventures, au grand dam de Tasha.

Troisième opus de la série des enquêtes de Victor Legris par Claude Izner (après Mystère rue des Saints-Pères et La disparue du Père Lachaise), voilà la fine équipe de la librairie qui revient pour nous entraîner dans le Paris du XIXe. On retrouve bien sûr Victor et Tasha, plus ou moins en ménage, Kenji dont les "cachotteries" des premiers opus vont être mises à jour, et Joseph, le commis dont la place grandit au fil de chaque roman. Les personnages qui semblaient secondaires au début du premier volume gagnent en effet en consistance au fur et à mesure de chaque enquête. Tasha, par exemple, prend de l'assurance, apparaît comme une femme très moderne pour son époque et nous entraîne dans les cafés de Montmartre. De même, Joseph devient un enquêteur à part entière, aussi investi dans l'intrigue que Victor, et de sa passion pour les faits divers qu'il consigne dans son petit carnet va finir par naître un joli projet.

Ceci dit, bien que ce soit avec plaisir que j'ai retrouvé les personnages centraux de ces histoires, j'avoue m'être un peu embrouillé les pinceaux en raison de la lecture, il y a à peine quelques semaines, du troisième opus de la série de Brigitte Aubert, Projections macabres. Et si les personnages et les intrigues sont bien différentes, le contexte est tellement proche d'un point de vue historique que je me suis parfois embrouillée... Il faut dire aussi que les romans de Brigitte Aubert mettent en scène des personnages réels à foison, et que me retrouver à nouveau au Moulin Rouge avec La Goulue m'a semblé étrange... Je n'aurai pas été surprise de me trouver nez à nez avec Louis Denfert au détour d'une page...

Par ailleurs, j'avoue être restée sur ma faim et avoir ressenti une impression de "déjà vu" à la lecture de la fin de l'intrigue... Si les auteurs décident systématiquement de cacher le meurtrier dans l'entourage des personnages, cela va finir par me lasser... Du coup, je tenterai peut-être le quatrième volet d'ici quelques temps, histoire de vérifier que mon impression de "déjà vu" n'est qu'une impression idiote, mais il va falloir que ce quatrième volet m'épate malgré tout pour que je poursuivre cette série sans m'essouffler !

Texte © Miss Alfie 2009.
Image Le carrefour des Ecrasés, Claude Izner, Éditions 10/18
(2003).

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19 août 2009

Le Roman du Roi Arthur

aerthurDeux tomes pour raconter la légende arthurienne : la naissance et les pouvoirs de Merlin, Arthur qui découvre Excalibur, son mariage avec Guenièvre, l'enfance de Lancelot du Lac avec la Dame du (fameux) Lac, les aventures des chevaliers de la Table Ronde, de Perceval à Galaad en passant par Gauvain, Bohort ou Mordred et évidemment la quête du Graal.

J'aime beaucoup la légende arthurienne. Il ya dans cette histoire un je-ne-sais-quoi d'absolument fascinant. Donc j'aime à lire ou voir tout ce qui s'y rapporte, des différentes séries de BD à la série Kaamelott en passant par les longs-métrages Arthur d'Antoine Fuqua (décevant) ou Holy Grail des Monty Python (cultissime). Là, ma chère et tendre (et donc proprio des lieux, hein, moi, je fais que squatter) m'a offert la version qui se veut officielle de la légende puisqu'elle rassemble les différentes sources, de Chrétien de Troyes à Robert de Boron. Quand j'ai vu ce beau cadeau, je me suis "Cool ! Mais le vieux françois, moi, je sais pas lire !" Rassurez-vous, c'est écrit en vrai français, certes très châtié mais en vrai français.

Evidemment, pour mieux ingérer ces deux pavés, évitez toute référence à une quelconque oeuvre antérieure. Oubliez Kaamelott et ses chevaliers couards et idiots, ici, la chevalerie est prise au sens noble du terme. L'honneur est au centre des relations. Les tournois sont là pour montrer la supériorité des chevaliers. Lancelot est un peu le meilleur à ce jeu mais s'il n'avais pas tendance à reluquer les nanas d'un peu trop près, il aurait été l'élu pour la quète du Graal. Oubliez l'humour de la série ou des Monty Python, ici, on ne rigole pas. C'est sérieux de chercher la meilleur chevalier du monde ou le Graal, quoi ! Oubliez le rôle essentiel de Merlin que mentionne à peu près toutes les histoires. Il n'a ici qu'une place mesurée, au début de l'histoire quand il s'agit de guider ces chevaliers vers la lumière.

Une fois que vous avez fait place nette de tous ces clichés, vous pouvez vous plonger dans cette fantastique histoire que l'on peut découper en quatre sous-tomes : la naissance des chevaliers de la table ronde, le meilleur chevalier du monde, la quête du Graal, la fin des temps aventureux. En effet, tout ne s'arrête pas avec la découverte du Graal (parce qu'ils le trouvent, hé ouais ! Mais je vous dirai pas qui, hein...). Derrière, Arthur découvrant que sa connasse de Guenièvre a cédé aux avances du bellâtre Lancelot, s'engage dans une voie qui mènera à la destruction du royaume de Logres.

Au final, on a à faire ici avec un ouvrage majeur rassemblant les différentes versions de la légende arthurienne. Le découpage en courts chapitres permet une lecture aisée. Il est également amusant de faire le parallèle entre les personnages qui sont décrits dans cette oeuvre et leur "avatars" que l'on peut voir dans d'autres versions. Je conseille donc aux amateurs la lecture de cet ouvrage de deux tomes (en version poche).

Texte © Guigzz 2009.
Image Le Roman du Roi Arthur, Xavier de Langlais, Éditions Coop Breizh (2005).

31 juillet 2009

Projections macabres

projections_macabresMai 1897. Alors que Louis Denfert se rend au Bazar de la Charité retrouver sa compagne, l'actrice Camille de Saens, à une vente de charité, un incendie se déclare dans le local du cinématographe, provoquant panique et morts parmi les personnalités venues assister à cet évènement. Accompagné d'Emile Germain, l'ancien militaire, Louis va aider leur ami Albert Féclas, médecin légiste, à sortir les corps des décombres, et tomber sur un cadavre pour le moins étrange : un meurtrier aurait-il profité de l'incendie pour cacher son méfait ? Sur fond de conflit entre l'Eglise, les Francs-Maçons et les satanistes, Louis et ses amis vont se retrouver à Aix-les-Bains sur la piste d'un tueur en série aux procédés bien étranges...

Après Le miroir des ombres et La danse des illusions, Brigitte Aubert revient pour nous proposer une troisième aventure du journaliste-enquêteur au coeur du monde naissant du septième art. Au delà du style, qui ne change guère, il m'a semblé que ce troisième opus était encore plus truffé de personnages réels que les précédents... Il faut dire aussi qu'à nous entrainer dans le sillage de Léo Taxil, écrivain de l'époque, et de son"célèbre" canular, elle nous plonge en plein dans les discussions de l'époque autour de la Francs-maçonnerie, secte sataniste ou non (vous trouverez à la fin de l'article deux liens donnant quelques éléments de compréhension, notamment aux futurs lecteurs, ces infos étant rapidement données dans le livre). Une fois de plus, le tour de force de Brigitte Aubert est d'introduire des éléments historiques au sein de sa fiction... Avec, ceci dit, parfois quelques lourdeurs lorsque les personnages se retrouvent à citer des extraits d'auteurs...

Ce petit bémol mis à part, il est toujours agréable de retrouver les personnages que l'on suit depuis le début. Six ans se sont écoulés entre le premier épisode et celui-ci, et je reprocherai peut-être un peu à l'auteur de ne pas forcément faire évoluer ses personnages. Les deux qui semblent le plus "changer" entre chaque opus sont Albert Féclas et Camille de Saens, tous deux par le biais de leur rôle sur la scène culturelle.
Culturellement d'ailleurs, c'est quand même avec beaucoup de plaisir que l'on voit apparaitre au détour d'une rencontre au casino un monsieur accompagné de son fils qui s'avèrent être Sacha Guitry... De même, après La Goulue dans le précédent épisode, c'est Mistinguette ou la Polaire, deux artistes de music-hall célèbres à l'époque qui apparaissent dans l'ombre de nos héros.
Ces personnages historiques, ajoutés à la précision avec laquelle Brigitte Aubert décrit l'environnement et les progrès de la fin du XIXe siècle font de ce roman policier un vériable voyage dans le temps !

Pour en savoir plus sur Taxil et son canular (sur Wikipédia) :

Texte © Miss Alfie 2009.
Images Là-haut, Pete Doctor et Bob Peterson
(2009).

05 juillet 2009

L'espion du pape

L_espion_du_papeEn 1207, Innocent III, pape de la chrétienté, s'inquiète de l'expansion depuis le sud-ouest de la France de l'hérésie cathare. Souhaitant éviter une guerre interne, il mande son espion le plus sérieux, StranieriStranieri, et le charge d'aller négocier avec le roi de France, le comte de Toulouse et d'infiltrer une société secrète pour ramener dans le giron des catholiques ces cathares. Au côté de frère Yong, son chemin va croiser celui de cathares, de chrétiens, et il tentera jusqu'au bout d'éviter l'inévitable.

Deuxième roman co-écrit par Philippe Madral et François Migeat, L'espion du pape nous entraîne dans le monde des croisés et des guerres de religion. Avec leur parcours professionnel, ces deux écrivains ne pouvaient nous fournir qu'un livre très précis d'un point de vue historique. Leur tour de force est de réussir à conjuguer à la perfection cette précision historique et la fiction romanesque qui se déroule au fil des pages.
D'un point de vue historique, tout à chacun pourra vérifier que Pierre de Castelnau était bien le légat d'Innocent III chargé de ramener les hérétiques dans "le droit chemin" ; que plusieurs discours contradictoires animés, entre autre, par frère Dominique et l'évêque d'Osma ont été organisés à cette période là, dont un à l'abbaye de Fontfroide qui était alors réputée pour l'appui qu'elle apportait aux catholiques ; qu'Innocent III et Philippe Auguste, roi de France, étaient en froid depuis que le pape avait refusé au début de son mandat d'annuler le mariage du roi avec IngeburgeIngeburge du Danemark... Nombreux sont les exemples d'événements évoqués dans le livre et dont j'ai retrouvé une trace dans les textes historiques, renforçant le réalisme de ce roman historique d'espionnage.
Côté fiction, les auteurs ont su marier les recettes pour en faire un excellent roman estival, entre Histoire et romance. Car si l'on suit les guerres idéologiques et dogmatiques, on suit également les idylles naissantes, emprisonnant leurs protagonistes entre deux religions... Cependant, les personnages sont un peu simplistes dans leur description, un peu caricaturaux, les gentils très gentils et les méchants très méchants... On sent un début de complexité dans les personnages de StranieriStranieri, doutant de sa foi, et de Touvenel, ne sachant en quoi croire, mais leur psychologie aurait justement pu être un peu plus fouillée et complexifiée. En revanche, après les articles que j'ai pu lire et qui parlaient des cathares en dès termes et descriptions plutôt négatifs, ce roman nous offre une vision plus légère, plus pacifiste, semblant conspuer ces catholiques déterminés à tout pour démasquer et convertir les hérétiques.
Écrit dans un style fluide, enrichi par d'"anecdotes" historiques véridiques, assaisonné d'une pointe de chevalerie, L'espion du pape nous entraîne à la veille de la croisade contre les cathares dans un roman à savourer sous le parasol.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont et à BOB pour cette proposition de lecture.

A lire aussi : L'avis d'Yv qui souligne aussi l'aspect instructif et distrayant du roman.

Texte © Miss Alfie 2009.
Image L'espion du pape, Philippe Madral et François Migeat, Éditions Robert Laffont (2009).

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27 juin 2009

Là où les tigres sont chez eux

la_ou_les_tigres_sont_chez_euxComment présenter en quelques lignes un roman qui fait près de 800 pages et qui raconte autant d'histoires en une seule ? Peut-être tout simplement grâce à leur dénominateur commun, le manuscrit écrit par l'un de ses élèves et retraçant la biographie d'un jésuite du 17e siècle, Athanase Kircher, inventeur de la lanterne magique, de l'égyptologie et de multiples autres appareils et concepts. Un manuscrit qu'étudie Eléazard von Wogau, correspondant de presse en instance de divorce, perdu dans son village brésilien, tandis que son ex-femme s'embarque pour une expédition archéologique dans la jungle brésilienne et que leur fille tente de se trouver et de se comprendre...

Les 800 pages de Là où les tigres sont chez eux sont un émerveillement de tous les instants... Huit-cent pages... Voilà bien longtemps que je n'en avais pas lu autant d'un coup, mais quelle lecture ! Elaine, l'ex-épouse d'Eléazard, part dans la jungle, mais c'est le livre en lui même que nous propose Jean-Marie Blas de Roblès qui est une jungle, une jungle foisonnante d'idées, de concepts, de découvertes, de nouveautés, de relations...
Chaque chapitre commence par un extrait de la fameuse biographie de Kircher sur laquelle Eléazard travaille. Elle est clairement le point central de toutes les histoires que l'on découvre en parallèle dans ce roman puisque chaque chapitre est découpé ensuite en mini-chapitresmini-chapitres où l'on retrouve Nelson, Elaine, Eléazard, Moema, le gouverneur, le tout alternativement. Cette construction entraîne rapidement l'envie de poursuivre la lecture afin de découvrir ce qu'il arrive aux uns et aux autres, que l'on soit au 17e siècle ou de nos jours...
Il est souvent reproché à certains auteurs un manque de consistance dans la psychologie de leurs personnages, dans le relief qu'ils leur donnent, ou pas. Ici, cette critique ne peut s'appliquer car Jean-Marie Blas de Roblès semble prendre le temps de nous présenter chacun des protagonistes, nous laissant cependant le plaisir de découvrir au fur et à mesure les liens qui se tissent entre des individus a priori sans relations.
L'un des défis magnifiquement rempli de ce livre est de mêler l'histoire de personnage de fiction à celle d'un jésuite parfois méconnu mais ayant cependant tenté de faire avancer les sciences à son époque, même si certaines de ses découvertes, comme la traduction des hiéroglyphes, s'avérèrent erronées par la suite. En effet, Athanase Kircher a bel et bien existé, et tous les éléments présentés par Jean-Marie Blas de Roblès sont certainement le fruit d'un travail long et minutieux... Ceci dit, lorsque l'on sait que l'auteur a mis une dizaine d'années pour en accoucher, rien d'extraordinaire à découvrir un roman fortement documenté, et ce pour notre plus grand plaisir !
A noter toutefois que ce roman ne se lit pas si facilement que ça... Il m'aura fallu deux semaines de congés pour l'apprécier à sa juste valeur, prenant le temps de "digérer" certains passages aux réflexions philosophiques parfois ardues, oscillant entre le désir d'en savoir plus sur Kircher au départ, puis sur les personnages contemporains à la fin...
"Ces labyrinthes concentriques et leur Minotaure plus ou moins reconnaissables", m'avait dédicacé l'auteur lors du Salon du livre de Paris... Il y a de ça, une grande histoire dont on déroule le fil au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans le labyrinthe de la narration.

A lire aussi : Les avis d'Amanda Meyre qui en garde "un souvenir à la fois agréable et amer", de Rousseau pour qui "ce livre est un miracle baroque", de Keisha qui parle d'une "belle lecture avec ce roman fourmillant d'histoire qui se répondent", d'Essel qui évoque un "roman incontournable", de Pascal pour qui il s'agit d'un "kaléidoscope qui nous mène de surprises en surprises au fil des pages" ou encore d'Emeraude qui qualifie cette lecture de "fastidieuse mais excellente".

A découvrir aussi : La page WikipédiaWikipédia consacrée à Athanase Kircher, et l'index iconographique disponible sur le site de Jean-Marie Blas de Roblès et permettant d'aller plus loin dans la connaissance du jésuite.

Prix obtenus : Prix du roman Fnac 2008, Prix Jean Giono - Prix du jury 2008, Prix Médicis 2008.

Texte © Miss Alfie 2009.
Image Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Roblès, Éditions Zulma (2008).

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